Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 16
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Leona
Après une heure d’entrainement dans la grande salle durant laquelle les filles m’ont enseigné quelques postures et attitudes de style pin-up à adopter sur scène ainsi que quelques pas de danse très simples, nous faisons une pause au bar.
— Il me faut du sucre, Brad, envoie-moi un coca, s’il te plait, réclame Sharon en s’accoudant contre le meuble.
Le barman relève la tête de ses papiers d’inventaire pour me regarder.
— La même chose pour toi ? me demande-t-il.
J’acquiesce avec un sourire poli aux lèvres. Je n’ai pas eu le temps de déjeuner et j’ai également besoin d’une dose de saccharose si je ne veux pas m’effondrer. Notre activité n’est pas très physique, mais en ayant passé plusieurs jours sans bouger le moindre muscle, ce cours de danse ressemble à un marathon à mes yeux.
— Tu apprends vite finalement, commente Sharon. On dirait que tu étais faite pour ça.
— Merci… je crois, terminé-je en fronçant les sourcils.
— En même temps, avec ce minois et ces formes, tu pourrais rester plantée comme un piquet sur le podium et personne ne le remarquerait, plaisante Lisa en s’adossant à son tour au bar. Une limonade pour moi, commande-t-elle tandis que Brad dépose nos boissons devant nous.
À l’inverse de Sharon, une jeune et grande femme à la chevelure blonde, la peau pâle, les yeux foncés, Lisa est une petite femme, brune à la peau métissée et aux yeux clairs. Elle est également la plus âgée d’entre nous. Elle a la quarantaine, j’imagine, c’est difficile à estimer puisque son visage a été retouché de manière assez grossière à de nombreuses reprises.
— Pas sûre que le boss apprécierait, commente Sharon.
— Il s’en fout, elle n’est pas sous sa responsabilité, lui répond Lisa. Elle est à Roméo.
Elle regarde par-dessus son épaule et forcément, je ne peux pas m’empêcher de tourner également la tête. Il est assis plus loin dans la salle, dans l’espace de danse plus intime comme l’appellent les filles, là où se trouvait Léandro le premier jour. Après m’avoir poussée en direction des filles, il s’est installé là-bas et n’a pas relevé le nez de son téléphone depuis. Ou peut-être qu’il l’a fait, mais comme je ne lui prêtais aucune attention pour bien lui montrer que sa présence m’indifférait, je n’en sais rien.
— Beth nous a raconté la scène qu’elle a surprise entre vous dans la loge, m’explique Sharon. Je compatis, cet enfoiré doit t’en faire baver.
J’acquiesce machinalement en tournant de nouveau la tête vers le bar. Il m’en fait voir de toutes les couleurs en effet.
— Un soda à l’orange, commande à son tour Arielle.
Comme dans le dessin animé, elle possède une longue chevelure rousse. Elle est vraiment très jolie. Contrairement aux deux autres, son visage n’est pas du tout marqué. Elle donne l’impression de ne faire aucun excès dans la vie, sa peau est lisse, sans imperfections, une véritable poupée de porcelaine. Et inévitablement, je me demande comment cette jeune fille qui pourrait être mannequin s’est retrouvée dans le monde de la nuit et surtout du striptease.
— Qu’est-ce que tu as fait pour t’attirer les foudres de la mafia ? me demande Lisa.
Je ne peux pas m’empêcher de jeter un nouveau coup d’œil en direction de Roméo. Je ne sais pas ce que je peux révéler ou non et dans le doute, afin de ne pas l’énerver pour des broutilles, je décide de rester vague.
— Ils sont en conflit avec ma famille, expliqué-je.
— Les bâtards, ils se vengent sur toi, grogne Arielle.
C’est totalement vrai, mais je me garde bien d’acquiescer cette fois.
— Et vous ? leur demandé-je avec une curiosité réelle.
— J’ai toujours été dans ce milieu, me répond Lisa, ça rapporte bien plus que les jobs « corrects », dit-elle en mimant des guillemets. D’abord, c’était pour rembourser mes dettes de jeux, ensuite je suis restée. Ce travail m’a permis d’élever mes deux gosses sans avoir à me saigner ou à mettre un terme à ma passion pour les casinos.
— Utilise les bons mots, c’est une addiction, comme moi avec la drogue, lui rétorque Sharon. Six ans que je suis ici, le temps que je paie ma dette initiale, j’en avais contracté une nouvelle, me dit-elle. La seule façon pour moi de partir, c’est d’arrêter la drogue et de rembourser ma dette. Sauf que j’ai besoin de me défoncer pour ne plus penser à ce que je fais ici et que j’ai besoin de ce taf pour m’acquitter de ma dette.
— Un cercle sans fin, commenté-je.
— Exactement.
— Et toi ? demandé-je à Arielle.
— Je rembourse la dette de ma mère, m’explique-t-elle en détournant le regard. Après une vilaine chute du toit, elle est devenue accro aux antidouleurs. Je ne savais même pas qu’elle les achetait dans la rue, je ne l’ai compris qu’au moment où…
Elle avale péniblement sa salive et jette un bref coup d’œil en direction du fond de la salle.
— Il est venu exiger le recouvrement, murmure-t-elle. Comme il nous était impossible de nous acquitter de la dette, il lui a proposé de vendre son corps, sinon elle devrait en payer de sa vie.
Mes lèvres s’entrouvrent de stupeur, de choc et de peur.
— Je lui ai proposé de rembourser à sa place.
— Pourquoi ?
— Je… Je suis responsable de son accident, avoue-t-elle en détournant une nouvelle fois le regard. J’ai lâché l’échelle pour répondre à un message en pensant qu’il lui restait encore des décorations de Noël à accrocher, mais ma mère a commencé à descendre du toit au même moment.
Je ne peux pas m’empêcher de placer une main devant ma bouche en imaginant l’horreur de la scène.
— Ça fait deux mois que je suis là, mais ils veulent me faire changer d’établissement, termine-t-elle son histoire.
— Elle va être surclassée, m’explique Lisa d’une voix enthousiaste. Elle plait tellement qu’elle entre directement au Luxury, le meilleur établissement du genre à Chicago.
— Elle va quadrupler ses gains, ajoute Sharon.
Je ne manque pas sa grimace de jalousie.
— Tu peux facilement en rajouter encore, la contredit Lisa. Ce ne sont que les gros bonnets qui se rendent là-bas, les tarifs ne sont pas les mêmes. Une danse privée de dix minutes est au prix de la totale chez nous. Et je ne te parle même pas des liasses de billets qu’ils jettent en guise de pourboire. J’y ai passé six mois et ça m’a permis d’acheter un appartement.
— Il va peut-être t’y envoyer aussi, me dit Arielle sans risquer un coup d’œil en direction de Roméo cette fois.
— Je ne pense pas, nié-je.
— Tu es son jouet personnel, acquiesce Sharon. Je l’ai bien compris hier soir quand il m’a demandé de te donner des cours.
— Comment ça ? l’interrogé-je en fronçant les sourcils.
Mais elle ignore complètement ma phrase et continue sur sa lancée.
— L’enfoiré m’envoie bouler en début de soirée puis dès qu’il en a fini avec toi, il me demande de le rejoindre à l’appartement.
— Tu étais chez lui hier soir ? lui demandé-je.
— Ce n’est pas chez lui, nie-t-elle. Le lieu est beaucoup trop impersonnel. En plus, ils nous font toujours venir dans le même appartement. Non, d’après moi, c’est seulement un baisodrome qu’ils se partagent.
— Qui ça « ils » ?
— Dino, Gianni et Roméo, ils y étaient tous les trois hier et j’y étais avec quatre autres filles.
— Pardon ?!
— Ils adorent s’organiser ce genre de soirées et nous pouvons difficilement refuser puisqu’ils paient le triple. Avant il y avait également Léandro, mais il s’est rangé.
— Il a une femme à présent, acquiesce Lisa.
— Aucune photo du mariage n’a fuité, reprend Sharon, mais soudainement, il avait un anneau autour du doigt et ne réservait plus aucune fille. C’est une jolie blonde dont on ne sait rien du tout. Elle n’a été aperçue que quelques fois au cours de ces deux dernières années, il la garde bien cachée, prisonnière de sa baraque…
— Ah oui ? Tu crois qu’elle n’a pas le droit de sortir ? s’enquière Arielle.
— C’est certain, lui répond Sharon. Ces types sont capables de tout, y compris d’acheter une femme aux enchères pour leur faire des gosses.
On ne parle pas beaucoup des autres mafias au sein de mon clan, du moins, j’ai entendu des discussions au sujet de leurs faits d’armes, mais jamais à propos de leurs vies privées. On ne se raconte pas ce genre de potins à leurs sujets, mais d’après moi, il s’agit plutôt d’un mariage arrangé que d’une vente aux enchères. Comme mon futur mariage avec Cipriano. Le principe est sensiblement le même puisque les deux parties retirent quelque chose de cet arrangement, mais c’est tout de même plus « acceptable » d’appeler ça un mariage plutôt qu’une vente.
— Qui sait quelles horreurs il lui fait subir, poursuit Sharon. Sûrement les mêmes qu’il te fait subir, complète-t-elle à mon intention. Il prend son pied en humiliant les autres, c’est un enfoiré.
Elle tourne la tête, certainement pour le fusiller du regard, puis reporte immédiatement son attention sur son verre.
— Le type affirme que mon cul n’est pas assez bien pour lui, mais ensuite il termine trois fois dedans. Connard.
Elle porte son verre jusqu’à ses lèvres d’une main tremblante à cause de sa colère et j’en fais de même pour masquer ma grimace.
— Ce n’est pas contre toi, lui répond Arielle. Il déteste toutes les prostituées parce que sa sœur en est une.
Je m’étouffe avec ma gorgée de coca.
— Et contrairement à nous, elle le faisait par choix, continue Arielle en me regardant droit dans les yeux. J’étais dans le même lycée qu’elle, une année au-dessus d’elle, il ne se passait pas un jour sans qu’une nouvelle rumeur se répande à son sujet. Et certaines étaient vraies.
— Comme quoi ? s’intéresse Sharon, me poussant presque de son chemin pour se rapprocher d’Arielle.
Je me sens mal à l’aise et fais inconsciemment un pas en arrière. J’ai l’impression de franchir une ligne rouge en parlant de sa sœur.
— Elle proposait à des types de les branler s’ils faisaient ses devoirs en échange.
Mes yeux s’élargissent.
— Oh, la salope ! commente Sharon d’une voix très enthousiasmée.
— On vient tout juste d’apprendre qu’elle ne s’arrêtait pas là, continue Arielle.
Je jette un coup d’œil en direction de Roméo, par prudence, et suis rassurée de constater qu’il est toujours absorbé par son téléphone. Ma raison m’ordonne de m’éloigner des commérages, mais l’autre part de moi désire rester pour tout entendre, tout savoir sur la sœur de mon tourmenteur afin, peut-être, de faire levier sur lui.
— Raconte, la presse Sharon.
— Selon les rumeurs, elle est accro au sexe, pour contenter ses pulsions et gagner du fric, elle est devenue prostituée, mais à son compte.
Ce discours détonne complètement avec celui que m’a tenu Roméo à propos du « bordel » clandestin et du fait que les filles étaient forcées à exercer ce métier. Pour je ne sais quelle raison, je suis plus tentée de croire la version du mafieux plutôt que les commérages des filles. Forcément, j’ai à nouveau envie de m’éloigner pour ne plus entendre ces rumeurs qui mettent à mal la réputation de sa sœur. S’il nous écoutait, je suis persuadée que c’est à moi qu’il le ferait payer.
— Vraiment ?!
— Son frère ignorait tout de ses activités jusqu’à peu, quand il l’a su, il a pété un plomb et lui a foutu une raclée, confirme Arielle. Elle a passé deux jours à l’hôpital puis il l’a envoyée se soigner en centre psychiatrique.
Je ne peux pas m’empêcher de jeter un coup d’œil en direction de Roméo, seulement cette fois, mon regard croise le sien et je me sens d’autant plus mal à l’aise.
— On s’y remet ? m’empressé-je de demander en détournant le regard.
Je repose mon verre vide sur le bar en même temps que Lisa.
— Allons-y, acquiesce-t-elle.
— Putain, tu parles d’une histoire, s’extasie Sharon avant de terminer son verre.
— Elle tourne depuis quelques jours, mais elle vient tout juste d’être confirmée par l’ami du cousin d’une amie qui bosse là-bas, continue Arielle.
— Les filles, murmure Brad.
Elles se figent à l’unisson et je n’ai pas besoin de tourner la tête pour deviner que Roméo s’est levé de son siège. Sharon jette un coup d’œil sur sa droite puis vire vivement la tête dans notre direction.
— On s’y remet, s’empresse-t-elle de nous dire.
— Carrément, acquiesce Arielle en posant son verre, le visage blême.
Je m’apprête à les suivre lorsque les poils de ma nuque se dressent, mon sixième sens m’alertant d’un danger. J’ai à peine le temps de regarder derrière moi qu’une main atterrit sur mon épaule et me force à effectuer un demi-tour.
Je me retrouve face à Roméo dont la mine et l’humeur semblent aussi sombres que ses vêtements. C’est souvent le cas, mais j’ai l’impression que ça l’est d’autant plus à ce moment-là que lorsque nous sommes en tête à tête.
— De quoi vous parliez ? me demande-t-il sans préambule d’une voix glaciale.
Comme je n’ai aucune envie de lui révéler que les filles critiquaient sa petite sœur, en sachant pertinemment que ça lui provoquerait un excès de rage, je préfère noyer le poisson. Et comme il aime par-dessus se moquer de moi, me gêner, m’humilier, la distraction parfaite s’impose à moi.
— De votre soirée de la veille... tous ensemble, terminé-je dans un murmure.
Je n’ai pas besoin de simuler un embarras, rien qu’en repensant aux paroles de Sharon, des rougeurs apparaissent sur mes joues.
Sans surprise, un rictus moqueur se forme sur ses lèvres tandis que son regard s’éclaircit et se met à briller d’amusement.
— Tu souhaiterais être invitée à la prochaine ?
— Non, dis-je sans attendre. Je préférerais ne même pas savoir que ces soirées existent.
— Ça s’appelle des orgies, m’explique-t-il d’une voix toujours autant amusée.
— Ravie d’enrichir mon vocabulaire, dis-je d’une voix totalement fausse avec un sourire tout aussi forcé.
— Tu sembles contrariée, Topolina, se moque-t-il encore. C’est le fait que je t’ai quittée pour les rejoindre qui t’énerve ?
— Le fait que tu me laisses seule ne me dérange pas, bien au contraire, affirmé-je en relevant le menton.
— Tu ne te dis pas que je les trouve bien plus intéressantes que toi ? appuie-t-il.
— Plus intéressantes dans le genre consentantes ? réponds-je du tac au tac.
Je regrette immédiatement ma phrase alors que d’un mouvement vif, il empoigne mon visage entre ses doigts, le regard fou.
Mes yeux se remplissent de quelques larmes de souffrance tant sa prise sur ma mâchoire est douloureuse. J’attrape son poignet et cherche à tirer dessus, en vain.
— Ne me parle plus jamais de consentement, siffle-t-il entre ses dents. Ce mot n’existe pas ici, entre nous, dans cette histoire, dans ton cas, semble-t-il préciser sa réflexion au fur et à mesure qu’elle lui vient. Ton corps m’appartient, j’en fais ce que je veux. C’est clair ?
J’acquiesce immédiatement. Non pas parce que j’approuve ses paroles, mais pour me défaire au plus vite de sa prise douloureuse et surtout, afin de ne pas le pousser plus loin. Malgré ma bravoure, j’ai quand même un excellent instinct de préservation, je parviens à sentir le moment où il est nécessaire de se taire et s’incliner pour survivre. Il semble déjà au bord du précipice et je ne veux pas découvrir ce qu’il me fera subir si je continue de le provoquer en public.
— Sharon, hèle-t-il la blonde en relâchant ma mâchoire.
Il me fusille toujours du regard, mais il ne parait pas être sur le point de m’étrangler. J’en déduis qu’il est en partie satisfait par ma soumission.
— Oui ? demande-t-elle d’une voix hésitante.
Lorsque je tourne la tête vers elle, je croise son regard apeuré.
— Elle désire être initiée au corps à corps, explique-t-il.
Je pivote vivement vers lui et rencontre son regard toujours aussi sombre. Mon obéissance n’a pas suffi à le calmer, il veut me punir en m’embarrassant.
— Montre-lui des mouvements sur moi, continue-t-il. Ensuite, elle les reproduira.
Mes lèvres s’entrouvrent tandis qu’un début de protestation se fraye un chemin jusqu’à ma bouche, mais alors que son regard se fait plus menaçant et me met au défi de le contredire devant tout le monde, je referme la bouche. Je suis fière et courageuse, pas stupide et suicidaire.
— D’accord, répond Sharon d’une voix mi-hésitante, mi-soulagée. Assieds-toi quelque part.
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