Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 22
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Leona
Deux jours après ma « grande » évasion, je me prépare afin de monter sur scène pour ma troisième et peut-être dernière représentation en compagnie d’Arielle. Dans une semaine, elle changera d’établissement et je ne la verrai plus jamais.
Déjà habillée, je termine de me coiffer, ensuite il ne me restera plus qu’à me maquiller. Roméo s’étant absenté pour répondre à un appel, certainement confidentiel, je me retrouve seule dans la loge ce qui n’est pas pour me déplaire, sa surveillance constante est très agaçante. Elle est également angoissante. Le fait qu’il n’ait toujours pas mis à exécution sa promesse de sanction me place dans un état de stress permanent. Comme une proie entourée par son prédateur qui ne sait pas quand il va lui bondir dessus. Je suis persuadée que de me laisser mariner fait partie intégrante de son châtiment, c’est encore une forme de torture mentale puisque j’en viens à espérer la punition pour mettre fin à cette attente beaucoup trop stressante. C’est fou. C’est complètement farfelu. Il me rend totalement barge.
Je sursaute et échappe ma brosse à cheveux lorsque la porte de la loge s’ouvre précipitamment.
— Ce n’est que moi, me rassure Sharon en voyant mon expression terrifiée.
Après avoir jeté un coup d’œil dans le couloir, elle referme la porte.
— Je n’ai pas beaucoup de temps, m’annonce-t-elle en approchant. Roméo est sorti, mais Romano traine dans les parages.
Je ne m’arrête pas sur ces informations, mon esprit est fortement distrait par les objets qu’elle extrait de son soutien-gorge.
— Je veux t’aider, affirme-t-elle en déposant une feuille, un stylo et une enveloppe sur la coiffeuse devant moi.
Les yeux ronds, la bouche grande ouverte, j’ai énormément de mal à croire que la scène est bien réelle. J’avais abandonné ce plan en pensant que Sharon serait trop effrayée par la démonstration de violence de Roméo, mais je me trompais visiblement.
— Il est temps que quelqu’un s’oppose à ce fou, me dit-elle d’une voix coléreuse. Il n’a aucun moyen de remonter jusqu’à moi et si ça peut t’aider, je veux bien être cette personne.
Je me sens mal l’espace d’une seconde parce que mon plan comporte des risques. Je ne désire pas que Roméo lui fasse du mal, mais je ne souhaite pas non plus qu’il continue de torturer ma famille… dans ces conditions, des deux options, je choisis de favoriser le bien-être des miens et saisis le stylo.
— Fais vite, m’encourage-t-elle avant de s’éloigner en direction de la porte pour y apposer son oreille.
Je ne réfléchis plus, j’ai pensé ce texte une centaine de fois et le rédige donc de manière automatique. Avec rapidité et agilité, la pointe de mon stylo glisse sur le papier et encre mes découvertes et recommandations à l’égard de ma famille. Je les rassure ensuite sur mon état avant de signer la lettre. Je plie la feuille en trois puis l’insère dans l’enveloppe et la referme. Enfin, je note l’adresse de mes parents puis je contemple mon travail terminé. Une si mince enveloppe, un si petit morceau de papier sur lesquels reposent tous mes espoirs. Ça me parait irréel alors que je tiens l’objet de ma « délivrance » entre les doigts. Cela fait deux semaines que j’ai été enlevée par Roméo et pour la première fois, j’aperçois le bout du tunnel grâce à cela.
— C’est bon ? me presse Sharon.
Je sors de mes pensées puis je me lève et la rejoins près de la porte en lui tendant l’enveloppe.
— Note tes coordonnées au dos, ils te contacteront immédiatement pour te remercier, lui assuré-je une nouvelle fois.
— Je le ferai.
Je la regarde glisser l’enveloppe dans son dos et la coincer sous son soutien-gorge.
— Merci beaucoup, Sharon.
— Il n’y a pas de quoi. Il faut que je file avant qu’il revienne.
Après un rapide coup d’œil, elle se faufile dans le couloir et referme la porte. Un mélange d’excitation, d’espoir, de soulagement se mêle à l’adrénaline qui coule dans mes veines. Un large sourire aux lèvres, je ne résiste pas à l’envie de faire un petit pas de danse en signe de victoire.
— Qu’est-ce que tu faisais là-dedans ?
Je me fige immédiatement en entendant la voix de Romano de l’autre côté de la porte. Ma joie redescend en un instant et désormais, l’inquiétude me tord le ventre. Je colle mon oreille contre la porte pour mieux écouter.
— Je lui empruntais du mascara, répond Sharon d’une voix peu assurée.
— C’est ça, vous vous broutiez le minou, hein ? Ça m’excite grave, réplique-t-il d’une voix graveleuse.
Je grimace.
— N’importe quoi.
— C’est vrai qu’elle n’a pas de quoi payer tes services alors que moi, oui. Allons dans une loge.
Mes yeux s’élargissent.
— Je n’ai pas le temps, je dois me préparer…
— Je te ferai gagner du temps en t’arrachant tes vêtements…
Inconsciemment, je me mets à secouer négativement la tête. S’il la déshabille, il trouvera la lettre et nous serons foutues toutes les deux.
— Je ne veux pas, j’ai…
— Tu n’as pas le choix, la coupe-t-il. Tu es juste une pute à notre service.
— Lâche-moi, tu me fais mal.
— Fais ce que je te dis ou alors…
La panique me pousse à ouvrir la porte pour lui venir en aide. Je les découvre à seulement trois pas sur ma gauche. Romano tient fermement le bras de Sharon entre ses doigts et tente de l’emmener dans une loge tandis que Sharon tire dans le sens inverse pour lui échapper.
— Lâche-la, ordonné-je.
Ils s’immobilisent tous les deux lorsque je sors dans le couloir.
— Retourne dans ta loge.
Je fais un pas vers eux, pas impressionnée du tout par son ton autoritaire ou son expression menaçante.
— Lâche-la, répété-je. Elle t’a dit qu’elle ne voulait pas.
— Mêle-toi de ce qui te regarde, sale chienne.
Étant donné que la discussion ne mène à rien, je décide d’intervenir. Je me rapproche de lui et tire sur sa main pour lui faire relâcher le bras de Sharon qui se débat également profitant de mon aide.
— Dégage, rugit-il en me poussant violemment en arrière libérant Sharon par la même occasion.
Mon dos heurte douloureusement le mur du couloir. Sharon se met à hurler alors que Romano la saisit par la gorge et la pousse jusqu’au mur d’en face contre lequel il la plaque sans ménagement.
— Tu vas payer cher ton refus, crache-t-il à l’attention de sa victime. Et toi, retourne dans ta loge si tu ne veux pas que je m’occupe de toi, me menace-t-il en tournant la tête vers moi.
En tenant toujours Sharon d’une main, il pointe son doigt en direction de la porte ouverte de ma loge et c’est à ce moment-là que je vois le reflet brillant d’une arme coincée à l’arrière de son jean. Je ne réfléchis pas, je m’élance si vite qu’il n’a pas le temps de réagir. En moins d’une seconde, ma main s’enroule autour de la crosse de l’arme et je la braque ensuite sur lui.
— Lâche-la, crié-je en reculant vivement pour établir une distance de sécurité entre nous.
Je n’ai absolument aucune idée de ce que je fais, c’est la première fois que je tiens une arme et cet objet métallique me semble bien lourd entre mes doigts. Je me force à ne pas trembler pour donner le change, mais c’est clairement la panique dans ma tête alors que je le tiens en joue.
Lentement, les dents serrées à cause de sa rage, il relâche la gorge de Sharon qui, le visage écarlate, tente de retrouver son souffle en prenant de grandes bouffées d’air.
— Pose ce flingue, Leona, m’ordonne une voix plus que familière et plus que menaçante.
Mes yeux dévient en direction du fond du couloir où Roméo se tient, une arme pointée dans ma direction, une aura encore plus sombre que d’habitude planant autour de lui.
— Immédiatement, continue-t-il.
Son ton est impérieux, sa mine terrifiante et son regard à lui seul pourrait me tuer. Mon corps obéit sur commande et je me baisse tout doucement jusqu’à déposer l’arme sur le sol. Romano se rue aussitôt sur moi et me décroche une énorme gifle qui me fait tomber à la renverse. Mes yeux me piquent tandis que j’appuie ma paume sur ma joue cuisante et douloureuse. La panique me gagne en une seconde lorsque Romano se place soudainement au-dessus de moi, arme dans la main, le canon dirigé en direction de mon crâne.
— Sale chienne, je vais t’apprendre…
— Romano, s’élève à nouveau la voix grave et autoritaire de Roméo. Baisse ton flingue.
— Elle a besoin d’une bonne correction, refuse le géant en éloignant tout de même son arme pour la ranger derrière son dos.
Un terrible frisson de peur me parcourt l’échine, je me redresse immédiatement et recule de plusieurs pas sous le regard à la fois salace et meurtrier de Romano.
— Je vais m’en occuper, répond Roméo.
Et je me sens soulagée lorsqu’il entre dans mon champ de vision et se place entre Romano et moi. Il m’adresse un regard froid avant de se tourner en direction du videur.
— Elle est incontrôlable, je peux la mater, lui assure-t-il.
— Tu penses pouvoir faire mieux que moi, Romano ? lui demande Roméo d’une voix bien plus glaciale, agacé par la réflexion de son « collègue » calabrais. Tu crois être meilleur que moi ?
J’avale péniblement ma salive alors que l’air se charge en testostérones autour d’eux, autour de nous. Le couloir semble se transformer en ring de boxe tandis que les deux géants, aux carrures très similaires, se défient du regard.
— Tu veux m’affronter peut-être ?
Le défi à peine fini d’énoncer, Romano se jette dans notre direction, un cri de terreur se coince dans ma gorge tandis que Roméo le bloque et le repousse immédiatement en arrière. Roméo m’oblige à reculer de plusieurs pas tandis que le géant charge à nouveau et tente de le frapper au visage. Roméo évite son poing et lui rend son coup, seulement lui, il atteint sa cible. S’en suit une avalanche de coups, tous plus violents les uns que les autres. Le bruit du combat résonne dans le couloir de façon presque assourdissante.
Soudainement, Roméo attrape l’avant-bras de Romano et dans un geste rapide et précis, il le retourne et le ramène derrière le dos du géant. Ce dernier grogne sa douleur tandis que le brun pousse son articulation au maximum de son amplitude et parvient ainsi à le maitriser.
— Elle n’aurait jamais dû pouvoir te prendre ton arme, grogne le collecteur en forçant un peu plus sur l’articulation du videur. Celui qui a besoin d’une bonne leçon, c’est toi. Sois plus attentif à l’avenir.
Il le relâche et fait un pas en arrière tandis que le second géant secoue le bras comme s’il y avait des fourmis.
— Ce sera mon seul avertissement, Romano. Si ta queue t’empêche encore une fois de mener à bien les missions qui te sont confiées, je te la couperai, continue Roméo d’une voix toujours aussi froide et autoritaire. Compris ?
Le soldat calabrais se contente de hocher la tête pour faire savoir à Roméo qu’il a bien reçu le message.
— Retourne à ton poste, lui intime-t-il sèchement. Pareil pour toi, grogne-t-il à l’attention de Sharon dont j’avais complètement oublié la présence dans le couloir.
Les deux ne se font pas prier pour s’éclipser. Sharon entre dans la loge la plus proche tandis que Romano s’éloigne en direction de la sortie sans un regard en arrière.
— Quant à toi…
Mes yeux s’élargissent et je fais mécaniquement un pas en arrière tandis qu’il se retourne pour me faire face, une expression bien trop sombre sur le visage. Mon instinct me crie de prendre la fuite, mais Roméo me barre le chemin et si Romano n’est pas parvenu à lui passer sur le corps, je n’y arriverai pas non plus.
— Je peux tout t’expliquer, tenté-je de plaider ma cause. Il l’agressait et…
— Entre, me coupe-t-il en désignant ma loge du doigt.
C’est contraire à tous mes instincts d’obéir à cet ordre. Pour mon bien, je sais qu’il ne faut pas que je me retrouve seule avec lui.
— Ne me force pas à me répéter.
Il ne crie pas, il ne semble même pas énervé, mais je sais pertinemment que son sang bouillonne de rage à sa façon de me regarder. J’ai affaire à la bête. Au prédateur. Et spontanément, mon corps décide de se plier au commandement. Je dois choisir mes batailles. Quoi que je fasse, je n’échapperai pas à sa fureur.
Alors que je tourne les talons et m’engage dans la loge, une forte appréhension me tord l’estomac et comprime ma poitrine. Malgré tout, je n’arrive pas à regretter mon geste puisqu’en fin de compte, personne n’a découvert la lettre et elle pourra ainsi parvenir jusqu’à mes parents.
Je m’accroche à cette petite victoire tandis que j’entends la porte claquer derrière moi.
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