Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 30

 

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Leona

 

Encore secouée par la rapidité des derniers événements, je regarde d’un air paniqué, par la lunette arrière de la voiture, le parking s’éloigner alors qu’à côté de moi se trouve la monnaie d’échange.

— Que s’est-il passé ?

Je me souviens avoir entendu une camionnette nous foncer dessus puis des déflagrations quand soudainement quelqu’un m’a attrapée par le bras et forcée à courir vers la voiture. Quelques secondes plus tard, j’étais assise sur la banquette arrière de la berline et Vito démarrait en trombes.

— C’était quoi ça ? répété-je, toujours aussi effarée en me tournant en direction de mon oncle et mon cousin, installés à l’avant du véhicule.

— Ça, c’était une putain d’attaque éclair, s’extasie Vito.

Il frappe plusieurs fois le volant pour montrer sa jubilation.

— Concentre-toi et roule, lui ordonne mon oncle d’un ton sec en regardant dans le rétroviseur alors que nous filons à toute vitesse grâce à des conditions de trafic très favorables.

Je me tourne également sans parvenir à repérer de 4x4 derrière nous. Nous les avons semés. Et je ressens davantage de colère que de joie. La cause principale de ce sentiment étant assis à quelques centimètres de moi.

Je lui jette un regard noir tandis qu’il se débarrasse de son bâillon et s’installe confortablement sur le siège, un sourire aux lèvres.

C’était une mise en scène. Ils se sont joués de Roméo. Et non, je ne trouve pas que ce soit un juste retour de bâton pour toutes les mises en scène qu’il a lui-même orchestrées, parce que justement ce n’est pas juste.

— Pourquoi ? Pourquoi vous avez fait ça ?

— Si je commence à céder à leur chantage, ça n’en finira plus, m’explique mon oncle. Ils continueront et décimeront petit à petit tout notre clan.

— C’est faux, m’étranglé-je. Ils ne veulent que Cipriano, parce qu’il a violé une adolescente, ajouté-je d’un ton amer en fusillant le coupable du regard. 

— Qu’importe ce qu’il a fait, ma priorité sera toujours de protéger les personnes de notre clan, me répond Davide.

Ma mâchoire se contracte sous l’effet de ma colère.

— Mes parents étaient au courant de cette mise en scène ? lui demandé-je sans pouvoir masquer ma rancœur.

— Tes parents m’ont demandé de te sortir de là, c’est exactement ce que j’ai fait. Maintenant, je te conduis à l’aéroport pour te mettre en sécurité.

— Quoi ? m’étonné-je, la bouche grande ouverte. Je ne rentre pas ?

— Nous devons attendre que les choses se tassent avant d’envisager votre retour. Quand la voie sera libre, je vous ferai revenir.

— Qui ça « vous » ? l’interrogé-je alors que des sueurs froides me parcourent le dos.

Je me doute de la réponse, mais j’espère me tromper. Il ne peut pas en être autrement. C’est forcément une maladresse. Une mauvaise plaisanterie. Mon oncle ne peut tout de même pas imaginer…

— Cipriano et toi.

Cette réponse me coupe le souffle comme le ferait un énorme coup de poing dans le ventre. Ce n’était pas une erreur ni une blague. Et après le coup de massue, ma fureur revient et je ne peux pas la contenir. Je refuse de la contenir pour une fois. C’est dégueulasse. Ce qu’il cherche à m’imposer est une monstruosité que je ne peux pas tolérer et encore moins docilement accepter.

— Non ! Je refuse de rester seule avec lui, m’écrié-je. C’est un violeur, un…

— Vito restera avec vous dans un premier temps, me coupe mon oncle. Et je suis persuadé que Cipriano ne s’amusera pas à te faire du mal, dit-il plus froidement en regardant intensément l’intéressé à travers le rétroviseur. 

— Donnons-le aux Calabrais et rentrons tous chez nous, proposé-je plutôt. Il méritait le sort qui l’attendait. Il doit assumer ses actes, payer pour son crime abject…

— C’est moi qui décide, Leona, m’assène Davide d’un ton ferme et sans appel en se tournant vers moi pour m’adresser un regard froid et autoritaire. Cesse immédiatement ton caprice et obéis. Tu vas prendre cet avion et te rendre où je te dirais d’aller sans broncher.

Je serre les dents pour m’empêcher de répondre, reconnaissant son autorité et m’inclinant, bien que tous mes instincts me crient de me rebeller.

— Je viens de te sortir des griffes de ces barbares, tu es libre, continue-t-il. Montre-toi reconnaissante !

Je plante mes ongles dans mes paumes et m’enfonce dans mon siège en ignorant la mine moqueuse de Cipriano tandis que mon oncle reporte son attention sur la route.

Je ne suis pas d’accord. Rien de ce que Davide m’a expliqué n’a de sens à mes yeux. Ils n’auraient pas dû sauver Cipriano, il méritait son sort. Roméo méritait de pouvoir venger sa sœur.

Il estime que je devrais me montrer reconnaissante alors que je ne ressens rien de tel. Ma situation me parait bien pire à l’heure qu’il est que quelques minutes plus tôt. Son manque de considération me rend malade. Roméo est peut-être un barbare qui n’a pas hésité à me faire du mal par accès de colère, mais je préférerais largement être à ses côtés à ce moment-là qu’assise dans cette voiture avec ces inconnus qui se disent pourtant faire partie de ma famille.

Je les déteste. Je ne peux pas croire qu’on me force à pareilles âneries.

Ma fureur et mon ressentiment sont clairement visibles au moment de monter dans un jet privé une trentaine de minutes plus tard.

Je ne salue même pas mon oncle qui contourne le véhicule pour se placer côté conducteur et je n’écoute pas non plus ses derniers mots. Je m’en fiche complètement. Qu’il aille au diable !

À mon sens, il a préféré Cipriano à moi. Il a choisi de sauver son soldat aux dépens de sa nièce. Je suis condamnée à l’exil alors que je n’ai rien à voir avec leurs histoires. Je n’ai rien fait. Le seul coupable est Cipriano. Et mon oncle l’a sauvé par loyauté. Quelle blague !

Je m’assois sur un siège au hasard et fusille du regard mon oncle par le hublot tandis qu’il est en train d’échanger avec Cipriano sur le tarmac.

— Et moi qui t’imaginais comme la petite fille parfaite, voilà que tu montres les griffes, cousine, commente Vito en prenant un siège face à moi. C’est quoi cette attitude ? Depuis quand tu discutes les ordres ?

— Depuis que je trouve ça beaucoup trop injuste pour parvenir à me taire, marmonné-je.

Je reporte mon attention sur mon cousin et reprends d’un ton plus ferme.

— À cause de ce que vous avez fait, il y aura de nouvelles représailles, ce sera sans fin et tout le monde va payer juste parce que vous n’avez pas laissé le seul responsable dans cette histoire payer pour ses actes.

— On t’a sortie de l’enfer, c’est le plus important, réjouis-toi.

Ce n’est pas le plus important justement. À mon sens, Cipriano méritait son sort. Je trouve ça injuste qu’il échappe à son châtiment. Je retournerais volontiers en enfer si je pouvais y conduire avec moi mon ex-fiancé afin de l’offrir au diable. Je lui ferais cette offrande sans hésiter, quitte à brûler dans les flammes de l’enfer pour l’éternité ensuite.

Cipriano ne s’en sortira pas comme ça. Je le refuse. Il doit rembourser sa dette, équilibrer la balance afin que les représailles cessent de toute part.

 

Roméo

 

Avant même que nous ayons eu le temps de rentrer pour réunir une armée, nous équiper et prendre la route pour commettre un massacre à Détroit, Davide Coppola nous a contactés. Il a pris les devants, sachant pertinemment que nous allions foncer dans le tas tête baissée et tuer tous les Napolitains qui croiseraient notre chemin en guise de représailles pour sa trahison honteuse.

Selon sa version, Russo serait le seul coupable dans cette histoire, c’est lui qui aurait tout organisé. Apparemment, il aurait profité du chaos général pour prendre en otage Leona et forcer les Coppola à le conduire à un aéroport. Il serait alors monté à bord d’un jet privé avec elle, la gardant en guise de gilet pare-balles. Toujours d’après lui, son fils, Vito, se serait lancé à leur recherche.

Son explication me déplait fortement, j’ai beaucoup de mal à y croire, mais l’absence de Leona et Russo à Détroit a été confirmée par nos indics sur place et j’ai dû faire un choix. Entre attaquer leur territoire pour me défouler tout en sachant que ma cible ne s’y trouvait pas et retrouver Russo pour lui faire payer ce qu’il a fait à ma sœur, j’ai choisi la seconde option.

J’ai remballé mes armes, mis de côté ma haine pour Coppola et me suis concentré sur la traque plutôt que le massacre. Son appel lui a permis de gagner un sursis, les représailles le concernant attendront. Ma priorité est et restera toujours ma vengeance envers Russo.

Léandro, Gianni, Dino et moi avons donc passé une bonne partie de l’après-midi et toute la soirée à remuer ciel et terre afin de retrouver la trace de Russo. Sans grand succès. Il est près d’une heure du matin et bien que nous n’ayons pas l’ébauche d’une piste, nous sommes quand même tous sur le pied de guerre.

Si je n’étais pas aussi concentré sur ma tâche, je prendrais du recul et remercierais mes frères d’être encore à mes côtés et prêts à passer à l’action bien que nous enchainions les impasses et les déceptions depuis de nombreuses heures.

— Mettons un contrat sur sa tête, propose Dino en relevant les yeux de son ordinateur.

En se basant sur les données du trafic aérien très réglementé et les pauvres informations que nous avons pu obtenir sur le modèle du jet privé emprunté par Russo ainsi que sa direction de départ, il tente depuis des heures de deviner sa destination. Mais même si Dino est un petit génie quand ça concerne les chiffres, les équations et les problèmes, connaitre tous ces détails ne lui permet pas de réduire le champ de recherches.

— Si on lui fout tous les chasseurs de prime du pays au cul, sans aide, il ne pourra pas rester sous les radars bien longtemps, continue-t-il.

— Ça demande du temps d’émettre un tel contrat et encore plus de le diffuser à travers tout le pays, rebondit Gianni. Nous le ferons, mais seulement en dernière option, si nos investigations demeurent infructueuses.

— D’autant plus qu’on ne sait pas s’il bénéficie d’un soutien ou pas, ajoute Léandro. S’il apprend qu’il a un contrat sur la tête, il va se terrer bien plus profondément et ça prendra peut-être des mois voire des années avant qu’on retrouve sa trace.

Je passe une main dans mes cheveux et tire sur les pointes d’un geste énervé. Je refuse d’attendre si longtemps.

— Nous devons déterminer où s’est posé l’avion, c’est notre meilleure option pour le retrouver, réaffirme Gianni en pointant du doigt l’ordinateur de Dino. Quelqu’un l’a forcément vu atterrir. Quelqu’un qui n’a pas été soudoyé par Russo et qui peut réduire considérablement le champ de recherches.

J’acquiesce machinalement tandis que Dino se replonge dans son ordinateur, de nouveau reboosté. À l’autre bout de la table à manger, Gianni épluche toutes les informations qu’il a pu trouver au sujet de la famille Russo, comptes bancaires, déclarations de revenus, déclarations de patrimoine immobilier. Il cherche l’endroit où il aurait pu décider de se planquer. Comme moi qui fouille ses réseaux sociaux à la recherche des lieux où il s’est déjà rendu, les locations de vacances qu’il a louées avec ses potes. Léandro, quant à lui, fait jouer toutes ses relations afin que les endroits proposés par Gianni et moi soient vérifiés par quelqu’un ainsi que les propriétés des oncles, des cousins…

Faute de pistes plus concrètes, nous ratissons large. C’est un travail laborieux, beaucoup trop mental, sans action, et cela ne convient pas du tout à mon état d’énervement.

J’ai l’impression d’être un foutu lion en cage qui attend qu’on lui ouvre la porte afin de s’élancer en direction de sa proie et la déchiqueter.

Et regarder toutes ces photos de cet enfoiré sans pouvoir enrouler mes doigts autour de sa gorge et l’étrangler ne m’aide pas à gérer mes sautes d’humeur ou calmer mes pulsions meurtrières. Et le fait de savoir Leona seule avec lui n’arrange rien non plus. Au contraire.

— J’ai peut-être un truc, déclare Gianni. Ils se sont offert les services d’un charpentier-menuisier il y a quatre ans pour un montant de 200 000 dollars. Si j’en crois le site de l’artisan, son entreprise est basée à Bozeman dans le Montana.

— Un chalet dans les montagnes, devine Léandro. Le lieu idéal pour une planque. En général, il n’y a pas de réseau, pas beaucoup de voisins, pas de témoins, et si en plus il possède une bonne réserve d’eau et nourriture, il peut rester longtemps sous les radars. Tu as une adresse ?

Son frère hoche négativement la tête.

— Les Russo n’ont déclaré aucune propriété là-bas.

— Ils ont forcément rénové ou fait construire un chalet là-bas, commente Dino. C’est impossible qu’ils aient fait déplacer une entreprise du Montana pour la rénovation de leur baraque à Détroit.

J’acquiesce machinalement.

— Quelqu’un pourrait rendre une petite visite à l’artisan, propose Gianni. Je suis persuadé qu’il nous renseignerait.

— Je ne connais personne dans le Montana, commente Léandro en se frottant le menton avec sa paume, mais je pourrais envoyer des hommes de Minneapolis.

Il s’agit d’une autre ville appartenant à la ‘Ndrangheta. Ce territoire est sous l’autorité d’un chef qui y détient les pleins pouvoirs, mais rend tout de même des comptes à Léandro régulièrement. S’il lui demande, il dépêchera un bataillon de soldats dans le Montana à la recherche du chalet caché des Russo.

Au même instant, mon téléphone se met à vibrer dans ma main, un appel entrant du « Whisper » qui me fait aussitôt froncer les sourcils. En général, c’est moi qui contacte ce numéro, jamais l’inverse.

— Roméo, dis-je en décrochant.

— C’est Nedo, s’annonce le gérant. J’ai un message pour toi de la part de Leona. 

Mon cœur manque un foutu battement en entendant son prénom.

— Elle a dit, je cite, « dis à Roméo que nous sommes dans le Montana, dans un chalet dénommé l’aiguille, dans les hauteurs d’une petite ville qui se nomme Fromberg, à environ trente minutes en voiture de Billings. ».

— Fromberg, chalet l’aiguille, répété-je précipitamment à Dino.

Mon rythme cardiaque monte en flèche tandis que mon ami se plonge immédiatement dans son ordinateur en entendant l’urgence dans ma voix. Ces informations ne peuvent qu’être vraies. L’inverse ne me traverse même pas à l’esprit. Je fais totalement confiance à Leona.

— Elle a dit autre chose ? interrogé-je Nedo.

— Elle m’a juste demandé de te transmettre le message tout de suite, que c’était très important avant de raccrocher.

— Tu peux m’envoyer le numéro ?

— Il était masqué, m’explique-t-il.

— Tiens-moi au courant si elle rappelle, dis-je à Nedo avant de raccrocher. Leona a appelé le Whisper pour me communiquer sa localisation, expliqué-je aux autres.

Elle n’avait pas mon numéro de téléphone donc elle s’est débrouillée pour trouver celui du Whisper. Elle savait qu’elle y trouverait une personne en mesure de me transmettre son message.

Si mon instinct ne me trompe pas, elle n’a pas cherché à joindre son oncle, seulement moi, parce qu’elle veut que je mette personnellement la main sur Russo pour qu’il paie. Ma petite lionne a une plus grande part d’ombres que ce qu’elle souhaite montrer au monde entier.

— Il y a bien un chalet qui porte ce nom près de ce patelin, intervient Dino en regardant son écran d’ordinateur. Mais je n’ai pas sa position exacte, j’ai seulement l’adresse d’un lieu-dit dans les montagnes qui s’étale sur près d’une centaine de kilomètres. Une bonne vingtaine d’autres chalets ont la même adresse, ajoute-t-il en poursuivant ses investigations en même temps. Et la zone est bordée d’arbres.

— Ce sera laborieux de trouver le chalet dans une zone forestière aussi étendue, commente Gianni en lissant sa moustache. D’autant plus qu’on devra le faire discrètement pour ne pas que l’un de ses voisins donne l’alerte et que Russo prenne la fuite.

— Quelqu’un doit bien avoir un plan plus détaillé de cette zone, ça faciliterait grandement les recherches.

— L’artisan doit en avoir un, s’immisce Dino.

— Rendons-lui visite en chemin, proposé-je en jetant un regard complice à Gianni.

— Trois heures de trajet en jet jusqu’à Bozeman, nous informe Dino.

— D’après toi, elle t’a donné la bonne info ? Ce n’est pas un piège ? me demande Léandro.

— Je lui fais confiance, affirmé-je sans l’ombre d’un doute. Elle est véritablement là-bas et souhaite que je vienne chercher Russo.

— Et que tu la libères, ajoute Dino avec un sourire. C’est ironique quand on pense qu’elle était précédemment ton otage.

Je ne prends même pas la peine de relever sa vanne sur fond de sarcasme.

— Allez-y tous les trois, décrète Léandro. Je reste ici avec Giulana et Aurora.

J’acquiesce machinalement. Nous ne partons jamais tous ensemble, il y en a toujours un de nous quatre qui reste au manoir. Nous ne laissons jamais les filles seules ici. Une attaque ennemie est toujours possible, nous nous devons d’être là pour les protéger.

— Techniquement, ils ne seront que deux, mais s’il a bien préparé son coup, Russo a très bien pu engager un service de sécurité pour surveiller et protéger le chalet, commente Gianni.

— Tenez-moi au courant, nous dit Léandro. Si vous avez besoin de renforts, je vous enverrai une équipe de Minneapolis.

Nous nous levons d’un même mouvement, aussi heureux les uns que les autres de passer enfin à l’action.

 

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