Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 11
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Leona
Cela fait soixante-douze heures que j’ai été enlevée. Je crois.
J’ai essayé de compter les secondes, les minutes et les heures, mais je perds le fil, alors je totalise les visites des filles. Depuis que Roméo m’a reconduite dans ma prison après la séance photo mercredi, on m’a livré quatre sandwichs et autant de bouteilles d’eau. En partant du principe qu’elles m’apportent à manger deux fois par jour, matin et soir, cela voudrait dire que nous sommes vendredi en milieu de journée.
Roméo ne serait pas venu me rendre visite hier, et par conséquent cela ferait environ quarante-huit heures que je n’ai pas quitté ma cellule. Ou peut-être plus. Je n’en sais rien. J’ai l’impression que ça fait des semaines que je suis enfermée dans cette cellule, dans le noir, à ne rien faire.
Un tremblement parcourt mon corps et j’enroule mes bras autour de moi pour me réconforter. Je n’imaginais pas que perdre la notion du temps était si angoissant. J’ai l’impression de devenir dingue.
Mes muscles sont engourdis à cause du manque d’activité, j’ai l’impression d’être extrêmement fatiguée alors que je suis constamment allongée ou assise. Je ne me lève que pour me dégourdir les jambes ou pour faire mes besoins, ce qui s’avère particulièrement difficile dans le noir, d’autant plus parce que je suis stressée à l’idée que quelqu’un me surprenne sur le trône. Je reste aux aguets du point rouge lumineux ou du bruit de la clé dans la serrure et me hâte de terminer ma tâche.
Je me sens sale, terriblement crasseuse. Je rêve d’un bain chaud et moussant. J’ai envie de poser une serviette brûlante sur mon visage et oublier cet enfer. J’ai besoin de me brosser les dents. J’ai envie d’un massage. D’une manucure. Je désire qu’on prenne soin de moi, qu’on m’enlève toute cette saleté et qu’on soulage mes muscles.
Je n’ai plus envie d’être assise sur ce matelas immonde et inconfortable, désormais tâché par ma propre crasse. Je souhaite retrouver mon lit, mes draps soyeux, mes oreillers moelleux. Je veux rentrer chez moi, serrer mon petit frère dans mes bras, enlacer mes parents, Carlotta…
Je sursaute lorsque j’entends la porte grincer derrière moi. Je n’avais même pas écouté le bruit de la clé tourner dans la serrure cette fois.
Je ferme les yeux lorsque la lumière provenant du plafonnier m’agresse brusquement les rétines.
Les filles n’allument pas quand elles m’apportent à manger, elles se contentent de l’éclairage émanant du couloir pour se repérer dans la pièce, ça ne signifie qu’une chose… Roméo est revenu.
— Est-ce que tu as décidé d’obéir, Leona ? me demande-t-il de sa voix grave et menaçante.
Même si mon corps me supplie du contraire, souhaite sortir d’ici, se dégourdir les membres, respirer un air plus frais, et espère même apercevoir la lumière du soleil en se soumettant à son tourmenteur, je hoche négativement la tête.
Je ne lui donnerai pas satisfaction, je ne plierai pas.
J’entends ses pas se rapprocher et ouvre machinalement les yeux, mais je ne vois rien, car ma vision est couverte de points noirs.
— Tu es vraiment une forte tête, ma petite lionne, s’amuse-t-il en se plaçant face à moi.
Sa silhouette se dessine peu à peu à mesure que les points se dissipent. Il est habillé sensiblement comme la dernière fois. Il porte une veste, un jean, un tee-shirt et des boots, qui sont tous de couleur sombre. Ses cheveux sont toujours autant en pagaille, c’est à se demander s’il possède un peigne. Je rêve d’en avoir un sous la main…
— Tu fais peur à voir.
Je m’en doute. Mes cheveux sont gras et mon crâne me démange comme si des champignons s’y étaient développés. Je ne peux que deviner l’état de ma tignasse à l’heure actuelle après avoir passé des jours à me gratter.
— Et tu pues, petite crado, se moque-t-il en plissant le nez.
Je serre les dents.
Me priver d’hygiène, de lumière et de distractions ne me brisera pas. Du moins, j’essaie de m’en convaincre.
— Tu ne veux toujours pas te laver ? me demande-t-il.
J’en rêve ! J’en crève de désir. À ce stade, je considère la cabine de douche comme le plus bel endroit au monde, mais ma raison, ma fierté, mon honneur, ma pudeur, peu importe ce que c’est, mais quelque chose me pousse à freiner ma course vers le paradis.
— Est-ce que tu resteras ? l’interrogé-je d’une voix rocailleuse.
Je suis obligée de me racler la gorge tant j’ai l’impression qu’elle me gratte.
— Oui.
Ça me donne envie de fondre en larmes, mais je ne montre rien. Une nouvelle fois, je me bats contre moi-même et refuse son offre.
— Alors, non, lui dis-je en reposant ma tête sur mes genoux.
Du coin de l’œil, je le vois s’accroupir face à moi.
— Tu te prives toi-même de ce confort par pudeur alors que ce n’est qu’un corps et que j’en ai maté des centaines.
— Dans ce cas, pourquoi insistes-tu pour découvrir le mien ? lui demandé-je d’un ton las sans relever la tête de mes genoux.
— Parce qu’il faut bien que j’inspecte la marchandise avant de la mettre sur le marché.
Je lève vivement la tête vers lui et surprends son sourire railleur. Je ravale mon cri d’indignation et rehausse le menton pour paraitre insensible à ses paroles et pour rajouter de la force aux miennes.
— Pourquoi tu n’as pas arraché tous mes vêtements la première fois dans ce cas ?
— Parce qu’on m’a appris à savourer mes cadeaux, Topolina. À jouer longtemps avec, à en profiter.
Il caresse ma joue, mais son geste comme toujours n’a rien de tendre, il s’agit juste d’une menace supplémentaire, d’une promesse cruelle, la description de ce qu’il me réserve pour la suite.
— En plus, j’ai le sentiment que ça te touchera davantage de retirer toi-même tes derniers vêtements plutôt que ce soit moi qui te les arrache.
Mon masque se fissure l’espace d’une seconde et je lui montre exactement à quel point il a raison. Il y a une différence entre être contrainte à se déshabiller et accepter de le faire, le résultat est peut-être le même, mais le niveau de honte et culpabilité est bien différent, diamétralement opposé.
Roméo sourit encore plus largement tout en caressant une nouvelle fois ma joue.
— Ne me montre pas tes points faibles, Topolina, la partie sera trop facile sinon.
Je m’éloigne de son toucher tout en lui jetant un regard noir.
— Pour gagner une guerre, il n’est pas seulement question de force physique, mais aussi de force mentale, Leona, me dit-il plus sérieusement. En te privant de douche, tu t’affaiblis toi-même alors que nous ne sommes que sur la ligne de départ et qu’il te reste encore beaucoup d’épreuves à traverser. Si tu tiens tant à te mesurer à moi, il va falloir jouer plus intelligemment la partie.
— Je ne veux pas me battre contre toi, nié-je d’une voix plus faible. Je n’ai rien demandé. Je désire juste rentrer chez moi.
Je ne peux pas masquer mon émotion, j’ai déjà l’impression d’être à bout de forces, je souhaite seulement partir d’ici, qu’il me laisse tranquille. Je n’ai pas mérité d’être ici. De subir ça. De devoir me battre pour préserver mon âme.
— Tu rentreras chez toi, affirme-t-il.
Et je le déteste encore plus pour me faire ressentir du soulagement et de l’espoir dans un tel moment.
— Plus tard, continue-t-il, lorsque j’en aurai terminé avec toi.
Je me retiens difficilement de grogner comme un animal, mais je ne peux pas freiner ma colère.
— Dans ce cas, prends ce que tu veux, dis-je sèchement, et finissons-en.
Au lieu de l’agacer, j’ai l’impression de l’amuser et finalement c’est moi que ça énerve.
— Pour l’instant, ta virginité a beaucoup trop de valeur, dit-il en passant lentement sa langue sur ses lèvres. Mais si un jour ça change et que je ne peux plus rien tirer de ton innocence alors j’accepterai ton offre et prendrai ce que je désire.
Un frisson me parcourt l’échine et même si je fais tout pour ne rien montrer, je sais pertinemment qu’il le voit, voire qu’il le sent.
Roméo est sans doute capable de sentir le malaise qu’il inspire naturellement aux autres, de le renifler et je suis persuadée qu’il s’en régale. Je pense même que c’est son moment préféré, le début de la séance de torture, avant de leur faire physiquement mal, il les brise mentalement par la peur.
— Mais que ce soit clair, Leona, dit-il en attrapant mon menton. Ce que je veux vraiment c’est ton âme, que tu m’offres ta virginité ne sera qu’un bonus.
Un rire purement moqueur s’échappe de mes lèvres, ce son n’a rien d’élégant ou sophistiqué, mais je me fiche de paraitre grossière à cet instant. Je toise Roméo de mon regard le plus condescendant possible.
— Moi, m’offrir à toi ? répété-je en exagérant mon rire. Ça n’arrivera jamais.
— J’ai toujours aimé relever les défis supposément impossibles, répond-il d’une voix assurée en relâchant mon menton.
Je secoue la tête en fronçant les sourcils.
— Tu es encore plus dérangé que je ne le croyais.
— Et tu n’as encore rien vu, ajoute-t-il en souriant, pas vexé pour un sou par mon insulte.
Il se redresse et je suis sa progression du regard.
— Ta famille a bien reçu mes photos, m’annonce-t-il.
Mes yeux s’élargissent alors que mon cœur s’emballe. J’imagine, avec horreur, les membres de ma famille en train de scruter ces photos plus qu’indécentes de moi et ne peux que deviner leur gêne.
— Pourquoi tu as fait ça ? m’écrié-je.
Je me lève précipitamment. Trop prestement. Ma tête se met à tourner et je cligne plusieurs fois des yeux pour tenter de stabiliser ma vue, sans succès.
— Pour donner le ton, répond-il calmement. Pour qu’ils te découvrent dans ton nouvel environnement.
Après un énième battement de cils, je parviens à retrouver mes sens et je peux enfin le regarder.
— Je veux qu’ils s’imaginent le pire, qu’ils angoissent, qu’ils se sentent coupables, honteux.
— Pourquoi ?
— Par vengeance, me répond-il comme si c’était évident. Tu es une des choses les plus pures que ton oncle possède. Il fera tout pour préserver ton innocence et je me ferai une joie de lui montrer que chaque jour que tu passes ici, tu perds un peu plus de ta lumière. À la fin, il acceptera toutes nos revendications.
Je secoue négativement la tête.
— Tout ce que tu vas faire, c’est causer du chagrin à mes parents, dis-je sans masquer mon ressentiment. Mon oncle ne vous offrira rien d’autre que de l’argent. Il ne vous cédera aucun morceau de son territoire, pas en échange d’une personne, d’une femme qui plus est, même s’il s’agit de sa nièce, cela créerait beaucoup trop de tensions dans notre clan.
— Tu sous-estimes le pouvoir de l’honneur chez les mafieux. On ne vit que pour ça, affirme-t-il. Et quand cet honneur est entaché par de la culpabilité, par de la honte, on ne se sent pas seulement comme de la merde, mais également faible. Le pire sentiment à ressentir dans notre monde, celui qui peut anéantir n’importe qui, du soldat au Capo. Un homme fragilisé est un homme déjà mort. Je vais continuer d’appuyer sur ce point faible jusqu’à les briser entièrement et en prime, je vais aussi voler ton âme, par pur plaisir.
Je réalise qu’à cause de son apparence, j’avais complètement sous-estimé son intelligence.
Malgré le frisson d’effroi que ses paroles m’inspirent, je relève le menton et plonge mon regard dans le sien.
— Tu peux continuer de me torturer, mais tu n’atteindras jamais mon âme, dis-je d’une voix froide avec toute l’assurance dont je suis capable à cet instant. Quoi que tu fasses, Roméo, tu ne nous briseras pas. Nous sommes plus forts que ça.
Son regard se métamorphose en une seconde. Ses prunelles marron virent au noir et il avance vers moi, la mâchoire contractée, les sourcils froncés, les muscles tendus. Je fais un pas en arrière, mais mes pieds butent contre le matelas et dans la seconde qui suit, Roméo enroule sa main autour de ma gorge et me maintient en place. Je peux voir la veine de son cou palpiter à cause de sa rage et ça ne fait qu’ajouter plus de matière à ma peur. Je suis visiblement allée trop loin cette fois.
— Ne sois pas aussi sûre de toi, me dit-il les dents serrées par la colère. J’ai pour habitude d’adapter mes méthodes à ma victime. J’avance par palier en fonction de son niveau de tolérance. C’est moins énergivore et bien plus divertissant parce que ça dure plus longtemps.
Son faible sourire en coin est non moins effrayant que son regard brillant de cruauté et d’amusement. Il se régale de leur résistance, il veut qu’elles se rebellent pour mieux les briser ensuite.
— Passons à la suite et voyons combien de temps tu résistes.
Il relâche ma gorge et je le regarde s’éloigner, mon corps tremblant comme une feuille, incapable de prédire son prochain coup, mais certaine qu’il fera mal.
— Fais signe à la caméra quand tu n’en pourras plus.
Sur ces dernières paroles, il quitte la pièce et referme la porte derrière lui puis il éteint la lumière.
Je m’interroge encore sur sa menace, sur ses propos lorsqu’une mélodie se fait entendre. Elle est douce, enfantine, un peu comme celles des génériques de dessins animés ou celles des manèges pour petits dans les foires. Peu à peu, le volume augmente et les notes résonnent dans toute la salle.
Je fronce les sourcils en regardant autour de moi. Je ne comprends pas son but. Pourquoi me passe-t-il de la musique ?
Ce n’est que lorsqu’elle se termine et redémarre aussitôt que je commence à entrevoir le schéma horrible de ce plan. Si elle était amusante la première fois, je me doute qu’au bout de la centième répétition, j’aurai envie de me percer les tympans pour ne plus l’entendre.
Je me laisse retomber sur le matelas, relève les genoux et enfouis ma tête entre mes genoux, veillant à boucher mes oreilles avec mes bras.
Est-ce que je dois abandonner dès le début, le rappeler ? Ou bien, est-ce que je dois subir cette torture le plus longtemps possible jusqu’à devenir folle, m’arracher les cheveux, mordre dans le matelas pour en extraire de petits bouts afin de me les enfoncer dans les conduits auditifs ?
Je ne tiendrai pas éternellement, c’est certain, mais je refuse de céder aussi vite. Pas après lui avoir affirmé que j’étais plus forte que ça.
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