Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 8
Roméo
Lorsque je retourne dans la salle du club, j’aperçois Léandro assis au bar en compagnie de Dino. Leurs regards se plantent immédiatement sur la pile d’habits que je dépose sur le comptoir à côté d’eux.
— Tu l’as foutue à poil ? m’interroge Dino d’une voix amusée.
— En sous-vêtements, corrigé-je. Elle avait besoin qu’on lui montre sa nouvelle place dans la hiérarchie.
Il fronce les sourcils et durant une seconde, je me demande s’il ne va pas jouer au chevalier servant en lui rapportant ses fringues et sa dignité, mais finalement, il hausse les épaules.
— Tu fais ce que tu veux, elle est à toi. Je dois y aller, déclare-t-il en sautant de son tabouret. Préviens-moi quand elle montera sur scène, je sens que ce sera un putain de spectacle, je ne veux pas le manquer, termine-t-il avec un sourire lascif aux lèvres.
Il glisse ses mains dans ses poches puis s’éloigne en direction de la sortie du club.
— C’est une forte tête, commente Léandro en attrapant son verre de scotch sur le bar.
D’un geste souple du poignet, il remue le liquide, faisant tinter les glaçons contre le verre, tout en me regardant droit dans les yeux, attendant que je rebondisse là-dessus.
— Elle est brave, acquiescé-je, mais seulement parce qu’elle ne mesure pas la portée de ces représailles.
Quand elle comprendra que ma vengeance s’appuie sur un principe de réciprocité, elle perdra espoir de s’en sortir indemne, son courage s’envolera et elle se soumettra.
— Donc tu as décidé de faire planer cette menace sur elle afin de mieux la contrôler, conclut Léandro de mes paroles.
Il prend une gorgée de son verre, mais me montre d’un seul regard qu’il est sceptique quant à mon plan. Selon lui, la peur d’être agressée ne la rendra pas plus docile.
— Elle ne nous causera aucun problème, affirmé-je. Je m’en assurerai.
— Elle est sous ta responsabilité, acquiesce-t-il comme si c’était déjà évident. Du moment que tu ne la ramènes pas au manoir, tu peux faire ce que tu veux avec elle.
Il termine son verre d’une seule gorgée et le repose bruyamment sur le bar.
— Je te faisais juste remarquer qu’elle ne sera pas facile à briser, me dit-il en se levant de son tabouret. Un conseil reste concentré et ne baisse pas ta garde.
Il me donne une tape sur l’épaule tout en m’adressant un sourire de connivence.
— Ne t’en fais pas pour moi.
C’est peut-être une tigresse, mais face à un plus gros prédateur, elle s’inclinera. C’est la loi du plus fort, c’est naturel, c’est inscrit dans notre ADN.
— Gianni est parvenu à obtenir les numéros de téléphone de son père et son oncle, dès que tu veux commencer les négociations, préviens-moi.
Léandro est le Capo de la ‘Ndrangheta, c’est non seulement légitime que ce soit lui qui mène les pourparlers avec les Napolitains, mais c’est aussi une façon de montrer qu’il soutient mon plan de vengeance.
— Demain, nous leur enverrons une photo d’elle pour leur confirmer qu’elle est bien avec nous. Ensuite, nous les laisserons mijoter quelque temps, dis-je avec un sourire machiavélique aux lèvres.
Je vais insuffler la peur dans leur famille au point où ils ne pourront plus se regarder dans les yeux, autant par honte que par colère. Je souhaite qu’ils soient rongés par la culpabilité. Je veux que l’angoisse et la terreur leur tordent tellement le bide qu’ils en vomissent leurs tripes.
— Nous n’exigerons pas Russo tout de suite. Je compte faire durer leur torture en gardant leur fille le plus longtemps possible, expliqué-je.
— Il va falloir leur fournir plusieurs preuves de mauvais traitement pour les placer au bord du précipice et leur faire accepter l’échange, me rappelle Léandro.
— Tu me connais, dis-je en reportant mon attention sur lui, un rictus narquois aux lèvres. Elle finira par les supplier à genoux de trouver un moyen de la libérer.
Il ricane sombrement, le regard rempli d’une cruelle satisfaction en imaginant cette forte tête dans une telle position de soumission à cause de sa détresse.
Elle ne pliera pas facilement, mais elle cédera, et comme toutes mes victimes avant elle, elle implorera une pitié que je ne ressens pas.
— Ne parle pas d’elle à Giulana, me dit-il en faisant référence à sa femme. Elle insisterait sur le fait que les filles ne sont pas responsables des actions de leur famille. Elle me casserait les couilles à propos de ça par solidarité féminine ou une connerie du genre.
Je ne peux pas m’empêcher de lui adresser un sourire moqueur comme à chaque fois qu’il fait allusion à sa femme et au pouvoir qu’elle détient sur lui. Le simple fait qu’une personne puisse lui briser les burnes et se tenir encore debout après cela est une preuve de son affection envers elle.
— Je ne dirai rien, lui assuré-je.
— Tiens-moi au courant des avancées.
J’acquiesce machinalement et le regarde s’éloigner à son tour en direction de la sortie.
Je sors mon téléphone de ma poche et ouvre l’application qui me donne accès aux images de la caméra de surveillance à l’intérieur de la cellule.
Inspiré par les méthodes des armées du monde entier, j’ai imaginé et mis en place tout ce dispositif juste pour elle. Je peux non seulement la voir en direct, mais également contrôler l’éclairage et commander les enceintes installées aux quatre coins de la pièce.
Assise sur le matelas, le dos appuyé contre le mur, les bras entourant ses genoux et sa tête cachée entre ses cuisses, je devine aux tremblements de ses épaules qu’elle est en train de pleurer. Derrière une porte close, elle laisse tomber le masque et s’autorise à déverser toutes les émotions accumulées durant la journée. Elle ne doit pas se douter de la présence de la caméra, elle ne se montrerait pas si faible dans le cas contraire, à moins qu’elle n’ait déjà perdu espoir.
Un gout amer se fait ressentir dans ma bouche. Je ne souhaite pas qu’elle abandonne aussi vite, je veux qu’elle garde la tête haute et continue de m’affronter, ça en sera d’autant plus amusant.
J’éteins la lumière et plonge sa nouvelle chambre dans le noir. Grâce à la vision nocturne dont est équipée la caméra, je la vois relever la tête et observer frénétiquement autour d’elle, s’attendant à voir surgir un monstre des ténèbres qui l’entourent. Son regard paniqué fixe alors la caméra et je comprends qu’elle a repéré le point rouge.
Elle essuie rageusement son visage avant de tourner le dos à l’objectif. Je souris largement en fermant mon application.
Leona
Je sursaute et ouvre les yeux quand le cliquetis de la serrure résonne dans cette pièce aux murs aussi froids que son sol.
Comme la dernière fois, je dois placer une main devant mes yeux lorsque la lumière provenant du couloir pénètre dans ma cellule sombre et agresse mes rétines. Cette fois, je n’entends aucune musique étouffée au loin. La même fille que la fois précédente entre dans la pièce et s’approche de moi. La tête baissée, elle dépose un sandwich et une bouteille d’eau sur le matelas à côté de moi. Je ne cherche pas à capter son regard ou à lui parler, pour avoir essayé précédemment, je suis consciente que je n’obtiendrai aucune réponse. Sa tâche terminée, elle tourne les talons et se précipite vers la sortie. Je ne tente pas de la prendre de vitesse en courant vers la porte puisqu’un homme se tient dans l’encadrement me montrant clairement que la fuite n’est pas une option.
Alors que la porte se referme, la salle est à nouveau plongée dans le noir.
Je suppose qu’une nuit s’est écoulée entre ces deux passages, mais je n’en suis pas certaine. Sans fenêtre et dans une pièce complètement insonorisée, je n’ai absolument aucune notion du temps.
Je n’ai pas dormi, je suis restée à l’affut du moindre bruit indiquant son retour.
Je tourne instinctivement la tête et constate que le point rouge est éteint sans savoir si c’est un bon ou un mauvais signe. Un frisson me parcourt l’échine et je tourne machinalement la tête en direction de la porte en me demandant s’il se tient derrière.
L’attente est insoutenable.
Mon estomac est noué, mais je sais qu’il me faut prendre des forces si je veux parvenir à combattre la bête alors je saisis le sandwich, posé à même ce matelas sale et sans draps, et croque dedans.
J’ai l’impression d’être congelée alors que la température dans la pièce n’est pas si froide que ça, seulement, la peur me glace le sang.
Le silence est insupportable. Le noir est trop oppressant. L’absence de repères me rend folle, être privée de mes sens m’angoisse. Malgré tout, je me complais dans cet enfer, parce que même si les conditions de détention sont horribles, je ne suis pas désireuse qu’il revienne pour me sortir de ma cellule.
Le sort qu’il me réserve me semble pire que celui-ci.
Je ne suis pas née pour servir des Calabrais, encore moins pour travailler pour eux et encore moins pour être souillée par eux. Il ne m’y contraindra pas. Je me battrai bec et ongles contre ça.
J’échappe le restant du sandwich lorsque le cliquetis se fait à nouveau entendre. Mon cœur se met à cogner dans ma poitrine, mais je me force à prendre de longues respirations par le nez pour tenter de le calmer tandis que la porte s’ouvre.
Même en m’y étant préparée, je n’arrive pas à empêcher la peur de se répandre dans tout mon corps lorsque la silhouette imposante de Roméo se dessine dans l’encadrement. Il fait un pas dans la pièce et je me lève, par pur instinct, afin de ne pas rester dans cette position de faiblesse face à lui.
Il porte un jean noir, un tee-shirt gris, une veste en cuir sombre et des boots noires. Son changement de tenue me confirme le fait que nous avons changé de jour.
Tandis qu’il avance vers moi, mes yeux cherchent machinalement une issue, mais même s’il a laissé la porte grande ouverte derrière lui, je suis prise au piège parce qu’il faudrait d’abord que je passe à côté de lui.
— Es-tu prête à me servir, Leona ? demande-t-il d’une voix menaçante, un sourire cruel aux lèvres.
Contre toute raison, je m’élance en direction de la sortie pour tenter de fuir, incapable de laisser passer cette occasion de prendre la fuite sans essayer même si les chances sont faibles…
Nulles.
Les chances étaient nulles. Je n’ai pas fait deux pas que Roméo m’attrape par la taille et me soulève, plaquant mon dos contre son torse.
— Tu as besoin d’exercice, Topolina ? demande-t-il d’un ton amusé.
Il saisit mon visage de sa main libre et me force à tourner la tête vers lui pour le regarder tout en me portant comme si je ne pesais rien.
— Si c’est ça, dis-le-moi parce que j’ai mieux à te proposer qu’une course à pied, souffle-t-il contre mes lèvres.
Mon cœur s’emballe à nouveau lorsque la peur m’envahit. Je secoue négativement la tête, autant que me le permettent ses doigts sur mes joues.
— Dommage, soupire-t-il, cette mise en bouche m’avait excité.
Je me débats, je remue dans tous les sens et ça l’amuse plus que ça ne le blesse.
Avec un immense sourire, il relâche mon visage puis se dirige vers la sortie en me portant toujours dans ses bras. Je ne cherche pas à me débattre. Une part de moi, un peu naïve, se sent soulagée de s’éloigner du matelas.
Le couloir est complètement désert et il s’engage dans la première loge à sa droite. Il me repose sur le sol et appuie ses doigts dans le bas de mon dos pour me faire avancer, ce geste déclenche une réponse instinctive d’éloignement chez moi. Je me précipite à l’autre bout de la pièce tout en me retournant et je le regarde, horrifiée, fermer la porte derrière lui. Je cherche machinalement un moyen de me défendre. Mes yeux scannent les nombreux accessoires de coiffure et maquillage disposés sur les deux coiffeuses murales qui ornent ce pan de mur, mais il n’y a aucun couteau de boucher ou batte de baseball à l’horizon. Les chaises et les poufs ne m’aideront pas non plus...
— Douche-toi, me somme la voix froide du collecteur.
Je tourne vivement la tête vers lui puis en suivant la direction de son coup de menton, je vois une cabine de douche aux parois vitrées et dont le sol est couvert de flacons en tout genre. Des peignoirs et des serviettes sont pendus à côté de la cabine et enfin trois portants à vêtements sont entassés dans le dernier coin de la pièce. Au mieux, je pourrais me servir du crochet d’un cintre pour l’éborgner, mais je ne suis franchement pas certaine de la faisabilité de ce plan.
— Je déteste me répéter, Leona, grogne-t-il.
Je reporte mon attention sur lui. Il a croisé les bras sur son torse et semble effectivement lassé par la situation et la résistance que j’oppose à chacun de ses ordres.
— Dans ce cas, arrête de demander des choses impossibles et dégage d’ici, dis-je plus sèchement que prévu.
Son regard s’assombrit, il se fait plus menaçant, plus féroce, plus dominateur et je détourne mécaniquement le mien, incapable de soutenir un tel regard.
— Surveille la façon dont tu me parles, dit-il d’une voix bien plus froide. Ce sera mon seul avertissement.
Je me retiens difficilement d’acquiescer pour lui montrer que le message est bien passé, mais bon sang, j’ai l’impression qu’il est incrusté dans ma peau tant il a été bien reçu.
Même si un instinct animal m’ordonne de regarder ailleurs, de me soumettre face à mon alpha, voire de faire la morte face à cet imposant prédateur, je repose lentement mon regard sur son visage aux traits déformés par la colère.
— Je ne sortirai pas d’ici, affirme-t-il. Tu veux te doucher ou pas ?
Spontanément, je hoche négativement la tête. Je ne me laverai pas devant lui.
— Comme tu voudras, reste dans ta crasse, répond-il.
Et sa grimace de dégout me donnerait presque envie de revenir sur ma décision. Le fait qu’il remette en question mon hygiène personnelle ne devrait pas me toucher autant et pourtant c’est le cas, il parvient à me donner l’impression d’être une femme répugnante alors qu’il n’y a pas plus propre que moi !
Mon hésitation n’échappe pas à son regard perçant, en même temps, je doute que quoi que ce soit lui échappe en règle générale. Il semble aussi observateur et vigilant qu’un hibou.
Un sourire provocateur se dessine au coin de ses lèvres.
— Si tu ne retires pas tes sous-vêtements, tu ne peux pas en changer, dit-il d’un ton moqueur.
Je me mords l’intérieur de la joue, mais ne bouge pas d’un centimètre. Ce n’est pas grave. Je peux m’en passer. Il vaut mieux être sale que se montrer nue devant un homme… n’est-ce pas ?
— Comme tu voudras, crado.
À nouveau, je peux facilement lire et entendre le dégout que lui inspire mon supposé manque d’hygiène. J’enfonce mes ongles dans mes paumes, réellement contrariée par ses insultes.
Il le remarque, évidemment, et il s’en amuse en me souriant largement tout en avançant jusqu’à l’un des portiques de vêtements.
Il arrache de son cintre le premier bout de tissu qui lui passe sous la main et me le jette.
— Enfile ça.
Un coup d’œil en direction de la robe rouge m’indique qu’elle n’ira pas, elle est bien trop courte, mais au regard devenu à nouveau froid de Roméo, je comprends qu’il ne me laissera pas choisir une autre tenue.
— Soit tu mets ça, soit tu restes en sous-vêtements, confirme-t-il mes doutes.
Encore plus agacée par cette situation, je serre l’habit entre mes doigts et lui jette un regard noir.
— Ne t’épuise pas à mener des batailles insignifiantes, me conseille-t-il, le regard dur. Économise tes forces, Topolina, tu en auras besoin.
Sans un mot, je passe la robe par la tête. Comme je m’y attendais, elle couvre à peine mes fesses. Heureusement, mes sous-vêtements cachent les parties qui sont censées être mises en valeur par ce morceau de tissu.
Il m’adresse un sourire satisfait et de nouveau, j’enfonce mes ongles dans mes paumes. Ce n’était pas une victoire, je ne fais qu’agir intelligemment en choisissant mes batailles.
— Viens avec moi, me dit-il en se dirigeant vers la porte.
Je ne réagis pas tout de suite ce qui lui laisse largement le temps de traverser la pièce et se retourner vers moi. Une main sur la poignée, il soupire exagérément.
— Deux solutions, Leona, tu marches ou je te porte. Pas sûr que mes mains restent en place cette fois, termine-t-il en parcourant mon corps d’un regard salace.
Mes pieds bougent avant même que mon cerveau leur en donne l’ordre.
J’ai à nouveau le droit à un sourire satisfait et je me retiens difficilement de grogner comme un animal. Je me mords la joue pour me faire retrouver mes esprits, je ne dois pas le laisser jouer avec mes nerfs. Je suis plus forte que ça.
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