Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 45
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Leona
Dire que je suis stressée de rencontrer son père et sa sœur serait un euphémisme. Entre mon souffle court, mon rythme cardiaque beaucoup trop rapide, mon estomac noué et ma température corporelle élevée, je suis clairement au bord du malaise.
Je me félicite mentalement d’avoir opté pour une robe ample de couleur beige, très simple, très confortable, et surtout, qui ne me colle pas à la peau malgré ma transpiration excessive.
Mon Dieu, je ne me suis jamais sentie aussi mal de toute ma vie. Cet événement me semble bien plus angoissant que toutes les soirées mondaines auxquelles j’ai assisté. Il n’est pas juste question de faire bonne impression, je dois leur plaire, les intéresser. Et c’est d’autant plus stressant parce que je vais être en tête à tête avec eux durant plusieurs heures. Il faudra combler les silences, entretenir une discussion... Je ne dois pas me planter. J’ai envie que tout se passe bien. Pas seulement pour ma propre satisfaction, mais aussi pour Roméo, qui, bien qu’il paraisse serein, place beaucoup d’espoirs dans cette première rencontre.
Forcément, ça me rajoute un peu de pression. Énormément de pression. Et plus on se rapproche du restaurant, plus mon stress augmente et plus les symptômes empirent. De sorte que, lorsque je sors de la voiture de Roméo et foule le sol du parking, j’ai besoin de m’appuyer contre la carrosserie pour ne pas verser. Mes sandales compensées ne peuvent être tenues responsables de cette perte d’équilibre et il doit en avoir conscience parce qu’il contourne le véhicule pour se placer face à moi.
— Détends-toi, ça va bien se passer, affirme-t-il.
Ça ne m’apaise pas du tout, mais j’acquiesce tout de même de la tête pour m’en donner l’impression. Je souffle un bon coup puis glisse mon bras dans la lanière de mon sac à main avant de me tourner en direction des vitres de sa voiture pour vérifier ma coiffure et mon maquillage. Comme pour ma robe, j’ai opté pour le style simple, mais élégant. Mes cheveux sont détachés, mais tenus en arrière grâce à un bandeau fin et discret. Mon maquillage est très sobre, presque naturel, j’ai mis un peu de mascara et un rouge à lèvres rose, c’est tout.
Je passe machinalement ma main sur mes cheveux lisses pour en ôter les frisottis tandis qu’il referme ma portière et verrouille sa voiture.
— Tu es parfaite, ne t’inquiètes pas pour ça, me dit-il en poussant sur ma hanche pour m’encourager à avancer.
— J’ai peur, avoué-je en ne bougeant pas d’un centimètre, prête à remonter dans sa voiture afin de prendre la fuite.
Je minimise clairement ce que je ressens, je suis terrifiée à l’idée que ça se passe mal et qu’ils me détestent.
— Tu cherches à me vexer ?
Interloquée par sa réponse, je fronce les sourcils et tourne la tête vers lui en me demandant ce qu’il lui arrive. La mine sérieuse, il me scrute comme si je venais réellement de l’offenser de la pire des manières.
— Je t’ai enlevée, torturée, mais tu m’as quand même tenu tête tout du long sans jamais admettre ta peur. Et, aujourd’hui, tu me dis que tu flippes à l’idée de te retrouver face à une gamine et un antiquaire ?
Malgré moi, un rire m’échappe autant parce que sa mine faussement outragée est amusante que parce que sa plaisanterie ne manque pas de sens, j’entends son message et comprends l’ironie de la situation.
— Je suis sérieuse, tenté-je de dire par-dessus mon rire. J’ai peur de ne pas leur plaire.
— C’est impossible, me répond-il sans hésiter.
Il n’en sait rien. Ça pourrait parfaitement arriver, on ne peut pas plaire à tout le monde. Il doit sentir mon hésitation, car il attrape mon visage entre ses larges mains et m’oblige à me concentrer sur lui.
— Tout va bien se passer, je te le promets. D’ici quelques minutes, tu te sentiras mieux, m’assure-t-il. Fais-moi confiance, Leona.
Mes yeux clairs croisent ses iris sombres et j’y puise une nouvelle force, un regain d’énergie, comme s’il me partageait une partie de son assurance, me l’offrait, me l’insufflait d’un simple regard. Je frissonne sous la puissance de cette connexion entre nous puis après un hochement de tête positif, je prends une grande inspiration et me lance. Je me redresse, pousse mes épaules en arrière, relève le menton et me mets en route d’un pas assuré.
— Là, je te reconnais, dit-il d’une voix rauque.
Et sans le voir venir, il m’administre une tape sur les fesses au passage. Je me retourne brusquement et le fusille du regard.
— Ne refais jamais ça, le menacé-je en pointant un doigt dans sa direction.
— Je ne peux pas m’en empêcher, s’excuse-t-il, une grimace faussement désolée sur le visage. Toute cette attitude me fait beaucoup trop bander. Et ne me fais pas croire que tu n’aimes pas ça, me dit-il plus bas, le regard intense, désireux et aguicheur.
Ma température corporelle grimpe de quelques degrés. Mon corps s’échauffe et mes joues également tandis que de petits picotements se font ressentir au niveau de mon entrejambe. Ses paroles, pourtant crues et indécentes, m’excitent. Je ne l’aurais jamais pensé, mais c’est le cas, j’adore ça. Tout comme, effectivement, j’aime assez lorsqu’il me fesse. Et puisque nous en sommes au moment des aveux, j’aime également beaucoup quand il me susurre des encouragements ou quand il me félicite, j’éprouve le puissant désir de lui donner entière satisfaction dans ces moments-là.
— Ne tiens pas de tels propos devant ta famille, lui ordonné-je sans chercher à les nier.
— Ne t’en fais pas pour ça. À part moi, personne ne découvrira ce qui fait ruisseler d’excitation la petite bourgeoise maniérée, parfaite sous tous rapports et sans vice, dont tu te donnes l’air en public, me répond-il d’une voix rauque.
Je me sens devenir encore plus écarlate. Je suis à nouveau au bord du malaise, mais pour une tout autre raison cette fois.
Avec un sourire coquin au coin des lèvres, il pose sa main dans le bas de mon dos et donne une petite impulsion.
— Allons-y, m’encourage-t-il.
Je ressens toujours un peu de peur et d’appréhension alors que nous nous dirigeons vers le restaurant, mais de façon bien moins vive que tout à l’heure. L’angoisse est plus supportable et l’air plus respirable grâce à la méthode de relaxation peu orthodoxe de Roméo.
En pénétrant dans le lieu de rendez-vous, nous nous annonçons auprès du serveur à l’accueil et il nous guide vers une table, encore vide, au fin fond de la salle où nous y serons très tranquilles.
Nous nous asseyons côte à côte autour de la table rectangulaire, tous deux face à la salle peu remplie. Je pends mon sac à la chaise avant de saisir mécaniquement la carte recto verso disposée devant moi pour la lire. Le restaurant, spécialisé dans les brunchs, propose divers assortiments sucrés, salés ou les deux, à partager. Je trouve le concept intéressant et très convivial.
— Tu es déjà venu ici ? lui demandé-je.
Il hoche négativement la tête en retournant sa carte plastifiée.
— Je ne suis jamais venu, mais j’ai déjà gouté leur cuisine chez les Bellochi, m’explique-t-il en reposant le menu.
Il angle spontanément son corps dans ma direction et pose son bras tatoué sur le dossier de ma chaise.
— Ils commandent régulièrement des assortiments histoire que tout le monde s’installe autour d’une table et qu’on déjeune tous ensemble. On se régale à chaque fois, conclut-il.
J’imagine ces repas très conviviaux. Je trouve ça bien qu’ils ressentent le besoin de se retrouver, de passer du temps ensemble, loin du travail, juste en famille. Ça ne devrait plus me surprendre, mais je suis encore une fois subjuguée par cette preuve d’unité, ce lien indestructible qui semble les unir est très admirable.
— Est-ce que je serai invitée la prochaine fois ? lui demandé-je en souriant.
Je désire lui montrer que je souhaite également tisser des liens avec sa seconde famille, celle de cœur, parce que toutes ces personnes sont très importantes pour lui et que c’est essentiel pour moi d’être acceptée dans leur cercle. Je ne veux pas chambouler sa vie, mais plutôt m’y glisser sans faire de vagues. Je souhaite qu’il conserve ses petites habitudes, ses traditions familiales, tout en m’incluant dedans.
— Peut-être, je ne sais pas, me répond-il avant de tourner la tête en direction de la salle pour la balayer du regard.
Je ne m’attendais absolument pas à cette réponse. Je pensais lui faire plaisir, et du coup, je me sens presque rejetée par son manque d’enthousiasme. Je perds mon sourire et me tourne à mon tour en direction de la salle.
— Je comprends, mens-je, les dents serrées.
Je replace machinalement mes bracelets autour de mon poignet alors qu’ils n’ont pas bougé tout en ruminant mon agacement. Un comportement qui doit l’alerter puisque soudainement, je sens sa main sur mon épaule, m’encourageant à angler à nouveau mon buste vers lui.
— Ça ne dépend pas de moi, Leona, se justifie-t-il alors que je pose un regard indifférent sur lui. Léandro ne s’entoure que de gens dont il a entièrement confiance, c’est d’autant plus vrai au sein de son foyer, à sa table, tu comprends ?
— Il ne m’invitera pas chez lui parce qu’il ne me fait pas confiance, résumé-je d’une voix neutre.
Je comprends mieux cette justification et surtout, je l’accepte mieux.
— Il faut juste lui laisser un peu de temps, mais ça arrivera, m’assure-t-il.
J’acquiesce, mais n’ai pas le temps de répondre puisque du coin de l’œil, j’aperçois la jeune fille de la dernière fois traverser la salle accompagnée par le serveur ainsi qu’un homme âgé d’une bonne cinquantaine d’années.
Maintenant que je la vois de plus près, je dénote une certaine ressemblance entre le frère et la sœur, pas forcément au niveau des traits du visage, mais au niveau des cheveux bouclés, sauvages, leurs yeux sont également identiques. Elle a opté pour un combishort marron et des baskets montantes blanches qui me font remarquer ses courtes, mais très fines jambes.
Chiara est clairement une petite brindille en comparaison de son frère et de son papa.
Ce dernier n’a pas la carrure de son fils, mais ils sont similaires au niveau de la taille. En revanche, comme il a les cheveux coupés très courts et ne possède pas de barbe, le lien de parenté est difficilement identifiable entre le père et le fils. Je remarque aussi que leurs styles vestimentaires sont en totale opposition. Alors que Roméo a opté pour un short en jean, un tee-shirt noir et des baskets, son papa porte un pantalon de costume noir, une chemise à manches longues de couleur grise et des mocassins noirs.
— Leona, débute Roméo, je te présente mon père, Manfredi, et ma petite sœur, Chiara.
J’essaie de sourire, mais une poussée de stress me tord l’estomac et d’après moi, ça ressemble plus à une grimace alors j’arrête.
— Bonjour, les salué-je poliment. Enchantée de vous rencontrer.
Je me demande soudainement si je dois me lever pour leur serrer la main ou rester assise et…
— Salut, dit gaiement la jolie brune aux cheveux bien plus épais que les miens, en tirant la chaise face à moi, mettant fin à ce questionnement embarrassant. Je t’avoue que jusqu’au dernier moment, j’ai cru que c’était une blague et qu’il viendrait seul. Je ne pensais pas qu’il était possible pour un être humain de le supporter au quotidien, dit-elle en désignant son frère du menton.
Un rire m’échappe, du genre franc et spontané, et instantanément l’atmosphère devient plus détendue. Manfredi tire à son tour sa chaise, un sourire amusé aux lèvres en assistant à l’échange de regards noirs entre ses enfants. Apparemment, ce genre d’attaque doit être assez courante entre eux.
— Sérieusement, on te croirait tout droit sortie d’un épisode de Gossip Girl, qu’est-ce que tu fiches avec lui ? continue-t-elle en me souriant. Il y a un Nate qui t’attend quelque part.
— J’avais une préférence pour Chuck, avoué-je avec un sourire en coin.
— Tout s’explique, marmonne-t-elle en levant les yeux au ciel.
Un nouveau rire m’échappe et forcément, ça amuse d’autant plus Chiara. Du coin de l’œil, je vois Roméo sourire, je le devine satisfait par ce premier échange et mon stress s’envole comme par magie.
Après avoir commandé un assortiment de mets sucrés et salés, un serveur nous apporte du café et du thé tandis que la conversation se lance tranquillement entre nous.
Bien évidemment, elle s’oriente rapidement vers le travail, un sujet commun et pas trop personnel. Manfredi me raconte la genèse de son entreprise, la création de ses boutiques d’antiquité et je leur parle de l’entreprise de meubles de mes parents.
Puis nous enchainons sur d’autres sujets tout en savourant notre brunch et je suis agréablement surprise par la fluidité de nos conversations ainsi que par l’énergie qui se dégage de notre groupe. Il n’y a pas de temps morts, de silences gênants, et surtout, nous abordons tous les sujets avec une certaine bienveillance de sorte que l’humeur générale reste au beau fixe durant tout le repas.
— Il faut que tu me donnes ton numéro de téléphone, décrète Chiara à la fin du repas.
Je souris tout en acquiesçant, ne voyant pas où est le mal là-dedans. Le courant est super bien passé entre nous, certainement parce que nous avons sensiblement le même âge et partageons quelques points communs générationnels. Ainsi, ça ne me dérangerait pas de discuter avec elle par messages ou même de lui donner rendez-vous pour un café par exemple.
— Attends, je ne le connais pas par cœur, avoué-je en attrapant mon sac à main pour sortir mon nouveau téléphone.
Après avoir cherché mon numéro dans mon répertoire, je le lui dicte et elle m’envoie un message afin que j’aie le sien.
Je sens le regard de Roméo sur mon profil et tourne la tête pour le voir me sourire en coin tandis que je rentre le numéro de sa sœur dans mon téléphone. Il l’avait prédit, il savait que je m’entendrais bien avec elle. Je ne peux pas m’empêcher de lui rendre son sourire. Tout s’est super bien passé, à tel point que je me sens sotte d’avoir stressé autant.
— Je t’ajoute sur Snap aussi, ça vient de me le proposer, commente Chiara en arrière-plan.
Mes yeux s’élargissent d’un commun accord. Même avec des années d’expérience en matière de comédie et de faux semblants, je n’aurais pas pu garder un visage impassible dans une telle situation. Je me sens rougir férocement quand mon téléphone vibre contre ma paume. Je n’ai pas besoin de regarder mon écran pour deviner qu’il s’agit d’une notification de l’application et je n’ai pas non plus besoin de me demander s’il a compris alors qu’il perd son sourire et parait soudainement furieux.
Un serveur apparait alors au bout de notre table et y dépose l’addition. Avant que Manfredi ne puisse la saisir, Roméo plante sa main dessus. Non sans un dernier regard rempli d’une certaine menace, il tourne la tête en direction de son père.
— Laisse, c’est pour moi, lui dit-il.
Il sort sa carte bancaire de sa poche de short et le pose dans la coupelle.
— Comme tu voudras, lui répond son père alors que le serveur s’éloigne avec la carte de Roméo. Passez à la boutique quand vous le souhaitez, Leona, je vous ferai visiter.
Je tourne immédiatement la tête vers lui. Je mets de côté mon angoisse vis-à-vis de ma future engueulade avec Roméo pour me montrer charmante envers son père qui n’a heureusement pas senti la soudaine tension qui émane de son fils.
— Avec plaisir, je vous préviendrai, réponds-je en souriant. Merci pour cette opportunité.
— Ce serait plutôt à moi de vous remercier d’être intéressée par ce domaine, peu de jeunes souhaiteraient travailler au milieu d’antiquités dépourvues d’électronique, plaisante-t-il.
— Moi, je le veux, le contredit Chiara en s’offusquant faussement à cause de sa généralité.
— Parce que tu veux me faire plaisir, tesoro, ce n’est pas une passion, c’est encore moins une vocation, mais je ne m’en plains pas, j’apprécie fortement l’intention.
Sa fille lui sourit largement en réponse.
Puis le serveur revient à notre table et présente son reçu à Roméo qui le valide avant de reprendre sa carte et Manfredi donne le départ en se levant de sa chaise. Nous l’imitons tous.
— J’ai été ravi de vous rencontrer, me dit-il.
— Le plaisir est partagé, réponds-je poliment.
— Ma femme vous aurait beaucoup appréciée, avoue-t-il.
Je perds mon sourire alors que son affirmation me bouleverse, ça m’émeut sincèrement. Je ne peux pas m’empêcher de jeter un coup d’œil en direction de Roméo, mais il ne le voit pas puisqu’il contemple son père avec un faible sourire aux lèvres, je le sens aussi troublé que nous.
— Merci, réponds-je en reportant mon attention sur Manfredi. J’aurais aimé la rencontrer, elle semblait formidable.
— Elle l’était, confirme-t-il avec un sourire nostalgique au coin des lèvres.
Chiara acquiesce à côté de lui et son père se tourne vers elle pour lui sourire.
— On y va ? demande-t-il en tapotant le dossier de la chaise pour marquer son départ.
Sa fille opine et avec un dernier signe de la main, ils s’éloignent. Je les regarde traverser la salle en souriant, très heureuse que cette première rencontre se soit aussi bien passée. Je le perds rapidement lorsque je sens le changement d’énergie dans la pièce et cette brise glaciale qui émane d’un point juste à côté de moi. Après une brève inspiration par le nez, je me tourne, et la tête haute, je lui fais courageusement face.
— Je peux t’expliquer, débuté-je.
— Ton téléphone, exige-t-il en tendant la main.
Je ne réfléchis pas avant d’y déposer l’objet demandé. J’ai bien appris qu’avec Roméo, il faut savoir choisir ses batailles de manière avisée. Je le déverrouille même devant lui et le laisse cliquer sur la notification Snapchat.
— Je discute seulement avec mon amie Carlotta et j’allais t’en parler, lui assuré-je.
— Je t’ai demandé d’être prudente, putain, me répond-il sèchement en vérifiant mes dires.
Estimant certainement qu’il ne peut pas me faire confiance, après avoir terminé son analyse de cette application, il commence à fouiller le reste de mon téléphone à la recherche d’autres infractions à ses règles de prudence.
— J’avais besoin de rester en contact avec mes proches et il est impossible de remonter jusqu’à moi avec cette application, tenté-je de me justifier.
— Tout est possible quand on y met le prix, m’interrompt-il sèchement. Tout échange sur internet laisse une trace. Tu ne me feras pas croire que tu es aussi naïve, m’accuse-t-il en me fusillant du regard. C’est parce que tu savais que je te l’aurais interdit que tu ne m’as pas parlé de ces messages avec ta copine.
— Pas du tout, réponds-je aussitôt en essayant de paraitre assurée, alors qu’il vient clairement de mettre le doigt sur l’une des raisons.
— Sortons d’ici, décrète-t-il en serrant si fort mon téléphone dans sa main que je crains que l’objet implose.
J’ai à peine le temps d’attraper mon sac qu’il saisit ma main et se dirige vers la sortie du restaurant d’un pas furibond. J’évite de croiser le regard des quelques personnes présentes dans le restaurant, trop embarrassée par le fait qu’il me tire par la main comme une enfant qui n’aurait pas été sage et qu’on souhaite gronder à l’écart des curieux.
Quelque chose me dit que sa colère est sur le point de déborder, qu’elle explosera dès qu’on passera le seuil du restaurant et par instinct, je décide de lui couper l’herbe sous le pied en prenant la parole avant lui.
— J’allais réellement t’en parler, insisté-je lorsque nous passons la porte. Mais plus tard parce que ce n’était pas le bon moment et…
— Ne te cherche pas d’excuses, grogne-t-il en s’engageant sur le parking. Tu as merdé, Leona, tu le sais très bien.
Il continue son chemin en regardant dans toutes les directions comme si une menace allait surgir soudainement alors que ce parking est désert, aussi bien de monde que de véhicules. Il n’y a que nous dans un rayon d’au moins cent mètres.
— J’ai juste envoyé quelques messages à une amie pour la rassurer, il n’y a pas de quoi s’énerver…
Il relâche brusquement ma main alors que nous ne sommes plus qu’à quelques pas de son véhicule.
— Il n’y a pas besoin de s’énerver, répète-t-il d’une voix dénuée de toute chaleur.
Et je n’aime absolument pas sa façon de répéter mes paroles, son ton me donne des sueurs froides et me met terriblement mal à l’aise.
— Je crois qu’au contraire il y a matière à s’énerver, rétorque-t-il en se rapprochant de moi.
Il m’attrape soudainement par le bras et me pousse vers sa voiture contre laquelle il m’appuie. Son geste n’est pas délicat, mais il n’est pas non plus violent, c’est pourquoi seul un hoquet de surprise m’échappe lorsque mes fesses rencontrent la tôle du véhicule.
Il pose ses mains de part et d’autre de mon corps, m’emprisonnant entre ses bras tandis qu’il se baisse vers mon visage.
— Je t’avais expressément demandé de ne surtout pas envoyer de messages à tes proches pour ne pas compromettre ta position. Juste ça, insiste-t-il. C’est tout ce que je t’avais demandé et tu n’as pas écouté, Leona.
L’écho de sa voix est aussi grave que le ton qu’il emploie, mais est en totale opposition avec la douceur dont il fait preuve alors que ses lèvres caressent le bord de mon visage puis descendent dans mon cou.
— À cet instant, je fais de mon mieux pour rester calme afin de ne pas te punir en plein milieu de ce foutu parking, murmure-t-il contre ma peau en prenant une longue inspiration dans mon cou. Alors, ne me cherche pas et grimpe dans la voiture.
Contre toute logique, j’ignore ses propos, persuadée qu’il ne me fera rien et tente de désamorcer ce conflit en opposant mon point de vue avec le sien.
— Il se doute que je suis à Chicago, mais il ne connait pas ma position exacte. Je n’ai pas…
— Cette application n’est pas sécurisée, m’assène-t-il bien plus sèchement en se détachant de mon cou pour me regarder durement. Il pourrait avoir intercepté tes communications avec cette fille, affirme-t-il en tapant du doigt contre le toit de sa voiture. Il pourrait avoir déterminé l’endroit exact où te trouver. Il pourrait même déjà être ici, sans qu’on le sache, dit-il précipitamment d’une voix plus aigüe, me laissant entendre son inquiétude. Il pourrait être en train de te surveiller, attendant le bon moment pour te mettre la main dessus.
Je secoue négativement la tête, persuadée qu’il se trompe, que Russo n’est pas ici, en train de me surveiller. Mais même si j’en suis convaincue, je ne peux pas m’empêcher de regarder rapidement autour de moi afin de vérifier que nous sommes toujours seuls sur ce parking, seulement le corps de Roméo me bouche en grande partie la vue.
— Tu le saurais s’il était là, argumenté-je sans savoir qui je cherche à convaincre.
— Je ne suis pas un putain de médium, Leona, gronde-t-il en tapant du plat de la main contre la carrosserie, me faisant sursauter. Je n’ai pas non plus des superpouvoirs. Je ne vais pas sentir sa présence dès qu’il foulera le sol de cette ville. Ça pourrait prendre des heures voire des jours avant qu’il soit repéré et que l’information me soit transmise.
Je le reconnais, j’avais sous-estimé le danger ou plutôt, je m’étais convaincue que Roméo empêcherait Russo de s’introduire sur son territoire. Sauf qu’il a parfaitement raison, même si la mafia calabraise règne sur cette ville, ce n’est pas pour autant une forteresse, ils ne patrouillent pas dans toutes les rues et ils ne contrôlent pas l’identité de toutes les personnes qui souhaitent y entrer. Ainsi, Gregorio pourrait très bien pénétrer sur ce territoire sans se faire remarquer et même s’y planquer durant quelques jours.
— Ce ne serait pas si grave s’il devait fouiller toute la ville pour te retrouver parce que ça me laisserait le temps d’être informé de sa présence et de mettre la main sur lui. Mais s’il sait exactement où tu es alors le risque est bien plus élevé, termine-t-il sombrement.
Le danger est réel et je m’en veux de l’avoir délibérément minimisé afin de privilégier mon confort personnel. Je suis menacée, je dois en prendre conscience et agir en conséquence.
— Je suis désolée, murmuré-je en baissant les yeux.
— Je sais, souffle-t-il en retour en appuyant son front contre ma tête.
Après une brève seconde de tendresse, durant laquelle je sens sa colère s’évaporer, il pose sa main sur ma joue et m’oblige à relever les yeux vers lui.
— Je vais tout de même devoir durcir les règles pour ta sécurité.
J’acquiesce machinalement
— Tu ne sortiras plus sans moi à partir de maintenant, décrète-t-il. Le travail, tu oublies et les balades en solitaire dans le quartier, pareil.
Même si je suis consciente que c’est pour mon bien, ma sécurité, je ressens un pincement au cœur en l’écoutant énoncer ces nouvelles règles, qui ne sont ni plus ni moins que des privations de liberté.
— Quand j’aurai réglé cette affaire et que tu ne risqueras plus rien, je te promets de lever ces restrictions. Tu auras toute la liberté de mouvement que tu désireras, m’assure-t-il en me regardant droit dans les yeux.
En sachant pertinemment que pour Roméo, résoudre cette affaire signifie traquer et tuer Russo, un frisson me parcourt l’échine. Seulement, ce n’est pas dû à de l’effroi, mais plutôt à de l’excitation, de l’impatience. Comme si ses paroles suscitaient chez moi beaucoup d’envie, qu’elles me faisaient rêver, fantasmer. Et je me sens mal de penser cela, mais la vérité c’est que je désire cette liberté au point d’espérer également me débarrasser de l’obstacle qui se dresse sur ma route.
— Ça ne s’arrêtera jamais, murmuré-je. Même si tu le tues, les autres souhaiteront toujours ma mort. Il y aura constamment un risque.
— Russo est le seul à avoir une motivation personnelle suffisamment forte pour risquer sa vie afin de mettre la main sur toi, nie-t-il. Les autres ne s’y essaieront pas, ils ne viendront pas te chercher.
Il parait si sûr de lui qu’il parvient à m’en convaincre. La seule menace qui pèse sur moi réside en la personne de Gregorio Russo. S’il n’est plus là pour mener cette chasse aux sorcières, alors tout s’arrêtera. Ainsi, il devient encore plus évident pour moi qu’il doit disparaitre. Et cette fois, je ne me sens pas horrible de penser cela.
— Je vais le trouver et régler ça, m’affirme-t-il en suivant le même chemin de pensées.
J’acquiesce et lorsqu’il se met à sourire, de manière un peu sadique, je sens mes lèvres s’étirer en retour. Comme si nous venions de conclure un pacte tous les deux, que nous nous étions mis d’accord sur un plan d’attaque et que nous nous en réjouissions d’avance.
— Embrasse-moi, exige-t-il.
Je le fais sans hésiter.
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