Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 33
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Leona
Mon premier réflexe en rentrant chez moi a été de prendre une longue douche bien chaude avant de m’allonger confortablement sur mon lit. Entre le manque de sommeil, la chute brutale d’adrénaline et le contrecoup violent des derniers événements, je me suis endormie comme une masse. Je ne me suis réveillée que le lendemain matin, quand ma mère est entrée avec un plateau chargé d’un appétissant petit-déjeuner.
Avec un large sourire aux lèvres, elle dépose le tout devant moi avant de s’installer sur mon lit juste à côté de moi.
— Comment tu te sens, mon ange ? me demande-t-elle en glissant sa main dans mes cheveux pour les caresser.
— Ça va, lui assuré-je en saisissant directement la tasse de café.
— Tu as bien dormi ?
J’acquiesce tout en prenant une gorgée de ma boisson chaude. Quelque part dans mon esprit, le souvenir de Roméo et de nos petits-déjeuners partagés tente de se former, mais je le chasse.
— Qu’est-ce que tu aimerais faire aujourd’hui, ma chérie ? murmure-t-elle en coinçant mes cheveux derrière mon oreille pour dégager mon visage. Je me disais qu’on pourrait se faire une journée détente entre filles. Coiffure, massages, soins du visage, manucure… La totale.
Un sourire se dessine spontanément sur mes lèvres à l’écoute de ce programme plus qu’alléchant.
— Tu ne vas pas au travail ? lui demandé-je, pourtant certaine que nous sommes en semaine et que nos magasins sont donc ouverts.
— J’ai pris un congé pour rester avec toi.
— Dans ce cas, ce serait super, j’adorerais ça, acquiescé-je finalement.
— Alors, je vais nous réserver tout ça. En institut ou à domicile ?
— À la maison, dis-je sans réfléchir.
Même après avoir été enfermée autant de temps, je ne suis pas pressée de faire un tour dehors. Je viens tout juste de regagner mon foyer, j’ai envie d’y rester un peu avant de retrouver la force et le courage d’affronter le monde extérieur. De reprendre le cours d’une vie qui ne me semblera plus jamais normale. Retourner dans une boutique où je repenserai forcément à mon enlèvement, ma première rencontre avec Roméo.
C’est complètement fou, mais même en étant physiquement à des centaines de kilomètres de moi, j’ai l’impression qu’il est là, comme si son esprit demeurait avec moi. Tout du moins, son souvenir. Son passage dans ma vie a été bref, mais très marquant. Il va me falloir plusieurs semaines afin de me remettre de tout ça. Mais je suis bien entourée, je suis persuadée que ça va aller. Il suffit d’y croire.
— J’aimerais aussi demander à Carlotta de me rendre visite en fin de journée si ça ne te dérange pas, lui dis-je alors qu’elle se lève de mon lit.
— Aucun problème, chérie. Tout ce que tu voudras.
— Merci, maman, soufflé-je avec un faible sourire aux lèvres.
— Je vais prendre également rendez-vous avec un médecin afin qu’il vienne ausculter ta blessure, ajoute-t-elle en désignant un point vague au niveau de mon ventre du menton.
— Ce n’est pas la peine, maman, je te garantis...
— C’est important, nie-t-elle d’une voix douce. Un professionnel doit s’assurer de la bonne cicatrisation de ta blessure et nous conseiller afin de la faire disparaitre au mieux.
Elle se rassied de nouveau sur mon lit et prend ensuite mon visage entre ses mains.
— Nous t’aiderons à surmonter ce traumatisme, chérie. Nous ne te laisserons pas tomber cette fois. Nous ferons tout notre possible pour t’aider à oublier tout ça, me promet-elle avant d’embrasser mon front.
Un poids se pose sur ma poitrine et la comprime.
— Vous n’y êtes pour rien, maman, murmuré-je en déposant mes mains par-dessus les siennes sur mes joues.
— Nous n’avons pas su te protéger contre les dangers de ce monde, nie-t-elle. Nous avons échoué en tant que parents…
— Ne dis pas ça, c’est faux.
— Ils n’auraient jamais dû pouvoir t’enlever, ma princesse, me dit-elle d’une voix tremblante. C’est notre faute…
— Non, la coupé-je à nouveau, les larmes aux yeux, moi-même émue par cet instant.
— Nous n’avons pas su nous imposer, continue-t-elle, ignorant mes protestations. Je leur aurais tout donné, Leona. Notre fortune, notre entreprise, notre maison, j’aurais tout offert aux Calabrais pour te récupérer, mais ton oncle ne voulait pas. Je… J’aurais dû lui tenir tête. Il était avant tout question de ma fille.
— Il n’aurait rien accepté de tout ça, lui expliqué-je d’une voix douce. Tout ce qu’il désirait, c’était Cipriano.
— Je sais, chérie, j’étais folle de rage contre ton oncle en apprenant qu’il refusait l’échange alors que ce fou était sur le point de…
Elle s’arrête et ferme les yeux pour tenter de contenir ses larmes et certainement sa colère. Cette histoire a définitivement cassé quelque chose dans nos relations familiales. Mes parents éprouveront toujours un peu de rancœur à l’égard de mon oncle et ses décisions douteuses. Encore aujourd’hui, je suis convaincue qu’il aurait dû privilégier sa famille. C’est exactement ce que j’aurais fait. Et ce sont les valeurs familiales que m’ont transmises mes parents. Davide les a apparemment perdues de vue.
— C’était une mise en scène, avoué-je dans un murmure dans le but de l’apaiser. Il ne l’aurait pas fait.
Ses yeux s’ouvrent, me montrant toute l’étendue de sa surprise. Si je ne tenais pas ses mains dans les miennes, elles seraient retombées le long de son corps à cause de son choc.
— Il a simulé l’agression pour faire pression sur Davide afin qu’il accepte de lui remettre Cipriano. Et j’ai participé à cette mascarade parce que je voulais aussi que l’échange ait lieu afin de pouvoir rentrer à la maison. Je suis désolée…
— Ne t’excuse pas, chérie, me coupe-t-elle en me prenant dans ses bras. Ne t’excuse pas d’avoir fait tout ce qui était en ton pouvoir pour survivre à cette horreur et rentrer chez toi.
À nouveau, un poids se pose sur ma poitrine. Bien plus lourdement cette fois. C’est un mélange de malaise et de culpabilité qui m’étouffe complètement. Mes parents ont une vision très aggravée de ce qui m’est réellement arrivé. Ce n’était pas le paradis, mais ce n’était pas non plus l’enfer. C’était entre les deux. Et je me sens obligée d’apaiser leur conscience, ainsi que la mienne.
— Ce n’était pas… Il n’était pas…
Je prends une grande inspiration tandis qu’elle se décolle de mon buste afin de me regarder dans les yeux.
— Cette blessure, dis-je en posant ma main près de ma hanche, est l’unique fois où il m’a réellement fait du mal.
— Il t’a déshabillée, Leona, nie-t-elle. Attachée à une croix…
Je rougis inexplicablement en me souvenant soudainement de ces photos.
— C’est vrai, dis-je d’une voix bien trop aigüe, montrant mon embarras. Il a porté atteinte à ma pudeur, murmuré-je, mais il n’a pas touché… mon honneur. C’est embarrassant d’être nue devant quelqu’un, mais ce n’est pas… traumatisant. Ça aurait pu être bien pire, maman, tenté-je encore de lui expliquer.
Ça me tient à cœur de la rassurer, je souhaite qu’elle réalise que cette histoire ne m’a pas brisée, que je vais bien et qu’elle n’a aucune raison de s’en vouloir ou de s’inquiéter.
— Je ne veux pas que tu te tracasses vis-à-vis de ça, d’accord ? Tout rentrera dans l’ordre, lui assuré-je. Ce ne sera bientôt plus qu’un mauvais souvenir.
Ses yeux se remplissent à nouveau de larmes comme si j’avais trouvé exactement les mots qu’elle désirait entendre. Et je ne peux que sourire largement alors qu’elle me colle une nouvelle fois contre elle en me murmurant des mots tendres.
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Leona
Quelques heures plus tard, après un soin du visage, une séance coiffure pour tailler mes pointes et un rendez-vous avec une prothésiste ongulaire qui a fait des miracles avec mes ongles, je me sens déjà mieux. Retrouver mes vieilles habitudes me donne l’impression d’être à nouveau moi-même. Il ne me manque plus que de prendre un bon café avec ma meilleure amie pour que cette journée détente soit réellement complète et parfaite.
Mais avant cela, avant l’arrivée de Carlotta, je me suis pliée à la demande de ma mère en laissant un médecin m’ausculter. Évidemment, le professionnel n’a pas manqué de m’interroger du regard en découvrant le symbole gravé sur mon ventre. Comment ne pas être surpris en voyant ça ?
Je suis persuadée qu’il s’est imaginé une bonne dizaine de scénarios différents pendant que ses mains gantées inspectaient la plaie. Seulement, il n’a pas pu trouver le bon parce que la cause de cette blessure est juste impensable, inenvisageable. Il penchera certainement vers un défi entre jeunes. Une erreur commise pendant une soirée étudiante trop arrosée, comme ceux qui se font tatouer par un ami qui n’y connait absolument rien, par exemple. Il pensera qu’en l’absence d’une machine à tatouer, on a choisi la scarification.
— La plaie est superficielle, commente-t-il.
Et je ne peux pas m’empêcher de regarder ma mère, assise sur le sofa face à celui sur lequel je suis allongée. Comme si ce constat était incriminant alors que ça ne veut rien dire. Ce n’est pas parce que l’incision est peu profonde que ça prouve quoi que ce soit concernant ma relation avec Roméo. Qui n’a jamais existé d’ailleurs. Il n’y a rien eu entre nous. Et le fait qu’il n’est pas bien appuyé au moment de me charcuter le ventre ne signifie pas qu’il éprouvait un quelconque sentiment à mon égard. Je ne sais même pas pourquoi je me livre à un débat mental à ce sujet. Je ne comprends pas pourquoi je continue de penser à quelqu’un que je ne reverrai jamais.
— Normalement, on conseille de garder les strips plus longtemps, mais la coupure est si fine que la peau est déjà en train de cicatriser, reformule-t-il, m’agaçant par sa répétition. Je vais terminer de les retirer afin d’inspecter le reste de la plaie, mais la blessure semble propre et les soins ont été faits correctement.
Encore une fois, j’ai le droit à un regard interrogateur de sa part comme s’il continuait de mener son enquête. Peut-être qu’il en est venu à la conclusion que je suis étudiante en médecine ou alors que la personne qui m’a fait ça est médecin.
— Est-ce qu’elle en gardera une cicatrice ? demande ma mère.
— Oui, mais très fine, acquiesce-t-il en tirant sur un nouveau strip.
— Existe-t-il des soins ou des méthodes pour la faire disparaitre ?
J’ai à nouveau le droit à un regard du professionnel, comme s’il s’assurait que c’est également ma volonté. Évidemment que je veux qu’elle s’estompe.
— Il faudra qu’elle évite le soleil, qu’elle applique de la crème et surtout, qu’elle la masse très régulièrement. Il n’y a pas mieux pour faire disparaitre une cicatrice que de rendre son élasticité à la peau en la massant.
— Grâce à ça, il n’y aura plus rien ?
— Je ne peux pas vous assurer de sa disparition, seulement de sa discrétion, rétorque le médecin. En revanche, après cicatrisation complète, vous pourriez vous renseigner afin de pratiquer quelques séances de laser. Le résultat n’est pas garanti, mais ils parviennent à effacer complètement certaines cicatrices grâce à cette méthode, explique-t-il tout en retirant une par une les bandes adhésives.
Et je le reconnais, ce n’est pas sans douleur. Ce n’est pas aussi insoutenable qu’arracher un énorme pansement, mais ça pique quand même.
— Parfait. On se renseignera, ma chérie, affirme ma mère.
J’acquiesce en lui adressant un sourire.
Une vingtaine de minutes plus tard, après le départ du médecin, ma mère s’empare de l’ordonnance qu’il a laissée sur la table du salon tandis que je réponds à un message de Carlotta me disant qu’elle ne va pas tarder.
— Je me rends à la pharmacie puis je passerai aux magasins m’assurer que tout va bien. Ça ne te dérange pas ?
Je hoche négativement la tête.
— Bien sûr que non, vas-y. À tout à l’heure.
— À tout à l’heure, chérie.
— Et merci pour tout, maman, ajouté-je plus fort alors qu’elle est déjà près de la porte du salon. J’ai passé une super journée.
Un large sourire se dessine sur ses lèvres.
— Moi aussi. Je suis contente de t’avoir retrouvée, ma princesse.
Après un nouveau sourire, elle s’éloigne, me laissant seule avec mes pensées ainsi que ce terrible sentiment de manque qui n’a pas lieu d’être. Cela fait plus d’une journée que nous nous sommes quittés, Roméo et moi, et pourtant, j’ai la sensation que ça fait une éternité.
La seule personne à qui je peux confier tout ça arrive enfin et me serre longuement dans ses bras, les larmes aux yeux. Après ces retrouvailles émouvantes, nous nous installons autour d’une limonade bien fraiche et je ne perds pas une seconde pour me décharger de ce qui me pèse sur la conscience. Ma meilleure amie m’écoute d’une oreille attentive, sans le moindre signe de jugement sur son visage, elle parait presque compréhensive et tout de suite, je me sens moins ignoble.
Roméo
— Angelo Mio, sono heureuse de te voir, m’accueille ma mère. Vieni qua, me dit-elle en faisant de grands gestes pour que je la rejoigne près de son lit d’hôpital.
Je souris tout en m’exécutant. Bien que vivant aux États-Unis depuis plus de trente ans, ma mère n’a jamais perdu son accent. Et, elle a toujours eu plus de mal avec l’anglais qu’avec l’italien. Elle butait régulièrement sur certains mots, mais finissait par les trouver alors que ces dernières années, elle ne cherche plus, elle parle comme ça vient et mélange quasiment tout le temps les deux langues.
— Comment ça va, mamma ? lui demandé-je en me penchant au-dessus de son lit médicalisé dont le dossier est relevé à moitié afin d’embrasser le sommet de son crâne.
— Ça va, me rassure-t-elle. Je m’occupe bien.
Elle me désigne du menton ses jambes couvertes d’un drap sur lesquelles sont posés des dizaines d’albums photo.
— Guarda, s’exclame-t-elle en reprenant celui qu’elle feuilletait avant mon arrivée dans ses mains. Regarde ce bellissimo bambino.
Elle pointe plusieurs fois son doigt sur une photo de moi étant bébé et la contemple avec un large sourire aux lèvres qui parait autant ému que nostalgique et me donne forcément envie de sourire aussi.
— Tu étais beau, Angelo Mio.
En souriant toujours, je dépose mon casque de moto ainsi que ma veste sur une chaise puis retourne près d’elle afin de m’asseoir sur le bord de son lit, juste à côté d’elle.
— Et si gentil, se souvient-elle. Adorabile. Jamais de bêtises. Un tesoro, affirme-t-elle en glissant une main sur ma joue avant de rapprocher son crâne du mien dans une sorte de câlin.
Elle la retire ensuite afin de tourner la page. De la même façon, elle commente la suivante puis toutes les autres par la suite. Une fois l’album retraçant mes deux premières années de vie terminé, elle enchaine avec un autre album, celui de nos vacances en famille en Calabre. C’est en regardant ces photos que je me souviens véritablement de ces moments et ils me paraissent si lointains que j’ai l’impression d’avoir soixante piges. Mais en effet, tous les étés, nous passions au minimum deux semaines là-bas. On se baignait, on pêchait, on se promenait, on bronzait, on s’amusait… Puis je suis entré dans la mafia, j’ai quitté la maison et je ne suis plus jamais parti avec eux, ça remonte à plus de dix ans déjà.
— Ta sœur adorait la Calabria, murmure-t-elle d’un ton nostalgique en touchant du bout des doigts le sourire resplendissant de Chiara sur une photo.
Nous sommes tous les cinq présents sur le cliché, mes parents, Chiara, notre cousine Livia, et moi. Compte tenu de ma taille et ma musculature déjà développée, ça devait être l’une des dernières années que je voyageais avec eux, si ce n’est la dernière. Livia et Chiara sont encore des petites filles. Deux gamines insouciantes qui ont bien changé à présent. L’une est mère de famille, l’autre aura bientôt dix-huit ans, elles ont bien grandi, elles sont devenues des femmes admirables.
— Ça lui changerait les idées d’y retourner, continue-t-elle. Elle semblait si heureuse là-bas.
Elle caresse à nouveau le visage de ma sœur et cette fois, son sourire traduit davantage de l’émotion que de la nostalgie. Et je décide, contre toute logique, de lui avouer la vérité, au risque qu’elle me voie comme un monstre.
— Je lui ai fait payer, mamma, murmuré-je. J’ai vengé Chiara.
Il y a moins de douze heures.
Sa mort est encore fraiche. Récente. Je sens encore l’odeur de son sang dans mes narines et les courbatures dues aux efforts déployés pour le torturer. Mais surtout, je ressens toujours les effets post-torture, post-assassinat, post-déchainement de violence et ça, c’est sensationnel. Comme de l’adrénaline qui coulerait en continu dans mes veines.
Ses doigts cessent de toucher la photo, mais elle ne parait pas choquer par mes paroles, elle semble plutôt les digérer, sans pour autant les savourer comme je l’espérais.
Je me mords inconsciemment l’intérieur de la joue. Ma mère se doute de mes activités, mais je ne lui en ai jamais vraiment parlé. Je ne lui ai jamais confessé mes péchés. Ils sont si nombreux. Je baigne littéralement dedans. Il n’y a que ça dans ma vie. Et je ne m’imagine pas dans un autre environnement. C’est celui qui me convient, qui me correspond, mais aucun parent n’accepterait ça pour son enfant… n’assumerait la déviance de sa progéniture. Alors jusqu’à aujourd’hui, je gardais ma part d’ombres pour moi et offrais à ma mère la partie lumineuse de mon être, celle qui la poussait à m’appeler « Angelo Mio ».
— Seul Dieu jugera cet homme, me répond-elle. Il pèsera son âme, évaluera ses péchés.
Je déglutis difficilement et suis à deux doigts de me lever de son lit, m’éloigner d’elle pour ne pas tacher son âme avec la noirceur de la mienne. Ma mère mérite d’aller au paradis plus que quiconque sur cette planète, je refuse que l’accès lui soit refusé à cause de moi.
— Mais je pense que ça soulagera l’esprit de ta sœur de le savoir, termine-t-elle.
Je suis si surpris de l’entendre dire ça que je ne bouge pas. Elle attrape ma main, précédemment posée sur ma cuisse, et la serre entre ses doigts.
— Tu dois continuer de prendre soin d’elle, Roméo, dit-elle, la voix tremblante, le regard presque implorant. Vegli su di lei.
Je serre à mon tour sa main dans la mienne et n’hésite pas une seule seconde avant de lui jurer, comme elle me l’a demandé, de veiller sur Chiara.
— Je te le promets, mamma. Je veillerai toujours sur elle, affirmé-je en la regardant droit dans les yeux.
— Grazie, Angelo Mio.
Et l’entendre m’appeler ainsi juste après ma confession me provoque une sorte de pincement au cœur indescriptible. Ce n’est pas douloureux, au contraire, c’est agréable comme sensation, presque chaleureux.
— Il faut que vous preniez soin de votre père aussi. Lui ti ama, affirme-t-elle. Il ne vous le dit pas, mais il vous aime, répète-t-elle. Il aura besoin d’aide sans moi.
— On sera là pour lui, mamma, la rassuré-je.
Elle sourit en hochant positivement la tête, elle a l’air satisfaite par ma réponse puis, de sa main libre, elle pose sa paume sur ma joue et son regard se charge alors d’une grande émotion.
— Je t’aime Roméo. Ti amerò per sempre. Qu’importe les activités auxquelles tu te livres ou les péchés que tu commets, tu resteras toujours mon fils. Tu es ma chair et mon sang, Angelo Mio. Et je suis fière de l’homme fort que tu es devenu.
Une boule d’émotion obstrue ma gorge et la force à trembler tandis que mon torse se gonfle d’une fierté complètement inédite. Un sentiment qui surpasse considérablement tous les autres. Je me suis déjà senti fier de moi, mais je n’avais encore jamais été témoin de la fierté de ma mère à mon égard. Et c’est bien plus puissant et euphorisant que toutes les drogues du monde. Ça me fait planer en moins d’une seconde.
— Grazie, mamma, dis-je d’une voix qui trahit mon émotion.
— Promets-moi de te trouver une gentille épouse, figlio mio. Jure-moi de la rendre heureuse et de lui donner beaucoup d’enfants.
Une image de Leona se forme alors dans ma tête et durant une seconde, j’imagine cet avenir à ses côtés avant de me souvenir que ça n’arrivera jamais. Elle est libre. Libre de se marier avec qui elle veut et de porter ses enfants. Même si ça me donne envie de faire un putain de carnage de l’envisager.
— Tu mérites d’être heureux, Roméo, reprend ma mère.
Elle efface aussitôt mes pulsions meurtrières et je lui souris tout en me reconcentrant sur elle pendant qu’elle ouvre un nouvel album.
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