Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 40
Leona
Quelques jours plus tard, assise sur mon lit, je fais défiler les annonces d’emploi sur un site spécialisé dans le domaine de la vente. Je me suis offert un tout nouvel ordinateur dans le cadre de cette recherche, afin de rédiger un C.V. et pouvoir répondre aux annonces.
Si j’étais excitée au départ de me lancer dans cette aventure, mon engouement est vite retombé. Dans chaque annonce, un diplôme est exigé ainsi que trois années d’expérience minimum. Or, je n’ai pas de diplôme ni autant d’expérience.
En résumé, mon profil ne correspond à aucune des soixante annonces que je viens de consulter et je me demande sincèrement si ça vaut vraiment le coup de continuer ma recherche. D’autant plus que je me rajoute de la difficulté en souhaitant changer de domaine afin de ne pas vendre de canapés, puisque ça me rappellerait trop de souvenirs.
En poussant un long soupir, je ferme l’écran de mon ordinateur portable. Voilà comment perdre deux heures de sa vie et ressortir de l’expérience lessivée et déprimée.
J’attrape mon téléphone et le déverrouille avant d’ouvrir mécaniquement l’application qui m’intéresse tout en continuant de penser à ma recherche d’emploi.
Il faut peut-être que je donne plus de réflexion à mon projet professionnel, je pourrais peut-être suivre des cours du soir, faire une formation, obtenir un diplôme… Les possibilités sont multiples, j’ai sans doute brûlé quelques étapes en souhaitant trouver du travail immédiatement alors que mon C.V. est presque vide et qu’ici, mon père ne dirige aucune boutique pour me pistonner.
Je rafraichis la page de mon application de messages dits « éphémères » sur laquelle ne se trouve qu’une seule conversation, un seul contact, celui de Carlotta qui ne m’a rien envoyé de nouveau depuis tout à l’heure. À cette heure-ci, elle doit encore être en plein service du midi.
Roméo ne sait pas que j’utilise cette application parce que je ne veux pas prendre le risque qu’il me l’interdise. D’après moi, c’est entièrement sécurisé donc ce n’est pas la peine de lui en parler. Les photos et messages disparaissent dès qu’ils sont ouverts par Carlotta, ainsi les chances qu’ils soient interceptés sont nulles. J’ai créé un nouveau profil avec mon nouveau numéro de téléphone, de sorte que personne ne peut deviner que Carlotta converse avec moi.
En résumé, je ne crains absolument rien et ça me permet de garder le contact avec ma meilleure amie qui me donne par la même occasion des nouvelles de ma famille.
Je relève brusquement la tête quand le bruit d’une sonnette retentit dans tout l’appartement. Malgré moi, la peur s’infiltre dans mes veines lorsque ces coups de sonnette hâtifs me rappellent ceux du père de Cipriano. Malgré tout, la curiosité l’emportant sur la crainte, je prends mon courage à deux mains et me lève. Je garde mon téléphone portable en main par sécurité et me dirige vers l’entrée pendant que la personne s’acharne encore sur le bouton me donnant l’impression de souffrir d’acouphènes à cause de la résonance presque continue du son.
J’appuie au hasard sur l’un des boutons de l’interphone qui clignotent et l’écran s’allume me montrant le haut du corps d’une jeune fille se tenant dans le hall d’entrée. Elle a de longs cheveux bruns épais et bouclés, des yeux marron, une bouche en cœur et un visage de poupée tanné par le soleil.
— Qui es-tu ?
Sa voix résonne à travers l’interphone et je mets une seconde à comprendre qu’elle s’adresse à moi.
Alors qu’elle regarde droit devant elle, les sourcils froncés, semblant étudier son interlocuteur, je devine qu’en appuyant sur ce bouton-ci de l’interphone, j’ai activé une image de son côté de l’appareil également.
— Je comprends mieux pourquoi il ne répondait pas au téléphone, marmonne-t-elle. Dis à Roméo de m’ouvrir, il faut que je lui parle, me dit-elle.
Je devrais plutôt dire qu’elle me commande, c’était nettement un ordre. Je ne sais pas qui est cette fille, mais clairement elle possède un certain caractère. Et tout m’indique que ce n’est pas sa première visite ici, elle est apparemment familière des lieux ainsi que du propriétaire. Et je le reconnais, je ressens une pointe de jalousie en faisant ce constat.
— Tu m’entends ? s’agace-t-elle en se rapprochant de l’interphone comme si elle doutait de la portée du micro.
— Roméo n’est pas là, dis-je finalement.
— Il est où ? s’étonne-t-elle en reculant d’un pas pour me regarder à travers l’écran.
— Je ne sais pas. Il est parti il y a plusieurs heures déjà, il m’a seulement dit qu’il avait du travail à faire.
— Et il t’a laissée rester chez lui, commente-t-elle pour elle-même, l’étonnement clairement lisible sur son visage. Pourquoi ? Tu es qui ? redemande-t-elle.
Avant que je puisse répondre, elle reprend la parole.
— Tu sais quoi, je m’en fous, je passais juste voir s’il était là, ça fait une heure que j’essaie de le joindre, mais son téléphone est éteint.
— Ah oui ?
Je ressens une pointe d’inquiétude à l’égard de Roméo. J’ai envie de l’appeler à mon tour pour vérifier les dires de cette femme, mais je n’en ai pas l’occasion puisque soudainement, j’entends quelqu’un insérer une clé dans la serrure. Deux secondes après, je me retrouve nez à nez avec Roméo.
— Tu sortais ? me demande-t-il en ayant un mouvement de recul, surpris de me trouver aussi près de la porte.
— Je rêve ! Tu ne peux pas répondre à ton téléphone, abruti ?
Le regard de Roméo se pose immédiatement sur l’interphone tandis que la jeune fille, qui clairement n’a pas froid aux yeux pour s’adresser à lui comme ça, semble absolument furieuse et le fusille du regard à travers la caméra.
— Ça fait une heure que je t’appelle, enrage-t-elle.
— Ma batterie est morte, je venais récupérer mon chargeur justement, explique-t-il.
Il a certainement garé sa moto dans le garage et pris l’ascenseur pour grimper à l’appartement. Ainsi, il n’est pas passé par le hall et n’a pas vu… cette fille dont je suis de plus en plus curieuse de découvrir l’identité alors qu’il ne parait pas du tout énervé par sa façon de lui parler.
— Qu’est-ce qui se passe ? la questionne-t-il d’une voix clairement inquiète. Monte.
Elle hoche négativement la tête.
— Non, on doit partir. L’hôpital a appelé, maman ne va pas bien du tout, ils nous demandent de venir au plus vite.
En retrait derrière Roméo, je place ma main devant ma bouche en entendant la terrible nouvelle.
— Ça fait une heure que je me casse le cul à te chercher, bouge-toi maintenant, lui ordonne celle que je devine être sa sœur, Chiara.
— J’arrive, répond-il sans hésiter.
Et sans un regard en arrière, il appuie sur le bouton pour raccrocher l’interphone puis il passe à nouveau la porte en sens inverse cette fois et s’en va.
Roméo
Ma mère est morte.
Disparue.
Envolée.
Elle ne se réveillera plus jamais.
Elle s’est éteinte peu après minuit. Son cœur a lâché, épuisé par ce combat acharné mené contre la maladie.
Il est près de cinq heures du matin lorsque je rentre chez moi. Après avoir longuement étreint ma sœur inconsolable, j’ai préféré quitter l’hôpital. J’avais besoin d’être seul alors j’ai erré sans but dans la ville puis j’ai terminé inconsciemment cette errance au pied de mon immeuble sans savoir pourquoi ni comment.
En temps normal, je serais allé me réfugier chez les Bellochi, mais ils sont aux Bahamas, alors je suppose que mes pas m’ont guidé jusqu’à chez moi pour que je m’y repose.
J’avance silencieusement dans l’appartement complètement plongé dans le noir, mais faiblement éclairé grâce aux lumières de la ville qui parviennent toujours à passer malgré les stores épais installés aux fenêtres.
Je pénètre dans ma chambre et je me débarrasse machinalement de ma veste puis de mon holster contenant mon arme et je dépose le tout au pied de mon lit avant de m’asseoir à côté.
Je côtoie régulièrement la mort. J’en suis familier. Je ne saurais dire combien de victimes j’ai faites, combien de morts j’ai vus, combien d’âmes j’ai regardées s’envoler. Mais je n’avais encore jamais été confronté à la mort d’un proche. Une personne vraiment proche. Une personne que j’aimais.
J’ai l’impression d’être complètement vide, de ne rien ressentir, de ne rien éprouver d’autre que cette effroyable sensation d’étouffement.
C’est comme si la faucheuse enserrait ma gorge, qu’elle la broyait.
Si je le pouvais, je lui échangerais mon âme contre celle de ma mère. Mais elle n’a aucune valeur et c’est pour ça qu’elle continue de serrer, mais ne me tue pas. Rien de ce que je possède ne serait suffisant pour soudoyer la Mort et l’obliger à me rendre ma mère.
Je pose mes coudes sur mes genoux et glisse mes mains dans mes cheveux en poussant un long soupir qui me parait aussi peiné que douloureux et fatigué.
C’est impressionnant le vide qu’un seul être peut créer en disparaissant. Je ne savais pas qu’une telle sensation existait.
Des centaines d’images de ma mère défilent dans ma tête, je la revois rire, chanter, danser, cuisiner, sourire, parler avec les mains, s’énerver, nous sermonner en italien… Et je me dis que toutes ces images, que j’ignorais avoir gravées dans ma mémoire, ne se reproduiront plus.
C’est comme si je réalisais soudainement à quel point ma mère était indispensable à mon équilibre. Et rien ne parviendra à contrebalancer ça. Il y aura toujours ce manque. Ce ne sera jamais plus pareil. Je…
— Hey, murmure Leona d’une voix douce, interrompant mes pensées, me reconnectant à la réalité.
Je sens deux petites mains se poser doucement sur mes avant-bras, prudemment, comme pour ne pas me brusquer. Elle tire sur mes poignets pour m’encourager à retirer mes doigts de mes cheveux. Et je le fais tout en relevant lentement la tête vers elle.
Mon lit, typiquement américain, composé de deux matelas superposés, est surélevé et nous place ainsi presque à la même hauteur l’un de l’autre.
Malgré la faible luminosité dans la pièce, j’aperçois tout de même la lueur de peine qu’elle éprouve quand nos regards se croisent. J’ignore ce qu’elle voit sur mon visage, quelle expression j’arbore, mais sans y réfléchir à deux fois, elle enroule ses bras autour de moi et se colle à moi. M’offrant le même réconfort que je lui ai apporté quelques nuits plus tôt.
— Je suis désolée, murmure-t-elle.
J’enfouis mon nez dans son cou tout en entourant son corps frêle de mes bras et prends une grande inspiration. Dès que son odeur de cassis s’infiltre dans mes narines, j’ai l’impression de parvenir à mieux respirer. Ma gorge est toujours serrée dans un étau, mais je ne suffoque plus.
En me reconnectant à la réalité, cette étreinte m’a sorti de mon état quasi végétatif et fait prendre conscience de la situation. Pleinement conscience de la situation. Il y a toujours le vide, mais il y a également une grande tristesse à présent et les gestes tendres de Leona à mon égard semblent m’encourager à déverser cette peine sans honte ni crainte d’être jugé.
— Elle va me manquer, murmuré-je d’une voix éraillée contre sa peau.
— Je sais.
Je sens l’une de ses mains se glisser dans mes boucles et caresser délicatement mon crâne. Mes doigts s’enfoncent dans la peau de son dos et s’y accrochent comme à une bouée de sauvetage alors que des larmes se forment soudainement derrière mes paupières closes.
— Ça va aller, me promet-elle d’une voix douce. Je suis là.
Et tandis qu’une première goutte salée roule sur ma joue et se perd dans ma barbe, je réalise que c’est pour ça que mes pas m’ont conduit ici, pour ce moment, pour trouver du réconfort dans ses bras.
Peu habitué à le faire, je ne pleure pas une rivière, mes larmes se tarissent vite, mais ça me fait tout de même du bien. L’étau autour de ma gorge est moins serré après avoir évacué en partie ma peine.
Ma prise sur son corps devient plus lâche. Je me mets à caresser distraitement son dos avec mes pouces tout en continuant de respirer son odeur qui m’apporte tellement d’apaisement.
— Tu veux en parler ? me demande-t-elle d’une voix toujours aussi douce en massant mon crâne.
Je hoche négativement la tête contre son cou. Évacuer ma peine semble avoir complètement vidé mes batteries. Je n’ai pas la force de lui parler d’elle, je souhaite seulement dormir un peu avant de devoir retrouver mon père dans quelques heures afin de l’aider à organiser l’enterrement.
Je prends une grande inspiration avant d’embrasser son cou par pure envie, comme un remerciement non verbal pour son soutien et sa tendresse. Instinctivement, elle dépose à son tour un baiser sur mes cheveux avant d’écarter son corps du mien.
— Repose-toi, me murmure-t-elle.
Sa main glisse depuis mes boucles jusqu’à ma joue qu’elle caresse avec un sourire tendre aux lèvres que je n’ai pas la force de retourner. Puis elle se détache de moi en faisant un pas en arrière, seulement, je lui attrape immédiatement la main, l’empêchant de s’éloigner davantage.
— Reste, exigé-je, bien trop brusquement.
Le simple fait qu’elle puisse s’éloigner de moi alors que j’ai besoin d’elle me rend bourru.
— Reste avec moi, répété-je plus doucement.
Je pousse sur mes jambes afin de reculer sur le matelas sans lui lâcher la main.
— S’il te plait.
Je continue de reculer en m’aidant de ma main libre tout en tirant Leona vers le lit avec mon autre main. Et quand son corps bute contre le bord du lit, elle plonge son regard dans le mien. Encore une fois, je ne sais pas ce qu’elle y lit, mais avec un faible hochement de tête, elle pose sa main sur le matelas et grimpe dessus.
— Je reste avec toi, murmure-t-elle.
Je lui lâche alors la main et me débarrasse de mon tee-shirt et de mon jean pour plus de confort tandis qu’elle me rejoint et s’allonge par-dessus les couvertures.
Avec un sourire reconnaissant aux lèvres, je l’attire dans mes bras et elle ne se fait pas prier pour se blottir contre moi.
Sa tête posée contre mon torse, sa paume chaude sur mon ventre, son petit corps moulé contre le mien… Sa présence est aussi réconfortante que rassurante et il ne m’en faut pas plus pour fermer les yeux et me laisser gagner par le sommeil.
OceanofPDF.com