Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 46
Roméo
Dès lors que nous passons la porte de mon appartement, je sors mon téléphone de ma poche de short et cherche le numéro de l’ainé de la famille Bellochi. Je dois le prévenir de mes intentions avant de traquer cet enfoiré de Russo. Même si ce sont nos ennemis, je ne peux pas me rendre sur leur territoire et abattre l’un d’entre eux sans en avertir mon Capo.
— J’ai quelques appels à donner, je reviens, expliqué-je brièvement à Leona.
Elle se contente d’acquiescer de la tête tandis que je m’éloigne en direction du couloir afin de m’isoler dans ma chambre.
Léandro décroche au bout de deux sonneries seulement.
— J’allais t’appeler, m’annonce-t-il. Il parait que tu as été déconcerté par la surprise de Dino.
J’entends son rire dans sa voix et devine qu’ils ont dû bien se marrer en écoutant leur cousin leur décrire le choc que ça m’a fait de me trouver face à une enfilade de croupes en entrant dans l’appartement. Les cinq putes étaient positionnées à quatre pattes, leurs culs bien alignés et prêts à servir tandis que Dino, debout à côté d’elles, un large sourire aux lèvres, me tendait un verre de whisky en m’encourageant à profiter de son cadeau.
— Image-toi face à une rangée de culs alors que tu pensais seulement retrouver Dino pour discuter comptabilité avec lui et tu comprendras mon choc, réponds-je en souriant.
— Je l’aurais frappé sur le champ, répond-il sans hésiter.
— J’ai failli, mais il s’est empressé de se justifier et mes priorités ont changé.
Ma stupeur s’est transformée en colère pendant qu’il m’expliquait que ce bordel était l’idée de Leona. J’ai pris son verre, je l’ai bu d’une seule gorgée, puis j’ai claqué la porte de l’appartement en partant retrouver ma femme pour qu’elle se justifie.
— Quand il m’a parlé de sa surprise, j’avais un doute sur ta réaction, mais je t’avoue que je pensais que tu en profiterais un peu avant de partir rejoindre ta colocataire, répond-il.
Son ton est léger, presque innocent, alors que je sais pertinemment qu’il n’a pas choisi ce mot au hasard. Il ne s’agit pas d’une colocation et il en est parfaitement conscient sauf que comme Leona a affirmé le contraire auprès de Dino, il tient à entendre ma version.
— Je suis avec Leona, affirmé-je. C’est parfaitement clair dans son esprit à présent, elle ne proposera plus une telle connerie à Dino. Je m’en suis assuré.
— Tant mieux, je détesterais qu’elle te prenne pour un con, répond-il d’une voix plus froide.
— Ce n’est pas le cas, lui dis-je sans le moindre doute. Elle ne se sert pas de moi. Elle restera avec moi. Quoi qu’il advienne, elle ne repartira pas.
— Tu l’en empêcherais de toute façon, commente-t-il.
Et ce n’est pas un reproche ni une accusation. Pas dans notre langage en tout cas. Entre nous, c’est plutôt un aveu de sentiments. Ça signifie que nous serions prêts à tout pour garder cette femme près de nous, y compris en l’y obligeant.
— C’est elle et pas une autre, Léandro, acquiescé-je très sérieusement. Je vais épouser cette femme et lui faire des gosses, et pour ça, je dois veiller sur elle et éliminer la menace qui pèse sur elle. Je dois buter ce fils de pute avant qu’il tente quoi que ce soit contre elle.
— Je suppose que tu ne m’appelles pas pour me demander la permission de te rendre en territoire ennemi et que tu iras même si je te dis que c’est risqué parce qu’ils doivent s’attendre à ce coup venant de nous.
Il connait déjà la réponse à cette question. Je suis prêt à prendre tous les risques pour Leona, rien ne m’arrêtera lorsqu’il s’agira de la protéger.
— C’est le seul moyen d’assurer la sécurité de Leona, réponds-je. J’ai besoin de mettre la main sur lui. Je vais me renseigner pour savoir s’il est toujours à Détroit, et si c’est le cas, j’irai là-bas.
— Je comprends, j’aurais fait la même chose, dit-il d’une voix grave. Mais je te préviens tout de suite, il n’est pas question que tu te rendes là-bas sans avoir préparé ton coup.
— Je sais, la mission comporte des risques, je serai prudent, lui assuré-je.
— Tu n’iras pas seul non plus, me rétorque-t-il. L’un de nous t’accompagnera, les autres veilleront sur les filles. Leona n’aura qu’à s’installer au manoir pendant ton absence, ça simplifiera les choses.
— Quoi ?
— C’est l’endroit le plus sécurisé à Chicago et nous avons tout un étage de libre. En logeant chez nous, elle ne serait jamais seule et tu aurais l’esprit plus tranquille pour mener à bien ta mission, m’explique-t-il le plus simplement du monde.
Et putain, je suis sur le cul, pas à cause de la logique de son raisonnement, mais parce qu’il me propose d’installer Leona chez lui, de la laisser entrer chez lui, monter dans les étages, chose interdite à tout le monde sauf aux proches des Bellochi.
— Ça ne te dérangerait pas ? lui demandé-je sans pouvoir masquer mon grand étonnement.
— J’ai confiance en toi, en ton jugement. C’est elle que tu as choisie et elle n’est pas une menace pour ma femme et ma fille donc la porte de notre maison lui est grande ouverte. Venez quand vous voulez.
Je souris grandement. Le fait qu’à son tour, il accepte Leona parmi nous, notre cercle, notre famille, ça compte beaucoup à mes yeux. Ça me fait énormément plaisir.
— Merci, Léandro, lui dis-je sincèrement.
— Il n’y a pas de quoi, balaie-t-il rapidement mes remerciements. Je vais passer quelques appels et voir si quelqu’un peut se rendre à l’adresse de Russo pour vérifier s’il s’y trouve et je te tiendrai au courant.
— On fait comme ça, acquiescé-je avant de raccrocher avec un large sourire aux lèvres.
Cette journée est définitivement pleine de surprises, de rebondissements, de nouveautés et de chamboulements, mais putain, ça me provoque plus de joie et d’excitation que de stress ou d’agacement.
J’ai l’impression de concrétiser mon engagement envers elle, ce ne sont plus seulement des paroles. Elle vit avec moi, je l’ai présentée à tous mes proches qui l’ont tous acceptée, je vais la débarrasser de cet enfoiré qui la menace… Je ne peux pas mieux en faire pour lui montrer que je tiens à elle, qu’elle fait partie intégrante de ma vie et qu’elle y occupe une place d’honneur.
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Leona
Quelques heures après notre retour du brunch, alors que nous regardons un film tous les deux, Roméo reçoit un appel de Léandro. Je ne parviens pas à entendre ce que lui dit son interlocuteur, mais je sens parfaitement le corps de Roméo se tendre alors que ma tête est toujours appuyée contre son torse et que son bras pend autour de mes épaules.
— On arrive, dit-il seulement à Léandro avant de raccrocher.
— Que se passe-t-il ? lui demandé-je clairement inquiète en me redressant en prenant appui sur son torse pour se faire.
— Russo n’est plus à Détroit.
Un hoquet de surprise m’échappe tandis que mes ongles s’enfoncent dans son torse.
— Léandro vient d’en avoir la confirmation.
— Oh, soufflé-je sans parvenir à formuler le moindre mot.
— Je vais me rendre chez eux afin de les aider à contacter tous nos indics. On va diffuser la photo de Russo et attendre la bonne info. Dès qu’il sera repéré, j’irai le cueillir.
— Ce ne sera pas dangereux, n’est-ce pas ? rebondis-je, les yeux exorbités. Tu ne vas pas te mettre en danger en essayant de le cueillir ?
— Je ferai attention, me promet-il.
Il place sa main sur ma nuque et m’attire jusqu’à lui pour effleurer mes lèvres avec les siennes.
— Ça me plait que tu t’inquiètes pour moi, Topolina.
— Je ne veux pas que tu te mettes en danger à cause de moi, avoué-je.
— Trop tard pour ça. En devenant mienne, tu as placé ta vie entre mes mains, affirme-t-il en serrant ma nuque entre ses doigts, le regard fier et déterminé. Je me suis fait le serment de te protéger contre tous les dangers, Leona, et je mourrai bien avant de rompre cette promesse.
Son regard ne m’a jamais paru aussi assuré qu’à cet instant. Il donnerait véritablement sa vie pour sauver la mienne et même si ce genre de déclaration est plaisante à entendre, une part de moi éprouve une certaine angoisse à l’idée que ça puisse se produire. Pire qu’une angoisse, je suis terrifiée à cette idée. Le perdre me semble insupportable.
— Je t’interdis de mourir, murmuré-je.
Je glisse une main sur sa joue et plonge mon regard dans le sien tout en me rapprochant de ses lèvres.
— Je ne veux pas te perdre, avoué-je d’une voix grave. Jamais, ajouté-je, comme un cri venant du cœur. Sois prudent. Je t’en supplie, fais attention à toi.
Je pose mes lèvres contre les siennes tout en le suppliant encore une fois d’être prudent. Ses doigts se referment autour de ma nuque et la serrent comme pour m’assurer qu’il le sera, que je ne le perdrai pas. Puis ses lèvres capturent les miennes avec plus de force et d’empressement comme s’il cherchait à me rassurer, mais également à montrer qu’il a apprécié mes paroles.
Je prends part à ce baiser, j’y mets toute mon âme afin de lui faire ressentir tout ce que j’éprouve pour lui, mais que je ne parviens pas à formuler. Alors, comme lui, je ne dis rien et laisse parler mon corps, mes yeux, mon âme, car s’il a bien une chose dont nous sommes capables tous les deux, c’est de lire l’autre, le comprendre, juste en l’observant.
On ne se voit pas, on se regarde. C’est totalement différent. L’acte est intentionnel, souhaité, désiré. Dès que nos yeux se croisent, nous accordons toute notre attention à l’autre.
Il y a une certaine part de magie là-dedans.
— Allons-y, murmure-t-il d’une voix rauque. Ils nous attendent.
— Je viens aussi ? m’étonné-je.
Il acquiesce à ma grande surprise.
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Leona
Plus tard, je me retrouve assise autour d’une table sur leur terrasse en train de boire un thé glacé en compagnie de Giulana et Aurora pendant que les hommes discutent du travail quelque part dans cette immense bâtisse que représente la maison familiale des Bellochi.
Ainsi, je me retrouve assise autour d’une table sur leur terrasse en train de boire un thé glacé en compagnie de Giulana et Aurora pendant que les hommes discutent du travail quelque part dans cette immense bâtisse que représente la maison familiale des Bellochi.
— Je suis heureuse que tu sois là en tout cas, me dit-elle avec un large sourire en se rasseyant sur sa chaise après avoir fait le tour de la terrasse avec Aurora pour la énième fois.
La petite est prête à marcher, elle en a très envie, mais n’a pas encore suffisamment d’équilibre pour le faire toute seule. Ainsi, elle n’hésite pas à prendre la main de sa mère afin qu’elle l’aide à effectuer le tour de la grande terrasse couverte en marchant.
Giulana affirme que ce petit bambin, âgé seulement d’un an, mène toute la famille Bellochi par le bout du nez et je n’ai aucun mal à la croire. Avec sa petite bouille angélique et ses grands yeux bleus, elle est beaucoup trop mignonne et adorable pour qu’on lui refuse quoi que ce soit.
— Je t’avoue que j’ai été surprise d’être invitée, lui dis-je avec un sourire timide. Roméo m’a dit que Léandro ne laissait entrer personne ici.
— C’est vrai, acquiesce-t-elle. C’est pour ça que je suis aussi contente que tu sois là.
Cette fois, je fronce les sourcils en ne comprenant pas très bien son raisonnement.
— Ça signifie que c’est vraiment sérieux et surtout que vous le pensez tous les deux désormais, précise-t-elle d’un ton guilleret, clairement enthousiasmée par une information que je ne saisis toujours pas. Je t’avoue que j’ai eu un peu peur quand Dino m’a répété que tu lui avais affirmé que vous n’étiez pas ensemble.
Mes yeux s’élargissent et je me sens instantanément rougir. Évidemment, Dino n’a pas pu s’empêcher de rapporter mes propos à tout le monde.
— Je me doutais que tu refusais cette relation parce que tu n’arrivais pas à lui pardonner, continue-t-elle plus gravement. Ça me rendait triste pour vous, car j’ai tout de suite senti qu’il y avait une forte alchimie entre vous et qu’une très belle histoire d’amour était possible. Mais tu es là, reprend-elle sur un ton plus gai, ça signifie que tu as accepté de lui donner une seconde chance et que vous allez construire cette belle histoire donc je suis ravie pour vous. Mais je te préviens, ça signifie que tu as également signé avec nous pour la vie, plaisante-t-elle. J’ai hâte que nous organisions des sorties ou des vacances tous ensemble, ce sera amusant.
Je me mords inconsciemment la lèvre tandis que ses paroles s’infiltrent en moi, que mon cerveau les analyse et que je me rende compte dans un premier temps de leur véracité puis dans un second temps de leur portée. Elle a raison, je me suis engagée officiellement avec Roméo, j’ai lié mon destin au sien, nous allons vivre une vraie histoire d’amour et ça nous conduira forcément à célébrer un mariage et avoir des enfants. Mais au lieu de me donner envie de sourire, ça me tord l’estomac d’angoisse parce que j’ai négligé une chose importante dans tout ça, j’ai omis que nous allions exposer notre amour au grand jour, à la vue de tous. Et je ne suis pas prête pour ça.
Je peux lui pardonner et oublier, mais ce ne sera pas le cas des autres personnes qui ont été témoins de tout ce qu’il m’a fait endurer. Ils ne se souviendront que de notre histoire passée et ne verront pas les efforts considérables qu’il a fournis pour se racheter, gagner mon pardon. Et il y a cette part de moi effrayée par le regard des autres, qui tient à faire bonne impression comme elle l’a fait toute sa vie, qui se demande ce que ces gens penseront de cette relation. Ils se diront forcément que je suis sans cervelle, que j’ai été manipulée, forcée, que Roméo était impardonnable et que je ne peux tout simplement pas être heureuse avec lui. Ils m’imagineront violentée tous les jours par le collecteur. Le monstre de Chicago…
— Pardon, je ne voulais pas te mettre mal à l’aise, s’excuse soudainement Giulana.
Je sors brutalement de mes pensées et me reconcentre sur elle, je découvre sa grimace d’embarras et je cligne plusieurs fois des yeux pour tenter de comprendre ce qu’il lui arrive.
— J’ai apparemment dit une bêtise et puis tout ça ne me regardait pas de toute façon, je suis désolée. Je ne voulais pas…
— Ce n’est pas ta faute, la coupé-je. Je… C’est à cause de moi, avoué-je. Je suis…
Je me mords à nouveau la lèvre, embarrassée par ce que je m’apprête à lui confesser, mais également désireuse de le faire. J’ai besoin de l’entendre me dire que ces pensées sont idiotes et que je ne devrais pas octroyer d’importance aux regards des autres.
— J’ai toujours accordé beaucoup d’importance aux apparences, avoué-je dans un murmure. À mes yeux, Roméo a su se racheter, je lui ai pardonné, seulement… Je me demande si je suis assez forte mentalement pour assumer le regard des autres. Non seulement de ceux qui sont au courant de tous les détails de notre histoire, mais également ceux qui connaissent Roméo, son travail, sa nature violente, ceux qui le craignent… Je n’arrive pas à m’empêcher de me demander ce que toutes ces personnes diront sur moi derrière mon dos. Et ça m’angoisse, avoué-je dans un long soupir, comme soulagée d’en avoir parlé, d’avoir verbalisé mes craintes.
— Mais enfin, non, ne songe pas à ça. On se fiche de ça, affirme-t-elle.
J’entends un fond de rire dans sa voix comme si elle aussi se sentait soulagée par mon aveu et ressentait l’envie de rire pour évacuer la tension.
— On se fiche de ce que les gens pensent. Vis pour toi, pas pour les autres. Il y aura toujours quelqu’un pour critiquer votre histoire, elle ne sera jamais parfaite. Du moment qu’il te rend heureuse et que votre relation te convient, alors le reste n’a pas d’importance. Crois-moi, j’ai eu mon lot de critiques concernant mon histoire avec Léandro, mais ça ne m’a pas empêché de privilégier l’amour. Aujourd’hui, je mène la vie dont je rêvais et pour rien au monde, je n’y renoncerais. Je suis plus que ravie d’avoir écouté mon cœur plutôt que ma raison. Fais-lui confiance, me dit-elle en désignant l’organe vital qui bat dans ma poitrine, il ne se trompe jamais.
Elle a raison, le plus important c’est d’être heureux, de ne vivre que pour soi. Même si le reste de la société le trouve monstrueux, moi je sais qu’il a un cœur et qu’il me rendra heureuse. Et c’est tout ce qui compte. Contrairement à ce que je pensais, Roméo est capable d’offrir une relation saine à quelqu’un, dépourvu de violence, de toxicité. J’en suis désormais convaincue parce que je suis cette personne et même s’il a commis une erreur par le passé, je suis persuadée qu’il ne recommencera plus. Roméo ne me blessera plus jamais. Je suis devenue sa priorité.
— Vous méritez tous les deux de vivre cette très belle histoire et vous serez très heureux ensemble, j’en suis certaine, termine-t-elle avec un sourire tendre aux lèvres.
— Merci, Giulana, lui dis-je en souriant.
Elle me rend mon sourire alors que soudainement, je sens une petite main attraper la mienne. Aurora me montre très clairement qu’elle souhaite que je l’aide à marcher et je m’y oblige sans hésiter une seule seconde.
— On dirait bien qu’elle t’a charmée aussi, plaisante Giulana en nous regardant nous éloigner.
— C’est impossible de lui résister. Un simple sourire et elle ensorcèle tout le monde. Ça promet pour la suite, plaisanté-je. Il ne faudra pas s’étonner quand de nombreux prétendants se présenteront à votre porte.
— Ils feront demi-tour dès que son père et ses oncles leur ouvriront la porte en étant lourdement armés.
Un rire m’échappe en imaginant la scène.
— Si je les écoutais, personne ne s’approcherait d’Aurora et elle resterait pour toujours à la maison. Sauf que ce n’est pas cette vie que je souhaite lui offrir. Je veux qu’elle se sociabilise, qu’elle rencontre d’autres enfants, qu’elle joue avec eux, qu’elle leur parle, qu’elle se fasse des amis, qu’elle mène une enfance complètement normale... J’ai été privée de ça. J’ai été privée de tout, se corrige-t-elle. J’avais seulement le droit d’aller à l’école pour apprendre et devais rentrer immédiatement après les cours. Je n’avais aucune vie sociale, aucun ami, parce que personne n’osait me parler ou m’inviter aux gouters et soirées. Je ne lui souhaite pas de vivre la même chose que moi. Et même si ça nécessite le déploiement d’un énorme dispositif de sécurité, je ferai tout pour qu’elle mène une enfance normale.
J’opine plusieurs fois de la tête, signe de mon parfait accord avec son raisonnement.
— Je ne veux pas qu’elle se sente différente, mise à l’écart par les autres, ou écraser par les règles et les attentes d’un univers dans lequel elle n’a pas choisi de naitre, résume-t-elle. Nous ne lui imposerons rien, elle sera libre de choisir son avenir et nous l’accompagnerons au mieux dans la voie qu’elle se désignera.
— Je trouve ça génial, lui dis-je en bifurquant pour ramener Aurora vers le point de départ. Quand mes parents ont arrangé mon mariage, j’aurais tout donné pour l’annuler. Je n’ai jamais osé leur en parler parce que j’avais le sentiment que c’était normal, que c’était ce qui était attendu de moi et que je devais seulement l’accepter, avoué-je.
— Parce que c’est ainsi qu’on nous a élevées, commente-t-elle d’une voix douce.
Son sourire se fait plus compatissant comme si elle essayait de me rassurer, de me faire comprendre que je n’ai pas à me sentir honteuse de ne pas avoir osé m’opposer à mes parents parce qu’elle aurait fait la même chose.
— Je trouve ça bien que vous changiez ce schéma d’éducation en lui offrant plus de liberté.
Je désigne la petite à côté de moi du menton alors que nous nous arrêtons près de sa mère.
— Oui, enfin, elle ne sera pas non plus complètement libre, répond-elle en riant. Elle a un père très protecteur qui ne laissera pas sa mini-princesse partir n’importe où, n’importe comment et surtout avec n’importe qui.
— Son futur petit ami devra être irréprochable, et sacrément courageux pour oser se présenter à vous, ajouté-je en riant.
— Au moins, s’il survit à la rencontre, elle sera certaine que c’est le bon, plaisante-t-elle en retour.
Je pouffe de rire et suis d’autant plus amusée lorsqu’Aurora se met à rire avec nous.
— Qu’est-ce qui vous fait rire ? s’enquière Dino avec un sourire aux lèvres en nous rejoignant sur la terrasse.
— On parlait de la rencontre entre le futur petit ami d’Aurora et Léandro, lui répond Giulana avec un sourire amusé aux lèvres.
Léandro sort au même moment sur la terrasse et les poils de ma nuque se dressent immédiatement en réponse à l’aura si sombre que ce géant très tatoué dégage. J’ignore si ce sentiment de malaise disparaitra, si un jour mon instinct cessera de pressentir un danger en présence de Léandro ou si je serai éternellement sur mes gardes.
Dès que la petite aperçoit son père, elle se rue vers lui, lâchant ma main sans hésiter une seule seconde. Sous le regard étonné de tout le monde, elle parvient à faire trois pas toute seule avant de perdre l’équilibre. Heureusement, Léandro, qui possède de vifs réflexes, la rattrape avant qu’elle tombe.
— Il va lui falloir une sacrée paire de couilles juste pour réussir à le regarder dans les yeux, rebondit Dino d’une voix amusée.
— S’il veut les garder, il ferait mieux de ne pas soutenir mon regard, répond Léandro d’une voix menaçante tout en serrant sa fille dans ses bras.
L’image est à la fois surprenante et attendrissante.
— On a déjà commandé de nouvelles armes en prévision de ce moment, s’immisce Gianni en sortant à son tour sur la terrasse.
Roméo franchit également le pas de la porte et me sourit dès que nos regards se croisent, me faisant forcément sourire aussi.
— Il lui faudra faire preuve d’énormément de courage pour survivre à la rencontre avec sa belle-famille, plaisante Dino. Mais au fait, c’est vrai que tu rencontrais la tienne aujourd’hui, s’exclame-t-il en grimpant sur la table pour s’y asseoir. Alors, comment ça s’est passé ?
— Elles ont déjà échangé leurs numéros avec Chiara, répond Roméo avec un sourire au coin des lèvres.
— Je le savais, rétorque Dino en claquant des doigts. Je te parie qu’elles deviendront bientôt meilleures amies et sortiront ensemble tous les week-ends.
— Je ne vois pas où est le mal, s’immisce Giulana. Moi, je trouve ça bien qu’elles s’apprécient au point de vouloir faire des sorties ensemble.
— Est-ce que c’est un pic jeté dans ma direction ? demande Gianni avec un sourire amusé aux lèvres. C’est ta façon de me reprocher de ne pas faire des sorties avec toi ?
La blonde éclate de rire en secouant négativement la tête.
— Ce serait vraiment trop étrange, commente-t-elle en riant.
— Quoi ? Vous n’êtes jamais allés vous faire faire les ongles ensemble ? m’étonné-je faussement en regardant Giulana.
Elle rit de plus belle en imaginant cette scène surréaliste.
— Non, mais c’est définitivement quelque chose qu’on devra faire ensemble, me dit-elle. Et un soin. Oh, et un massage aussi, j’en rêve depuis que j’ai accouché.
— On se prévoira ça sur tout un après-midi, acquiescé-je en me rapprochant d’elle pour me rasseoir sur ma chaise. Soins du visage, des mains, manucure, pédicure, ainsi qu’un massage complet des orteils jusqu’au crâne… Cinq heures de détente minimum, lui annoncé-je en dépliant mes cinq doigts.
— Tu me fais rêver, murmure Giulana, la mine impatiente.
— Ce massage a plutôt intérêt à ne pas être « complet » si tu ne veux pas que je transforme ton rêve en cauchemar, s’immisce la voix grave de Léandro.
— C’était une façon de parler, soupire sa femme en secouant la tête d’un air réprobateur. Bien évidemment que la masseuse ne me touchera pas des pieds jusqu’à la tête.
— Ça vaut mieux pour elle si elle souhaite garder son outil de travail, répond son mari sans une once d’hésitation ou de remords.
— Tu n’es pas possible, rit la blonde.
— Tu as le don de proposer des plans foireux, commente Dino à mon attention.
— Eh, m’indigné-je. Ce n’est pas vrai.
— J’ai failli me faire buter à cause de ton idée. Et avec celle-ci, tu pourrais causer l’amputation de quelqu’un.
— Personne ne touchera ses parties intimes, c’était juste une façon de parler, répété-je en secouant la tête. J’ai dû me faire masser au moins cinquante fois, aussi bien par des femmes que par des hommes, et aucun n’a eu de gestes déplacés à mon égard...
— Encore heureux, commente Roméo sur un ton agressif. Terminé les masseurs, c’est une femme qui te masse obligatoirement, décrète-t-il, le regard possessif.
— Pareil pour toi, si j’apprends qu’un homme a posé ses mains sur toi, je le buterai sur le champ, surenchérit Léandro à l’attention de Giulana.
— Ils sont sérieux ? demandé-je en me tournant vers Giulana. Ils sont au courant que ce sont des professionnels et qu’ils ne font que leur métier ?
— Ne leur réponds pas. Qu’importe ce que tu diras, ils ne changeront pas d’avis, ce serait un débat stérile, me dit-elle en se levant de sa chaise puis en attrapant ma main sur la table. Viens plutôt me tenir compagnie en cuisine pendant que je prépare le diner d’Aurora.
Avec une moue contrariée, je me lève et la suis jusqu’en cuisine. Non sans oublier de relever le menton et de soutenir le regard de Roméo en passant.
— Vous resterez bien diner avec nous, propose la blonde.
Et je souris largement en acquiesçant.
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