Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 36
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Leona
Je reste concentrée tout le long du trajet, déjà pour ne pas avoir un accident, mais aussi pour ne pas songer à la suite, ne pas m’imaginer des centaines de scénarios qui me tordront l’estomac d’angoisse. J’ignore comment j’y parviens, mais je fais clairement abstraction de tous mes sentiments et émotions pour ne penser qu’au moment présent, à l’action en cours, à savoir rejoindre la ville de Chicago par la route. De préférence, en arrivant entière à destination.
Ainsi, ce n’est qu’au moment où j’entre dans la ville et me stationne sur le premier parking que je trouve que je me permets un long soupir. Je cligne plusieurs fois des yeux afin de chasser mes larmes puisque le plan ne s’arrête pas là et que je dois rester concentrée. J’évacuerai mes émotions plus tard.
Je procède comme la dernière fois en contactant Nedo au Whisper. Heureusement pour moi, ce dernier est déjà à son bureau alors qu’il n’est que midi et que le club n’ouvrira pas ses portes avant quelques heures. Je lui donne un numéro de téléphone à transmettre à Roméo de ma part et raccroche.
Puis j’attends.
Je regarde, sans vraiment les voir, les passants entrer et ressortir des divers magasins composant cette grande zone commerciale aux abords de Chicago. Selon les panneaux face à moi, à proximité se trouvent aussi quelques restaurants, beaucoup de fast-foods, un cinéma, une arcade de jeux et…
Mon cœur manque un battement lorsque mon téléphone se met à vibrer dans ma main me sortant brusquement de mes pensées. En m’apercevant qu’il s’agit d’un numéro inconnu, je décroche immédiatement.
— Allo ?
— Que se passe-t-il ? me demande-t-il de but en blanc.
Je me sens soulagée d’entendre sa voix, comme si je savais par avance qu’il allait me venir en aide et que je n’étais plus seule dans ma galère. Mais, peut-être que je me trompe et qu’il se fiche complètement de mon sort. Puisqu’il a déjà tendu la main vers moi, mais que j’ai préféré rentrer chez moi, il estimera peut-être n’avoir aucune raison de me la proposer une seconde fois. Après tout, Roméo déteste se répéter...
— Leona ? s’impatiente-t-il. Qu’est-ce qu’il y a ?
Cette fois, j’entends distinctement son inquiétude dans sa voix et aussitôt, mes lèvres s’entrouvrent et je lui résume la situation.
— Il y avait des caméras au chalet. Gregorio Russo m’accuse de trahison et compte montrer les images à tout le monde pour qu’ils me condamnent à leur tour.
Mon stress se devine largement dans ma voix tremblante ainsi que dans ma respiration erratique.
— Il exige une exécution publique, terminé-je, les yeux à nouveau embués de larmes.
— Où es-tu ? me demande-t-il sans perdre une seconde. Je viens te chercher.
Mon cœur manque un battement, et ça dure si longtemps que j’ai l’impression qu’il s’est arrêté de battre. Je ne suis pas seulement surprise par sa réponse, je suis choquée par sa prise de décision aussi rapide. Comme s’il ne pouvait pas envisager une autre option que celle de me sauver. Et ça gonfle forcément ma poitrine d’affection et me donne envie de pleurer pour une tout autre raison. Il ne me connait que depuis quelques semaines, on ne peut pas dire que nous avons entretenu des « rapports » normaux ni que notre « relation » était saine et pourtant, il risquerait sa vie sans hésiter pour venir me chercher afin de sauver la mienne.
— Leona ? s’impatiente-t-il.
— Je suis à Chicago, soufflé-je, en même temps que mon cœur se calme. Je suis garée sur le parking d’un hypermarché Walmart. Il y a aussi un magasin « Lowe’s », une boutique de jeux vidéos, énuméré-je en regardant autour de moi. Et plus loin, il y a un cinéma « Studio Movie Grill », un centre de fitness…
— Je vois où tu es, me coupe-t-il. J’arrive, ne bouge pas.
Sans un mot de plus, il raccroche.
J’appuie ma tête contre l’appuie-tête en soupirant de soulagement. Qu’il se rassure, maintenant que je sais qu’il va me venir en aide, je n’ai nullement l’intention de changer d’endroit.
Après quelques secondes, alors que mon corps cesse enfin de trembler, je baisse les yeux en direction de mon téléphone, posé sur mes cuisses, et redécouvre la tâche laissée par mon café renversé quelques heures plus tôt. Et je réalise alors le tournant que mon existence a pris en l’espace de quelques heures. Une sorte d’épingle passée à pleine vitesse et qui m’en donne encore le tournis. Une décision adoptée à la va-vite et me voilà propulsée vers un tout autre plan de vie. Un que je n’aurais jamais pu imaginer, car ma vie me semblait toute tracée. Je n’ai pas la moindre idée de ce que l’avenir me réserve, mais je ne mourrai pas avant la fin du mois et c’est tout ce qui importe.
Quelques minutes plus tard, Roméo me demande par message quel modèle de véhicule je conduis et j’en déduis qu’il ne devrait pas tarder à arriver. Machinalement, je me regarde dans la glace de mon pare-soleil afin de me recoiffer. Mes cheveux comportent quelques frisottis que je tente d’aplatir avec mes paumes, mais je ne vais pas pouvoir faire des miracles sans brosse. Tout comme je ne peux pas cacher mes yeux bouffis et cernés, mon nez rouge, ni même ma petite entaille au niveau de la lèvre inférieure.
Je me contente de me moucher un grand coup puis j’essuie le contour de mes yeux et mes joues afin d’ôter toutes traces de larmes séchées. Pour finir, je tapote un peu mes pommettes pour me donner meilleure mine. Puis j’inspire profondément et referme le pare-soleil.
Au loin, près des portes de l’entrée de l’hypermarché, je reconnais la silhouette imposante de Roméo. À sa façon de tourner lentement la tête de droite à gauche, je comprends qu’il essaie de repérer ma voiture au milieu de cet immense parking bondé.
Je prends une nouvelle grande inspiration puis j’ouvre ma portière et je descends de mon véhicule. Je replace mes lunettes de soleil devant mes yeux quand la lumière vive de l’astre agresse mes rétines. Puis je contourne ma berline et rejoins l’allée centrale de ma rangée du parking.
Comme un radar, dès lors que je me rends pleinement visible en m’écartant du reste de la colonne de voitures, ses yeux se posent sur moi. Il avance sans perdre une seconde. Une démarche rapide, assurée, il regarde droit devant lui, visant sa cible.
Alors que mon cœur tambourine dans ma poitrine et que ma bouche s’assèche, Roméo, à l’inverse, parait tout à fait calme. Son expression faciale est neutre jusqu’à ce qu’il ne soit plus qu’à cinq ou six mètres de moi, à ce moment-là, il fronce les sourcils et ses traits se chargent d’une certaine colère.
Inconsciemment, je me mets à me tordre les mains à cause de mon stress tandis qu’il comble la distance entre nous d’une démarche bien plus pressée.
— Qui t’a fait ça ? grogne-t-il, son regard devenu létal.
J’ai à peine le temps de comprendre sa question ou de reprendre mon souffle qu’il attrape mon menton entre ses doigts et m’oblige à lever la tête.
— Qui t’a blessée ? redemande-t-il, froidement.
Je remarque alors que son attention est dirigée vers mes lèvres et comprends soudainement qu’il fait référence à l’entaille qui s’y trouve.
Sa rage n’est pas seulement audible, elle semble également s’échapper de tous ses pores et nous envelopper, me faisant inconsciemment frissonner de par son intensité.
— Ce n’est rien, le rassuré-je. Je t’expliquerai tout, mais pas ici.
Mon regard se pose involontairement sur un couple en train de nous passer à côté pour regagner leur véhicule. Il y a beaucoup trop de passage, beaucoup trop de monde, de curieux, nous avons besoin de discuter dans un environnement plus calme.
Roméo se contente d’acquiescer tout en relâchant mon visage. Il parait toujours enragé, mais disposé comme moi à rejoindre un endroit plus intime pour parler de tout ça.
— Je t’emmène, suis-moi, décrète-t-il.
— Mais… et ma voiture ?
— Je demanderai à quelqu’un de te la ramener. Tu n’es pas en état de conduire dans une ville comme Chicago.
Et, je le reconnais, une part de moi apprécie sa considération. Honnêtement, il a parfaitement raison, je viens d’une petite ville où le trafic est fluide, la circulation est aisée, ce qui ne semble pas être le cas ici. Rien que d’entendre les diverses sirènes et autres coups de klaxon au loin, ça m’angoisse. Je préfère remettre ce baptême du feu à plus tard, quand je serai plus en forme.
— D’accord, soufflé-je finalement. Laisse-moi juste récupérer les clés et mon sac à main.
Sans attendre sa réponse, je me dirige vers ma portière afin de grimper à nouveau dans mon véhicule. Je rassemble mes affaires puis je retourne vers Roméo qui scanne machinalement le parking du regard, comme s’il cherchait une menace. Je suppose que c’est un réflexe chez lui, il a dû se faire un paquet d’ennemis au cours de sa « carrière ».
— J’ai aussi une valise, dis-je en désignant le coffre de ma voiture du pouce, mais je la récupèrerai plus tard...
Il l’ouvre sans même attendre la fin de ma phrase et s’empare de mon bagage avant de le refermer.
— Allons-y, décrète-t-il ensuite en se mettant en marche.
Il ne cherche même pas à la faire rouler, il porte ma valise comme si elle ne pesait rien alors qu’elle contient tout ce qu’il me reste de mon ancienne vie. Je refoule mon émotion, verrouille ma voiture puis le rattrape.
Roméo
Je lui ouvre la porte de l’appartement et l’invite à entrer avant de soulever de nouveau sa valise et la suivre à l’intérieur. Je referme à clés puis glisse le trousseau dans la poche de mon short de sport par réflexe.
Leona est en train de tourner sur elle-même dans l’espace salon, jaugeant ce nouvel environnement à la décoration inexistante et à l’ameublement minimaliste. De l’autre côté de la verrière, contre laquelle est appuyé mon canapé panoramique, elle entrevoit une petite cuisine avec sa mini table haute et ses deux tabourets.
— Où sommes-nous ? demande-t-elle en ne reconnaissant pas le précédent appartement dans lequel elle a brièvement séjourné.
— Chez moi.
Sa surprise est clairement lisible sur son visage. Je fais mine de n’avoir rien remarqué et lui passe à côté avec sa valise toujours en main. Dans la direction opposée à la cuisine se trouvent deux portes, l’une donnant sur les toilettes et l’autre sur le couloir menant à deux chambres.
D’un côté du corridor se trouve une suite parentale avec un lit king size, un large dressing et une grande salle de bains qui comporte une douche ainsi qu’une immense baignoire balnéo, parfaitement adaptée à ma carrure. De l’autre côté se trouve une plus petite chambrée, qui dispose d’un placard mural ainsi qu’une salle d’eau. Je l’ai meublée en y installant un lit deux places, mais personne n’a encore dormi dedans.
Même si j’aimerais partager mon lit avec elle, je me doute qu’elle ne serait pas d’accord alors je pose sa valise sur le sol de la seconde chambre. Pour l’heure, celui-ci est jonché d’haltères, de roues à abdominaux et autres accessoires servant à la musculation. J’ai tout laissé en plan afin d’aller la retrouver.
— Je t’enlèverai tout ce qui traine, lui dis-je alors qu’elle entre à son tour dans la pièce.
— Ne te dérange pas, je le ferai, c’est déjà gentil de m’accueillir, se précipite-t-elle de répondre d’une voix chevrotante.
Je la devine embarrassée et son regard hésitant me confirme mes soupçons.
— Pourquoi nous sommes là, Roméo ? me demande-t-elle à voix basse en triturant l’anse de son sac à main. Je croyais que personne n’entrait chez toi.
— Je t’ai dit qu’aucune étrangère ne rentrait chez moi, rectifié-je. Tu n’en es pas une.
Son faible sourire en coin me montre qu’elle apprécie mes paroles, mais qu’elle demeure tout de même gênée à l’idée d’être ici.
— Je… Je ne veux pas te déranger, me dit-elle en évitant soigneusement de regarder dans ma direction. Je suis en sécurité à Chicago, normalement, ils ne viendront pas me chercher ici. Et… je saurai me débrouiller si c’est ce qui t’inquiète. Je peux habiter seule…
— Je ne t’aurais pas emmenée ici si ta présence me dérangeait ou si je souhaitais que tu t’installes ailleurs qu’entre ces murs, résumé-je.
Je ne l’imagine pas vivre autre part qu’au plus près de moi. Je n’ai même pas eu besoin d’y réfléchir, ça me semblait tout à fait naturel de conduire Leona chez moi.
Elle relève les yeux vers moi, les lèvres légèrement entrouvertes, le regard toujours aussi incertain, mais les joues rouges de plaisir.
J’ai encore du mal à croire que tout ça est réel. Qu’elle est vraiment là. En chair et en os. Dans ma ville. Dans mon appartement. De retour dans ma vie. Alors certes les circonstances sont encore vagues et ma mâchoire se contracte dès que je vois sa lèvre fendue, mais elle est revenue, elle ne repartira pas et ce constat m’apporte beaucoup de joie.
— Mais je… je serai tout de même libre de mes mouvements ? demande-t-elle d’une voix hésitante en se mordillant la lèvre.
Évidemment, elle arrête rapidement de le faire et une faible grimace de douleur apparait sur son visage. Je tends la main vers elle et caresse sa blessure avec la pulpe de mon pouce comme si ça allait subitement la guérir. Elle ne cherche pas à se détourner de mon toucher, une part d’elle apprécie certainement cette caresse tendre.
— Cet appartement n’est pas une cage, Leona, c’est ton refuge. Je veux que tu t’y sentes comme chez toi. Et, je ferai tout ce qui est en mon pouvoir afin de faire de cette ville ton sanctuaire, mais il va falloir que tu me facilites la tâche en respectant quelques règles de prudence quand tu seras hors de ces murs.
Elle acquiesce machinalement. Et cette fois, alors qu’elle m’accorde un sourire, sa joie atteint réellement ses yeux.
— Merci, souffle-t-elle.
La profonde tristesse qu’on pouvait lire dans son regard, qui me tordait le ventre, est moins omniprésente, moins oppressante. Un avenir plus radieux l’attend ici, avec moi, je lui en fais le serment. Attiré par ses lèvres rosées et désireux d’effacer le reste de sa peine, je me penche vers son visage, mais Leona tourne la tête avant que j’arrive à destination, me rappelant qu’elle ne partage pas le même état d’esprit.
— Désolée, je ne peux pas, murmure-t-elle sans me regarder.
Elle n’a pas les mêmes attentes que moi concernant ces retrouvailles. Je les vois comme le point de départ d’une relation enfin possible et permise, alors qu’il s’agit du point final de sa précédente vie. Elle a besoin de tirer un trait sur l’avenir qu’elle s’était imaginé aux côtés de ses proches, besoin de tourner cette page avant de pouvoir concevoir un avenir à mes côtés et céder à cette indéniable attraction que nous ressentons l’un envers l’autre.
— Je dois y aller, j’ai des rendez-vous que je ne peux pas manquer, lui dis-je plutôt que de m’étendre sur ce sujet. Et je suis déjà en retard, ajouté-je en sortant mon téléphone de ma poche.
Je ne vais pas avoir le temps de prendre une douche. Je vais seulement me changer rapidement et filer. Je suis encore plus demandé qu’avant depuis que les Bellochi sont partis en vacances. Si nous ajoutons à cela mes visites quotidiennes à l’hôpital, je n’aurai pas beaucoup de temps à accorder à Leona durant les prochains jours. Je ferai au mieux.
— Bien sûr, vas-y, me répond-elle. Désolée de chambouler ton emploi du temps.
— Arrête de t’excuser, lui dis-je plus sèchement que prévu. Tu ne me déranges pas, Leona. Tu as bien fait de m’appeler. Je m’occupe de tout. Je m’occupe de toi, me reprends-je. Installe-toi et nous discuterons de tout ça quand je rentrerai.
Elle acquiesce seulement de la tête, certainement prise de court par mon ton autoritaire.
— Évite de te servir de ton téléphone. C’est plus prudent qu’ils n’aient pas accès à ta localisation exacte. Sauvegarde tout ce que tu veux garder sur un drive et ensuite, on le détruira. Je t’en apporterai un autre en rentrant.
Encore une fois, elle opine.
— Il y a un double des clés rangé dans l’un des tiroirs de la cuisine si besoin, mais je préférerais que tu t’abstiennes de sortir aujourd’hui. Laisse-moi m’assurer que le terrain est sécurisé d’abord.
— Je comprends, acquiesce-t-elle.
— Installe-toi, prends tes marques, visite l’appart’, fouille dans les placards si tu as faim, lui dis-je précipitamment alors qu’un appel fait vibrer mon téléphone dans ma main. Fais comme chez toi, résumé-je en tournant les talons.
Je file dans ma chambre tout en répondant à l’appel. J’explique à mon interlocuteur que j’aurai du retard tout en enfilant un jean et un tee-shirt, puis je récupère mes clés et mon portefeuille dans les poches de mon short avant d’attraper ma veste de moto et tout y fourrer.
Lorsque je ressors du dressing, je suis surpris de trouver Leona sur le pas de ma porte de chambre. À ses rougeurs, je devine qu’elle n’a pas manqué le spectacle que je viens de lui offrir. Je ne peux pas m’empêcher de sourire narquoisement, mais je garde ma réplique pour moi, même si la prochaine fois, je préférerais autant qu’elle ne reste pas sur le pas de la porte, mais plutôt qu’elle me rejoigne.
— À tout à l’heure, lui dis-je tandis qu’elle se décale pour me laisser passer.
— Merci pour tout, Roméo, me dit-elle précipitamment, se souvenant certainement de la raison pour laquelle elle m’avait suivi jusque dans ma chambre.
Déjà en retard, je ne m’étale pas sur le sujet, même s’il n’y a vraiment pas de quoi me remercier, je me contente d’un hochement de tête avant de gagner la sortie d’un pas pressé.
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