Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 1

 

 

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Roméo

 

Déjà bien en retard, je rejoins à grandes enjambées le perron de la maison de mes parents.

Tout en posant ma main sur la poignée, je jette mécaniquement un coup d’œil en direction de ma moto, une Ducati Monster très récente, et me félicite encore d’avoir opté pour le coloris rouge. Cette beauté brille sous le soleil éclatant de ce début d’été et me donne autant de frissons que lorsque je la conduis au milieu des rues bondées de Chicago.

Je détourne le regard et m’engage dans la maison. 

— Roméo, nous n’attendions plus que toi, m’accueille Manfredi Perchino, mon père.

Sa contrariété est facilement lisible, mais je l’ignore et dévie mon attention en direction des deux autres personnes présentes dans le hall d’entrée, le père et le fils Gallo. Ils sont venus conclure un accord avec mon paternel au sujet de la main de ma petite sœur, Chiara.

— J’ai été retenu par une affaire, expliqué-je en posant mon casque de moto sur la console de l’entrée.

Travaillant directement sous les ordres du Capo de la ‘Ndrangheta, une mafia italienne d’origine calabraise, personne ne remet en question ma justification ou ne cherche à en savoir davantage. Tout ce qui concerne mon job est confidentiel. Je ne rends des comptes qu’à Léandro Bellochi, le grand chef de notre mafia. Au même titre que son petit frère, Gianni, et son cousin, Dino, je suis l’un des bras droits de Léandro, nous l’aidons à diriger cette organisation à sa manière. À savoir brutale, violente et sanglante, et surtout, sans concession ni pardon.

Ayant le même âge que le cadet des frères Bellochi, vingt-huit ans, j’ai rencontré Gianni sur les bancs de l’école primaire et le courant est passé de façon instantanée. De cette solide amitié est née une relation fraternelle qui s’est étendue au reste de sa famille. Léandro, Gianni et Dino sont comme des frères à mes yeux, et l’inverse est également vrai.

— Allons dans mon bureau, propose notre hôte en nous invitant à le suivre d’un geste de la main.

Je ferme la marche et suis le trio jusqu’au bureau de mon père. Du temps où je vivais encore ici, je me souviens qu’il y passait toutes ses soirées à travailler. Posséder plusieurs affaires, en acquérir de nouvelles et les faire toutes fructifier n’est pas de tout repos, mais Manfredi adore ça, c’est un businessman dans l’âme. Comme son père avant lui, il s’est spécialisé dans le rachat et la vente d’antiquités. Mon grand-père possédait deux boutiques quand il a cédé les rênes à son fils, désormais, mon père en dirige cinq. Elles sont toutes situées aux quatre coins de l’immense ville de Chicago ou dans ses proches environs. C’est tout ce que je sais.

Les antiquités, l’histoire et tout ce bordel, ça ne m’a jamais intéressé. Manfredi a vite compris que je ne suivrai pas ses traces et ne prendrai pas la direction de ses magasins après lui. C’est pour ça que parmi tous les prétendants de ma sœur, il a préféré le fils des Gallo, une famille qui a fait fortune dans l’art et qui apprécie les vieilleries autant que lui.

— Asseyez-vous, nous invite-t-il alors que nous entrons un à un dans son bureau.

Je n’ai jamais apprécié cette pièce de la maison, composée de fauteuils anciens, de meubles en bois et diverses décorations d’une autre époque, j’ai davantage envie de fuir que de rester là à bosser durant des heures. Et en même temps, je n’ai jamais été du genre à aimer rester enfermé.

Je n’échangerai jamais mon job actuel contre celui d’un bureaucrate. Il est varié et surtout très animé, aucun jour ne se ressemble. Je bouge tout le temps et suis toujours dans l’action, je ne m’ennuie jamais.

— Manfredi, comme je te le disais à mon arrivée, je souhaite discuter avec toi d’une affaire qui me contrarie, lui dit Ottone Gallo.

Il déboutonne sa veste de costume et s’installe sur un siège face à mon père qui, pareillement, ouvre sa veste et prend place sur son fauteuil en fronçant les sourcils.

— Explique-moi, le presse-t-il.

Je quitte ma veste de moto, en cuir de couleur noire, et la pose sur un fauteuil avant de m’y asseoir. Je ne manque pas le regard du fils Gallo, Sebastiano, sur ma tenue. Contrairement à eux, leurs costumes trois-pièces et leurs mocassins vernis, je porte un jean, un tee-shirt et des boots, qui sont tous de couleur noire. Ma tenue habituelle. Dans mon métier, il vaut mieux revêtir des habits confortables, mais surtout sombres, les traces de sang se remarquent moins ainsi.

Avec un regard appuyé, je soulève un sourcil dans sa direction, le mettant au défi de faire la moindre remarque sur ma tenue. Sans surprise, il tourne aussitôt la tête. Entre la peur qu’insuffle naturellement ma carrure chez les autres et mes liens très étroits avec les Bellochi, qui inspirent une forme de respect immédiat auprès du reste des Calabrais, j’obtiens toujours la même réaction qu’importe la personne que je toise. Un sourire narquois se forme spontanément au coin de mes lèvres.

— Je viens porter à ta connaissance un fait qui, je le regrette, me conduira à annuler ma demande d’engagement, continue Ottone.

Je reporte immédiatement mon attention sur lui. Nous devions justement concrétiser cette demande en la transformant en fiançailles puisque Chiara aura bientôt dix-huit ans.

— Comment ça ? s’étonne Manfredi.

Sebastiano glisse sa main dans sa poche intérieure de veste et en ressort une enveloppe qu’il tend à son père.

— J’ose espérer que tu ne m’en tiendras pas rigueur, débute Ottone, mais j’ai engagé quelqu’un afin qu’il suive ta fille durant quelques semaines. Je me devais de m’assurer du sérieux de la future épouse de mon fils. D’autant plus que de multiples rumeurs mettent à mal sa réputation et questionnent sa vertu, termine-t-il dans un murmure après une courte pause.

Inconsciemment, je serre les dents. Chiara n’est pas irréprochable, elle a effectivement fait quelques conneries au cours des dernières années, mais ça ne justifie pas ces sous-entendus honteux. Les Gallo ont visiblement un désir de mort pour proférer de telles insultes dans notre foyer.

— Je déteste être porteur de ces nouvelles, mon ami, mais voici ce que le détective privé a découvert durant son enquête.

Il sort des photos de l’enveloppe et les tend à mon père. Dès que ses yeux se posent sur l’image, j’entends son hoquet de surprise puis son visage se transforme en une grimace de dégout.

Je me lève sans attendre et le rejoins.

Dès que j’aperçois une image de ma sœur à moitié dénudée en train de danser autour d’une barre de striptease sur un podium, mon sang ne fait qu’un tour et la colère s’empare de moi.

Je prends la photo des mains de mon père et étudie l’arrière-plan sans parvenir à reconnaitre l’un de nos établissements.

Nous les dirigeons tous à Chicago. Plus largement, tout ce qui touche de près ou de loin à l’industrie du sexe, du porno, de l’effeuillage, etc. est sous notre contrôle. Ces marchés sont bien trop juteux pour que nous les laissions à d’autres. Selon les chiffres établis mensuellement par Dino, le marché du « cul » représente 25 % de notre chiffre d’affaires, soit autant que la vente de drogues, c’est pour dire à quel point c’est une mine d’or. Le reste de nos revenus comprend les recettes des établissements que nous gérons activement comme des casinos ou des hôtels de luxe, ainsi que les dividendes versés par les entreprises dont nous sommes actionnaires, mais que nous n’administrons pas comme celles de mon père ou des Gallo.

— Je suis désolé de t’apprendre, mon ami, que ta fille échappe à ta surveillance plusieurs soirs par semaine pour se rendre dans cet endroit et faire ces choses, explique Gallo.

Par-dessus l’épaule de mon père, j’observe une à une les photos montrant ma petite sœur dans des situations toujours plus compromettantes, comme si les Gallo les avaient classées par ordre allant de la moins critique à la plus indécente.

— Où est-ce ? lui demandé-je.

Mon regard est suffisamment menaçant pour qu’il me donne tous les détails dans la seconde. Tandis qu’il m’énonce une adresse située dans un quartier pauvre et reculé au sud de la ville, Manfredi passe à la prochaine image.

Je pose inconsciemment ma main sur le dossier de mon père et le serre fortement en apercevant une image de Chiara en compagnie d’un type dans un couloir qui ressemble fortement à celui d’un hôtel.

Mon père reste silencieux, mais je peux sentir toute la colère qui émane de lui alors qu’il regarde une nouvelle fois toutes les photos.

— Laissez-nous, dis-je aux deux autres, les dents serrées.

Les deux Gallo se lèvent dans un bond, comme s’il y avait des ressorts sous leurs culs.

Mon père ne lève pas le nez des photos alors qu’ils quittent son bureau. Il s’est arrêté sur un cliché montrant Chiara perchée sur les genoux d’un type, un sourire séducteur aux lèvres, tandis que ce dernier glisse des billets dans le minuscule bout de tissu qui lui sert de culotte.

— Tu le savais ? me demande-t-il d’une voix qui trahit un mélange d’incrédulité et de colère.

— Non, bien sûr que non.

Il doit bien se douter que je ne l’aurais jamais permis. La dernière fois, j’ai brisé les mains du type qui lui avait réclamé une branlette en échange d’un devoir pour qu’il ne puisse plus jamais lui en rédiger d’autres. Évidemment que je n’étais pas au courant de cette putain de nouvelle histoire.

— Je n’ai pas élevé une trainée, s’emporte-t-il.

Il se lève brusquement et se rue vers la porte.

— CHIARA, hurle-t-il.

Les murs de la maison tremblent alors qu’il lui ordonne de descendre immédiatement. Ma propre colère étant beaucoup trop forte pour que je puisse verbaliser mon mécontentement autrement qu’avec des insultes, je le suis silencieusement.

Nous nous arrêtons dans le hall d’entrée lorsque nous apercevons ma mère, Prisca, faire rouler son fauteuil jusqu’à nous, un masque à oxygène posé sur les genoux et le tuyau le reliant à la bouteille qui suit derrière elle.

— Cosa c’è che non va ? demande-t-elle.

Son visage traduit toute son inquiétude vis-à-vis de la fureur apparente de mon père qu’elle questionne à nouveau du regard sur ce qu’il se passe.

On devine son froncement de sourcils sans le voir. Tout comme ses cheveux, il n’en reste rien, la chimio a tout emporté. Un cancer des os qui n’avait jamais été détecté jusqu’à ce que les métastases attaquent ses poumons et l’empêchent de respirer. C’était il y a plus d’un an. Malgré les traitements agressifs, il a continué de se propager jusqu’à attaquer ses vertèbres, l’empêchant de marcher. Le pronostic des médecins s’est alors réduit peu à peu à mesure qu’ils découvraient une nouvelle zone touchée, un autre organe en difficulté. Six mois. C’est tout ce qu’il lui reste aujourd’hui selon eux.

— CHIARA, hurle à nouveau notre père, sans lui répondre.

À ce moment-là, il est incapable d’avouer à sa femme, native de Calabre, très croyante et respectueuse des traditions, que sa fille se dénude devant des hommes, se prostitue… Bordel, une vague de haine déferle en moi et remplace la compassion que je ressentais juste avant envers ma mère.

Au même instant, ma petite sœur, qui me ressemble beaucoup, apparait en haut des marches. Elle est vêtue d’une élégante robe noire, les boucles de ses longs cheveux brun foncé sont tirées en arrière pour dégager son visage rond à la peau tannée qu’elle a maquillé avec soin. Ainsi, elle donne l’impression d’être une femme sérieuse, angélique, alors qu’elle en est tout le contraire. Mais elle se devait d’orchestrer cette mise en beauté à l’heure où elle devait normalement rencontrer officiellement son futur fiancé. Cette rencontre n’aura pas lieu et elle le réalise immédiatement quand elle remarque qu’il n’y a que nous dans la pièce.

— Descends, lui ordonne froidement notre père.

Quand ses yeux marron foncé se posent sur le patriarche, son visage perd toutes ses couleurs.

— Qu’est-ce qu’il y a ? demande-t-elle à son tour en descendant les marches d’une démarche tremblante.

Chiara n’a jamais eu sa langue dans sa poche, elle est plutôt brave habituellement et n’hésite pas à tenir tête à tout le monde, mais aujourd’hui, elle doit sentir le changement, deviner à quel point elle est dans la merde. Peut-être se doute-t-elle déjà de la raison de notre colère.

Quand elle arrive en bas des marches, mon père lui jette les photos après.

— Explique-toi, crache-t-il en même temps. 

Elle a eu le réflexe d’en attraper une et dès que son regard se pose sur l’image, elle blêmit davantage. Puis elle baisse les yeux en direction des photos éparpillées sur le sol et cette fois, elle est obligée de s’accrocher à la rambarde de l’escalier pour ne pas verser.

— Chiara, chérie, qu’est-ce qu’il y a ?

Ma mère pousse la manette de son fauteuil roulant pour avancer jusqu’à elle et son attention dévie en direction de la photo que Chiara tient toujours entre les doigts.

— Oh, Dio Mio, murmure-t-elle.

— Mamma, souffle Chiara en grimaçant.

Elle semble plus gênée par la réaction de notre mère que par les clichés sur le sol.

— Explique-toi, rugit mon père.

Chiara sursaute et reporte son attention sur lui. Ma propre colère m’aveugle, car même en voyant l’expression apeurée de ma petite sœur face à Manfredi, je ne souhaite pas lui venir en aide, mais plutôt l’enfoncer davantage.

— Je… Je…

Elle secoue la tête à plusieurs reprises. Elle est incapable de trouver ses mots, de justifier ses actes, parce qu’aucune explication ne pourrait excuser un tel putain de comportement. Elle le sait, ce n’est pas comme ça que ça fonctionne chez nous, ce ne sont pas les valeurs que prônent nos parents.

Ce n’est pas la première fois qu’elle nous fait un coup pareil, ce n’est pas la première fois que nous devons la rappeler à l’ordre, ce n’est pas la première fois qu’elle déconne, putain. Toutes ces séries à la con dont elle s’abreuve comme une foutue junky lui ont grillé le cerveau. Je ne pourrais même pas en nommer une, tout ce que je sais c’est qu’il est toujours question d’adolescents en train de faire la fête, de boire, de fumer et de baiser à volonté. Et évidemment, Chiara voulait en être, elle souhaitait faire comme eux. Sauf que nos parents, très traditionnels, sont opposés à un tel comportement pour une fille, opposés à de tels excès, ils tiennent aux valeurs de l’ancien temps et ils ne s’en sont jamais cachés.

— Tu sors en cachette, débute mon père, s’impatientant du manque de réponse de sa fille. Tu danses à moitié nue sur des podiums, sur des gens…

Peu à peu, sa voix monte dans les aigus et ses gestes deviennent de plus en plus amples. Il ne se contente pas de pointer un doigt accusateur dans sa direction, il désigne l’étalage de photos sur le sol.

— Tu prends leur argent. Tu vas dans des hôtels.

— Oh, Dio Mio ! répète notre mère avant d’éclater en sanglots.

Ma mâchoire se contracte.

— Mamma, l’interpelle Chiara en saisissant sa main. Je peux tout t’expliquer…

— Est-ce que tu as couché avec cet homme ? continue notre père.

La colère l’aveuglant, il ne peut pas s’arrêter malgré les pleurs de sa femme.

— Je… Je…

— Est-ce que tu es vierge ? demande-t-il de but en blanc.

Entre ses lèvres tremblantes et sa façon de baisser les yeux, la réponse à cette question ne fait aucun doute. Elle ne l’est plus.

Notre mère retire sa main de celle de Chiara afin de faire un signe de croix.

— Padre Nostro, che sei nei cieli…

La suite de sa prière est interrompue par le bruit de la gifle que mon père assène à Chiara.

— Manfredi, s’étrangle Prisca.

Une première larme roule sur la joue écarlate de ma petite sœur qui ne cherche même pas à toucher sa peau brûlante sur laquelle la trace des doigts de notre père est bien visible. Son regard se pose sur moi durant une seconde, mais je ne bouge pas.

Je n’ai pas envie d’intervenir, de lui venir en aide, de la protéger. Pas cette fois.

Elle est allée trop loin.

Peut-être que si nous avions sévi plus tôt, nous n’en serions pas là aujourd’hui. Elle n’avait pas 16 ans la première fois que le proviseur a appelé ma mère pour l’informer qu’elle avait été surprise en train de branler un type dans une remise au lycée. Je lui ai accordé le bénéfice du doute, ça arrive à tout le monde de faire une connerie. Je suis forcé de constater qu’en deux ans, les choses ont fortement escaladé et je n’ai rien vu, putain. Ses activités ressemblent désormais à s’y méprendre à celles des prostituées qui bossent dans nos clubs de striptease et nos maisons closes et elle n’est même pas encore majeure.

— C’est quoi cet endroit ? lui demandé-je d’une voix enragée. Comment tu y es entrée ? Qui le gère ?

Ma rage est dirigée envers le responsable des lieux, celui qui a monté un business dans notre dos et qui en plus engage des mineurs. Le mac de ma petite sœur… Bordel, je vais le tuer.

— Réponds, lui ordonne mon père en la secouant par le bras.

— Il se fait appeler Vince, crie-t-elle en retirant vivement son bras de la prise de Manfredi. Je l’ai rencontré à une fête. Il m’a demandé si ça m’intéresserait de danser pour lui et quelques potes. Je trouvais ça marrant, alors j’ai accepté…

Elle reçoit une seconde claque et ça la rend muette.

— C’est drôle ça ? l’interroge Manfredi en pointant les photos du doigt. Ridiculiser notre nom, c’est divertissant ? Saccager nos valeurs, ça t’amuse ?

À chaque question, la grimace de Chiara s’intensifie. Elle semble ressentir davantage de douleur en entendant ses accusations que lorsqu’il l’a giflée. 

— Plus personne ne demandera ta main, conclut-il avec un rictus de dégout.

— Ils vont tous savoir, s’écrie notre mère en réalisant finalement que les Gallo étaient porteurs de ses nouvelles. Nous sommes déshonorés…

Elle se remet à réciter une prière, mais ne parvient pas à former une phrase cohérente tandis qu’elle éclate de nouveau en sanglots. Cette fois, Chiara semble encore plus meurtrie qu’avant face à sa réaction.

— Je peux tout expliquer, maman. Je souhaitais seulement danser… Je ne voulais pas…

— Tu ne voulais pas ? répète mon père.

Il lui montre la photo qu’elle tient toujours dans les mains, celle où elle est à califourchon sur un type et lui sourit de manière suggestive.

— C’est ça qu’on t’apprend à tes cours de danse classique ? accuse-t-il. Te frotter à des hommes en étant à moitié nue ?

Très croyante, notre mère tente à nouveau de réciter une prière dans sa langue natale, mais ne parvient pas à la terminer alors que ses yeux balaient les différentes images de sa fille qu’elle pensait avoir élevée dans le respect des traditions calabraises.

Elle finit par secouer la tête avant d’appuyer sur sa manette afin de faire marche arrière et s’éloigner en direction de la salle à manger.

— Mamma, couine Chiara.

Ses yeux se remplissent de larmes. Cette fois, parce que je décèle une grande vulnérabilité dans son regard quand il se pose sur moi, je ressens le besoin de faire un pas vers elle, mais mon père me devance en se plaçant entre elle et moi.

— Regarde dans quel état tu mets ta mère, lui crache-t-il au visage. Ça t’amuse ? Est-ce que tu es contente du mal que tu lui fais ?

Chiara remue négativement la tête en pleurant.

— Je ne voulais pas ça, chouine-t-elle en reniflant bruyamment, je te jure, papa, je…

Son corps est secoué par d’intenses sanglots alors qu’elle peine à reprendre son souffle.

— C’est comme ça que tu la remercies pour tout ce qu’elle a fait pour toi ? continue mon père. C’est comme ça que tu la soutiens dans cette épreuve qu’elle traverse ? C’est cette image que tu souhaites qu’elle garde de toi ? demande-t-il en pointant du doigt les photos.

— Je suis désolée, gémit-elle en fermant les yeux.

— Tu peux l’être. Un enfant ne devrait jamais causer autant de honte et de chagrin à son parent, crache-t-il.

Ça en est trop pour elle, elle se tourne et détale dans les escaliers en direction de sa chambre, abandonnant ses talons dans le processus.

Sans un regard vers elle, mon père se dirige vers la salle à manger pour y rejoindre sa femme.

Je n’accorde qu’une brève œillade en direction de la montée d’escaliers avant de tourner les talons.

Je devrais aller la trouver, rester avec elle, la soutenir, lui remonter le moral, mais mon besoin de vengeance est plus fort. Même si sa détresse me rend malade, je ne perds pas de vue mon objectif, du sang va couler, ce club va fermer, brûler et je vais exterminer toutes les personnes qui sont mêlées de près ou de loin à cette affaire.

Je récupère mon casque sur la console et sors de chez mes parents en portant mon téléphone jusqu’à mon oreille. Léandro décroche immédiatement.

— J’ai besoin d’aide, dis-je en guise de préambule.

— Où tu es ? J’arrive tout de suite, me promet-il sans hésiter.

— Je te rejoins au manoir pour tout t’expliquer, je vais avoir besoin de beaucoup d’armes et de renforts.

— Tout ce que tu voudras, m’assure-t-il. Je t’attends.

Je raccroche et enfourche ma moto. La mine meurtrière, je démarre et rejoins mes frères chez eux. Ensemble, nous préparerons ce futur bain de sang que mes membres rêvent de commettre.

 

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