Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 19

 

 

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Leona

 

Alors que je viens tout juste de me glisser sous les draps, j’ai la surprise d’entendre le bruit de la clé dans la serrure. Je me redresse aussitôt tandis que Roméo se glisse dans la pièce.

— C’était un très joli numéro, Topolina, me félicite-t-il en s’adossant contre la porte close.

Je fronce les sourcils. Son sourire semble sincère, mais son regard brille de malice et place tous mes sens en alerte.

Il prépare quelque chose. J’en étais sûre.

Cela me paraissait déjà étrange qu’il ne vienne pas me trouver dans les loges pour me reprocher ma provocation. Puis le fait qu’il demande à quelqu’un d’autre de me raccompagner dans ma chambre parce qu’il devait s’absenter avait d’autant plus éveillé mes soupçons.

Désormais, j’en ai la confirmation, Roméo a déjà préparé sa petite vengeance, sa réponse à mon « défi », et je saurai très bientôt ce qu’il en est.

— Merci, dis-je d’une voix hésitante.

— Il n’y a qu’un petit truc qui m’a chiffonné, affirme-t-il en mimant une faible distance entre son pouce et son index.

Le coin de mes lèvres est animé par un tremblement. J’ignore quelle attitude adopter face à son ton léger, plaisantin, et pourtant combiné à une mine sérieuse et un regard toujours aussi malicieux. Je ne sais pas si je dois me montrer fière de ma minuscule provocation, en rire avec lui ou plutôt rester sur mes gardes alors que je renifle un danger proche.

— Qu’est-ce que c’est ? lui demandé-je finalement en voyant qu’il ne compte pas développer son affirmation.

— Viens avec moi, je vais te montrer, me répond-il en se détachant de la porte pour l’ouvrir à nouveau.

Je fronce les sourcils. Mon instinct me crie de ne surtout pas y aller, mais je sais pertinemment que je n’ai pas le choix. J’ignore quelles sont ses intentions à mon égard, mais dans tous les cas, il me forcera à le suivre. Il mènera à bien son plan, comme il l’a imaginé, qu’importe ce que je dirai, alors autant en finir au plus vite et découvrir ce qu’il trame.

Je repousse le drap et descends du lit. Je me dirige machinalement vers mes chaussures, mais Roméo m’arrête en enroulant une main autour de mon bras.

— Pas besoin de ça, affirme-t-il en me tirant vers le couloir des chambres.

— Pourquoi ? Où allons-nous ? lui demandé-je en foulant le sol du couloir.

Je croise le regard de Sharon alors qu’elle sort d’une chambre accompagnée d’un client.

— Tu verras, me répond Roméo.

Nous ne faisons que quelques pas avant qu’il s’immobilise devant la porte de la chambre numéro cinq. Il pose alors sa main sur la poignée et je fronce les sourcils tandis qu’il l’ouvre. Pour quelle raison me fait-il changer de chambre ?

Mes yeux balaient rapidement la pièce. Ce ne sont pas les murs tapissés en rouge et noir, le gigantesque lit ou l’immense armoire installée à côté de la salle d’eau qui retiennent mon attention, mais bien l’énorme croix, en forme de « X », à laquelle sont accrochées des attaches. Je n’ai pas besoin d’être expérimentée pour deviner quelle est l’utilisation de cet objet.

D’intenses sueurs froides me parcourent l’échine, j’oublie tout le reste, notre environnement, les témoins, tout. Je plante mes pieds dans le sol et essaie de lui échapper en y mettant le plus de force possible.

— Non, non, non, répété-je plusieurs fois en tentant d’arracher mon bras de sa prise. Je ne veux pas…

D’un geste vif, il me pousse à l’intérieur de la chambre. Il met tellement de force dans son impulsion que je trébuche et tombe à genoux sur la moquette épaisse de couleur noire. Mes yeux se posent encore une fois sur la croix et je me relève dans un bond puis m’élance vers la porte, mais il a déjà eu le temps d’entrer et de la refermer derrière lui. Je freine brutalement pour ne pas lui rentrer dedans tandis qu’il glisse la clé de sa chambre dans sa poche de jean.

— Mets-toi à l’aise, Topolina, nous sommes là pour plusieurs heures, dit-il en retirant sa veste en cuir.

Malgré la douceur de la température ambiante, je me mets à frissonner. Mon pyjama, composé de la seule tenue que je possède, un short court et un débardeur, me semble tout à coup bien trop fin pour cette nuit d’été.

Calmement, il se dirige vers le lit pour y déposer sa veste.

— Jolie chambre, n’est-ce pas ? demande-t-il en faisant mine d’admirer notre décor.

Après avoir touché les draps noirs à l’aspect satiné sur le lit, il se déplace jusqu’à l’imposante armoire. Sa démarche, toujours aussi lente, est en totale inadéquation avec mon rythme cardiaque endiablé.

Il s’amuse de la situation, il prend son temps, il me fait languir, me laissant imaginer la suite, redouter le pire, craindre pour mon honneur, ma virginité. Je suis au bord du malaise à cause de mon angoisse alors que lui, serein, ouvre l’armoire pour en découvrir le contenu. Malgré les mètres qui me séparent du meuble, je vois nettement les fouets, cravaches, ceintures et autres accessoires sadomasochistes bien alignés sur les étagères, rangés par catégorie et par taille. Je me sens pâlir tandis que de grosses gouttes de sueur perlent dans mon cou. 

— Cette pièce est très demandée. Beaucoup de clients paient pour se faire torturer par une des filles ici, commente-t-il en touchant des objets au hasard.

Inconsciemment, je fais plusieurs pas en arrière, cherchant à me coller dans le coin le plus opposé au sien.

— Crois-le ou non, ça n’est pas mon truc tout ça. J’aime commander les femmes que je baise, mais les fouetter ou les attacher ne me rend pas plus dur, affirme-t-il en refermant doucement les portes de l’armoire.

Je retiens mon souffle ainsi que mon soupir de soulagement lorsqu’il pivote pour me faire face.

— J’avais seulement besoin de ça. Installe-toi, m’invite-t-il.

Le souffle court, je suis la direction de son coup de menton et mes yeux s’élargissent en voyant à nouveau la croix. Je me mets à secouer vivement la tête et, dans un geste désespéré, je cours vers la porte. Je tire de manière hystérique sur la poignée, mais rien ne se passe. Du coin de l’œil, je le vois approcher et ma panique grimpe encore d’un cran tandis que je pousse un cri d’effroi et me mets à cogner de toutes mes forces contre la porte.

— Au secours, crié-je. Aidez…

Il plaque sa main sur ma bouche et étouffe mes cris.

— Tranquille, Leona, dit-il en riant. Je ne vais pas te torturer. Je ne te veux que du bien. Fais-moi confiance.

Je secoue machinalement la tête de gauche à droite. Je ne le crois pas. Vraiment pas. Je ne lui fais absolument pas confiance.

— Tout ira bien. Laisse-toi faire.

Je secoue bien plus vigoureusement la tête tout en recommençant à cogner contre la porte.

Évidemment, ça ne lui plait pas du tout, il m’attrape donc par le bras et m’éloigne de la porte.

Un réflexe insensé se déclenche, ma main se lève à toute vitesse dans l’intention de lui administrer une gifle, mais il parvient à l’éviter en reculant sa tête.

Le temps se met alors sur pause.

Ma lèvre se met à trembler de peur quand son regard devient meurtrier. Cela va bien au-delà de la rage. M’attendant à essuyer un coup, je ferme mécaniquement les yeux lorsqu’il lève la main vers mon visage. Un cri mêlant peur et surprise s’échappe de mes lèvres lorsqu’il enfonce ses doigts dans mes joues.

— Avec beaucoup d’entrainement, tu parviendras peut-être à atteindre ta cible un jour, grogne-t-il à un centimètre de mon visage, le regard féroce. En attendant, à moins d’être prête à m’affronter à la régulière et encaisser les coups que je te donnerai, ne recommence jamais cette merde.

Je me sens hocher positivement la tête. Il a parfaitement raison, c’était un geste complètement idiot de ma part. Je ne recommencerai pas.

Il desserre sa prise sur mes joues en me sentant rendre les armes.

— Finis de jouer, déclare-t-il en me poussant en direction de la croix. Tu as suffisamment testé ma patience. Déshabille-toi, ordonne-t-il.

Et à ce moment-là, alors que mon corps se raidit en entendant ce ton aussi froid qu’impérieux, je réalise qu’il ne m’avait pas encore montré toute l’ampleur de son autorité. Mon instinct de préservation prend le relai et tout mon être se plie au commandement pour ne pas le contrarier davantage et découvrir jusqu’où s’étend sa violence. Mes gestes sont mécaniques, je ne réfléchis pas à ce que je fais tandis que je retire mon débardeur révélant ainsi mes seins nus, puis j’enlève mon short et enfin, ma culotte.

Il n’affiche aucun signe de satisfaction, de désir ou autre, tandis que les bras ballants, je me tiens dévêtue face à lui, il semble seulement toujours contrarié.

— Recule jusqu’à la croix.

Son regard, intense, parait aussi tranchant que le ton impérieux qu’il utilise pour me commander, encore une fois, il ne laisse place à aucune rébellion. J’avale péniblement ma salive, mais fais ce qu’il me demande en reculant jusqu’à la croix contre laquelle j’appuie mon dos.

Cette fois, un demi-sourire satisfait apparait sur ses lèvres. D’une démarche féline, il s’approche de moi.

— Lève les bras.

Ma respiration déjà hasardeuse devient encore plus rapide tandis que je forme un « V » avec mes bras au-dessus de ma tête. Je fixe du regard sa pomme d’Adam pendant qu’il serre les bracelets autour de mes poignets. Les attaches, au tissu rembourré, ne me font pas mal, mais cette position est très inconfortable puisqu’elle tire beaucoup sur mes épaules.

— C’est bien, me félicite-t-il d’une voix cajoleuse en effleurant ma joue.

Mon regard plonge dans ses prunelles marron qui brillent désormais de plaisir. Je me trouve dans la position qu’il souhaitait. Il peut commencer sa punition.

— Tu es magnifique, Topolina, me murmure-t-il.

Ses doigts glissent dans mon cou, caressent ma peau puis continuent leur descente jusqu’à atteindre la vallée de mes seins. Mon souffle devient encore plus erratique tandis qu’il prend délicatement mes seins entre ses mains. La partie consciente de mon cerveau tente d’ignorer la sensation, très agréable, de ses doigts sur cette partie intime de mon anatomie en se focalisant sur le visage de Roméo. Je remarque alors une faible bosse au niveau de l’arête de son nez ainsi qu’une toute petite cicatrice. J’en trouve une autre au niveau de son arcade sourcilière côté droit, cela a aussi créé un minuscule trou dans son sourcil… Je couine tandis qu’une vive douleur se fait ressentir au niveau de mes deux tétons et je devine facilement qu’il les a pincés.

— Ça pourrait être si plaisant si tu arrêtais de te battre contre moi, me murmure-t-il en faisant rouler ses pouces sur mes pointes. Tu ne fais que repousser l’inévitable, Topolina. Je veux que tu t’abandonnes à moi et te faire crier de plaisir, j’y arriverai avant que tu t’en ailles, me promet-il, le regard déterminé.

On dirait le dernier souhait d’un condamné. Il ne reculera devant rien pour l’exaucer.

Je ferme brièvement les yeux alors que ma panique monte en flèche. Ses mots m’effraient plus que de raison. Leur double peine me terrifie. Perdre ma virginité serait déjà terrible, mais y prendre du plaisir serait le coup de grâce, le déshonneur ultime pour moi, pour ma famille.

— Écarte les jambes, m’ordonne-t-il en réadoptant son ton impérieux.

Je ne le laisserai pas gagner. Il ne me brisera pas. Il ne m’enlèvera jamais ma fierté. J’affronterai toutes ses épreuves avec courage. Si tel est le sort qu’il me réserve, j’y ferai face dignement.

Je relève le menton, plonge mon regard dans le sien et écarte les jambes.

— Finissons-en, décrété-je d’une voix forte.

Contre toute attente, il émet un faible rire tout en secouant négativement la tête.

— Oh, Leona, dit-il de sa voix si profonde, nous deux, ce n’est pas terminé, ça ne le sera jamais. Je compte marquer ton esprit à vie.

Il s’accroupit devant moi et je baisse le menton afin de suivre sa descente.

— Tu ne pourras pas regarder un homme sans penser à moi.

Mon cœur manque un battement quand son visage se retrouve presque à la même hauteur que la partie la plus intime de mon anatomie. Je me sens presque soulagée lorsqu’il s’en écarte pour attacher un bracelet autour de ma cheville.

— Tu compareras tous tes futurs baisers à celui que je t’ai donné, énonce-t-il. 

Silencieusement, je fixe du regard ses boucles brunes, décoiffées, rebelles, emmêlées, pendant qu’il termine de me restreindre.

— Et quand un homme te retirera ta culotte, dit-il en se replaçant dans sa position initiale, face à mon entrejambe. Tu te souviendras de moi, niché entre tes cuisses.

Il se penche pour humer mon sexe. Je tente de lui échapper, mais à cause des liens, je ne peux rien faire.

— Toute expérience après la tienne ne pourra être que meilleure et finira par effacer ton souvenir déplaisant, lutté-je verbalement.

— Mon souvenir peut être très plaisant. Ça ne dépend que de toi, contre-t-il d’une voix logique.

Son visage est toujours trop près de mon intimité pour me permettre de penser clairement ou seulement respirer normalement.

Mon cœur est sur le point d’imploser alors qu’il coupe mon sexe avec sa large paume.

— Il te suffit de me céder le pouvoir, de me laisser faire…

Il pose ses doigts au niveau de mon pubis et attrape une petite touffe de poils pubiens que je prends soin de tailler régulièrement.

— De me faire confiance, continue-t-il d’une voix beaucoup trop calme compte tenu de la situation. Et surtout...

Il glisse sa seconde main à l’arrière de son dos et mon regard est soudainement attiré par la surface réfléchissante d’une lame de couteau très fine. Je me mets à paniquer et dans un geste désespéré, je tente une nouvelle fois de bouger mes bras et mes jambes, mais bien que mon corps remue dans tous les sens, je ne parviens pas à me sortir de cette panade.

— De ne plus bouger.

Je m’immobilise instantanément lorsqu’il rapproche son couteau de mon sexe. Il passe sa lame sur mes poils et les coupe d’un coup net et précis.

— Et il est question de prendre cette décision maintenant si tu ne veux pas te retrouver mutilée, décrète-t-il en tirant sur une nouvelle touffe.

Les yeux exorbités, en me demandant encore si la scène est bien réelle, je le vois trancher de nouveaux poils près de la racine, frôlant ma peau et me donnant autant envie de rester immobile que de lui hurler dessus à cause de son inconscience.

— Tu n’es pas sérieux, dis-je en proie à l’incrédulité.

— Totalement sérieux, nie-t-il en prenant une nouvelle touffe et en rapprochant sa lame. Je trouve les poils très désagréables à cet endroit, et comme je compte bien me glisser entre ces lèvres…

Je bouge. C’est plus fort que moi, effrayée par ses paroles crues, je tente de m’échapper sur un côté, mes hanches tournent et je couine de douleur alors que sa lame entaille ma peau au niveau de l’aine.

— Je t’ai dit de ne pas bouger, me rappelle-t-il en éloignant son couteau.

Une remarque cinglante reste coincée dans ma gorge alors qu’il se penche et pose ses lèvres au niveau de la coupure et aspire mon sang. Mes yeux sont à deux doigts de sortir de leurs orbites quand je sens sa langue parcourir la fine entaille de long en large, caressant ma peau et me provoquant de drôles de picotements.

Je me mords la lèvre et fixe le plafond quand d’intenses frissons sillonnent tout mon corps. Je ne savais pas ma peau aussi sensible à cet endroit.

— Tu ne bougeras plus ? me demande-t-il, sa tâche terminée.

Je sens son souffle sur mon intimité et devine la menace cachée derrière ce changement de position. Sans y réfléchir à deux fois, je hoche négativement la tête. Je ne veux pas qu’il me coupe ailleurs et… y appose ses lèvres.

— Gentille fille, me félicite-t-il en déposant un baiser sur ma peau au niveau de l’aine. Je vais chercher un rasoir.

Mes yeux trouvent immédiatement les siens alors qu’il se relève.

— Tu ne vas pas le faire au couteau ?

On peut aisément entendre dans ma voix tout le soulagement que ce constat me provoque. 

— Non, répond-il en rangeant la lame dans son dos. Ce serait trop long. C’était juste pour jouer avec tes nerfs, termine-t-il avec un clin d’œil.

Je suis à deux doigts de l’insulter et le frapper, mais me ravise en me souvenant que je ne suis clairement pas dans la bonne position, ni pour l’un ni pour l’autre. Je reste donc silencieuse et le regarde se diriger vers la salle d’eau.

— Oh, j’allais oublier, dit-il en se retournant subitement.

À l’instant où je le vois dégainer son téléphone portable, je tourne la tête et tente de cacher mon visage derrière mes cheveux.

— Comme tu m’as empêché de leur envoyer une vidéo, affirme-t-il en laissant sa phrase en suspens.

Voici le véritable but de toute cette mascarade, il revient au plan initial, capturer des images embarrassantes de moi et les transmettre à ma famille. Ces photos sont bien plus destructrices que la vidéo de mon show et je regrette immédiatement mon coup d’éclat. 

— Ne fais pas ça, couiné-je en tirant sur les attaches. Ne leur envoie pas.

Je tourne la tête vers lui et le découvre le sourire aux lèvres, l’appareil toujours levé devant lui, il continue de prendre des photos. Il capture ainsi ma mine embarrassée et peinée.

— Pourquoi tu fais ça ? Ces photos ne t’aideront pas à obtenir ce que tu veux, mon oncle ne…

— Au contraire, c’est en leur envoyant des preuves de ce que tu endures à cause d’eux que j’obtiendrai ce que je désire, me répond-il comme si c’était une évidence en rangeant son téléphone dans sa poche.

— Mais elles ne sont même pas vraies, c’est une mise en scène…

— Tu préférerais que le supplice soit réel ? me demande-t-il d’une voix amusée en désignant l’armoire du menton.

Sans attendre ma réponse, il tourne les talons et se dirige vers la salle d’eau. J’entends le bruissement d’un sac en papier puis de l’eau couler dans l’évier. Enfin, Roméo revient vers moi, un petit saladier rempli d’eau dans une main, un rasoir et un flacon de mousse à raser dans l’autre ainsi qu’une serviette posée sur son épaule.

Il s’agenouille à nouveau et abandonne le tout à mes pieds.

— N’envoie pas les photos, tenté-je encore. Mes parents n’ont pas besoin de me voir ainsi.

— Tu ne parles jamais de ton fiancé, affirme-t-il en déposant une noisette de mousse dans sa paume.

Mon cerveau se met momentanément sur pause alors qu’il badigeonne mon intimité de mousse. Ce n’est pas comme s’il la caressait, mais il la touche quand même et c’est suffisamment indécent pour me mettre mal à l’aise.

— Tu plaides toujours en faveur de tes parents, mais jamais tu n’évoques la souffrance de ton fiancé, continue-t-il naturellement de me parler tout en rasant une première bande de poils.

La scène me parait si surréelle que j’ai du mal à croire qu’il s’agit bien de mon sexe qu’il est en train de raser.

— Tu ne te demandes pas ce qu’il éprouve en imaginant sa future femme entre les mains des Calabrais ? me demande-t-il, après avoir plongé le rasoir dans l’eau. La haine qu’il doit ressentir en imaginant un autre homme prendre ta virginité alors qu’il devait espérer ce moment depuis des années.

Tandis qu’il s’attaque à une autre bande de poils pubiens, les paroles de Cipriano me reviennent en mémoire. Effectivement, il doit être très énervé, mais contrairement à ce que pense Roméo, je ressens davantage une satisfaction malsaine plutôt que de la peine. Je déteste Cipriano, mais ça, tout le monde l’ignore, mis à part Carlotta.

— Je ne le connais pas assez pour m’inquiéter pour lui, dis-je plutôt que d’avouer que je me fiche pas mal de ses sentiments.

— Vous vous côtoyez régulièrement pourtant selon la presse, répond-il en nettoyant son instrument.

Je ne suis pas surprise d’entendre ça, il a précédemment confessé avoir réalisé de nombreuses recherches à mon sujet, pour mieux me briser selon ses dires.

— Nous nous saluons et bavardons un peu durant les événements sociaux auxquels nos familles participent, c’est ce qui est attendu de la part de fiancés, mais ça ne signifie pas que nous sommes proches.

Bien au contraire, j’ai envie d’ajouter. Nous sauvons juste les apparences. Comme tout le monde dans ce milieu.

Mon corps se tend lorsque je sens ses doigts écarter mes lèvres intimes afin de les raser à leur tour.

— Le prince qui a acheté ta main n’est pas aussi charmant que tu l’espérais, Topolina ? se moque-t-il en continuant sa tâche, ignorant totalement ma gêne.

Je grince des dents.

— Est-ce qu’on peut discuter d’autre chose ?

— Tu trouves que c’est trop irrespectueux de parler de lui alors que je suis en train de caresser ta chatte ?

Mes yeux s’élargissent quand ses doigts dévient de leur position et touchent intentionnellement mon clitoris. Il me faut changer de sujet, le distraire et ne surtout pas l’encourager à continuer ses caresses.

— Si nous discutions de toi plutôt. C’est une passion chez toi de raser les femmes ?

Il m’adresse un large sourire avant de replacer ses doigts correctement pour reprendre sa tâche.

— Tu es ma première, Topolina. En général, celles que je baise ont la chatte bien entretenue puisque c’est leur outil de travail.

Mes sourcils se soulèvent d’étonnement.

— Tu ne couches qu’avec des prostituées ?

Il acquiesce sans montrer le moindre signe d’embarras.

— C’est bien moins énergivore que de draguer des femmes dans un bar. Je les appelle quand j’en ai envie, elles viennent de suite, elles se soumettent sans rechigner, elles ne sont pas timides, sucent mieux que les autres et acceptent la sodomie sans faire leur mijaurée.

Je grimace sans pouvoir me retenir.

— Si j’avais plus de temps, je t’initierais, affirme-t-il en glissant le rasoir entre mes fesses.

J’avance spontanément mon bassin pour m’éloigner de l’objet, les yeux ronds, les joues écarlates, je secoue vivement la tête en répétant plusieurs fois mon refus d’une voix chevrotante.

— Ne bouge pas, me rappelle-t-il. Je ne crois pas que tu aimerais sentir ma langue à cet endroit. Pas encore en tout cas. 

Nouvelle grimace. Bien plus intense. Je suis obligée de détourner le regard tellement je suis embarrassée. Roméo laisse échapper un faible rire, aussi amusé que moqueur, mais je ne m’en formalise pas.

À partir de là, je reste parfaitement immobile et silencieuse.

Une fois sa tâche accomplie, il passe la serviette entre mes plis pour m’essuyer puis il écarte encore une fois mes lèvres pour inspecter son travail. Son toucher ne me parait plus aussi étrange qu’au départ, mais j’ai tout de même hâte qu’il termine et qu’il retire enfin ses doigts de mon intimité.

— C’est parfait, se félicite-t-il.

Je jette un coup d’œil dans sa direction alors qu’il caresse mes lèvres de manière plus appuyée, frottant à chaque fois la pulpe de son doigt contre mon clitoris et m’envoyant une faible décharge électrique à chaque fois.

— Détache-moi, lui demandé-je d’une voix rauque. J’ai mal aux épaules, Roméo.

Ce n’est qu’une excuse afin de dévier son attention ailleurs, l’obliger à se relever, à écarter ses mains de mon corps qui, à force de caresses, commence à s’échauffer. Et ça me terrifie parce que je suis parfaitement consciente du fait que tôt ou tard, Roméo sentira les preuves de mon excitation sur ses doigts s’il persiste à caresser mes lèvres intimes. J’ai besoin d’éloigner cette source de tentation que représente son toucher rugueux, mais clairement agréable.

Je m’attendais à devoir poursuivre mon argumentaire afin de le convaincre, mais Roméo me surprend en tendant aussitôt la main en direction de ma cheville pour la détacher.

Après avoir caressé une dernière fois mes lèvres, s’attardant longuement sur mon clitoris et me forçant à me mordre la lèvre pour retenir mon gémissement, il tend sa seconde main et détache mon autre cheville.

Je referme aussitôt les cuisses, en partie soulagée et en partie frustrée.

Roméo n’ayant pas terminé de me détacher, je ne peux pas m’éloigner alors qu’il pose ses lèvres sur ma peau, au niveau de ma hanche, et remonte doucement jusqu’à ma poitrine tout en parsemant ma peau de baisers. Tout mon corps se couvre de frissons. Sa barbe frotte contre ma peau, elle l’irrite, mais ça me provoque plus de plaisir que de contrariété.

Mes lèvres s’entrouvrent alors que les siennes embrassent avec une grande douceur mon sein, qui me parait incroyablement lourd à cet instant et requiert une attention qu’il n’avait encore jamais réclamée. Roméo semble comprendre mon corps mieux que moi puisqu’il aspire ma pointe entre ses lèvres et automatiquement, mes yeux se ferment alors que mon corps se met à trembler de plaisir. Un soupir, long et lourd, s’échappe de ma bouche.

Ma raison m’ordonne de l’arrêter, mais mon corps n’est pas de cet avis et pendant qu’un combat éclate entre eux, Roméo continue ses caresses.

Ses doigts se posent doucement sur mon intimité alors que ses lèvres poursuivent leur remontée jusqu’à mon cou. D’un mouvement habile, il tourne autour de mon clitoris, le cherche, le découvre, et, tout en embrassant la peau fine de mon cou, Roméo commence à faire tourner ses doigts autour de mon point sensible. Ma protestation se perd au fond de ma gorge alors qu’un gémissement grimpe bien plus vite vers ma bouche et s’échappe de mes lèvres entrouvertes.

Roméo se place alors face à moi, le regard voilé par le désir, une mine triomphale, fière, mais aussi possessive sur le visage. Il se rapproche de mes lèvres et à leur tour, il les embrasse délicatement. Je ne réponds pas à son baiser alors que ses doigts continuent de tourner autour de mon clitoris et me procurent beaucoup trop de plaisir. Un plaisir supposément interdit, que je ne dois pas lui donner. La raison semble gagner son combat contre la luxure alors qu’une petite voix criarde, absolument désagréable, me répète que je devrais avoir honte de moi.

— Arrête, lui demandé-je à bout de souffle contre ses lèvres.

— Je veux ma récompense, Leona, refuse-t-il. Je veux être le premier à te faire jouir.

Je secoue négativement la tête bien que tout mon corps soit en accord avec sa demande.

— Je ne peux pas…

— Bien sûr que si, me coupe-t-il. Laisse-toi aller, Topolina. 

Il attrape ma lippe entre ses dents et la mordille gentiment.

De sa main libre, il caresse mes côtes puis remonte jusqu’à mon bras et continue jusqu’à mon poignet.

— Personne ne le saura et tu feras de moi un homme comblé, continue-t-il.

Je sens ses doigts s’activer autour de l’attache.

— Accorde-moi ce plaisir, insiste-t-il en me regardant droit dans les yeux.

Mon bras retombe le long de mon corps alors que mon regard se perd dans le sien qui est si intense, si déterminé, si possessif qu’il parvient à me faire frissonner de plaisir et provoque une nouvelle vague d’excitation dans mon vagin.

— Je désire seulement te donner ton premier orgasme, Leona. Être le premier à te faire perdre pied. Marquer ton esprit. Je ne toucherai pas à ton innocence, je te le promets.

Une plainte s’échappe de mes lèvres pour marquer tout le trouble que me provoque son affirmation. Je ne parviens plus à penser clairement, mes idées sont embrouillées, confuses. Je ne sais plus ce que je dois faire ou ne pas faire. Ce qui est bien, mal, plaisant, déplaisant, déshonorant.

— Personne ne le saura, répète-t-il en devinant clairement mon combat intérieur. Ça restera à jamais entre toi et moi, Topolina.

Il frôle mes lèvres avec les siennes.

— Ce moment n’appartient qu’à nous, murmure-t-il.

Je ne sais pas si mon plaisir a un effet anesthésiant sur mon cerveau ou si Roméo parvient tout simplement à trouver les mots justes pour me convaincre, mais je me sens rendre les armes. Je me sens céder à la tentation, la luxure.

Ainsi, alors qu’il libère mon second poignet de son entrave, je ne le repousse pas. Au contraire, lorsqu’il pose doucement ses lèvres contre les miennes tout en reprenant ses caresses sur mon clitoris, je me sens répondre au baiser. 

Un éclair de fierté et de grande satisfaction illumine brièvement son regard quand il saisit mon acceptation.

— Dis-le, Topolina, murmure-t-il. Tu veux que je te donne un orgasme ?

— Oui, soufflé-je.

Ma voix est à peine audible, si éraillée tant ma gorge est sèche, mais je suis certaine qu’il m’a entendue alors qu’il appuie plus fermement ses doigts contre mon clitoris et accélère très nettement le rythme de ses rotations.

Libérée de l’interdit que je m’étais moi-même imposé, je profite pleinement de sa caresse qui m’apporte aussitôt un grand plaisir.

Il capture à nouveau mes lèvres, de manière bien plus fougueuse, et j’enroule spontanément un bras autour de son cou afin de garder l’équilibre alors que Roméo me fait perdre pied.

Sans lâcher mes lèvres ni mon regard, il me conduit jusqu’à l’orgasme et absorbe mon long gémissement pendant que mon corps tremble intensément sous ses doigts.

Avec un sourire victorieux aux lèvres, il se détache des miennes afin de me permettre de reprendre mon souffle et de me remettre de cet orgasme beaucoup trop intense, car longtemps retenu.

La petite voix aigüe, très insupportable, est de retour dans mon esprit et me fait savoir que ce comportement est inacceptable, que je devrais avoir honte d’avoir succombé à la luxure aux mains de mon tourmenteur. Et je finis par la croire.

Malgré l’immense contentement offert par ma jouissance, je ressens également une pointe de gêne à l’idée de m’être abandonnée à lui de la sorte et c’est en regardant mes pieds, honteuse, que je me rhabille et retourne dans ma chambre.

 

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