Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 21
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Leona
De longues jambes et des années de sport me permettent d’atteindre la porte à une vitesse folle. Je me jette dessus, appuie sur la barre avec tout mon corps et pousse en même temps sur la porte jusqu’à ce qu’elle me laisse un interstice suffisant pour sortir.
Je reprends immédiatement ma course sans m’inquiéter du fait d’être complètement aveuglée par le soleil. J’entends ses pas lourds résonner sur le sol derrière moi, mais ne me risque pas à jeter un coup d’œil. Mon attention est focalisée sur le bout de la ruelle, les passants que je vois circuler, le bruit du trafic, ma porte de secours est là-bas.
J’y crois, bon sang.
Je n’ai effectué que quelques longues foulées lorsqu’un bras encercle soudainement ma taille et qu’un corps percute le mien. Je perds l’équilibre sous la force de cet impact et vois le sol se rapprocher dangereusement de mon visage. Au dernier moment, mon centre de gravité est contrebalancé et c’est finalement le ciel que je regarde tandis que mon dos s’écrase contre une surface dure m’arrachant un hoquet de surprise.
Le bruit sourd de notre chute résonne encore dans la ruelle déserte lorsque je me mets à me débattre.
— Lâche-moi, lui ordonné-je en me tortillant au-dessus de lui.
— Jamais, me grogne-t-il à l’oreille.
J’agite mes jambes et mes pieds et suis certaine de toucher plusieurs fois ses tibias avant qu’il se lasse et nous fasse basculer dans une autre position. Je me retrouve sur le dos, les bras levés au-dessus de ma tête, entravés au niveau des poignets par l’une de ses mains, tandis qu’il s’installe tranquillement entre mes cuisses.
— Calme-toi, m’intime-t-il à deux centimètres de mon visage. C’est terminé.
Rien n’est terminé. Tant que je serai ici, avec lui, mon cauchemar ne sera pas fini.
— Tu es un monstre, crié-je en le fusillant du regard.
— Je ne m’en suis jamais caché, grogne-t-il. Si tu ne souhaites pas finir comme lui, tu ferais mieux de te calmer.
— Va au diable !
Dans un stupide effort de renverser la balance, j’enroule mes jambes autour de sa taille et donne une impulsion sur mes hanches pour tenter de nous faire basculer. Mais rien ne se passe comme prévu. Non seulement je n’arrive pas à repousser mon agresseur, mais son regard noir se charge désormais de désir me rappelant la connotation très sexuelle de cette position. Je desserre immédiatement ma prise sur ses hanches, mais de sa main libre, Roméo attrape une de mes cuisses et la maintient en place tandis que d’un coup sec, il appuie son bassin contre le mien. Mes yeux s’élargissent en sentant une forme dure contre mon intimité.
— Ton petit numéro est en train de sérieusement m’exciter, Leona. Continue de me provoquer et tu perdras ta virginité sur le sol d’une ruelle dégueulasse.
Instantanément, j’arrête de me débattre, mais je lui jette quand même un regard glacial. Je n’ai jamais eu autant envie de cracher à la figure de quelqu’un de toute ma vie et une voix lointaine m’encourage à le faire tandis que la voix de la raison me rappelle sa menace.
— Dommage, murmure-t-il en rapprochant ses lèvres des miennes, dans un tel état de rage et avec toute l’adrénaline qui coule dans nos veines, ça aurait été sensationnel et inoubliable.
Je tourne immédiatement la tête lorsqu’il pose ses lèvres sur les miennes.
— N’essaie plus jamais de t’enfuir, m’assène-t-il d’une voix bien plus froide et menaçante.
Il me relâche enfin et se redresse. J’ignore sa main tendue et me relève toute seule.
— Tu t’attendais à quoi ? le questionné-je alors que la raison de ma fuite me revient en mémoire. J’étais obligée de me sauver. Tu as vu ce que tu as fait là-dedans ? lui demandé-je en désignant la porte du club. Tu… C’était…
Je pointe plusieurs fois mon doigt dans sa direction en cherchant le bon qualificatif, mais je ne trouve aucun mot assez fort pour décrire la scène traumatisante à laquelle je viens d’assister.
Imperturbable, Roméo époussète son jean, son tee-shirt puis ses boots comme si de rien n’était. Son comportement m’arrache un cri d’indignation.
— Ce n’était pas nécessaire. Toute cette cruauté n’était pas nécessaire, dis-je avec de grands gestes. Pourquoi ? Pourquoi tu fais ça ? Comme ça ? C’était horrible et brutal et... Tu n’es qu’un barbare !
— Les gens ne comprennent que la violence, m’explique-t-il le plus simplement du monde.
— Mais il était déjà condamné, m’écrié-je. Pourquoi le torturer s’il est de toute façon condamné à mourir ? Il n’en a tiré aucune leçon puisqu’il est mort !
— Ce n’est pas pour lui, mais pour les autres. Tous ceux qui m’ont vu faire aujourd’hui en parleront autour d’eux et ainsi de suite. C’est par le bouche-à-oreille qu’on fait circuler la peur et qu’on bénéficie d’un pouvoir sans limites. Il n’y a que ce langage qu’ils comprennent.
— C’est également le seul que tu parles, rétorqué-je sèchement.
— Parce que c’est celui qu’on m’a appris.
Un ange passe.
Nous nous regardons droit dans les yeux, sans un bruit, mais avec suffisamment d’émotions dans le regard pour nous comprendre.
Dans un milieu comme le nôtre, il est courant que les garçons soient éduqués en usant de violence dans le but, soi-disant, de les endurcir et les préparer à leur vie à venir. Et maintenant que j’y réfléchis, je suppose que c’est d’autant plus vrai pour ceux qui se destinent à devenir des collecteurs. Aucun être humain ne peut posséder une nature aussi violente, il a forcément été façonné.
— Ton père ? lui demandé-je faiblement.
Il secoue négativement la tête.
— Mon père est un agneau, pas un loup. Il ne fait même pas partie de la ‘Ndrangheta, il y est juste affilié par son business. Comme Gianni et Léandro, j’ai été initié par leur père, notre ancien Capo. Selon lui, plus vite on commençait, plus tôt nous devenions des hommes.
Je ne peux pas m’empêcher de secouer la tête. Ce n’est pas comme ça que j’ai été élevée, ce n’est pas de cette manière que mes parents éduquent Ercole. Mon frère a le temps de grandir, de devenir adulte, de mener des affaires, légales et illégales, de vivre dangereusement. Il vaut mieux qu’il profite de son enfance, de son insouciance aussi longtemps que possible, parce qu’une fois qu’il aura été confronté à la violence, ce sera impossible de revenir en arrière.
Comme Roméo.
En le faisant grandir trop vite, en lui arrachant brutalement son innocence, le père de Gianni et Léandro a créé ce monstre sans pitié capable de tuer quelqu’un en lui broyant la gorge.
J’ai presque envie de m’excuser pour lui, pour son enfance horrible et pour tout ce qu’il a enduré dans sa vie, mais je me retiens. Il s’agit de mon kidnappeur, de mon tourmenteur et d’un meurtrier, il ne mérite nullement ma compassion.
Alors je fais ce que je sais faire de mieux, je relève le menton et j’affiche un air suffisant.
— Un passé trouble ne peut pas tout excuser.
— Non, mais maintenant tu sais exactement qui je suis et de quoi je suis capable quand on me trahit, conclut-il en glissant ses mains dans ses poches de jean. Garde ça en tête, ça pourra toujours servir.
Il pense me mettre au pli comme tous les autres de cette manière sauf que dans mon cas, j’ai le sentiment de risquer bien pire en le côtoyant trop longtemps qu’en le trahissant. Ainsi, je n’arrive pas à renoncer à mon plan malgré la menace qu’il vient de faire peser sur moi.
— On rentre, m’ordonne-t-il plus sèchement. Tout de suite.
Le front haut, le menton relevé, le regard froid et déterminé, je passe à côté de lui dans l’intention de rejoindre le club quand soudainement, je reçois une énorme tape sur les fesses. Un cri d’indignation franchit mes lèvres tandis que je me retourne, le regard désormais meurtrier et la mine scandalisée.
— Ne fais pas la fière, Leona, grogne-t-il avant que je puisse parler. La seule chose qui me retient de m’occuper de toi immédiatement c’est le manque de temps. J’ai des affaires plus urgentes à régler pour l’instant, mais ta petite évasion ne restera pas impunie. C’est clair ?
Je me sens devenir livide et j’avale péniblement ma salive alors qu’il me jette un regard extrêmement froid. Un frisson de peur me parcourt l’échine en me demandant ce qu’il va encore inventer pour me torturer l’esprit.
J’acquiesce de la tête afin de lui donner satisfaction et ne pas envenimer les choses. Je ne suis toujours pas en position de force pour me le permettre.
— Bien. Maintenant, avance.
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Roméo
Installé sur un canapé, je regarde d’un œil distrait des commentateurs débattre des derniers résultats sportifs des équipes de Chicago sur l’écran géant de la salle de jeux des Bellochi.
Mis à part Giulana et Aurora qui sont déjà couchées, nous sommes au complet.
Comme souvent, il n’y a que Gianni qui suit réellement l’émission, assis au bout du divan, les coudes posés sur les genoux, il regarde avec intérêt un résumé des derniers matchs de basketball. Dino, allongé dans l’angle opposé du canapé panoramique en forme d’U, est focalisé sur son téléphone. Léandro, assis à égale distance entre son cousin et moi, les pieds posés sur la table basse, une tablette dans les mains, tente de se mettre à jour dans la lecture des comptes-rendus d’activité. C’est un travail sans fin, très barbant, mais dont il ne peut pas se défaire. C’est primordial que le Capo soit au courant de tout ce qu’il se passe au sein de son organisation, surtout en ce qui concerne nos autres territoires.
J’ai hésité avant de les rejoindre ce soir, la journée a été particulièrement longue, éprouvante et pleine de mauvaises nouvelles. J’avais juste envie de rentrer chez moi afin de m’enfiler une bouteille de whisky, me noyer dans l’alcool pour mieux refaire surface ensuite, mais comme toujours quand ça ne va pas fort, j’ai pris la direction du manoir de manière totalement inconsciente.
Léandro, Gianni et Dino ne sont pas seulement des frères à mes yeux, ce sont également mes bouées de sauvetage, ceux qui me maintiennent la tête hors de l’eau. Notre amitié solide, infrangible, est ce qui nous a permis et nous permet encore aujourd’hui de ne pas sombrer. On s’entraide depuis toujours, on se relève les uns les autres, on se soigne les uns les autres, on se protège les uns les autres et nous serions prêts à mourir pour sauver les autres. Nous sommes bien plus que des amis, bien plus qu’une famille, bien plus que des frères d’armes. C’est indescriptible, inexplicable, mais le simple fait d’être avec eux produit un effet salutaire sur mon moral et mon humeur noire.
— Il parait que tu as fait un carnage au Whisper, commente soudainement Dino.
Je ne lui adresse qu’un bref coup d’œil.
— Il le méritait, dis-je tout bonnement sans préciser que j’avais besoin de passer mes nerfs sur quelqu’un également. Comment tu le sais ?
— J’ai mes sources, me répond-il énigmatiquement. Il parait aussi que la petite souris en a profité pour se barrer.
Sa phrase retient forcément l’attention de tout le monde. Je sens trois paires d’yeux aux auras bien différentes sur moi. Un bref tour de salle me confirme mes doutes, si Dino est amusé par la situation, ce n’est pas le cas de ses cousins.
— La scène l’a secouée donc elle s’est enfuie, mais je l’ai rattrapée, expliqué-je. Elle est de nouveau enfermée.
Elle ne cherchait pas vraiment à s’évader, elle voulait seulement s’éloigner de moi, c’est le prédateur qu’elle fuyait, pas l’endroit.
— Sans elle, pas d’échange et pas de vengeance, me rappelle Gianni d’un ton un peu sec.
J’en suis parfaitement conscient, c’est moi qui ai élaboré ce plan.
— Elle ne m’échappera pas, lui assuré-je avant de prendre une longue gorgée de bière.
Il me faut vraiment quelque chose de plus fort.
— Les Napolitains n’ont pas apprécié tes derniers clichés, déclare Léandro d’une voix neutre en déposant sa tablette sur le canapé.
— Je m’en doute.
— Je vais devoir commencer à leur faire des propositions plus sensées si je ne veux pas qu’ils se lassent.
— Ils pourraient décider d’attaquer, s’immisce Dino.
— Ils sont moins nombreux et ils se doutent que nous les attendons de pied ferme, rétorque Léandro.
— Je ne te parle pas d’une attaque de front, mais d’un assaut plus furtif à l’endroit où se trouve Leona, lui dit Dino.
— Ils n’ont aucun moyen de savoir où elle est, rétorqué-je.
— Ils n’attaqueront pas, répète Léandro. À leur place, je chercherais plutôt à enlever quelqu’un qui a autant d’importance que Leona afin de procéder à un échange.
— Giulana est la seule cible envisageable, répond Dino.
— Ils ne s’y risqueront pas, lui affirme Gianni. Trop dangereux. Ils savent qu’ils peuvent dire adieu à tous les membres de leur famille en commettant un tel acte.
L’aura extrêmement sombre qui entoure Léandro à cet instant confirme les conclusions de Gianni. Quiconque s’en prendra à sa femme condamnera toute sa famille à mourir et Léandro torturera le responsable jusqu’à ce qu’il devienne complètement fou à cause de la douleur.
— Pour l’instant, nous détenons l’avantage, reprend Léandro, ils ne peuvent rien faire d’autre qu’attendre nos appels.
Ils subissent cette guerre, leur sentiment d’impuissance rajoute du poids à leur culpabilité et à leur honte. À l’heure actuelle, ils doivent suffoquer.
— Et comme ils ne savent pas ce que nous voulons, ils ne peuvent pas préparer les négociations, surenchérit Gianni.
Et nous pouvons les faire trainer en longueur.
— C’est surtout que si ce fils de pute apprend que c’est après lui qu’on en a, il va se sauver à l’autre bout du monde, ajouté-je.
C’est pour ça qu’on taira jusqu’au bout le véritable motif de notre vengeance.
— Je vais leur demander un autre territoire, moins important que Détroit, ainsi que de l’argent, ça les occupera quelques jours, propose Léandro.
J’acquiesce machinalement tout en prenant une nouvelle gorgée de bière.
— Cette stratégie a ses limites, intervient Gianni, la voix de la raison. Combien de temps veux-tu la garder captive encore ?
— Pas longtemps, dis-je sans hésiter.
Du coin de l’œil, je vois Dino se redresser hâtivement.
— Ne me dis pas que tu l’as baisée, s’exclame-t-il.
— Non, je ne l’ai pas baisée, l’arrêté-je de suite. J’ai un contretemps qui change toute la donne, dis-je d’une voix plus faible.
Je termine ma bouteille de bière d’une seule gorgée et la pose sur la table basse.
— Les médecins estiment que l’état de ma mère s’est encore bien dégradé, selon eux, elle devra bientôt être hospitalisée afin de bénéficier d’une surveillance médicale constante. C’est la fin, conclus-je plus sombrement.
Je vois le visage de Dino se décomposer, lui qui possède toujours le sourire est désormais aussi blanc qu’un linge.
— Je suis désolé de l’apprendre, me dit Gianni.
— On se doutait que ça arriverait, dis-je machinalement.
C’est pour Chiara que ce sera le plus dur. Ma mère ne veut rien lui dire pour l’instant. Comme ma sœur va beaucoup mieux et que ses thérapeutes pensent autoriser très prochainement sa sortie, ma mère souhaite attendre ce moment-là pour lui en parler.
Elle veut juste que sa fille se sente mieux afin de l’avoir à son chevet le moment venu. Elles en ont toutes les deux besoin. Nous en avons tous besoin. J’y serai également. Nous surmonterons cette épreuve en famille et veillerons à ce que le départ de notre mère se déroule le plus paisiblement possible.
— Mes priorités ont changé, dis-je pour revenir au sujet principal. Je veux régler cette histoire au plus vite afin de me focaliser ensuite sur ma mère. On les laisse mariner encore une semaine, le temps de prendre de nouvelles photos afin de faire grimper la pression et les placer dans les meilleures dispositions pour nous livrer ce fils de pute.
J’ai hâte d’avoir cet enfoiré entre les mains. J’ai besoin de me défouler et ce type est ma cible toute désignée, le torturer m’apportera une grande satisfaction. Ça apaisera mon âme de venger ma sœur.
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