Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 48

 

Roméo

 

Une odeur de brûlé pénètre immédiatement dans mes narines lorsque je pousse la porte de l’appartement. Je me précipite en cuisine pour y découvrir Leona en train d’agiter un torchon devant le four, dispersant la fumée qui s’en échappe tout en maugréant.

— Un problème ? lui demandé-je d’une voix amusée en entrant dans la pièce.

Elle tourne vivement la tête vers moi, la mine contrariée.

— J’ai oublié le gratin dans le four, me dit-elle.

J’entends toute sa lassitude. Elle se donne beaucoup de mal pour nous cuisiner des petits plats, mais très souvent, il y a un incident, un petit couac qui gâche son travail. Erreur dans le temps de cuisson, dans les quantités, dans le condiment ajouté, une fois elle s’est même trompée de viande… Leona n’est tout simplement pas faite pour la cuisine, mais elle persiste quand même.

Maintenant, je vais avoir peur qu’elle foute le feu à l’appartement.

— J’ai mis plus d’une heure à le préparer, j’ai suivi la recette à la lettre, j’ai préchauffé le four à la bonne température, tout était parfait, m’assure-t-elle en secouant de nouveau son torchon. Je gardais même un œil sur le temps et puis ta sœur m’a appelé, et j’ai oublié le gratin. 

Avec un soupir d’exaspération, envers elle-même et son manque de concentration, elle se penche au-dessus de l’évier pour faire glisser la partie inférieure de la fenêtre à guillotine afin de l’ouvrir.

— Ce n’est pas très grave, la rassuré-je en me rapprochant du four pour y découvrir un plat carbonisé à l’intérieur. Ça nous fera l’occasion de gouter de nouveaux plats. On pourrait tester la cuisine indienne ce soir.

— Ce n’est plus une occasion lorsque ça se produit tous les jours, bougonne-t-elle face à l’évier.

Je me rapproche d’elle et pose mes mains sur ses hanches avant de me pencher pour embrasser son cou mis à nu par sa queue de cheval.

— Tu finiras par y arriver, tu as seulement besoin de pratique, murmuré-je contre sa peau. Et d’éteindre ton téléphone, ajouté-je en souriant. Qu’est-ce que voulait Chiara ?

Elle pose sa tête contre mon torse et ferme les yeux, savourant sa dureté contre son dos ainsi que mes baisers dans son cou.

— Elle souhaitait juste discuter et m’inviter à aller voir un film avec elle dans la semaine, me répond-elle. Je l’ai invitée à venir ici demain. Je vais lui expliquer la situation afin qu’elle ne s’imagine pas que je l’évite en déclinant toutes ses propositions de sortie. 

— Tu as bien fait.

— Vous n’avez toujours aucune piste ? me demande-t-elle en décalant sa tête pour pouvoir me regarder.

Je hoche négativement la tête. Cela fait maintenant une semaine que nous cherchons activement Russo, mais aucun renseignement ne s’est avéré exact ni concluant. Nous ignorons toujours où il se trouve. Plus les jours passent, plus j’ai le sentiment qu’il se rapproche de Leona et ça me fout une terrible angoisse. L’idée qu’il puisse mettre la main sur elle, me l’enlever me donne envie de commettre un massacre. Perdre Leona serait la pire forme de torture à mes yeux, et je m’y connais en la matière. Je n’ai pas toujours été le bourreau, j’ai également reçu pas mal de coups, je sais ce que c’est la douleur, mais rien ne pourrait être plus douloureux que de perdre ma femme. Je ne m’en relèverai jamais, c’est certain.

— Il sait rester discret, commenté-je en me redressant. J’ai le sentiment qu’il se rapproche petit à petit, qu’il n’est plus très loin, ce serait trop risqué pour toi de sortir maintenant.

— Je sais, me rassure-t-elle en tournant sur elle-même pour se placer face à moi. Ça me déprime de ne pas sortir, mais je comprends. C’est pour ma sécurité.

Elle pose ses mains sur mes hanches et m’offre une ébauche de sourire. Je me doute qu’elle trouve le temps long, enfermée entre ces murs toute la journée, mais il va falloir qu’elle continue d’être patiente. Dès que j’aurai réglé le problème, elle sera libre de sortir autant qu’elle le voudra.

— Je vais le retrouver, lui assuré-je en posant une main sur sa joue. Ce sera bientôt terminé.

Elle m’adresse un faible hochement de tête, signe qu’elle me croit, mais ça ne lui rend pas le sourire pour autant.

— Comment ça a été ta journée ? me demande-t-elle pour changer de sujet.

— J’ai passé l’après-midi à évaluer les nombreux candidats pour la prochaine saison de combats à l’arène avec Léandro.

Deux fois par mois, mon ami organise des combats dans une arène qu’il a lui-même aménagée par passion du sport. Les gagnants sont très bien rémunérés d’où le nombre élevé de candidatures. Tous les ans, nous planifions des sessions de recrutement et nous réévaluons également les combattants de la saison précédente afin de garantir un niveau d’exception pour la nouvelle année de combats.

— Comment vous faites ?

— Ce sont des combattants, lui rappelé-je. On se bat contre eux pour évaluer leur niveau.

J’attrape ses hanches et la soulève dans les airs tandis qu’elle pousse un cri de surprise, puis je la dépose sur un meuble de la cuisine.

— J’ai passé l’après-midi à me battre et j’en ressens encore les effets, lui dis-je d’une voix rauque en écartant brusquement ses cuisses pour m’y installer.

— Tu ne devrais pas être épuisé ? me demande-t-elle avec un sourire au coin des lèvres en glissant une main dans mes cheveux.

— Avec toute l’adrénaline qui coule dans mes veines, dis-je en faufilant mes mains sous sa jupe, je ne serai pas fatigué avant plusieurs heures.

J’attrape brusquement les bords de sa culotte et la lui arrache tandis qu’elle pousse un nouveau cri de surprise mêlé à un rire.

— Prête à inaugurer tout l’appartement ? lui demandé-je avec un sourire en coin, ravi de la voir retrouver le sien.

— C’est déjà fait, me rappelle-t-elle d’une voix rauque.

Et cette voix combinée à ce regard enflammé fait instantanément durcir ma queue.

— Refaisons un tour du propriétaire pour être sur, proposé-je. Je veux te regarder jouir sur toutes les surfaces. 

Avec un large sourire, elle rapproche mon visage du sien et capture mes lèvres tandis que mes doigts trouvent son clitoris et commencent à le satisfaire.

 

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Leona

 

Le lendemain matin, assise sur le canapé, le dos appuyé contre le dossier et les jambes étendues devant moi, je regarde distraitement la télévision tout en me limant les ongles lorsque Roméo fait irruption dans l’appartement. Même s’il n’a pas vraiment d’horaires, il rentre et repart à des heures complètement aléatoires, je devine qu’il y a une urgence à sa façon de claquer la porte d’entrée derrière lui.

— On a une piste, m’annonce-t-il, la mine très sérieuse.

Je me redresse et pose ma lime sur le canapé afin de lui accorder toute mon attention.

— Russo serait du côté de Milwaukee. Je m’y rends avec Gianni pour vérifier l’info.

— Milwaukee, répété-je. Ce n’est pas très loin…

— Une heure de voiture environ, acquiesce-t-il.

J’opine machinalement en essayant de masquer mon émotion, mais le savoir si près de moi me fout la trouille.

— Viens. Je te dépose chez les Bellochi.

— Je ne peux pas rester ici ? Chiara devait me rejoindre en début d’après-midi, je ne peux pas lui faire faux bond, marmonné-je, prise de court par son empressement.

Je le vois clairement hésiter en m’entendant parler de sa sœur et de notre rendez-vous à l’appartement dont elle se réjouissait d’avance et qui lui fera le plus grand bien, ainsi qu’à moi. 

— Je ne risque rien ici, lui rappelé-je pour l’aider à se décider.

J’adorerais revoir Giulana et passer du temps avec elle, mais je préférerais autant rester ici plutôt que de m’imposer chez les Bellochi où je ne me sentirais pas forcément à l’aise sans Roméo. 

— Jure-moi de ne pas sortir, m’ordonne-t-il.

— Je te le promets, je ne sortirai pas de l’appartement.

Il me regarde longuement, évaluant sans doute les risques, le danger, avant de soupirer et se rapprocher du bord du canapé où je me trouve.

— Au moindre problème, tu appelles Dino ou Léandro. Je t’enverrai leurs numéros.

J’acquiesce tout en sachant déjà sur lequel des deux se porterait mon choix si je devais les contacter.

D’un geste rapide, il attrape mon visage entre ses doigts puis se baisse jusqu’à se placer à mon niveau.

— Je te jure, Leona, que si tu n’es pas là à mon retour, je te punirai si fort que tu ne pourras pas t’asseoir pendant des semaines, me menace-t-il.

La réponse logique serait de m’offusquer, voire de m’énerver contre son manque de confiance, mais je connais Roméo et sais pertinemment que c’est sa façon de réagir face à la peur. Il utilise la menace pour me forcer à obéir, il s’assure ainsi que je serai prudente et qu’il ne me perdra pas.

— Je ne bougerai pas d’ici, lui assuré-je d’une voix douce en posant ma main sur son poignet.

Rassuré, il relâche mon visage, glisse sa main sur ma joue puis à l’arrière de mon crâne et me rapproche de lui pour capturer mes lèvres. Il me donne un long baiser avant de se détacher de mes lèvres et appuyer son front contre le mien.

— Je vais buter ce fils de pute et ensuite, je t’offrirai la vie que tu mérites.

Sans menaces, sans danger. Libre de vivre toute une vie à ses côtés et de construire cet avenir qu’on s’est imaginé.

— Sois prudent, lui murmuré-je.

— Toujours, m’assure-t-il avant d’embrasser mon front.

Il se redresse et tourne les talons, repartant en direction du hall d’entrée. Il se retourne juste avant de quitter le salon afin de me regarder et je lui murmure un « je t’aime ». Il sourit grandement puis reprend son chemin.

Mon cœur se serre et mon estomac se tord douloureusement d’inquiétude lorsque j’entends la porte se refermer derrière lui. Il a plutôt intérêt à revenir en un seul morceau. Je ne me remettrai jamais de sa perte sinon.

 

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Leona

 

Deux heures après son départ, sans nouvelles de sa part, je suis trop inquiète pour me concentrer sur une quelconque activité alors je décide de demander à Chiara de venir tout de suite plutôt que d’attendre le début d’après-midi comme prévu.

Après lui avoir envoyé un texto, mes yeux se posent sur le dernier message de Roméo me transmettant les numéros de téléphone de Dino et Léandro, et alors que je clique sur notre conversation, j’hésite à lui demander si tout va bien. Je ne veux pas le déranger dans sa tâche, sa traque, mais j’aimerais également être tenue au courant de ses avancées. Est-ce que c’est terminé ? Est-ce qu’il était là-bas ? Est-ce que c’était une fausse piste ? Est-ce qu’il est sur la route du retour ? Que fait-il, où est-il et comment va-t-il, tout simplement, c’est tout ce que j’ai besoin de savoir à l’heure actuelle pour me rassurer.

La réponse de Chiara interrompt le fil de mes pensées et je clique sur la notification du message pour l’ouvrir.

Je fronce les sourcils en lisant ses mots :

« Tu ne passes plus à la boutique ? Je ne comprends pas. »

Je sens de nombreuses piqures au niveau de la nuque, comme si l’on m’enfonçait des aiguilles dans la peau, et je la fais machinalement craquer tandis qu’un sentiment de malaise me tord soudainement le ventre. Je ne pourrais pas l’expliquer, mais j’ai un mauvais pressentiment concernant le message de Chiara, quelque chose me pose problème, mais je n’arrive pas à mettre le doigt dessus.

« Non. Pourquoi je devrais venir à la boutique ? » lui réponds-je.

Sa réponse fuse sous la forme d’une capture d’écran et je me sens pâlir en voyant une conversation sur Instagram entre Chiara et moi alors que ça fait des semaines que je ne me suis pas connectée à mon profil.

Une personne se faisant passer pour moi à envoyer un message à Chiara il y a moins d’une heure disant :

« Devine où je suis. ».

« Presque sûre que tu es chez mon frère, mais tu ne me poserais pas la question si la réponse était aussi évidente. J’en déduis que tu es ailleurs… en train d’acheter des pâtisseries en vue de notre rendez-vous café, peut-être ? Si c’est le cas, j’adore la tarte au citron, les tartes aux fruits plus généralement, et aussi les brownies. » 

« Ce n’est pas ça. »

« OK… Alors tu t’es décidée à venir visiter ton futur lieu de travail ? Perso, je suis à la boutique côté ouest, près de Marquette Park, il n’y a personne, mon père est parti chez un fournisseur et je m’ennuie terriblement. Viens ! »

« Donne-moi l’adresse. J’arrive. »

Je ne réfléchis pas avant de cliquer sur le bouton d’appel d’une main tremblante. Chiara décroche au bout de la deuxième sonnerie.

— Allo ?

Je ressens d’abord un profond soulagement entendant sa voix, en constatant qu’elle se porte bien, puis la panique revient lorsque je me rappelle qu’elle est en danger.

— Ce n’était pas moi, me précipité-je de dire. Les messages ne venaient pas de moi. Va-t’en.

— Qu’est-ce que tu racontes ?

— Sors de la boutique, Chiara, crié-je.

Je ne sais pas qui a piraté mon compte, mais cette personne est dangereuse, j’en suis persuadée, et maintenant, elle est au courant que Chiara est toute seule dans un magasin. Il faut qu’elle s’en aille au plus vite.

— OK…

En arrière-plan, j’entends une sonnette retentir et reconnais ce bruit comme étant celui qui annonce l’entrée d’un client dans une boutique.

— Dis-moi que c’est ton père qui vient de revenir, la supplié-je alors qu’un énorme trou se forme dans mon estomac.

Je peux sentir de la bile remonter dans ma gorge tant mon angoisse est grande.

— Non, c’est un client, me chuchote-t-elle. Écoute, je te rappelle…

— NON ! Sors de la boutique, tu es en danger !

Je le sens, bon sang, je le pressens au fond de moi qu’elle est en danger.

— Chiara ?!

— Êtes-vous la responsable du magasin ? demande une voix masculine au loin.

Mon cœur manque un battement.

— Non, je suis sa fille. Désolée, je m’apprêtais à fermer, j’ai une urgence familiale. Est-ce que vous pourriez…

— C’est dommage, répond la voix, bien plus près du combiné cette fois.

Je le reconnais aussitôt et mon estomac, tout comme mon cœur, fait un saut périlleux dans mon torse.

— Cours, hurlé-je.

J’entends un cri étranglé à l’autre bout du fil et mon cœur se serre avant de se mettre à battre à un rythme infernal. Je me lève inconsciemment du canapé, sans savoir ce que je dois faire, le téléphone toujours à l’oreille, je ne peux rien faire pour la secourir. Pourtant de l’adrénaline coule à flots dans mes veines me faisant faire les cent pas au milieu du salon. Je tends l’oreille, espérant entendre son souffle saccadé et ses pas lourds sur le sol tandis qu’elle prend la fuite et échappe au danger, mais je n’entends rien de tel, seulement un silence assourdissant.

— Chiara ?!

— Leona, me répond une voix grave.

Je ferme les yeux et pousse un couinement plaintif.

— La jeune fille ne va pas pouvoir te répondre pour le moment, mais je peux te proposer de la retrouver quelque part… Et échanger ta place contre la sienne.

— Où ? lui demandé-je sans hésiter, le courage et la détermination prenant le pas sur la peur et le reste.

Chiara est en danger par ma faute, c’est après moi qu’il en a et je ne resterai pas cachée dans mon coin en la laissant à la merci de ce monstre. C’est contraire à tous mes principes. Je ne suis pas quelqu’un de lâche, encore moins vis-à-vis d’un danger que j’ai moi-même créé. J’assumerai mes actes face au père de Cipriano si en échange, il relâche Chiara.

— Je vais t’envoyer une adresse, m’explique-t-il. Tu auras trente minutes pour t’y rendre et je te conseille de venir seule, au moindre mouvement suspect, je la tue. Est-ce que j’ai été assez clair, Leona ?

— Oui.

— Parfait. Dépêche-toi, son temps est compté.

 

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