Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 9

 

 

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Leona

 

Il me conduit jusqu’au bout du couloir, ouvre la porte et m’invite à passer d’un coup de menton. Il n’y a pas de musique, pas de bruit et l’éclairage n’est pas tamisé, il n’en faut pas plus pour faire redescendre mon niveau d’appréhension. Le show ne sera pas pour tout de suite apparemment.

J’allonge le buste, relève le menton et pince les lèvres en lui lançant un regard indifférent tout en passant à côté de lui.

Je suis soulagée de constater qu’il n’y a effectivement personne dans la salle avant de réaliser que la perspective d’être seule avec Roméo ne devrait pas me paraitre plus réjouissante. Pourtant c’est le cas. Au cœur de l’enfer, j’en viens à classer ses possibles méfaits en fonction de leurs impacts sur mon amour-propre. Quoi qu’il ait prévu de me forcer à faire aujourd’hui, je me sens soulagée que ce ne soit pas devant toute une foule de témoins.

Alors qu’il se dirige vers le centre de la pièce et contourne une banquette, mon regard dévie en direction de la sortie. Je me demande si j’ai une chance de réussir à le prendre de vitesse…

— La porte est fermée à clé, me dit-il en suivant visiblement le fil de mes pensées.

Je reporte mon attention sur lui alors qu’il se tient debout entre la banquette et les podiums.

— Pour sortir, il va falloir que tu me fasses les poches, dit-il en tâtant son jean, et autant te prévenir que si tu me touches de cette manière, c’en sera terminé de ta virginité.

J’avale difficilement ma salive et tente de ne pas lui montrer à quel point ses propos m’affectent, mais échoue lamentablement alors qu’un frisson intense me parcourt et fait trembler mon corps.

— Approche, m’ordonne-t-il.

Je le fais parce que je n’ai de toute façon pas d’autres choix.

Pendant que je contourne à mon tour la banquette et me rapproche de lui, il glisse sa main dans la poche intérieure de sa veste et en sort son téléphone portable qu’il pose sur la table devant lui. Je fronce les sourcils en observant l’objet. Je pourrais essayer de m’en emparer, mais après, qu’en ferais-je ? Ce n’est pas comme si je pouvais appeler la police… et ma famille doit déjà savoir où je me trouve. Du moins, je crois. Ils ont forcément consulté la vidéo de surveillance du magasin.

Mon cœur se serre soudainement en imaginant leur inquiétude. Que sont-ils en train de faire ? Ils se rongent sans doute les ongles en faisant les cent pas en attendant impatiemment l’appel des Calabrais. Peut-être qu’ils ont rejoint mes oncles à Détroit pour faire front ensemble ou alors mes oncles sont venus à eux… Qu’ont-ils dit à Ercole ? Sait-il que j’ai été enlevée ou m’imagine-t-il en vacances avec Carlotta ? Oh, bon sang, elle doit également être morte d’inquiétude… 

— Grimpe sur le podium.

Je sors brutalement de mes pensées et regarde le visage sérieux de Roméo.

— Pardon ?

Son regard se durcit et je me souviens alors de sa mise en garde sur le fait de se répéter.

— Pourquoi ? dis-je plutôt.

— J’ai besoin de prendre une photo de toi dans ton nouvel environnement, m’explique-t-il en retirant sa veste en cuir.

Mon cerveau se met sur pause alors que son tee-shirt laisse entrevoir les nombreux tatouages qui recouvrent ses bras musclés, tous en noir et gris, sans aucune couleur, comme l’âme de celui qui les porte.

À cette distance, je distingue surtout des lignes noires, des ombres et des parties claires. C’est un enchainement de dessins incorporés dans un même arrière-plan et qui constitue une sorte de thème. Sur un bras, on dirait une tempête en mer avec la présence de nombreuses vagues, mais aussi de différents poissons, des algues, des rochers, une sirène, et bien évidemment, sur sa main, la pieuvre. Sur l’autre, il s’agit d’un thème plus « terrestre » avec des fleurs, des animaux, une guerrière de profil, il ne possède pas de tatouage sur cette main.

— Arrête de me mater et grimpe sur la scène, dernier appel, me dit-il froidement.

Je détourne immédiatement le regard. Malgré moi, je sens mes joues s’échauffer. Je l’ai effectivement reluqué de façon très inappropriée, mais c’était plus par curiosité que par intérêt, seulement il s’en contrefiche certainement.

Non sans avoir jeté un coup d’œil un peu paniqué à la barre métallique qui trône au centre, je monte sur le podium. Je me tourne face à lui et tout en relevant fièrement le menton, je croise les bras sur ma poitrine. 

— Je vais éteindre les lumières. Ne bouge pas d’ici.

Quelques secondes après son départ, l’éclairage faiblit plongeant la salle dans une ambiance sensuelle avec ses nombreuses ampoules rouges.

Je remarque son air satisfait lorsqu’en s’approchant à nouveau, il constate que je n’ai pas bougé. Je ne réagis pas, je ne montre rien et continue de croiser les bras sur ma poitrine tout en me montrant fière dans cette première épreuve qu’il m’impose.

— Garde cet air suffisant, ça plaira aux clients, commente-t-il en levant son téléphone face à moi pour me prendre en photo. Beaucoup voudront couvrir ton petit air bourgeois de sperme.

Un cri d’indignation passe mes lèvres tandis que je tourne la tête et cache mon visage avec une de mes mains.

— Pas mal aussi le rôle de la fille qui a honte d’être ici, dit-il. Cette photo-ci plaira à ta famille.

Je tourne vivement la tête. Cette fois, je ne peux pas retenir mon grognement de rage tandis que je me jette dans sa direction pour tenter de lui arracher son téléphone et effacer ce cliché. Notre différence de taille n’est pas flagrante donc même s’il essaie de tendre le bras pour placer son téléphone en hauteur, il me suffit d’empoigner son coude et le tirer vers moi. Je suis sur le point de parvenir à attraper l’objet lorsqu’il pose sa main libre dans mon dos et me plaque sans ménagement contre son torse.

— Qu’est-ce que je t’ai dit à propos de me toucher, Leona ? dit-il d’une voix rauque en captant mon regard.

— Efface la photo, grondé-je sans réfléchir.

— Pourquoi ? Parce que personne ne doit voir que malgré l’air que tu te donnes, tu es aussi faible que les autres ? Que tu es effrayée par l’idée d’être contrainte à faire des choses dont tu n’as aucune envie ?

Je lâche son bras et j’essaie de faire un pas en arrière, mais sa prise sur mon corps demeure et ne me permet pas cette retraite.

— Lâche-moi.

— Apeurée à l’idée de devenir un vidoir à foutre, dit-il en rangeant son téléphone dans sa poche arrière de jean.

Je détourne le regard, incapable de soutenir le sien, rempli d’une multitude d’émotions fortes, qui me montre toute la haine qu’il ressent à mon égard.

— Terrorisée à l’idée d’être violée. Jour après jour, soir après soir, client après client.

Je sens des larmes se former aux coins de mes yeux alors que l’horreur que m’inspirent ses paroles devient trop forte pour être masquée.

Il attrape mon visage et me force à plonger mes yeux humides dans ses prunelles marron devenues noires à cause de sa rage.

— Effrayée à l’idée d’être prostituée contre ta volonté. Contrainte à réaliser tous les fantasmes de tes clients. À sucer de parfaits inconnus…

— Stop, couiné-je en ne voulant plus entendre le destin qu’il me réserve. S’il te plait, arrête.

Mais il continue malgré tout, un rictus toujours plus cruel aux lèvres.

— À subir leurs caresses non désirées. À sentir leur queue au fond de tes entrailles…

La peur et la panique s’insinuant dans tout mon corps, je me mets à secouer frénétiquement la tête tout en poussant sur son torse. Comme une bête envoyée à l’abattoir, consciente qu’il s’agit de l’une de mes dernières batailles pour sauver ma peau, je me débats de toutes mes forces. Par miracle, je parviens à m’extraire de sa prise et je m’élance sans réfléchir, mais Roméo attrape mes cheveux et me tire brutalement en arrière. Je crie de douleur, mais ça ne l’empêche pas d’enrouler son poing dans ma tignasse et tirer mon crâne vers l’arrière jusqu’à ce que nos regards se croisent à nouveau.

— C’est exactement ce que les Napolitains ont fait subir aux filles d’ici dans leur bordel clandestin, crache-t-il.

Il tire si violemment sur mes cheveux qu’il oblige mon corps à suivre le mouvement de sa main, mes jambes se dérobent et je tombe sur les fesses devant lui.

Il enfonce ses doigts dans mes joues et relève mon visage vers l’arrière tandis qu’il me surplombe de toute sa hauteur. Cette fois, je suis réellement terrifiée et crois que c’est la fin quand son regard fou croise le mien.

— C’est ce qu’ils ont fait subir à ma petite sœur et c’est pour ça que tu es là.

Chacun de ses mots se plante dans ma peau comme des flèches. Mon souffle se perd quelque part dans ma gorge tandis que mon rythme cardiaque ralentit et que mon corps se fige.

J’avais sous-estimé l’ampleur de leur vengeance. Toute cette cruauté repose sur un principe vindicatif. C’est bien pire que je ne le croyais. C’est bien pire que de la violence gratuite. J’ai affaire à un homme blessé dans son honneur, humilié dans ses principes. Il ne désire pas seulement se venger, il en a besoin. La nuance entre ces termes est minime, mais la motivation qui en découle est diamétralement opposée.

— Enfin, tu comprends, Topolina, murmure-t-il d’une voix plus cajoleuse, qu’il est inutile de te battre contre ton destin.

Il desserre sa prise sur mon visage et caresse du bout des doigts ma joue.

— Sois une gentille fille et je te promets d’y aller doucement avec toi, continue-t-il. Obéis-moi et ce sera plaisant.

Il tire une nouvelle fois sur mes cheveux et une autre plainte franchit mes lèvres.

— Désobéis-moi et je me ferai une joie de te rappeler ta place.

Il retire ensuite ses mains de ma tête et fait un pas en arrière.

— Debout, commande-t-il. Avec une tignasse aussi sauvage, les photos n’en seront que plus alléchantes.

Je résiste difficilement à l’envie de passer mes mains dans mes cheveux pour les remettre en ordre. Quelque chose me dit que c’est exactement la réaction à laquelle il s’attend. En revanche, je ne peux pas m’empêcher de masser mon crâne à l’endroit où la torsion a été la plus douloureuse.

Il me regarde faire sans montrer le moindre signe de remords sur son visage.

— Tu es une horrible personne, murmuré-je pour moi-même.

Je m’en doutais, mais je ne réalisais pas encore à quel point et je pense ne pas avoir tout vu, et c’est bien le plus effrayant finalement.

— Si tu restes à genoux devant moi, je trouverai meilleure utilisation pour ta bouche que celle de geindre des certitudes déjà établies, me répond-il.

Et ce sourire en coin qu’il m’adresse est bien plus scandaleux que tous les rictus menaçants qu’il aurait pu choisir de porter en proférant cette menace.

Je me relève sous son regard railleur et remonte sur le podium sans qu’il me le demande. Décidant qu’il vaut mieux faire profil bas le temps de trouver une meilleure solution. Il n’est pas seulement question de choisir ses batailles et d’économiser ses forces, je dois préparer intelligemment et discrètement une offensive. Et je dois le faire correctement parce que je n’aurai le droit qu’à un seul essai.

Je vais me montrer le plus docile possible et lorsqu’il baissera sa garde, me pensant inoffensive, j’attaquerai et m’enfuirai.

 

Roméo

 

Après cette charmante petite heure en sa compagnie, mon téléphone rempli de clichés d’elle, je la reconduis jusqu’à sa cellule.

— Toujours pas de douche ? lui demandé-je, incapable de résister à cette dernière provocation.

Elle relève le menton sans répondre et mon sourire s’élargit. Ça ne devrait pas être permis de posséder autant de fierté dans un corps aussi frêle. Et en même temps, je ne peux pas m’empêcher de penser qu’elle compense son absence de force physique par ce caractère si… solide. Elle est puissante à sa manière. Elle n’est pas intrépide, elle est morte de peur, mais malgré cela, elle tient bon et continue de me combattre avec force et détermination.

Au bout du couloir, elle n’hésite pas une seule seconde avant de franchir le seuil de sa « chambre », puis elle se retourne et croise ses bras sur sa poitrine, attendant que je l’emprisonne dans sa cellule. Elle souhaite me montrer qu’elle vit très bien la situation alors que l’enfermement lui pèse clairement, mais elle ne l’avouera pas. Pas tout de suite en tout cas.

Je me retiens difficilement de rire. Elle m’amuse beaucoup.

— Je vais te faire abandonner cette foutue attitude, Topolina, affirmé-je.

— Le seul moyen c’est en me tuant, rétorque-t-elle.

À ce stade, je ne sais plus s’il s’agit de cran ou de stupidité. Elle doit bien se douter qu’elle ne serait pas ma première victime et que je n’hésiterais pas une seconde à la prendre au mot.

— La mort est un châtiment beaucoup trop doux, murmuré-je en posant ma main sur le battant de la porte. Mon truc c’est la torture. Et avec toi, Leona, je vais prendre tout mon temps.

Ma promesse lugubre à peine terminée, je ferme la porte et la verrouille.

Même si j’aimerais continuer de jouer avec ses nerfs, il faut que je m’éloigne d’elle. Je vais la laisser seule quelques jours, ça lui semblera durer des semaines à cause de l’absence de repères temporels. Cette méthode créera une première brèche dans son armure et je m’y infiltrerai jusqu’à toucher son âme.

Elle prétend que je ne suis pas capable de lui faire chanter mes louanges, de la forcer à se soumettre, et je suis désormais déterminé à lui prouver le contraire. Face à moi, c’était la pire attitude à avoir. Elle n’aurait jamais dû tenter le diable.

Mais d’abord, nous devons donner des nouvelles d’elle à sa famille. Il ne faudrait pas qu’ils s’inquiètent… Un sourire machiavélique se forme spontanément sur mes lèvres tandis que je me dirige vers la sortie du club.

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