Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 39
Roméo
Après notre balade sur la jetée, et après avoir vu la file d’attente interminable pour la grande roue, nous reportons les attractions à une prochaine fois et terminons la soirée dans un bar faisant également restaurant situé sur le toit du « Navy Pier’s Festival Hall ». Ce bar rooftop est le plus grand du pays et offre une vue panoramique sur le lac Michigan et sur l’horizon de Chicago. En partie fermé sous une structure en verre, il dispose aussi d’une impressionnante terrasse de près de 2000 m² organisée de manière à accueillir beaucoup de monde sans se gêner les uns les autres.
Ainsi, même si la terrasse est bondée, je n’ai pas l’impression que nos voisins de table écoutent tout ce qu’on se dit ou mangent dans notre assiette pendant notre diner.
Installés à une petite table ronde, face à face, nous jouissons d’une vue magnifique sur le lac et depuis cet emplacement, je peux également garder un œil sur le reste de la terrasse et les diverses allées et venues des clients et serveurs.
— Je n’ai plus faim, commente-t-elle en reposant ses couverts dans son assiette.
Elle a opté pour la salade Caesar dont elle n’a bouffé que la moitié tandis que j’ai commandé un traditionnel steak/frites dont je n’ai mangé que la viande pour l’instant, elle était délicieusement tendre.
— Ce n’était pas bon ? lui demandé-je. Tu veux autre chose ?
Elle ne peut pas sérieusement être calée avec de la laitue.
— Non, répond-elle immédiatement. Je n’ai seulement pas très faim ce soir.
— Même pour une frite ? la coupé-je, brandissant l’une d’entre elles dans sa direction.
Après une courte grimace hésitante, elle se laisse tenter et attrape le morceau de patate.
— Pizza, frites, si je continue sur cette lancée sans reprendre le sport, je vais grossir, se plaint-elle d’un ton presque dramatique.
— Il y a de nombreuses salles de fitness à Chicago, lui dis-je avec un sourire en coin en avalant à mon tour une frite.
— Donc je ne peux pas travailler, mais je peux faire du sport en salle de fitness alors qu’il s’agit d’un endroit fixe où je passerais au moins une heure et où je serais exposée.
Je me mords la lèvre. Elle marque un point. Un sacré point. Je ne l’avais pas vu venir. Avec un sourire faussement innocent, elle tend le bras et s’empare d’une de mes frites. Je peux lire toute sa fierté et son enjouement dans ses yeux brillants de malice.
— Tu as raison, pas de sport en salle, dis-je finalement en retrouvant ma voix. Je trouverai le moyen de t’aider à garder la ligne, terminé-je avec un clin d’œil.
— Installe-moi une roue…
— Tu n’es pas dans une cage, grogné-je.
— Je sais, répond-elle plus calmement en s’appuyant contre le dossier de sa chaise. Je plaisantais. Je comprends la dangerosité de la situation, mais c’est juste… difficile à accepter. J’aimerais retrouver ma vie d’avant, mais ça ne sera plus jamais pareil, n’est-ce pas ?
Je hoche négativement la tête. Elle ne sera jamais aussi libre de ses mouvements qu’auparavant. Et si je devais être parfaitement honnête, elle n’aurait jamais dû avoir un tel niveau de liberté, sans protection, c’était une cible facile.
— C’est d’accord pour le garde du corps, soupire-t-elle. Je veux pouvoir travailler.
Elle se penche afin de piquer une nouvelle frite dans mon assiette.
— Et aller à la salle de sport aussi, ajoute-t-elle en portant la nourriture à ses lèvres.
— Commence par chercher du travail, on verra les détails pour le garde du corps plus tard, lui dis-je. D’accord ?
Elle acquiesce et sourit largement avant de tourner la tête pour contempler l’horizon.
— C’est vraiment magnifique ici, me dit-elle.
Il est encore trop tôt pour que le soleil se couche, mais il a perdu en intensité nous offrant un éclairage plus tamisé. Avec en fond sonore une musique d’ambiance très douce, on se croirait dans l’une des comédies romantiques que ma cousine adorait regarder à la télévision.
— Est-ce que c’est la vie que tu espérais ? me demande-t-elle en tournant brusquement la tête vers moi.
Pris de court par sa question, je manque de m’étouffer avec une frite et saisis mon verre d’eau afin de la faire descendre.
— Qu’est-ce que tu veux dire ?
— Tu mènes la vie dont tu rêvais ou tu souhaiterais modifier quelque chose ? précise-t-elle sa question.
— Je ne changerais rien, affirmé-je spontanément. Je me plains souvent du monde qu’il y a à Chicago, mais je ne m’installerais jamais dans une petite ville. L’agitation constante, le bruit, le fait que toutes les rues fourmillent de passants, que la ville soit toujours animée… ça me manquerait. Je m’ennuierais ailleurs. Et je ne me vois pas autre part de toute façon. Toutes les personnes importantes à mes yeux sont ici, je ne pourrais pas m’éloigner d’eux.
Comme si elle était captivée par notre conversation, elle se penche vers moi tout en opinant de la tête.
— C’est chez moi, ici, résumé-je. Et ce que j’y fais me plait grandement. Je suis comblé.
— Et quand tu t’imagines l’avenir, tu te vois exactement de la même façon ? me questionne-t-elle. Je veux dire, il n’y a pas… d’évolution dans ton métier, dit-elle prudemment. Tu feras ça toute ta vie ? Comment tu vois l’avenir ?
C’est le genre de questions personnelles que j’évite en temps normal, et que, d’ailleurs, très peu de personnes se permettent de me poser.
Face à Leona, je ne ressens pas la nécessité de changer de sujet, j’ai même envie de lui répondre le plus honnêtement possible. Je veux me montrer sous mon vrai jour face à elle, ne rien lui dissimuler, je souhaite qu’elle connaisse les moindres recoins de mon esprit, de mon être et de mon âme. Mais pour ça, j’ai besoin d’être plus près d’elle.
Ainsi, je déplace ma chaise jusqu’à la sienne sous son regard étonné.
— J’ai une vision vague de l’avenir, débuté-je. Je me vois seulement vieillir avec les Bellochi et passer le relai à la génération qu’ils vont créer. À ce moment-là, nous irons nous reposer tous ensemble sur une île et laisserons les jeunes perpétuer l’héritage de la mafia calabraise.
En posant son coude sur l’accoudoir de sa chaise, elle tourne les hanches afin de se placer dans ma direction puis elle appuie sa mâchoire contre sa paume et je devine qu’elle analyse minutieusement mes paroles à sa façon de sonder mon visage.
— Tu parles d’une génération créée par les Bellochi parce que tu ne veux pas d’enfants ? me demande-t-elle. Ou alors tu estimes que tes enfants ne seront pas dignes de prendre le « relai » parce qu’ils n’auront pas le même sang que les Bellochi ?
— Mon avenir est une projection de faits dont je suis certain, lui expliqué-je. Je resterai aux côtés des Bellochi et vieillirai avec eux jusqu’à ce que la mort nous sépare parce que ce sont mes frères et que je ne m’éloignerai jamais d’eux. Et Léandro et sa femme sont en train de créer cette nouvelle génération que j’évoquais. Voilà sur quoi se base ma vision de l’avenir pour l’instant.
Il n’y a aucune place aux rêves, aux désirs ou à l’imagination. C’est du concret. C’est comme ça que je fonctionne.
— Je ne pouvais pas m’imaginer avoir des gosses alors qu’ils n’avaient même pas encore de mère. Mais puisque tu poses la question…
J’attrape l’accoudoir de sa chaise et la tire pour véritablement la coller à la mienne avant de me pencher vers elle.
— Je veux des enfants, Topolina, lui murmuré-je. Je les désire avec toi. Et je te garantis qu’ils seront aussi légitimes que ceux des Bellochi au moment de reprendre le flambeau, car nous inculquerons à nos gamins notre mentalité. Nous leur montrerons que, comme leurs pères avant eux, c’est en restant soudé qu’ils perpétueront le règne de la ‘Ndrangheta aux États-Unis.
Ses lèvres légèrement entrouvertes, sa respiration lente et le fait qu’elle n’ait pas reculé son buste pour s’éloigner de moi m’indiquent que mes paroles la captivent toujours autant. Et que dans un sens, ma réponse lui plait.
— Dis-moi, Topolina, susurré-je près de ses lèvres. Est-ce qu’à présent, tu m’imagines aussi dans ton avenir ?
Je suis persuadé qu’elle voit son avenir de façon incertaine parce que toute sa vie a été chamboulée. L’arrière-plan du film de son avenir peut être complètement flou, je m’en contrefous, tout ce que je souhaite, c’est qu’au premier plan elle distingue très nettement mon visage. Je l’aiderai ensuite à rendre le reste plus net.
— Ce n’est pas aussi simple, murmure-t-elle.
Elle porte une expression presque douloureuse sur le visage comme si elle se battait contre elle-même ou contre notre attraction.
Je ne résiste pas à l’envie de lui démontrer qu’elle a tort en effleurant ses lèvres avec les miennes. Je vois son corps trembler et ses bras se couvrir de frissons. Et je ressens le même niveau d’excitation. La même connexion. Son souffle lourd sur mes lèvres me montre également à quel point je l’affecte. Tout son être me réclame, mais la raison l’empêche de céder à cette attirance qu’elle juge certainement scandaleuse.
— Ton corps n’est pas de cet avis, murmuré-je à mon tour.
Je pose délicatement mes lèvres sur les siennes et les embrasse chastement. Elle répond instinctivement à ce baiser, mais son visage parait toujours aussi torturé.
Alors je pose une nouvelle fois mes lèvres contre les siennes et, en la sentant me retourner le baiser, cette fois je ne recule pas. Ma main se glisse dans ses cheveux tandis que les baisers s’enchainent, d’abord lentement puis plus urgemment. Seulement, malgré la dilatation de ses pupilles et le fait qu’elle réponde avec envie à mes baisers, je la sens toujours tendue, comme sur la retenue. C’est donc sans surprise que, lorsque j’essaie de faire grimper le baiser en intensité, elle y met fin en poussant sur mon torse tout en reculant la tête.
— Je ne peux pas, s’excuse-t-elle dans un murmure, le regard hésitant.
— Bien sûr que si, réponds-je d’une voix rauque.
J’essaie de me rapprocher de ses lèvres pour lui prouver le contraire, mais elle pousse sur mon torse pour me maintenir à distance. Je pourrais facilement prendre le dessus sur elle, mais je n’en fais rien, conscient qu’à ce moment-là, la forcer ne servirait pas ma cause.
— Tu en as envie, affirmé-je tout de même pour qu’elle comprenne bien que je ne suis pas dupe, je sais lire son corps.
Je retire ma main de ses cheveux et recule sans pouvoir me retenir de soupirer ma frustration. Je ne comprends pas pourquoi elle se prive d’une chose qui lui fait du bien.
— Ce n’est pas aussi simple, Roméo, dit-elle d’une voix plus assurée, presque remplie de colère.
Et honnêtement, je ne saurais dire contre qui elle est énervée, contre moi, contre elle-même ou peut-être un peu des deux.
— Ce n’est pas parce que je te désire que je vais céder aux plaisirs charnels, continue-t-elle d’une voix accusatrice. Ce n’est pas aussi simple et ce n’est pas non plus une question de temps, Roméo. La vérité, c’est que je ne t’ai pas pardonné pour ce que tu m’as fait.
Sa dernière phrase me fait l’effet d’un coup de poing en pleine gueule. Je m’en doutais, mais c’est plus difficile à encaisser lorsque c’est oralement confirmé avec une telle expression de haine sur le visage. Ainsi, je recule spontanément mon buste jusqu’à m’appuyer contre le dossier de la chaise, le souffle court et une impression de douleur au niveau de la poitrine.
— Je ne veux pas te donner de faux espoirs, semble-t-elle justifier sa franchise. Je suis attirée par toi, c’est vrai, mais je pense toujours que tu es quelqu’un d’instable donc je crois que ce serait plus raisonnable de ma part de rester loin de toi.
De la lave coule dans mes veines dès lors qu’elle émet l’hypothèse stupide d’une séparation entre nous. Je refuse catégoriquement qu’elle s’éloigne de moi, ma petite lionne est déjà mienne.
Mon instabilité mentale et émotionnelle me pousserait à l’enfermer quelque part si jamais elle essayait de me quitter. Et je suis à deux doigts de céder à cette envie alors qu’elle me regarde comme si elle envisageait réellement cette option, mais je réfrène cette pulsion en prenant une longue inspiration nasale. Et, calmement, je me penche de nouveau vers elle.
— Ce n’est pas ce que tu veux au fond de toi, affirmé-je en pointant un point invisible au niveau de sa poitrine.
Puisque sa tête me repousse et que l’emplacement de son âme ne peut pas être désigné du doigt, je me rabats sur le cœur pour montrer la partie de son être qui me réclame. Même si, j’en suis certain, elle n’éprouve pas encore de sentiments amoureux à mon égard.
— Peu importe, débute-t-elle en posant ses mains sur ses accoudoirs, comme si elle s’apprêtait à soulever sa chaise pour s’éloigner.
— Non, l’arrêté-je d’un ton ferme en posant une main sur son genou, le regard dur.
Elle suspend son geste.
— Ne dis pas « peu importe », reprends-je. C’est important au contraire. Quand tout ton être désire quelque chose, ce n’est pas la raison qui freine, c’est la peur. Et si c’est mon impulsivité qui t’inquiète autant, je te prouverai que tu n’as rien à craindre.
Elle secoue la tête et je sais qu’elle va encore me dire que ce n’est pas aussi simple alors je la devance.
— J’ai merdé, Leona, j’en suis parfaitement conscient et s’il te faut des années pour me pardonner et me faire confiance, j’attendrai, mais que ce soit clair, Topolina...
Je tends le bras et glisse une main à l’arrière de sa nuque pour la forcer à se rapprocher à nouveau de moi.
— Je ne te laisserai pas t’éloigner de moi, affirmé-je d’une voix quasi sèche et autoritaire. Je ne m’effacerai pas pour te permettre de construire un avenir avec quelqu’un d’autre que moi. C’est complètement égoïste, mais je m’en contrefous, grogné-je. Je ne te laisserai pas filer parce que c’est avec moi que tu seras la plus heureuse.
Je me rapproche lentement de ses lèvres légèrement entrouvertes tandis que, obnubilée par mon regard possessif et mes promesses de rédemption et d’éternité, elle ne bouge pas d’un centimètre, les joues teintées de rouge et le regard presque brillant de larmes.
— Je suis le seul avec qui tu souhaites faire ta vie, affirmé-je d’une voix plus chaude, plus rauque. Le seul que ton âme réclame. Tu es mienne, Topolina, soufflé-je contre ses lèvres, et je ne cesserai jamais de te le prouver.
J’embrasse chastement ses lèvres puis je me recule et d’un simple regard, je lui montre toute ma détermination à lui prouver par des gestes tout ce que je viens de lui promettre.
— Tu désires un dessert ou tu souhaites rentrer ? lui demandé-je en désignant son assiette du menton.
— Je voudrais rentrer, murmure-t-elle, les joues toujours rouges. S’il te plait.
J’acquiesce seulement de la tête avant de faire signe au serveur pour l’addition.
Quelques minutes plus tard, alors que je règle le parking ainsi que la consigne de stockage, Leona se place à côté de moi et m’offre un sourire timide.
— J’ai passé un agréable moment, merci, Roméo.
— Il n’y a pas de quoi me remercier, j’y ai pris du plaisir également, lui dis-je d’une voix exagérément enjôleuse.
Ça ne lui provoque qu’un petit sursaut au niveau des lèvres et je devine qu’elle souhaite ajouter quelque chose à ses remerciements.
— Et aussi, débute-t-elle en triturant la jugulaire de son casque pour éviter mon regard. Je voulais te dire que j’ai apprécié notre discussion. Merci pour ce que tu m’as dit, ça m’a plu que tu t’ouvres à moi, murmure-t-elle en relevant doucement les yeux vers moi. Je… J’aimerais qu’à l’avenir, on soit toujours aussi honnêtes l’un envers l’autre et qu’on exprime exactement ce qu’on ressent.
Elle a grandi dans un monde de faux semblants et souhaite tout autre chose pour son avenir. Je suis parfaitement d’accord. Elle n’avait même pas besoin de formuler cette demande, c’était une évidence pour moi. Mais je comprends que c’est également une façon détournée de me confier qu’elle sera honnête envers moi et ne se cachera pas derrière un masque.
Elle sera elle-même parce qu’elle sait qu’ici, avec moi, elle en a l’opportunité et la liberté.
— Je te dirai absolument tout ce que je pense, Topolina, comme ça vient, sans réfléchir. La forme ne te plaira peut-être pas toujours, le fond non plus, mais tu ne pourras jamais me reprocher de ne pas être honnête envers toi. Et tu es libre d’en faire autant, c’est même fortement encouragé comme attitude. Mais fais attention, dis-je en attrapant son menton. La main qui te cajole peut également être celle qui t’empêchera de t’asseoir durant une semaine si tu tombes dans l’insolence.
Il y a une différence entre avoir de la répartie, montrer son caractère et être irrespectueux, voire injurieux. Je n’ai rien contre le fait qu’elle me remette à ma place quand ce sera nécessaire, mais elle devra le faire avec classe et respect. Sinon, je la pencherai sur le meuble le plus proche et lui rappellerai qu’il ne faut pas tenter le diable.
Je caresse sa joue du bout de mes doigts tout en admirant la dilatation de ses pupilles. Je peux sentir une douce chaleur émaner de son corps alors que son souffle devient plus lourd.
Le bip de la caisse enregistreuse brise l’instant et Leona se recule pour enfiler son casque. Je me retiens de grogner comme un animal face à l’appareil à cause de son interruption et récupère mon ticket de parking.
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