Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 20
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Leona
Après avoir succombé à la tentation, je me devais de prendre une grande décision. Si je souhaite préserver mon âme, il me faut m’éloigner au plus vite de Roméo.
Ainsi, j’ai cogité durant plusieurs jours et plusieurs nuits et j’ai décidé de prendre le risque de demander à Sharon de l’aide afin qu’elle adresse une lettre à mes proches. Elle a grandement besoin d’argent et a une dent contre Roméo. C’est une aubaine, une opportunité à ne pas manquer.
Je me dois de tenter ma chance, non seulement pour mon propre bien, mais aussi pour celui de ma famille. Roméo les manipule, les négociations ne sont qu’une façade, il veut seulement les torturer en leur envoyant des photos compromettantes de moi pour qu’ils se sentent mal. Il se fiche de l’argent, son seul désir c’est de venger sa sœur en faisant payer mon oncle à travers moi. Et cette information, je suis persuadée que mes proches l’ignorent. Roméo leur cache sciemment certains éléments de l’histoire afin de mieux les torturer, les manipuler. Il truque le jeu et ce n’est pas juste. Je suis certaine que si mon oncle avait tous les éléments en main, il pourrait prendre le contrôle de la partie et parvenir à me sortir de cet endroit. Le plus tôt serait le mieux.
Peut-être que je suis trop aveuglée par mon besoin de liberté, mais plus les jours passent et plus la situation m’est insupportable. Peut-être que c’est une idée complètement stupide, mais comme personne ne me vient en aide et que les négociations ne mèneront à rien, je me dois d’essayer.
De ce fait, je profite d’une pause à l’entrainement pour aborder Sharon alors qu’elle est en train de faire quelques étirements.
— Je peux te parler ? lui demandé-je prudemment.
— Bien sûr, dit-elle spontanément en se redressant. Dis-moi.
— Je…
Je me tords faussement les mains d’un air gêné puis je jette un coup d’œil en direction du fond de la salle où se trouve comme tous les jours Roméo sur son téléphone. Sharon suit bien évidemment mon regard et comme je l’imaginais, elle se raconte elle-même la suite.
— Il t’en fait baver, c’est ça ? me demande-t-elle, la mine compatissante.
Je baisse les yeux en me mordant la lèvre dans un jeu d’actrice parfait.
— C’est un putain de connard, affirme-t-elle rageusement. Je vous ai vus dans le couloir la dernière fois…
Je me retiens difficilement de sourire, je comptais beaucoup sur ce point pour m’aider à la convaincre.
— Je t’ai entendue crier, continue-t-elle à voix basse, mais je ne pouvais rien faire, Leona…
— Je sais, la coupé-je pour l’apaiser. Nous ne sommes pas de taille face à lui.
Je jette un coup d’œil dans sa direction pour m’assurer qu’il ne soupçonne rien, mais son attention est focalisée sur son téléphone donc je poursuis.
— Je ne peux plus supporter tout ça, dis-je d’une voix chevrotante.
— Je sais, ma belle. Je me doute de ce qu’il te fait endurer, me répond-elle en plissant les yeux comme si elle allait pleurer. Je suis tellement désolée, si je le pouvais, je t’aiderais.
Le coin de mes lèvres se met à tressaillir, mais je me mords l’intérieur de la joue pour m’empêcher de sourire.
— Est-ce que tu peux me rendre un service ? lui demandé-je d’une voix toujours tremblante avec un regard de chien battu.
Elle regarde brièvement en direction de Roméo, soudainement très mal à l’aise.
— Leona… Je…
— Je veux juste envoyer une lettre à ma famille, me précipité-je de dire.
Je ne lui demande pas d’affronter Roméo, mais simplement d’expédier un courrier, un message complètement intraçable. J’aimerais qu’elle comprenne que le risque est moindre et qu’elle accepte ainsi de m’aider. Et surtout, j’espère qu’elle ne va pas moucharder.
— Mes parents sont fortunés, ils sauront se montrer reconnaissants des nouvelles que tu leur apportes, lui murmuré-je, la mine conspiratrice. Ils veulent juste récupérer leur fille. À n’importe quel prix, insisté-je.
Je la tiens. Je le vois dans son regard. J’ai toute son attention. Mon offre est alléchante et lui permettrait de résoudre tous ses problèmes financiers et peut-être même d’arrêter la prostitution et la drogue par la même occasion.
— Une lettre, répète-t-elle.
J’acquiesce.
— Du papier, un stylo et une enveloppe, c’est tout ce qu’il me faut.
— Et que je l’envoie, murmure-t-elle.
— Et que tu l’expédies, acquiescé-je à nouveau.
Elle jette un nouveau coup d’œil en direction de Roméo et je ne peux pas m’empêcher d’en faire de même. Mon rythme cardiaque accélère et ma grimace est à deux doigts de me trahir lorsque je croise le regard de Roméo. Il faut faire vite.
— Réfléchis-y. Ils te donneront ce que tu veux en échange, insisté-je en guise de conclusion.
Elle acquiesce simplement de la tête puis se penche à nouveau en avant pour faire mine d’étirer sa jambe. Un coup d’œil en direction de Roméo et les poils de ma nuque se dressent en le voyant s’approcher de nous. Sharon le remarque également et elle s’empresse de tourner les talons pour faire mine d’aller commander un rafraichissement au bar.
Il faut que je trouve une diversion. Vite. Très vite.
— De quoi vous parliez ? s’élève une voix grave dans mon dos.
J’essaie de me ressaisir, de retrouver mon sang-froid, de calmer les battements frénétiques de mon cœur en prenant une grande inspiration par le nez puis tranquillement, je me retourne pour lui faire face.
— De danse, dis-je spontanément. Comme Arielle s’en va bientôt, je lui ai proposé de danser en binôme avec moi.
Le mensonge passe si aisément mes lèvres que je suis à deux doigts de m’applaudir pour ma rapidité d’esprit.
— Tu es très investie dans ton travail, dit-il d’une voix amusée. Te serais-tu découvert une vocation ?
Roméo ne venant pas tous les soirs au club de striptease, je n’ai effectué que deux représentations, mais à chaque fois, le public a beaucoup aimé. Je ne dirais pas que l’effeuillage me plait énormément, mais c’est moins désagréable que ce que je m’étais imaginé. Je ne vois que le côté artistique et finalement, ça me rappelle un peu l’époque où j’étais cheerleader.
— Je n’irais pas jusque-là, nié-je, mais notre numéro plait et je me dois de le faire perdurer pour satisfaire la clientèle grandissante de l’établissement.
— Une vraie businesswoman, dit-il plus sérieusement, sa voix comportant presque des notes d’admiration.
— C’est mon métier, lui rappelé-je.
— Tu t’occupes seulement de la boutique de canapés de ton père, la gestion d’un petit commerce n’a rien à voir avec celle d’un tel établissement, affirme-t-il d’un ton moqueur en désignant la salle autour de nous.
— Qu’est-ce que tu en sais ? lui demandé-je en croisant les bras sur ma poitrine, piquée par sa réflexion.
— Mon père possède plusieurs magasins d’antiquités, je sais ce que c’est, affirme-t-il à nouveau.
— Tu travailles avec lui ? lui demandé-je en baissant les bras, la curiosité bien audible dans ma voix.
J’ai toujours aimé les meubles anciens. Le fait qu’ils aient une histoire, un vécu, leur confère un charme supplémentaire de mon point de vue.
— J’aime que tu me voies comme un surhomme, Topolina, mais non, je n’exerce qu’un seul métier qui me tient déjà bien occupé, du moins quand je ne dois pas te surveiller.
— En me rendant ma liberté, tu recouvrirais la tienne, réponds-je sur le même ton.
— Bien essayé, dit-il gaiement. Mais je préfère ne dormir que quelques heures par nuit et continuer de m’amuser avec toi.
Un sourire franc étire ses lèvres et il est si communicatif que je me sens sourire en retour, également amusée par notre échange.
— Comme tu voudras, mais ce sont des heures de sommeil perdues que tu ne récupèreras jamais.
— Ça en vaut la peine, me répond-il d’une voix plus grave.
Soudainement, je ne sais plus si nous parlons toujours de la même chose.
Son regard intense me fait oublier momentanément notre environnement. Ma respiration devient plus lourde tandis qu’une drôle de chaleur se répand dans ma poitrine. J’ouvre la bouche, persuadée que je dois répliquer quelque chose sans savoir quoi. J’ai même oublié de quoi nous discutions à vrai dire. Comme aucune parole ne me vient, mais que mes lèvres s’assèchent, je passe ma langue dessus. Roméo quitte mes prunelles pour suivre du regard le mouvement de mon organe charnu puis ses yeux plongent à nouveau dans les miens.
J’avale difficilement ma salive tandis que mon corps s’échauffe de manière anormale sans le moindre stimulus.
— Roméo, s’immisce une voix masculine.
La bulle éclate et nous tournons tous les deux la tête en direction de Romano.
— Un colis a été déposé pour toi à l’entrée, continue-t-il.
— Amène-le ici, lui répond Roméo. Je m’en occupe.
Sa mine est devenue bien plus sombre tout à coup et je comprends qu’il est passé en mode professionnel. J’ai l’impression de le revoir au premier jour, lorsqu’il est venu collecter une dette.
— Tu ne danseras pas ce soir, m’annonce-t-il en m’accordant un regard en coin. J’ai un truc à faire, je ne pourrai pas venir.
— D’accord.
La bête est en surface et ne demande qu’à attaquer, je le sens, et je ne suis pas assez folle pour me faire remarquer à cet instant.
— Qu’est-ce que je fais là, putain ? s’écrie une nouvelle voix masculine.
Mes yeux s’élargissent lorsque Romano revient dans la salle en trainant un homme par le col de son tee-shirt. Le visage de l’inconnu se décompose en voyant Roméo.
— Je peux tout expliquer, se met-il à bégayer.
Il tente de freiner la progression de Romano, mais le videur, bien plus musclé que lui, parvient tout de même à le placer face au collecteur.
Je m’éloigne spontanément de quelques pas lorsque le type se retrouve entre Roméo et moi.
— Je t’écoute, lui dit-il en croisant ses bras sur son torse, faisant ressortir tous ses muscles, déjà bien mis en valeur par son tee-shirt moulant noir.
Trois mots. Il n’a prononcé que trois mots, mais il est tout de même parvenu à me faire trembler de peur alors que je n’étais même pas la destinataire de ces mots. Quoi que ce type ait fait, il vaut mieux pour lui que son explication soit solide. Entre son visage fermé, sa voix aussi froide et tranchante qu’un iceberg et la tension dans ses muscles, tout indique que le collecteur est prêt à frapper.
— J’allais rendre l’argent, débute l’homme, je le jure, je… j’avais du retard dans mon loyer et… alors j’ai pris un peu dans la caisse, mais je comptais tout remettre au moment de ma paie.
— Tu loues tout un immeuble ? demande sérieusement Roméo.
— Hein ? s’étonne le type.
J’avale péniblement ma salive. Mon rythme cardiaque accélère, ma respiration se saccade, j’ai l’impression d’être plus paniquée et terrifiée que l’homme. Ne sent-il pas le danger venir ? Ne voit-il pas que sous son calme apparent, il est prêt à lui sauter à la gorge ?
— Ou alors tu vis dans un hôtel de luxe, propose Roméo.
— Je… Non, répond l’inconnu en secouant la tête. Je ne comprends pas… Je…
D’un geste vif, Roméo attrape sa gorge. Je fais un pas en arrière, également surprise et ébranlée par cette attaque éclair.
— 100 000 dollars, énonce Roméo, les dents serrées.
L’homme s’accroche aux mains de Roméo sans réussir à lui faire lâcher prise alors que le collecteur à la force Herculéenne le soulève par la gorge comme s’il ne pesait rien.
— Tu as volé 100 000 dollars dans les caisses.
Le présumé voleur gémit en réponse, incapable de parler tandis que son agresseur est en train de lui broyer la gorge.
Une part de moi ressent le besoin d’intervenir, de crier au monstre de cesser cette agression, mais la peur est une émotion paralysante qui nous rend également très individuels et réveille un instinct ancré en nous, celui de sauver sa peau.
— Tu dois désormais payer pour ce que tu as fait, affirme Roméo.
D’un geste rapide et vif, il plaque l’homme au sol. Un genou plié au sol, une main serrant toujours sa gorge, Roméo glisse sa seconde main à l’arrière de son jean et je me mets à secouer inconsciemment la tête.
Je ne veux pas voir ça.
Mes yeux sont deux grosses soucoupes et même si tous mes instincts me hurlent de détourner le regard, je n’y parviens pas. Une curiosité malsaine me pousse à découvrir la suite.
Les yeux piquants, j’observe Roméo placer un genou sur la cage thoracique de l’homme pour le tenir en place puis il se penche vers son front et plante sa lame dedans. Un puissant haut-le-cœur fait trembler tout mon cœur alors que l’individu hurle sa douleur et qu’un long filet de sang coule sur sa tempe. De profil, je le vois seulement enfoncer sa lame dans son crâne, le poignet souple, la mine concentrée, comme s’il était en train de dessiner avec un crayon. Le corps de l’homme remue dans tous les sens, mais ni ses gestes brusques ni ses cris ne gênent Roméo dans sa tâche.
Puis, une fois satisfait, il essuie sa lame dans le tee-shirt de sa proie et range son couteau dans son holster, relâchant ainsi le visage de l’individu. Dans un état presque inconscient à cause de la douleur, il ne parvient pas à tenir sa tête. Elle penche alors sur le côté et je découvre avec horreur une pieuvre gravée sur son front qui dégouline de sang. Un nouveau haut-le-cœur, bien plus puissant que le précédent, me contraint à placer ma main devant ma bouche.
Je ne parviens toujours pas à me cacher les yeux alors que Roméo saisit à nouveau l’individu par la gorge.
— Personne ne vole la ‘Ndrangheta, affirme le collecteur en broyant la trachée de sa victime.
Le visage de l’homme devient aussi rouge qu’une tomate. Ses jambes s’agitent, il pousse sur ses pieds avec ses dernières forces pour tenter de s’extraire de la prise de Roméo, sans succès, et après un dernier spasme, il devient complètement immobile.
Une importante bouffée d’angoisse se répand dans mon être et me coupe littéralement le souffle. Je ressens une douleur fulgurante dans la poitrine quand mon cœur se met à taper férocement contre ma cage thoracique. J’essaie de l’apaiser en appuyant fermement dessus, mais rien n’y fait.
Je vais faire une crise cardiaque. Ni mon corps ni mon esprit ne peuvent supporter une telle vision d’horreur. Juste après avoir assisté à mon premier meurtre, je vais également mourir.
Mon instinct de survie prend le relai et je recule de plusieurs pas pour m’éloigner de la source de mon angoisse et tenter de retrouver le souffle qu’il m’a volé. Mais à force de reculer, l’arrière de mes genoux finit par percuter une des tables qui entourent les podiums et je tombe à la renverse, m’étalant de tout mon long sur la table avant de glisser vers le sol face contre terre.
Paniquée à l’idée d’avoir attiré l’attention du fou, je tourne la tête vers lui et le découvre à nouveau debout, son regard dirigé vers moi. Sans y réfléchir à deux fois, je me relève, sans aucune grâce, et recommence à m’éloigner quand, à l’inverse, lui fait un pas vers moi.
Il n’accorde aucun dernier regard à sa victime tandis qu’il l’enjambe pour se diriger vers moi, d’un pas rapide. Trop hâtif. Un cri hystérique franchit mes lèvres. Je me retourne et me mets à courir en direction de la sortie.
— Leona, reste ici, crie-t-il.
Mais je suis déjà partie.
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