Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 5
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Leona
— C’est un enfoiré, déclare Carlotta en posant ses affaires dans un coin de la salle de danse.
— Tu ne crois pas si bien dire, dis-je amèrement en déposant également mon sac de sport sur le sol. Je n’arrive pas à croire que je vais vivre toute ma vie avec lui.
Je dépose ma gourde d’eau à côté de mon sac et me redresse en balayant la salle du regard. Il n’y a personne. Nous sommes arrivées intentionnellement en avance au cours de Zumba afin que je puisse raconter à mon amie ma désagréable rencontre avec Cipriano. Elle est la seule à connaitre mon ressentiment vis-à-vis de ce mariage et mon aversion vis-à-vis de mon fiancé.
— Il m’a clairement fait comprendre que mon seul rôle serait de le servir, dis-je avec toujours autant d’amertume.
— Sois belle, obéis et surtout tais-toi, résume-t-elle parfaitement.
J’étouffe un grognement contrarié sans pour autant masquer le dégout que cette phrase me procure.
Je ne me cache pas devant Carlotta, je ne cherche pas à soigner mes manières et lui montre mon caractère impétueux que je dissimule en public pour paraitre noble et distinguée.
Je l’ai rencontrée à l’école primaire et nous ne nous sommes jamais quittées depuis. La famille de Carlotta fait également partie de la mafia napolitaine. Comme beaucoup de familles, ils ont suivi la mienne à Détroit lorsque mon oncle a conquis ce nouveau territoire et c’est tout naturellement qu’ils se sont installés dans la même ville que nous et y ont racheté un business. Ils tiennent un restaurant qui possède également sa propre brasserie artisanale, les deux domaines qui font la renommée de notre ville.
— Il va me prendre avec ou sans mon accord, craché-je en me tournant vers elle. Qui parle comme ça, sérieusement ? Qui ose dire de telles horreurs à sa future femme ? Ou à n’importe quelle femme d’ailleurs, ajouté-je.
— C’est un goujat, acquiesce Carlotta.
— Un connard, surenchéris-je.
— Un idiot prétentieux.
— Un monstre, statué-je.
— C’est à se demander s’il ne l’a pas déjà fait pour proférer de telles menaces.
Je marque un temps d’arrêt et retiens mon souffle sans m’en rendre compte. Carlotta est aussi paralysée que moi alors que nous réalisons que son affirmation est sans doute vraie. Il l’a déjà fait. Il n’en est pas à son premier coup d’essai. Il paraissait beaucoup trop sûr de lui pour que je sois la première à recevoir cette menace.
— Putain, annule tout, décrète mon amie en secouant la tête, un air horrifié sur le visage.
Je peux lire dans ses yeux noisette toute son inquiétude.
— Je ne peux pas, soupiré-je.
— Tes parents comprendraient, nie-t-elle, ton oncle également. Je suis certaine qu’ils ne toléreraient pas un tel comportement de sa part envers toi.
Je me mords la lèvre. Je n’en suis pas aussi sûre. Je ne sais pas si mon oncle prendrait mon parti dans cette histoire ou s’il me rirait au nez. Je ne suis pas stupide, la cruauté et la violence vont de pair avec notre monde et les femmes n’ont que peu de valeurs aux yeux de certains hommes. C’est peut-être le cas de mon oncle. Il estime peut-être que les paroles de Cipriano sont justes et que c’est mon devoir en tant qu’épouse de répondre à de telles attentes et me plier à tous ses désirs.
Je secoue négativement la tête et ses lèvres s’entrouvrent de stupeur.
— Je ne peux pas faire ça, répété-je. Cela créerait des tensions inutiles entre familles. Il y en a eu bien assez quand nous avons quitté Atlanta. Le calme est enfin revenu. Je ne veux pas être celle qui scindera le clan de Détroit en deux.
— Ton oncle chasserait leur famille et le problème serait réglé, rétorque-t-elle.
— Ou bien ça créerait une mutinerie dans les rangs parce que beaucoup de personnes ne comprendraient pas un tel choix, contré-je. Se séparer de son conseiller et de son fils, deux très bons éléments au sein de notre mafia, pour une seule femme, dis-je en levant mon index, la plupart des Napolitains le prendraient pour un fou.
La balance ne serait pas du tout équilibrée à leurs yeux. Une fille a bien moins de valeurs qu’un soldat amené à occuper un poste important et encore moins qu’un conseiller, même lorsqu’il s’agit de la nièce du grand chef.
— Moi, je le comprendrais.
— Parce que tu es une femme, soupiré-je, mais les hommes ne verront pas à quel point les propos de Cipriano sont grossiers, incorrects et humiliants. Comme tu l’as dit, pour eux, une épouse doit seulement s’apprêter, obéir et se taire.
— Damiano n’est pas comme ça.
— Parce que tu as eu la chance de trouver une véritable perle au milieu de cet océan de machos, lui dis-je d’une voix douce.
Aussitôt, son visage s’illumine. Toujours aussi émerveillée par les qualités de son mari un an et demi après leur mariage, elle se met à sourire niaisement.
Damiano possède une pizzeria près du restaurant des parents de Carlotta. Ils se sont croisés un jour dans la rue et, selon mon amie, ils ont eu un coup de foudre. Elle a senti tout de suite au fond d’elle qu’il était son âme sœur. Et l’attirance était réciproque, Damiano s’est empressé de se présenter à son père afin de lui demander la permission d’inviter sa fille à sortir. Après un seul diner au restaurant, il demandait sa main, six mois plus tard, ils étaient mariés.
C’est une histoire magnifique, digne d’un conte de fées, malheureusement ça arrive une fois par décennie et je suis heureuse que ça soit tombé sur mon amie au cœur tendre. Face à un homme comme Cipriano, elle aurait sombré. Contrairement à moi. Je n’ai pas la prétention d’être une guerrière ni d’avoir un mental en acier. Je plierai, c’est certain, je m’effondrerai certaines fois, mais je ne romprai pas. Il ne me brisera pas.
— Tu peux toujours espérer qu’un chevalier servant débarque sur son cheval blanc et l’affronte pour gagner ta main, tente de plaisanter Carlotta.
Un rire amer m’échappe tandis que je lève les yeux au ciel. Sachant que ce mariage a été décidé au sommet, personne n’osera défier Cipriano pour obtenir ma main, de peur que mon oncle le considère comme un signe de rébellion envers lui. Aucun homme au sein de notre clan n’est assez valeureux pour se lancer dans un tel combat.
— Au point où j’en suis, je suivrais le diable en enfer s’il défiait Cipriano juste pour ne pas avoir à supporter ce connard prétentieux jusqu’à la fin de ma vie, plaisanté-je en retour.
Carlotta pouffe de rire tandis que la professeure de Zumba pénètre dans la salle.
Je retire mon élastique de mon poignet et noue mes cheveux en queue de cheval.
Un peu de sport va me faire le plus grand bien. Je vais oublier momentanément mon épouvantable fiancé.
Avec un peu chance, puisqu’il se déplace constamment pour les affaires, il aura un accident avant notre mariage et je serai débarrassée de lui. Cet espoir relève du miracle, mais j’ai envie d’y croire, c’est ce qui me fera tenir.
Roméo
— Elle ne devrait plus tarder à ouvrir, dis-je en observant la devanture de la boutique.
C’est en tout cas ce qu’indique le volet roulant à moitié ouvert. Je scanne machinalement la rue pour m’assurer qu’aucun client n’attend impatiemment le moment où il sera grand ouvert, comme nous.
Mes recherches nous ont conduits jusqu’à ce magasin de meubles appartenant à la famille De Rosa et dont le père a confié la direction à sa fille. En grappillant quelques infos supplémentaires dans le voisinage, nous savons que Leona n’a qu’une seule employée et qu’elle est en repos tous les mardis. Ainsi, elle est seule à la boutique aujourd’hui et de notre filature de la veille, nous avons découvert qu’elle était également sans protection. Loin de Détroit, du siège de leur mafia, ils doivent penser qu’ils n’ont rien à craindre. Quels idiots ! C’est du pain bénit pour nous, il ne nous reste plus qu’à aller la cueillir tranquillement.
— Pile à l’heure, commente Dino depuis le siège conducteur.
Il se lèche bruyamment les doigts à côté de moi, attirant mon attention vers lui en les suçotant de la sorte. La garniture de son croissant aux pommes, qu’il a tenu à acheter au Downtown Market en guise de petit-déjeuner, menace de tomber sur le siège en cuir de son Audi, mais ça ne semble pas le gêner. Et en même temps, il en faut énormément pour susciter du stress chez lui. Parfois, je me demande comment il a fait pour survivre aussi longtemps alors qu’il se fiche clairement de tout et ne fait attention à rien et puis la réponse me saute aux yeux, nous étions toujours là pour le protéger contre tous les dangers.
Dino est le plus jeune d’entre nous, il n’a que 23 ans. Recueilli par son oncle à la mort de ses parents, il a grandi avec Gianni, Léandro et Sofia, leur petite sœur. Sous le joug de Reginaldo Bellochi, il a subi les mêmes sévices qu’eux. Il entrait tout juste dans l’adolescence lorsque ses cousins et moi avons tué Bellochi sénior, libérant leur foyer de ce monstre. Par conséquent, je pense que c’est pour cette raison qu’il est le plus insouciant d’entre nous tous. Il n’a pas eu à murir plus vite que les autres.
— Arrête de bouffer et concentre-toi, grogné-je.
— Nous ne sommes pas pressés, détends-toi, j’ai presque terminé, me répond-il en faisant couler de la compote de pommes depuis le croissant jusqu’à ses lèvres. C’est délicieux, tu veux gouter ?
Je retiens difficilement ma grimace et hoche négativement la tête avant de reporter mon attention sur ma cible.
Ça aurait été beaucoup plus simple de me faire accompagner dans cette mission par Gianni ou Léandro, dans le sens où je n’aurais pas à superviser un enfant qui se croit en vacances à Grand Rapids, mais ils sont beaucoup trop reconnaissables. Alors que leur cousin Dino est inconnu du plus grand nombre. Le but n’est pas de déclencher un affrontement sur le territoire des Napolitains, mais d’y entrer afin de voler ce qu’on désire puis de repartir le plus discrètement possible. Plus tard, nous les contacterons pour revendiquer l’enlèvement. Et la torture commencera.
Putain, j’ai hâte.
Un sourire se dessine spontanément sur mes lèvres et forcément, ça n’échappe pas à mon pilote.
— Tu es certain que c’est la bonne décision ?
Je tourne vivement la tête vers lui.
— Qu’est-ce que tu insinues ? lui demandé-je plus agressivement que prévu.
— Cette fille, dit-il en donnant un coup de menton en direction de la boutique, elle est innocente. Peut-être que comme la plupart des femmes de ce monde, elle ignore tout des activités criminelles de sa famille et pourtant c’est elle qui va en faire les frais...
Il s’arrête en apercevant mon regard assassin et ma mine furieuse.
— Comme tu l’as dit, elle fait partie de leur famille, c’est leur fille, leur nièce, sa fiancée, affirmé-je d’une voix rageuse. Elle a grandi dans cet univers, elle a été élevée dans le but de servir les intérêts de la Camorra, elle sait ce qui est attendu d’elle et elle l’accepte. Elle n’est pas innocente et ce n’est pas non plus une victime collatérale, c’est exactement elle qui doit être visée afin de s’acquitter de la dette de sa famille, terminé-je d’un ton vindicatif.
C’est donnant-donnant, putain. Je ne me contenterai pas de torturer ce fumier, ce serait trop beau, j’entends tous les faire souffrir d’abord. Je veux qu’ils se souviennent de cette histoire toute leur vie et qu’ils aient des regrets jusqu’à la fin de leurs jours.
— La contraindre à rembourser une dette qu’elle n’a pas elle-même contractée me parait tout de même injuste, insiste-t-il.
Entre ses mots et la désapprobation clairement lisible sur son visage, j’ai envie de l’étrangler.
— C’était juste de leur part de forcer ma sœur à se prostituer ? craché-je.
Son visage se referme aussitôt.
— Non, dit-il seulement.
Il me semblait bien.
— Tu n’étais pas obligé de m’accompagner si tu ne te sentais pas assez couillu pour ça, l’accusé-je.
— Va te faire foutre, s’emporte-t-il. Ça n’a rien à voir avec mes burnes, je pense juste que cette gamine n’a rien demandé à personne et que c’est nous qui allons la forcer à tapiner.
Je n’ai pas encore tranché sur son sort. Je veux d’abord découvrir à qui j’ai affaire.
Le plus important c’est de laisser entendre à sa famille que nous l’obligeons à se prostituer afin de les faire sangloter. Pour le reste, je verrai au fur et à mesure.
— Elle va bientôt avoir vingt ans, ce n’est plus une gamine, dis-je plutôt que de lui expliquer mon raisonnement.
Du moins, je ne la vois pas comme telle bien que huit années nous séparent. Je la considère comme une femme en âge de rembourser la foutue dette de son fiancé en payant pour ses crimes.
— Qu’est-ce qu’on fait si elle est vierge ? demande-t-il.
Si les Napolitains tiennent aux vieilles traditions italiennes alors elle le sera forcément puisqu’elle doit offrir sa virginité à son mari et saigner pour lui. Tout bon serment se fait par le sang. Toutes les mafias partagent cette coutume et l’incluent dans leur rite d’initiation. Le pacte de sang permet de créer le lien le plus solide entre des individus.
— On mettra sa virginité aux enchères, elle nous rapportera gros.
Je lui donne la première idée qui me passe par la tête pour qu’il me foute la paix à ce sujet parce qu’honnêtement, je n’y ai pas réfléchi. Dans mon esprit, seule ma vengeance compte.
— Je préfère quand tu ressembles plus à Gianni qu’à Léandro, marmonne-t-il, au moins ta folie est un peu sensée dans ces moments-là.
Ma folie est toujours rationnelle, j’use de violence régulièrement, mais elle n’est jamais gratuite, elle est généralement méritée. Mais dans le cas présent, mes principes sont ébranlés et Leona pourrait bien être la première personne à subir un accès de rage de ma part. Encore une fois, tout dépend de l’impression qu’elle me donnera.
— Je préférerais que tu ressembles plus à n’importe lequel d’entre nous, ça m’éviterait de t’entendre geindre dès qu’il est question de violence, grogné-je en réponse.
Dino possède également une part d’ombres. Il existe un être plus sombre que celui qu’il affiche au grand jour, mais comme tous les autres humains, cette facette de lui est cachée si profondément qu’il parait sain d’esprit et aussi inoffensif qu’un chaton. J’ai souvent envie de le secouer pour lui retirer ses foutues œillères et lui faire prendre conscience de la brutale réalité du monde dans lequel nous vivons.
— La violence ne me dérange pas, nie-t-il.
— C’est pour ça que tu m’appelles dès qu’il y a des trous dans les comptes, rétorqué-je d’une voix railleuse.
— Parce que je déteste me salir les mains et que je préfère appeler mon homme de main pour régler ça, répond-il avec un sourire narquois aux lèvres.
Et ce petit connard en rajoute une couche en me toisant du regard, l’air de dire que je ne suis que son employé qui répond à toutes ses demandes, y compris les plus sanglantes.
Je grogne tandis qu’il éclate de rire, se foutant clairement de ma gueule, puis je détourne le regard quand le rideau métallique se lève enfin.
— Je pense toujours qu’elle est innocente, commente-t-il en regardant également dans cette direction.
— Et je n’en ai toujours rien à foutre, rétorqué-je sur le même ton. Tu me suis ou pas ?
— Évidemment, répond-il sans hésiter. Loyal jusqu’à la mort, frérot.
Par principe, il agite sa main tatouée pour me montrer le symbole de notre mafia, mais nous savons tous les deux que le lien qui nous unit va bien au-delà de ça. Seulement malgré tous les tatouages qui recouvrent nos corps respectifs, nous n’avons jamais trouvé le symbole adéquat pour représenter correctement notre amitié, notre esprit fraternel et notre loyauté sans limites.
Pour l’heure, il s’agit surtout de tous les cacher, en particulier celui-ci, afin de ne pas alerter la petite Napolitaine. Je détesterais abimer mon nouveau jouet dès les premières minutes.
Ainsi, nous descendons de voiture et glissons nos mains dans nos poches.
— Attends un peu avant d’entrer, lui dis-je en observant une nouvelle fois les environs.
Elle pourrait se méfier en nous voyant entrer tous les deux. Son père a peut-être fait équiper la boutique de boutons d’alarme ou un autre dispositif de sécurité équivalent. Nous ne sommes que deux, nous ne pouvons pas nous permettre de voir débarquer des soldats napolitains souhaitant sauver la princesse De Rosa. La discrétion est de mise pour cette mission, même si ce n’est absolument pas notre manière de faire d’habitude.
Alors que Dino reste en retrait, je pousse la porte de son magasin. Un bruit de clochette se fait entendre et Leona ne tarde pas à venir m’accueillir tandis que je glisse à nouveau ma main dans ma poche.
Elle porte une jupe fleurie à volants, un débardeur blanc, un fin gilet beige et aux pieds, des ballerines. Ses longs cheveux de jais parfaitement lisses, sans frisottis, sont tenus en arrière par un bandeau mettant ainsi en lumière son visage ovale à la peau opaline et sans imperfections.
— Bienvenue chez De Rosa Furniture. En quoi puis-je vous être utile ?
Si tu savais à quel point tu me seras utile, Leona…
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