Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 41

 

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Leona

 

Toujours aussi fière d’avoir eu cette idée et satisfaite du résultat, je me mets à sourire grandement tout en coupant le feu sous la poêle. Je dépose ensuite un couvercle sur mon plat et avec quelques petits pas de danse, je rejoins l’autre bout de la cuisine pour regarder machinalement l’heure sur mon téléphone. Je ne sais pas si Roméo compte rentrer diner ce soir, mais si c’est le cas, tout est prêt, il n’aura pas besoin de commander, et en plus il s’agit de son plat préféré.

Avant même de consulter l’heure, mon regard se pose sur la notification Snapchat affichée à l’écran et mon enthousiasme grandit. Je lève rapidement les yeux en direction de la verrière afin de m’assurer qu’il n’y a personne puis j’ouvre le message de Carlotta. Mon sourire s’efface en moins d’une seconde en lisant ses mots. Gregorio me cherche et après avoir interrogé plusieurs fois mon amie, il a décidé de lancer un appel à témoins à toute notre communauté. Désormais, tout le monde pense que j’ai eu une liaison avec un Calabrais durant ma captivité et que je me suis enfuie pour le rejoindre. Je suis une traitresse aux yeux de tout notre clan.

L’étau semble se resserrer autour de moi, il ne lâchera pas l’affaire avant d’avoir mis la main sur moi, par principe, il doit venger son fils. Il se doute que je suis à Chicago, mais il ignore ma position exacte et ne tentera rien avant d’avoir une piste solide parce qu’il sait que c’est trop risqué.

Je relève brusquement la tête en entendant la porte d’entrée claquer. Je referme immédiatement l’application et verrouille mon téléphone.

Dès que j’entrevois la mine fermée et exténuée de Roméo par la verrière, je prends la décision de ne rien lui dire et planque même mon téléphone sous un torchon sans qu’il s’en aperçoive. La menace n’est pas imminente, ça peut largement attendre qu’il enterre sa maman et fasse son deuil sans avoir à s’inquiéter du fait que Russo me recherche activement.

— Hey, dis-je d’une voix douce tandis qu’il s’avance vers la cuisine.

Il entre dans la petite pièce et remarque immédiatement la poêle sur la gazinière et s’en approche.

— Ça sent bon, commente-t-il en soulevant le couvercle.

Je me rapproche de lui avec un large sourire. 

— J’ai préparé des pâtes à l’ail.

— Je croyais que tu ne cuisinais pas, réagit-il avec un faible sourire, comme s’il voulait me taquiner, mais qu’il se sentait trop épuisé pour ça.

— Je maitrise tout de même quelques bases. Et je voulais te faire plaisir. J’ai pensé qu’après une telle journée, tu souhaiterais manger ton plat préféré. 

— Merci, répond-il en reposant le couvercle.

Il glisse une main à l’arrière de ma tête pour l’approcher de ses lèvres et embrasser mes cheveux. Je ne résiste pas à l’envie de me tourner afin de l’enlacer. Il dégage tellement de tristesse que je désirerais le garder continuellement dans mes bras. C’est plus fort que moi, mes sentiments ambivalents me poussent à avoir des gestes contradictoires envers lui, une fois, je le repousse et l’autre fois, je l’attire vers moi... C’est épuisant, mais je ne parviens pas à m’en empêcher ni à prendre une décision ferme et définitive à son sujet.

Roméo me rend mon étreinte et je pose ma tête contre son torse, écoutant le rythme régulier de son cœur tandis qu’il plonge son nez dans mes cheveux et y prend une grande inspiration.

— J’aimerais que tu viennes à l’enterrement demain après-midi.

Je me tends instantanément. Roméo le sent, évidemment, et il m’écarte de son torse.

— Ce sera seulement une messe, m’explique-t-il. L’inhumation se fera uniquement entre nous et il n’y aura pas de réception ensuite. J’aimerais simplement apercevoir un visage familier dans l’assemblée à ce moment-là, s’il te plait, affirme-t-il en posant ses mains sur mes joues.

Selon ses dires, les Bellochi sont tous partis en vacances donc je suppose que c’est parce qu’ils ne seront pas là qu’il me demande d’être ce visage familier dans l’assemblée. Je comprends le raisonnement et j’ai envie de lui apporter ce réconfort dans une telle épreuve, mais ça me parait beaucoup trop officiel comme événement et au milieu de tous ces Calabrais, de sa famille, je ne me sentirais pas à ma place.

— Tout le monde va se demander qui je suis, dis-je en grimaçant.

— On se fout de ça.

Lui, peut-être, mais moi, non, je ne me fiche pas de ça. Comment est-ce que je me présente si quelqu’un me pose la question ? Est-ce que je leur dis que je suis Napolitaine ? Que je fais partie du clan de Détroit, mais que j’ai aidé Roméo et que maintenant il m’offre sa protection en échange ?

Aux yeux de tous, notre relation doit paraitre absurde, toujours aussi impossible et toxique qu’avant. Mes origines seront toujours source de dégout chez les autres, je serai toujours l’ennemie et rien ne pourra effacer les circonstances de notre rencontre.

Et son père et sa sœur… Mon Dieu, je ne peux pas les rencontrer. Pas en sachant que mon ex-fiancé est responsable d’une partie de leurs maux…

— Je ne peux pas rencontrer ta famille, Roméo, nié-je en reculant d’un pas, l’angoisse me tordant le ventre. Tu imagines un peu leur choc quand ils apprendront qui je suis, d’où je viens, les circonstances de notre rencontre… Ils me détesteront sur le champ lorsqu’ils comprendront que j’étais la fiancée de…

— Ils n’ont pas besoin de connaitre ce détail, me coupe-t-il. Juste que tu es la nièce d’une figure importante de la mafia napolitaine et que je me suis servi de toi pour obtenir Russo en échange. Ensuite, on dira que tu es revenue à Chicago parce que tu ne pouvais pas te passer de moi, dit-il sur un ton plus léger, presque plaisantin.

Seulement, ça ne me fait pas rire du tout. Pire que ça, mon estomac se serre encore plus douloureusement.

— Tu imagines un peu ce qu’ils vont penser de moi ? m’écrié-je. Non. Je ne peux pas. Il vaut mieux que je ne vienne pas, que je ne les rencontre pas…

— Je te présenterai à ma famille un jour, m’assène-t-il d’un ton sec et sans appel, apparemment à bout de patience. Peut-être pas demain parce que ce ne sera pas le bon moment, mais tu les rencontreras officiellement un jour. On prendra le temps de leur expliquer toute l’histoire et ils comprendront, affirme-t-il.

Je ne peux pas m’empêcher de douter de ses paroles et forcément, ça se lit sur mon visage. Mais avant qu’il ne puisse répliquer quelque chose, la sonnette de l’appartement retentit et interrompt notre discussion. Tout de suite après, nous entendons quelqu’un toquer fortement contre la porte d’entrée et Roméo passe immédiatement en mode alerte. Il glisse sa main sous sa veste pour détacher son arme de son holster.

— Reste là, m’ordonne-t-il, le visage concentré.

Je me retourne pour suivre du regard sa progression jusqu’au salon puis me rapproche de la sortie pour le voir continuer son chemin jusqu’au hall d’entrée où je le perds de vue. Mon rythme cardiaque s’emballe lorsqu’un nouveau coup de sonnette résonne dans l’appartement suivi par de puissants coups de poing contre la porte qui font trembler les murs de l’appartement.

Lorsque, en tendant bien l’oreille, j’entends Roméo déverrouiller la porte, je retiens mon souffle, inquiète pour lui puis…

— Putain, t’en as mis du temps, se plaint une voix masculine à l’intonation toujours amusée. 

Mon rythme cardiaque ralentit lorsque je reconnais la voix de Dino. Je soupire de soulagement, mais ne bouge pas pour autant de ma position sur le pas de la cuisine.

— Qu’est-ce que vous faites là ? s’étonne Roméo.

Un faible sourire se dessine sur mes lèvres lorsqu’au-delà de sa surprise, j’entends des notes de joie dans sa voix. Il est heureux de les voir. Je suis persuadée qu’il sourit largement.

— On a pris l’avion dès qu’on a su pour ta mère, explique Léandro.

— On n’allait pas te laisser traverser ça sans nous, complète Gianni.

Mon sourire s’élargit. Je suis ravie pour Roméo, certaine que ce geste de la part de ses meilleurs amis le touche énormément. Il m’a souvent répété qu’ils étaient proches, aujourd’hui, j’en suis véritablement témoin. Ils n’ont pas hésité à écourter leurs vacances pour rentrer soutenir leur « frère » dans cette épreuve qu’il traverse. Je l’avoue, cette preuve d’affection m’émeut.

— Je suis désolé pour ta perte, Roméo, lui dit Dino. Ta mère était géniale. Elle me manquera.

J’entends distinctement le bruit de deux corps entrant en collision suivi par celui de petites tapes et je comprends qu’ils se font un câlin typiquement masculin. Cela consiste en une brève étreinte durant laquelle ils se frappent le dos en signe de soutien, au lieu de se le caresser tendrement comme des filles.

— Toutes mes condoléances, lui dit à son tour Gianni.

Et j’entends de nouveau le bruit caractéristique d’une accolade, mais n’y donne pas plus de réflexion alors que Dino pénètre dans mon champ de vision.

— Leona De Rosa, dit-il en m’apercevant à son tour sur le pas de la cuisine, je ne pensais pas te revoir de sitôt. 

— Il faut croire que cette ville me manquait trop, rétorqué-je sur le même ton plaisantin.

Il me sourit largement. Gianni entre alors dans le salon et m’adresse un signe de tête en guise de salutations.

— Content que tu aies réussi à t’enfuir, me dit le cadet des frères Bellochi.

— Elle était bien trop jeune pour qu’on lui coupe la tête, commente Dino.

— Tu es la bienvenue ici, continue son cousin aux cheveux châtain presque blond en me regardant droit dans les yeux.

Et, je le reconnais, ces quelques mots me vont droit au cœur. Être acceptée par un Bellochi signifie que je ne suis définitivement plus en territoire ennemi. Je suis la bienvenue dans leur ville, mais aussi dans leur cercle, c’est exactement ce que m’indique son regard insistant, éloquent et presque sympathique.

— Merci, leur dis-je très sérieusement avec une brève inclinaison de tête.

Notre échange est interrompu lorsqu’ils sont contraints de s’avancer dans le salon afin de faire de la place au reste des visiteurs à savoir Léandro, mais également une jolie femme blonde qui tient une toute petite fille toute mignonne entre ses bras qui lui ressemble trait pour trait.

Je me sens soudainement nerveuse, au point de croiser les bras sur ma poitrine et trifouiller distraitement les manches courtes de ma robe noire.

Selon les rumeurs que j’ai entendues au Whisper, la femme de Léandro ne sort presque jamais de chez eux, c’est sa prisonnière. Seulement, avec sa mine radieuse et son sourire bienveillant aux lèvres, elle n’a pas du tout l’air traumatisée et encore moins malheureuse. Je comprends rapidement que les rumeurs sont totalement fausses et que Léandro tend plutôt à surprotéger sa femme et sa fille. Mes doutes sont grandement confirmés par le fait qu’il me parait bien plus menaçant que la dernière fois tandis qu’il m’étudie longuement et silencieusement du regard, le visage fermé, me mettant très mal à l’aise.

— Bonsoir, se lance la blonde après quelques secondes d’un silence très pesant.

Elle adresse un coup d’œil à son mari, mais ce dernier préfère continuer son inspection malaisante plutôt que de me saluer. Comme il m’est impossible de soutenir ce regard perçant, je me concentre sur celui bien plus doux de sa femme.

— Bonsoir, lui dis-je en souriant sympathiquement.

La pauvre n’est pas responsable de la conduite de son mari à mon égard, je me dois d’être polie envers elle.

— Je m’appelle Leona, me présenté-je.

Je décroise machinalement les bras, mais préfère ne pas prendre le risque de m’avancer vers elle pour lui serrer la main tant que je n’aurai pas réussi le test qu’est en train de me faire passer le Capo de la mafia calabraise.

— Giulana, se présente-t-elle en retour. Et elle, c’est Aurora, me dit-elle en souriant largement au bébé dans ses bras.

— Elle est magnifique, lui dis-je sincèrement, un sourire bien plus franc aux lèvres.

Tous debout, au milieu du salon de Roméo, nous formons une forme d’ovale, et je sens tous les regards sur moi. Sur nous. Ils sont tous attentifs à notre échange. C’est comme s’ils tenaient tous à s’assurer que le courant passe bien entre nous. Comme si être gentille et bien s’entendre avec Giulana et Aurora était l’étape ultime avant d’être réellement acceptée dans le groupe.

— Quel âge elle a ?

— Elle vient d’avoir un an. 

J’acquiesce machinalement tandis que la petite me regarde droit dans les yeux, sans bouger ni faire le moindre bruit, elle est clairement impressionnée par l’inconnue face à elle.

— Elle a l’air très calme, commenté-je.

— Elle l’est, me confirme-t-elle d’une voix tendre. Elle est vraiment très adorable.

— Elle te ressemble, dis-je sans réfléchir.

Je parlais avant tout de leur ressemblance physique, mais Aurora doit également ressembler à sa mère point de vue du caractère.

— Merci.

Et juste comme ça, alors que la blonde m’adresse un large sourire, l’atmosphère devient moins pesante.

Son mari détourne le regard et me permet de respirer de nouveau correctement sans avoir l’impression d’être en sursis.

— Est-ce que tu as besoin d’aide pour organiser l’enterrement ? demande-t-il à Roméo en tournant la tête vers lui.

Ce dernier hoche négativement la tête.

— Tout a été vu avec le prêtre. La cérémonie aura lieu demain.

— Tu nous enverras l’heure et l’adresse, lui répond Gianni.

Roméo acquiesce tandis que ses lèvres s’étirent pour adresser un sourire reconnaissant à ses amis.

— Leona viendra aussi, dit-il soudainement en me désignant du menton. L’un de vous pourrait venir la chercher et la ramener après ?

— Ce n’est pas la peine, nié-je. Je peux me…

— Je le ferai, me coupe Dino. 

— Merci, lui répond son ami.

J’aurais pu me débrouiller pour m’y rendre, mais il ne semble pas être du même avis et je sens qu’il s’agit là d’une bataille perdue d’avance.

— Asseyez-vous, les invite Roméo en désignant le canapé heureusement panoramique et assez grand pour que nous y tenions tous. Qu’est-ce que je vous sers à boire ?

Il traverse la pièce pour rejoindre la cuisine, se rapprochant ainsi de moi.

— On va commander un truc à diner pour tout le monde, non ? On mangera ton plat demain, me dit-il en me souriant.

Je ne peux qu’acquiescer en lui rendant son demi-sourire tandis qu’il pousse délicatement ma hanche afin que je m’écarte du pas de la porte.

— Tu cuisines ? me demande Giulana en n’ayant pas raté notre échange.

— Pas du tout, réponds-je immédiatement. C’était un plat de pâtes très basique, dès que c’est plus compliqué, je suis perdue.

Elle émet un faible rire en se rapprochant de moi.

— Je suis nulle aussi, affirme-t-elle. Je me contente d’aider Gianni en cuisine, c’est lui le véritable chef chez nous.

— Chez vous, répété-je sans comprendre.

— On vit tous ensemble, m’explique-t-elle. Ce n’est pas courant, je sais, j’ai été surprise également par leur mode de vie. Je n’avais jamais vu ça avant d’arriver à Chicago.

— Tu ne viens pas d’ici ? m’étonné-je.

Elle hoche négativement la tête.

— J’ai grandi à Philadelphie, je suis d’origine sicilienne.

— Une en Sicile, l’autre en Campanie, il va falloir qu’on aille en chercher une dans les Pouilles pour parfaire ce « multiculturalisme » italien, Gianni, plaisante Dino en se vautrant dans le canapé.

Les autres suivent le mouvement. 

— Ou alors, prenons un tout autre virage et choisissons une Russe ou une Irlandaise, surenchérit Gianni.

— Pas d’Irlandais à la maison, décrète froidement Léandro.

Giulana s’installe à la suite de son mari et Aurora demande immédiatement à descendre de ses genoux. Elle s’accroche à la table basse et marche sous l’œil attentif de son père.

— Assieds-toi, m’invite la blonde avec un sourire encourageant en désignant l’assise à côté d’elle. Faisons connaissance, je suis persuadée qu’on a plein de points en commun.

Je lui rends son sourire, clairement mise en confiance par son naturel avenant et me rapproche d’elle pour m’asseoir à l’emplacement indiqué.

Et effectivement, après plusieurs heures de discussion, nous nous trouvons de nombreux points communs, principalement parce que nous avons grandi sensiblement de la même façon, nous étions soumises à des règles très similaires et évoluions dans le même environnement mondain.

Le courant passe si bien entre Giulana et moi, la discussion est si facile, que j’ai l’impression de la connaitre depuis toujours. Et finalement, ma gêne s’évapore ainsi que mon appréhension, et je passe une agréable soirée en compagnie de la famille Bellochi.

 

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