Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 3

 

Roméo

 

Moins de trente minutes plus tard, j’arrive à destination et me dirige d’un pas pressé vers l’accueil. Je bouscule tout le monde sur mon passage, mais personne ne me fait de remarques. Je suppose qu’en plus de ma carrure impressionnante, ma mine doit être si sombre que les gens se sentent instantanément menacés en ma présence. Ainsi, c’est presque naturellement que la foule se fend en deux et me laisse accéder à la réception. La dame derrière la borne d’accueil me regarde avec des yeux ronds. Je pose ma main sur le meuble et lui montre exactement qui je suis pour l’encourager à me révéler tout ce que je veux savoir.

— Chiara Perchino, quelle chambre ? lui demandé-je agressivement, sans préambule.

Elle n’accorde qu’un bref coup d’œil à mon tatouage avant de se plonger dans son ordinateur.

Au milieu de ce hall d’accueil soudainement silencieux, le bruit des touches de son ordinateur me parait décuplé et j’ai l’impression qu’il lui faut une éternité pour taper un simple nom.

— Alors, l’agressé-je en frappant la borne du plat de la main.

Elle sursaute et tous ses membres se mettent à trembler alors qu’elle relève ses yeux verts en direction des miens, devenus certainement noirs à présent.

— 225, bégaie-t-elle.

Je me dirige vers les ascenseurs, et à nouveau, les gens se poussent de mon chemin.

J’ouvre la porte donnant sur la cage d’escalier et m’élance, espérant secrètement calmer mes nerfs grâce à ce petit exercice physique. Sans surprise, ça ne fonctionne pas et je donne un puissant coup de poing dans la porte du deuxième étage avant de prendre une grande inspiration et l’ouvrir.

Au moment où je me rapproche de la porte de sa chambre, je constate qu’elle est entrebâillée et alors que je m’apprête à la pousser, j’entends des pleurs étouffés. Je cesse de bouger.

— Je suis tellement désolé, tesoro, murmure mon père avant de retenir un nouveau sanglot.

 Je recule machinalement d’un pas, autant pour lui laisser ce moment avec Chiara que parce que mon père, comme moi, est un homme fier qui détesterait que quelqu’un l’aperçoive en train de pleurer. Je m’adosse contre le mur à côté de la porte et croise les bras, observant mes boots, je l’écoute s’excuser encore et encore des paroles qu’il a eues à son égard sans obtenir de réponse puisque Chiara doit être endormie.

Enfin, alors que ses sanglots semblent se calmer et que je l’entends se moucher, je compte jusqu’à soixante dans ma tête pour lui accorder un peu plus de temps et je toque à la porte pour le prévenir de ma venue. Je lui donne dix secondes de plus puis j’entre dans la pièce. Je le découvre assis près du lit, une main tenant fermement celle de ma sœur au teint livide et aux lèvres pâles.

Je referme la porte derrière moi et m’approche à mon tour du lit.

Mon regard s’attarde sur les yeux rouges de mon père et sur sa mine encore meurtrie avant de dévier en direction de Chiara pour ne pas l’embarrasser. Mon père ne montre jamais ses émotions. Même lorsqu’ils nous ont parlé du cancer, il est resté fort et fier en nous affirmant que tout irait bien, qu’ensemble, nous surmonterions cette épreuve. Le fait qu’il paraisse toujours aussi abattu malgré ma présence dans la pièce m’indique à quel point il regrette ses mots, même si ses nombreuses excuses envers elle étaient déjà bien assez explicites.

— Comment elle va ? lui demandé-je.

— Ils ont éliminé le plus gros et continuent de le faire, dit-il en désignant l’aiguille qui transperce la main de Chiara et diffuse je ne sais quelle substance dans son corps. Ils surveillent ses constantes et attendent son réveil à présent.

J’acquiesce machinalement en observant les yeux clos de ma sœur, son teint blafard et ses cernes, en me reprochant d’avoir failli à mon devoir de grand-frère.

— Normalement, elle ne devrait plus avoir besoin d’assistance respiratoire, poursuit-il.

Sa poitrine se soulève à une cadence régulière, égale à celle du bip sonore qu’on entend en arrière-plan et mon regard se pose sur cet écran comportant des tracés que je ne comprends pas, mis à part pour celui de son rythme cardiaque. Pour je ne sais quelle raison, je suis captivé par le tracé et rassuré de voir cette ligne monter à chaque battement de son cœur.

— Ils m’ont proposé de la transférer en maison de repos où elle serait suivie par un psychiatre pendant quelques semaines, m’explique-t-il.

— Qu’est-ce que tu as répondu ? lui demandé-je en reportant mon attention sur lui.

Son regard ne s’attarde qu’une seconde sur moi avant de se poser sur sa fille.

— Que je souhaitais d’abord en discuter avec elle. Mais personnellement, je crois que ça lui ferait du bien. Elle serait bien entourée là-bas. Mieux qu’ici, avoue-t-il ses remords dans un murmure. Elle pourrait parler à quelqu’un de ce qu’elle a vécu et se libérer de ce poids.

Il tend la main vers la table de chevet et saisit un carnet noir que je n’avais encore jamais vu, puis il se lève de son siège et contourne le lit.

— J’ai trouvé ça près d’elle, m’explique-t-il en tendant l’objet vers moi. Lis-le. Tu comprendras tout.

J’attrape le carnet en fronçant les sourcils. Je l’étudie en le faisant tourner entre mes doigts, sa couverture ne m’apprend rien et le dos non plus.

Mon père pose sa main sur mon épaule et la serre avec un sourire crispé aux lèvres.

— Je vais me rendre au chevet de ta mère et attendre son réveil.

— Comment elle va ? lui demandé-je aussitôt en relevant la tête.

— Elle devrait dormir encore quelques heures grâce au calmant, ensuite, je l’emmènerai ici. Elle ne sera rassurée qu’en la voyant, dit-il en jetant un coup d’œil en direction de Chiara. Reste avec ta sœur en attendant.

C’était déjà mon intention. Je me contente d’acquiescer pour lui montrer mon accord.

— Venge-la, souffle-t-il avec un coup de menton en direction du carnet.

Avec une dernière tape sur mon épaule, il s’éloigne en direction de la porte. Mes yeux se posent une nouvelle fois sur le carnet alors que j’entends la porte se refermer derrière mon père. Je l’ouvre sur une page au hasard et reconnais immédiatement l’écriture de Chiara. En quelques lignes, je comprends qu’il s’agit d’un journal intime.

Je contourne le lit et m’enfonce dans le fauteuil qu’occupait précédemment mon père. Je jette machinalement un coup d’œil en direction de ma sœur puis de l’écran pour m’assurer de ses constantes, ensuite j’ouvre le carnet à la première page et me plonge dans ses pensées intimes sans me sentir coupable de le faire. S’il était placé près d’elle, c’est qu’elle souhaitait partager le journal avec nous afin que nous connaissions toute l’histoire.

Son histoire.

Page après page, elle déroule son récit, sa première rencontre avec Vince, les danses devant ses potes, l’escalade jusqu’à un club de striptease clandestin.

Sur les premières pages, l’écriture est soignée, les feuilles sont noircies de mots, mais aussi colorées de dessins en tout genre. Je parviens même à m’imaginer l’excitation et l’amusement qu’elle ressentait à ce moment-là. Danser devant un public ne lui faisait pas peur, pour l’avoir fait de nombreuses fois durant ses galas de danse classique au théâtre. Se déshabiller non plus. Selon ses dires, elle n’a jamais eu honte de son corps et ses parties intimes étaient toujours cachées durant le show.

Puis il y a de moins en moins de dessins alors qu’elle raconte comment elle est passée du show sur scène à des représentations privées en tête à tête avec des clients.

Elle relate la première fois qu’un client l’a touchée malgré l’interdiction formelle et l’absence de réaction de la part de Vince. Et à partir de là, il n’y a plus de couleurs sur les pages, son écriture est moins soignée, les sillons laissés par le stylo sont plus creusés, et même dans ses paroles, on ressent sa colère alors que l’escalade continue.

Elle raconte ensuite comment Vince l’a contrainte à pratiquer une fellation à un client en la menaçant de diffuser les vidéos de ses représentations sur internet.

Elle se rend compte qu’elle a été prise dans un piège, malgré tout, on devine à ses mots et à sa façon rageuse d’écrire qu’elle se bat encore. Elle affirme même ne pas avoir besoin d’aide pour se sortir de ce merdier.

Puis lorsqu’il va plus loin dans la surenchère en lui demandant de coucher avec un client, elle l’envoie se faire foutre. Elle le menace à son tour d’aller voir les flics pour leur parler de son petit business. Puis, soudain son écriture devient plus chevrotante alors qu’elle parle de la présence d’un second type dans le bureau à ce moment-là. Selon ses dires, il s’agit d’un homme qu’elle n’avait encore jamais vu, mais qui comprend tout de suite la raison qui se cache derrière son refus absolu de coucher avec quelqu’un. Il saisit qu’elle souhaite rester vierge pour le mariage et fait même le lien avec ses origines calabraises avant de proposer à Vince de s’occuper du « problème », de « l’écarter de leur chemin » selon les dires de ce fils de pute.

De l’encre a coulé aux endroits où ses larmes se sont échouées tandis qu’elle écrivait le passage relatant son viol.

Puis, elle explique d’une main toujours aussi tremblante que Vince l’a ensuite menacée de tout révéler à ses parents si elle ne se prostituait pas pour lui. Et selon les mots de Chiara, comme elle refusait de décevoir sa famille, de causer du chagrin à sa mère mourante, elle s’est pliée à son chantage.

On sent à ce moment-là qu’elle ne se bat plus, elle a abandonné la partie.

Page après page, elle sombre un peu plus. Son récit devient de plus en plus incohérent à mesure qu’il l’oblige à se prostituer. Puis elle ne cherche plus à faire de phrases, elle balance des mots les uns à la suite des autres expliquant encore et toujours à quel point elle se dégoute.

Et enfin sur la dernière page, si abimée qu’on devine qu’elle a été bien mouillée par des larmes, elle n’a inscrit que trois petits mots qui nous sont destinés : « Je suis désolée. ».

Je referme le carnet sèchement et lève la tête en prenant une grande inspiration comme si je faisais soudainement surface après avoir été noyé par les paroles de ma sœur, sa détresse.

Ils l’ont brisée, ni plus ni moins, et je n’ai rien vu, trop occupé ailleurs, je ne me suis pas rendu compte que ma sœur avait besoin d’aide.

Et au lieu de l’écouter quand, face à la vérité, elle osait enfin parler, nous avons appuyé directement là où ça faisait le plus mal en concrétisant ses plus grandes peurs. C’était plus qu’elle ne pouvait en supporter et elle a tenté d’en finir.

À mon tour, je lui prends la main et la serre fermement entre mes doigts alors que des larmes se forment dans mes yeux.

— Je suis désolé, Chiara, murmuré-je tandis qu’une première goutte roule sur ma joue. Je suis tellement désolé.

Je la vengerai. C’est une putain de promesse.

Je ne m’arrêterai pas avant de l’avoir vengée. Et tous les moyens seront bons pour y parvenir. Je ne reculerai devant rien ni personne. Les représailles seront aussi morbides qu’horribles, beaucoup de sang et de larmes seront versés et je m’en régalerai sans remords.

 

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Roméo

 

Une semaine plus tard.

Comme tous les jours, je m’entraine dans la salle de sport du manoir des Bellochi et termine ma séance par un combat de boxe sur le ring face à Léandro. Après un combat intensif de quinze minutes, nous quittons les gants et nous accordons une pause.

Je fais craquer ma nuque en souriant. J’aime sentir mes muscles tendus par l’effort, ils le sont d’autant plus lorsque je me bats contre un adversaire aussi doué et coriace que Léandro. Nous avons le même niveau, la même technique, une façon similaire de lutter, une carrure équivalente, une endurance identique… l’affrontement n’en est que plus intense. Cela nous contraint à faire régulièrement des pauses pour reprendre notre souffle et nous désaltérer, mais c’est aussi le meilleur moyen de faire travailler tous nos muscles et continuer de progresser.

Il est primordial de s’entrainer quotidiennement, il n’est pas seulement question de maintenir sa masse musculaire, c’est aussi une question de vie ou de mort. Dans un monde comme le nôtre, à la moindre vulnérabilité, on se retrouve six pieds sous terre. Tous les mafieux à la tête d’une organisation criminelle crèvent lorsqu’ils baissent leur garde, se ramollissent. Le secret c’est de n’avoir aucune faiblesse et d’entretenir son corps et ses réflexes jour après jour.

Et du haut de ses trente ans, Léandro Bellochi est encore au sommet de sa forme et parait toujours aussi inarrêtable et indestructible bien qu’il possède désormais une faiblesse. Enfin plutôt deux. Sa femme, Giulana, et sa fille, Aurora, qui aura bientôt un an.

— Comment va ta sœur ? me demande-t-il en attrapant une bouteille d’eau.

Je passe ma main sur mon front pour décoller les quelques mèches de mes cheveux bouclés qui s’y sont plaquées durant l’effort.

— Elle s’acclimate plutôt bien à son nouvel environnement selon les médecins.

Cela fait quelques jours maintenant qu’elle s’est installée dans cette « maison de repos » pour se faire aider et remonter la pente. Comme ils estiment qu’elle doit se couper de toutes distractions pour guérir, elle n’a pas accès à son téléphone là-bas donc on ne peut se fier qu’aux avis du personnel encadrant pour l’instant. En attendant qu’un droit de visite nous soit accordé.

— Tant mieux. Elle sortira quand ?

— Ils ne se prononcent pas, lui dis-je.

Une part de moi espère qu’elle sortira avant le décès inévitable de notre mère. J’ai envie que cette dernière parte avec l’esprit tranquille, rassurée par le fait que sa fille se porte à nouveau bien. Même si je ne suis pas aussi croyant qu’elle, je sais que ça lui tient à cœur ces choses-là. Je veux que son âme parte en paix, qu’elle puisse aller au paradis comme elle le souhaite et le mérite.

— Il n’y a plus aucun Napolitain vivant au sud de la ville, m’annonce-t-il, sans doute pour me remonter le moral.

Je lui adresse un sourire en coin avant d’ouvrir ma bouteille d’eau pour étancher ma soif. Je n’ai pas pris part aux festivités cette fois, même si j’avais furieusement envie de me baigner dans le sang des Camorristes, ma famille avait plus besoin de moi et pour une fois, j’ai privilégié mes proches plutôt que mon travail. 

— Qu’est-ce que tu as prévu pour la suite ? lui demandé-je en reposant ma bouteille sur le sol.

— Ça dépend, dit-il en penchant sa tête sur le côté.

Son regard sonde le mien avant d’examiner le reste de mon visage comme s’il m’étudiait.

— Qu’est-ce que tu souhaites, toi ? me demande-t-il finalement.

Son ton est beaucoup trop léger pour une question aussi lourde et il en a parfaitement conscience. Il garde une posture détachée en attendant que je lui dévoile mon jeu pour ne rien me montrer de ses propres réflexions. Il se doute forcément de ma réponse, mais il sait également que les conséquences pourraient être terribles.

Après quelques recherches, j’ai découvert que Cipriano Russo est le fils du conseiller personnel de Davide Coppola, le chef de la mafia napolitaine de Détroit.

Je fais craquer négligemment ma nuque avant de relever le menton et le regarder droit dans les yeux.

— Je veux arracher la tête et les couilles de Russo, lui dis-je sans la moindre hésitation.

— Cela conduira à une guerre ouverte, commente Léandro d’une intonation neutre.

Je le sais pertinemment, mais ça ne me fera pas reculer pour autant. Je n’arrive pas à évaluer son humeur ni à deviner ses pensées. Même si ses yeux semblent pétiller d’excitation en réponse à ma proposition de vendetta, je me doute qu’il est obligé de freiner ses pulsions meurtrières pour songer au bien du plus grand nombre. Il ne s’agit pas seulement de lui, de nous, de ma vengeance, il est également question des centaines de Calabrais qui composent la branche américaine de la ‘Ndrangheta et dont il est le boss. Il ne peut pas se permettre de mettre toutes ces personnes en danger en déclarant la guerre aux Napolitains sans raison valable.

— Tu es mon Capo, Léandro, déclaré-je en touchant machinalement la pieuvre sur ma main. J’exécuterai loyalement tous tes ordres, mais dans le cadre de cette affaire, quoi que tu dises, je ne changerai pas d’avis.

Même s’il m’ordonnait le contraire, je le ferais quand même. Nous avons mis le doigt sur l’unique raison pour laquelle je serais prêt à le trahir.

— Tu irais jusqu’à m’affronter dans un véritable combat pour pouvoir venger ta sœur ? me demande-t-il d’une voix presque amusée.

L’air se charge d’une tension inédite entre nous alors que j’acquiesce sans hésiter. Il peut lire cette détermination dans mon regard et le voir dans ma posture défensive. Mes muscles tendus sont déjà prêts au combat. Ce serait l’unique raison pour laquelle nous nous battrions pour de vrai Léandro et moi.

— Je n’en attendais pas moins de toi, répond-il avec un sourire en coin. C’est gentil de prévenir, Roméo, mais ce serait encore mieux de m’inviter à participer.

D’un coup, la tension retombe alors qu’il repose sa bouteille sur le sol.

— Tu veux m’aider à venger ma sœur ?

— Ce serait un honneur, acquiesce-t-il plus sérieusement.

Léandro n’a croisé que quelques fois Chiara au cours de sa vie puisqu’il ne venait presque jamais chez moi, donc ce n’est pas vis-à-vis d’elle qu’il souhaite prendre part à cette vendetta, mais par amitié envers moi. Aussi parce que ce fou à lier adore faire souffrir les autres. Encore plus ceux qui se croient meilleurs que lui, comme ces foutus Napolitains qui pensaient pouvoir monter impunément un business sur son territoire. 

— Avec tout ce que tu as fait pour ma famille, j’irai jusqu’en enfer pour venger la tienne, me dit-il solennellement.

Avant qu’elle ne s’envole pour Phoenix, j’ai longtemps veillé sur sa propre petite sœur, Sofia. Je les ai aidés à buter leur père, à se venger de lui puis je les ai soutenus quand ils ont réclamé la place qui leur revenait de droit au sommet de la ‘Ndrangheta.

— Je ne souhaite pas seulement tuer ce fils de pute, je veux tous les faire souffrir, le mets-je en garde pour que tout soit clair.

Un sourire cruel étire ses lèvres.

— Tu m’excites. Arrête de m’allumer et viens-en au fait. À quoi tu penses ?

— Russo a une fiancée, lui dis-je sans sourciller. Elle s’appelle Leona De Rosa et c’est la nièce de Coppola.

Davide Coppola est le grand chef de la Camorra de Détroit, son frère, Aristide, est son second aux commandes, et enfin, son beau-frère, Federico De Rosa est l’un de ses sous-chefs. Il règne sur la ville de Grand Rapids en son nom, elle est située à l’ouest de Détroit, à environ deux heures de route.

— Tu me donnes des frissons, avoue-t-il alors que son sourire s’élargit.

Il n’a pas besoin que j’en dise plus, il a parfaitement compris mon plan. Les femmes sont la plus grande faiblesse des hommes, ça l’est d’autant plus lorsqu’elles sont proches de nous et qu’on a juré de les protéger contre tous les dangers.

— Je désire les faire souffrir de l’intérieur. Je veux leur prendre leur précieuse fille en guise de représailles et les laisser imaginer toutes les horreurs qu’elle subit. Je veux les monter les uns contre les autres, les rendre tous anxieux, angoissés. Quand ils ne pourront plus le supporter, je leur demanderai de me remettre Russo en échange de leur fille, conclus-je.

Je pourrais aller chercher directement ma cible plutôt que de m’en prendre à la fille, mais ça ne toucherait pas Davide Coppola dans son égo, pas autant que si j’enlevais et torturais sa nièce à cause de lui, sa mafia, ses hommes. Je veux qu’il m’offre Russo sur un plateau pour sauver sa nièce, reconnaissant ses torts par la même occasion et perdant la face devant tous ses hommes.

La vengeance idéale.

Je fais souffrir la famille Coppola, je l’affaiblis et je bute Russo en guise de conclusion.

— Ils nous ont déclaré la guerre en franchissant les limites de notre territoire, ce ne serait que justice si nous leur rendions la pareille en allant chez eux et en rapportant un petit souvenir de notre voyage, me répond mon ami.

Cette fois, son regard brille autant de malice que de cruauté alors que ses lèvres s’étirent dans un sourire aussi narquois que meurtrier. Sa folie est visible et il ne fait rien pour la cacher, au contraire, je crois que ça lui plait de voir son reflet sur mon propre visage.

Je ne m’entends pas aussi bien avec les Bellochi sans raison. Nous ne sommes pas du même sang, mais nous avons été forgés dans le même moule.

Nos ennemis ne se doutent pas de ce qu’il va leur arriver, de la tempête qui va s’abattre sur eux, de la tornade qui emportera tout sur son passage et les ruinera à jamais. Ils n’auraient jamais dû s’en prendre à ma famille, à nous, à la ‘Ndrangheta.

— Nous avons un enlèvement à préparer, décrété-je alors.

— Qu’est-ce que tu as prévu de faire à cette fille ? me demande-t-il.

Léandro me suivrait jusqu’en enfer, mais il y a des voies qu’il préférerait ne pas emprunter. Je ne suis pas particulièrement adepte de la violence envers les femmes non plus, je le fais quand ça doit être fait, mais n’y prends pas grand plaisir. Seulement dans ce cas précis, dans ce cadre-ci, j’ai le sentiment de n’avoir aucune limite. Je me satisferai de tous ses cris parce que je sais qu’ils résonneront jusqu’à Détroit où ils feront suer et pleurer mes ennemis.

— Je l’installerai au Whisper.

Il s’agit d’un club de striptease de taille modeste, proche de mon appartement dont je connais bien le gérant, il acceptera tout ce que je lui demanderai.

— Avec un peu d’encouragements, elle devrait même nous rapporter du fric, lui dis-je en souriant cruellement.

Leona De Rosa ne serait pas la première femme à travailler pour nous sous la contrainte. Toutes nos stripteaseuses et/ou prostituées n’exercent pas ce métier de gaieté de cœur, certaines remboursent leur dette de cette façon. C’est la seule alternative que nous leur proposons pour ne pas les torturer ou les tuer comme les hommes qui nous doivent de l’argent. C’est à elles de choisir ce qu’elles préfèrent. C’est leur décision. Et toutes ces femmes sont bien évidemment majeures.

— Ces enculés nous doivent beaucoup de blé, ce serait logique qu’elle commence à rembourser, acquiesce-t-il finalement. 

Nous échangeons un sourire de connivence alors que son regard cruel trouve son reflet dans le mien.

Nous souhaitons récupérer tous les bénéfices que les Napolitains ont engrangés sur notre territoire puisque cet argent nous revient de droit. Nous réclamons également des dommages et intérêts. Et surtout, nous exigeons réparation vis-à-vis de ma sœur.

La sentence sera équivalente à l’offense. Œil pour œil.

En tant que nièce du chef de la Camorra de Détroit et fiancée du fils de pute qui a violé ma sœur, Leona a une dette conséquente à rembourser. Aucun choix ne lui sera proposé. Elle devra bosser pour nous et se plier à toutes mes exigences.

Je suis une personne profondément vindicative et elle va vite s’en rendre compte.

 

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