Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 37

 

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Leona

 

Après avoir déballé mes affaires, je me suis douchée et changée en optant pour un débardeur beige et une jupe marron. Machinalement, je me suis également coiffée et maquillée.

Puis, pour m’occuper l’esprit et, en quelque sorte, remercier mon hôte pour son hospitalité, j’ai souhaité ranger son appartement. Seulement, il est si propre, immaculé, qu’on devine qu’il ne lui sert qu’à dormir. Donc, mis à part un peu de poussière, il n’y avait pas grand-chose à nettoyer et le semblant de ménage que je m’étais motivée à faire, malgré mon inexpérience en la matière, a vite été achevé.

Ainsi, j’ai fini par tourner en rond dans l’appartement avant de terminer ma course sur le canapé devant la télévision.

Et j’ai certainement dû m’endormir devant la rediffusion du talk-show d’Oprah parce que lorsque j’ouvre les yeux, Roméo se tient au-dessus de mon visage.

— Le diner est servi, me dit-il en retirant sa main de ma joue.

Je cligne plusieurs fois des yeux pour émerger et découvre en même temps qu’il y a deux cartons de pizza sur la table basse.

— Quelle heure il est ? lui demandé-je d’une voix rocailleuse en me redressant. 

— Dix-neuf heures.

Wôw, je suppose que ces montagnes russes émotionnelles m’ont plus fatiguée que je ne le croyais, parce que j’ai dormi pendant près de quatre heures.

Il s’assied par terre au pied du canapé et ouvre les deux boites à pizza. L’odeur qui s’infiltre dans mes narines me met immédiatement l’eau à la bouche et je glisse, sans me faire prier, sur le sol à côté de lui. Il dépose devant moi ma pizza préférée, la même que la dernière fois, et je lui adresse un large sourire sincère.

— Merci.

C’est exactement ce dont j’avais besoin. Après une telle journée, me permettre de savourer mon plat favori est l’un des meilleurs remontants qu’il pouvait m’offrir.

J’attrape aussitôt une part de pizza et la porte jusqu’à mes lèvres. Je me retiens de gémir lorsque ce gout toujours aussi délicieux, satisfaisant et en quelque sorte apaisant, se répand sur mon palais.

— Ça a été pour déballer tes affaires ? me demande-t-il. 

J’acquiesce en avalant ma bouchée.

— Et toi, ça a été tes rendez-vous ? lui demandé-je en retour avant de croquer une nouvelle fois dans ma pizza.

Cet échange semble si naturel, banal et familier que ça en est très troublant, mais bizarrement agréable et presque rassurant.

— Je n’ai pas arrêté de courir d’un point à un autre, soupire-t-il d’une voix lasse. En l’absence de Dino, c’est moi qui récupère les fiches de compte faites à la main.

— À la main ? m’étonné-je. Vous ne connaissez pas les ordinateurs à Chicago ? plaisanté-je.

Il me sourit tout en secouant la tête et je contemple, plus longuement que nécessaire, son sourire resplendissant.

Je remarque en même temps que ses cheveux sont légèrement mouillés et qu’il s’est à nouveau changé, il porte désormais un short de sport blanc et un tee-shirt noir.

Il nous a commandé à manger, il s’est douché, il s’est habillé... Il a mené sa petite vie et je n’ai absolument rien entendu. C’est presque effrayant. Je devais être sacrément fatiguée pour être aussi peu alerte.

— Il y a des opérations qui ne doivent pas laisser de traces, m’explique-t-il plus sérieusement. Ils font ces comptes à la main et Dino passe chercher les fiches tous les deux ou trois jours afin de reporter les chiffres déclarés dans son carnet et réaliser le vrai bilan comptable pour vérifier qu’il ne manque rien.

Et je devine facilement que dans le cas où les comptes ne seraient pas bons, ce serait à Roméo d’entrer en jeu.

— Il s’en occupera en rentrant de vacances. J’ai tout déposé dans un coffre au manoir puis je suis allé rendre visite à ma mère.

— Comment elle va ? rebondis-je de suite en tournant la tête vers lui, gênée de ne pas avoir posé la question plus tôt, trop préoccupée par mes propres problèmes.

— Ce n’est pas la forme, répond-il en détournant le regard. Ce serait bientôt la fin selon les médecins.

Je repose immédiatement mon morceau de pizza dans la boite, sincèrement peinée d’entendre ça.

— Je suis désolée...

— On s’y attendait, me coupe-t-il d’un ton détaché, mais en évitant soigneusement mon regard.

— Ce n’est pas parce qu’on s’y attend que c’est plus facile. Personne ne peut réellement se préparer à la perte d’un être cher et encore moins à celle d’une mère.

— Ouais, répond-il d’une voix râpeuse avant de fourrer un bout de pizza entre ses lèvres. Raconte-moi ce qu’il s’est passé, exige-t-il finalement, me ramenant vers mes propres soucis.

Je lui relate toute l’histoire et n’omets aucun détail. Depuis mon retour à Détroit et ma discussion avec Davide, en passant par l’enterrement de Cipriano où Vito m’a appris que les Russo partaient vivre au chalet quelque temps jusqu’à la confrontation de ce matin.

— Gregorio Russo vient de rentrer dans mon top 3 des Napolitains à abattre avant de mourir, répond-il le plus calmement du monde.

Je marque un temps d’arrêt, ne sachant pas comment réagir face à une telle déclaration.

Ai-je envie de connaitre l’identité des deux autres personnes ? Dois-je tenter de l’en dissuader ? Dois-je le convaincre de renoncer à cette vengeance ou le laisser mener les batailles qu’il juge nécessaires en son for intérieur sans chercher à m’interposer ?

— Ils ont franchi une limite impardonnable en nous envahissant, me dit-il en comprenant certainement la raison de ma soudaine tension. Nous sommes en guerre à présent.

J’acquiesce machinalement, mais le cœur n’y est pas, je préférerais que ce conflit n’existe pas.

— Nous désirons faire tomber ton oncle de son trône, me confesse-t-il à voix basse. Je préfère être parfaitement honnête avec toi, Leona.

— J’en ai conscience, affirmé-je dans un murmure, mais ça ne rend pas la chose plus facile à digérer. 

Je n’y parviendrai sans doute jamais d’ailleurs. Je ne partagerai jamais son souhait sur ce point parce que ça me touche de trop près, il s’agit de mes proches, ma famille, ceux qui m’ont vue grandir. Nos chemins se sont séparés, mais je ne leur souhaite aucun mal.

Quoi qu’il arrive, mon cœur saignera en cas d’affrontements entre Calabrais et Napolitains. 

— Est-ce que si je tuais moi-même ton oncle, tu me détesterais ? me demande-t-il en harponnant mon regard.

Je me sens hocher positivement la tête bien avant de réfléchir à sa question. C’était une réaction instinctive, l’une de celles qu’on ne contrôle pas, l’une de celles qui sont dictées uniquement par notre âme. Cette dernière lui fait savoir qu’effectivement, en faisant cela, il franchirait une ligne rouge.

— Dans ce cas, je laisserai quelqu’un d’autre le faire, répond-il à voix basse.

Ça part d’un « bon » sentiment, mais il fait tout de même référence à la mort de mon oncle et forcément, ça me met mal à l’aise. J’aimerais qu’il n’y ait pas de guerre entre eux, mais c’est impossible et s’il faut choisir, alors oui, je préférerais que ce ne soit pas Roméo qui s’en charge.

— On est d’accord que je peux tuer celui qui t’a poussée à tout quitter pour venir ici ? me demande-t-il d’une voix plus légère, un demi-sourire aux lèvres.

Un faible rire s’échappe de mes lèvres de manière incontrôlée. Ça devrait m’effrayer d’être aussi à l’aise avec ce sujet, mais ce n’est pas le cas. Même si c’est contraire aux codes moraux et à la bienséance, je ne me sens absolument pas coupable et encore moins triste de savoir que les jours de Gregorio sont comptés. Je dirais même qu’une part de moi, enfouie très profondément, se réjouit de la mort de celui qui me menaçait de m’exécuter devant mes parents quelques heures plus tôt et qui effectivement, m’a forcée à changer radicalement de vie.

— Ça me fait penser, dit-il soudainement en tendant le bras pour attraper un sac en papier posé sur le canapé. Ton nouveau téléphone.

Il sort une boite du sac et me la remet. Je lui souris timidement en acceptant son cadeau.

— Merci.

Il ne s’agit pas du même modèle que le mien, mais la marque est la même donc à mes yeux, c’est parfait.

— Il faudra que tu me donnes le tien pour que je m’en débarrasse, me rappelle-t-il.

Je relève timidement les yeux vers lui en me mordant l’intérieur de la joue.

— Est-ce que je pourrais envoyer un dernier message à mes parents avant ?

Il ne réfléchit qu’une seconde avant d’acquiescer et il gagne un large sourire de ma part. Je devine que même si c’est imprudent, il ne s’imagine pas me refuser cette faveur. J’ai besoin de leur adresser un dernier message.

— J’ai aussi loué un garage dans un immeuble à quelques rues d’ici pour y garer ta voiture, c’était le seul endroit où il y avait de la place. Je te donnerai l’adresse, et les clés sont posées à la cuisine, ajoute-t-il.

— Merci, soufflé-je, clairement touchée par tous ces gestes.

— Il n’y a pas de quoi, affirme-t-il en balayant mes remerciements d’un revers de main. Je t’ai dit que je m’occupais de toi, Topolina.

Je passe lentement ma langue sur mes lèvres alors que son regard plonge encore une fois dans le mien et me fait perdre la notion du temps. Avec des étoiles plein les yeux, sincèrement reconnaissante envers toute l’aide qu’il m’a apportée depuis mon arrivée, je me perds dans la contemplation de sa beauté brute en ressentant de petits tourbillons dans le ventre.

Quand il agit de la sorte, quand il se montre aussi gentil et attentionné avec moi, j’en oublie le reste, ses accès de rage et la toxicité de notre relation et dans ces moments-là, je me dis que ce serait tellement simple pour moi de tomber amoureuse de lui.

Si seulement notre histoire n’était pas si compliquée et notre passif si douloureux, je suis persuadée que nous aurions pu créer un bel avenir.

Avant de succomber à la tentation, céder à cet étrange magnétisme entre nos âmes, je détourne le regard et prends un bout de ma pizza, coupant court à cet interlude sentimental qui n’a pas lieu d’être.

Nous terminons notre repas dans une atmosphère heureusement moins étouffante en parlant de sujets moins lourds comme la difficulté de se stationner à Chicago ou la météo et les températures bien plus chaudes ici que celles observées à Grand Rapids.

Puis après avoir rangé le restant de ma pizza au réfrigérateur, je décide de m’éclipser dans ma chambre.

— Je vais réfléchir au message pour mes parents, annoncé-je en désignant la direction du couloir du pouce. Ensuite, je le leur enverrai puis j’éteindrai mon téléphone.

Assis sur le canapé, son téléphone dans les mains, il acquiesce seulement, conscient que j’ai besoin d’être seule et au calme pour le faire.

— J’irai sans doute me coucher après ça, continué-je. Alors… Bonne nuit, Roméo. Et merci encore pour tout ça, dis-je en désignant à la fois son cadeau dans ma main ainsi que son appartement.

— Bonne nuit, dit-il simplement en replongeant son attention dans son téléphone.

Rassurée qu’il ne prenne pas mal mon besoin de solitude, je tourne les talons et rejoins ma chambre afin de m’asseoir sur mon lit et y préparer un texte d’au revoir pour mes parents et Ercole. C’est compliqué parce qu’il faut qu’il soit suffisamment explicite pour qu’ils comprennent que je suis navrée de les abandonner, mais également assez vague pour que personne ne se doute de leur complicité au cas où le message serait consulté par une tierce personne.

Après deux heures de réflexion, à écrire puis tout effacer et recommencer, je parviens à trouver les bonnes tournures et enfin, le texte me plait, me semble parfait, sublime, il traduit mon déchirement et il ne compromet personne. Alors je l’envoie.

Et si je pensais que ça me soulagerait d’un poids de faire mes adieux à ma famille, il se passe en réalité tout l’inverse. Mon message à peine reçu, mes parents l’ouvrent, et dès que je vois le symbole le désignant comme étant « lu », un énorme poids s’écrase sur ma poitrine. C’est comme si je revenais des heures en arrière et que je ressentais à nouveau toutes les émotions que je m’étais forcée à refouler sous les conseils de mon père afin de rester concentrée sur le plan. Elles reviennent toutes me percuter à pleine vitesse. Le choc est si violent que je m’allonge sur le lit et me recroqueville peu à peu sur moi-même à mesure que j’essaie d’étouffer tous ces sanglots pour ne pas alerter mon « colocataire » sur ma crise émotionnelle intense, par pudeur.

En position fœtale, le corps animé par de puissants tremblements que je tente de calmer en étreignant fermement mes genoux contre ma poitrine, la gorge serrée et les yeux clos, je tâche tant bien que mal de contenir le torrent de larmes qui menace de se déverser sur mes joues.

Un énorme sanglot s’échappe de mes lèvres et les vannes du barrage s’ouvrent lorsque, surprise de sentir des bras autour de moi, je relâche ma vigilance.

Je n’ai pas besoin de m’interroger sur le propriétaire de ce torse, contre lequel mon dos est soudainement moulé, ni de ces bras, enroulés autour de moi. Après avoir déposé un paquet de mouchoirs près de mon visage, il pose sa main sur mes jambes, toujours relevées contre ma poitrine. Puis il serre mon genou de manière à me signaler qu’il est là, que je peux compter sur lui. Du moins, c’est ainsi que je comprends son geste et je me laisse aller.

Je cesse de contenir ma peine et l’évacue en profitant du soutien et de la tendresse qu’il m’offre et dont j’ai cruellement besoin à cet instant. Grâce à la chaleur de son corps et son étreinte rassurante, je n’ai plus l’impression de suffoquer. La crise de larmes est moins violente. Plus supportable.

Et pendant qu’il caresse lentement mon genou avec son pouce, je me rends compte que la pudeur dont je faisais preuve afin qu’il ne me voie pas comme ça était ridicule. Face à ma détresse, Roméo ne se moque pas ou ne se détourne pas comme si j’étais un être misérable et d’une faiblesse gênante. Au contraire, il reste, il m’étreint silencieusement, il m’aide à me remettre sur pieds en m’enlaçant sans pour autant me faire parler d’une peine qui ne se digérera pas avec des mots. Je ne peux qu’évacuer le plus gros et apprendre à vivre avec le reste. Le manque, l’éloignement… Et je sais qu’il y aura au moins une personne dans cette nouvelle ville sur qui je pourrai compter.

À mesure que le soleil se couche et que la pièce devient de plus en plus sombre, mes pleurs s’espacent jusqu’à cesser.

Mes yeux bouffis et piquants me faisant souffrir, je les ferme tout en me mouchant encore une fois, usant le dernier mouchoir du paquet. Et peu à peu, je me calme et mon souffle redevient régulier.

Roméo continue de caresser mon genou et cela, ajouté au cocon qu’il a formé autour de moi, m’offre une sensation d’apaisement et de détente si forte que je me sens peu à peu dériver vers le sommeil. Inconsciemment, je lutte contre l’endormissement et pose ma main sur celle de Roméo comme pour lui signaler qu’il peut s’en aller s’il le souhaite sans pour autant avoir la force et l’énergie de parler.

— Dors, Topolina, murmure-t-il en réussissant à me comprendre sans paroles. Je reste avec toi.

Il parvient si bien à me lire, à me comprendre, que j’ai réellement l’impression que nos âmes sont liées, ou du moins, qu’elles sont sur la même longueur d’onde. Et, c’est aussi effrayant que fascinant.

Je ne cherche pas à le contredire ni même à le repousser. J’ai besoin de ce réconfort. Je ne m’en priverais pour rien au monde.

Épuisée par toute cette émotion, je m’endors dans les bras puissants et rassurants de mon kidnappeur devenu aujourd’hui mon sauveur et meilleur allié.

 

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