Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 15

 

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Leona

 

Après une nuit finalement très reposante, je me réveille tout doucement dans ma nouvelle chambre. Je n’ouvre pas les yeux et profite encore un peu de la chaleur des draps dans un état de demi-sommeil.

Contrairement à ce que j’imaginais, la literie est confortable et pour les avoir inspectés en même temps que les draps, le matelas et les oreillers sont propres, du moins, ils ne comportent aucune trace visible.

Roméo avait raison, je n’ai absolument rien entendu de ce qu’il se passait dans les chambres d’à côté. Dès que je me suis glissée sous les draps, j’ai sombré dans un sommeil profond. Ainsi reposée, je me sens à nouveau d’attaque pour tout affronter. Y compris sa prochaine visite, pour m’apporter le petit-déjeuner. Je ne sais pas quelle heure il est, mais j’espère qu’il ne va pas tarder, mon estomac crie famine et je rêve de boire un café. Littéralement. Je parviens même à en imaginer l’odeur, son arôme de noisette ainsi que ses notes plus fruitées tant j’en ai besoin.

Je soupire d’aise puis gémis de frustration quand cette hallucination beaucoup trop réaliste me met l’eau à la bouche et me fait désirer ardemment cette boisson chaude. 

— J’espère que tu penses à moi, s’élève une voix masculine à côté de moi.

Je me fige, mais refuse d’ouvrir les yeux, certaine cette fois-ci qu’il ne s’agit pas d’une illusion, mais refusant de l’admettre, préférant faire semblant de n’avoir rien entendu.

Seulement, maintenant que mes sens sont en alerte, je sens sa présence dans la pièce, je ressens son aura près de moi. Et surtout, par-dessus l’arôme de café, je hume désormais une odeur citronnée comportant également des notes boisées et musquées. Un parfum que je reconnais aussitôt et dont j’identifie tout aussi vite le porteur. Il est là, tout près, trop proche, et je préfère ne pas me retrouver nez à nez avec lui dans un lit. Si je ne le vois pas, je peux prétendre que ce n’est jamais arrivé.

— Tu dormais d’un sommeil de plomb pour quelqu’un qui affirmait rester sur ses gardes, se moque-t-il. Rien de ce que j’ai fait ne t’a réveillé.

J’ouvre prestement les yeux, la panique se répandant dans mon corps aussi vite et violemment qu’un raz-de-marée. Je soulève le drap et soupire de soulagement en découvrant que je suis toujours habillée. Puis, parce que la peur l’emporte sur la raison, je me mets à tâter mon corps à la recherche de la moindre blessure en partant de mon visage jusqu’à mes jambes. N’oubliant pas de toucher mon sexe au passage. Je ne ressens pas de douleur, mais…

— Crois-moi, ça t’aurait réveillée à coup sûr si je t’avais baisée, dit-il d’une voix sombre, aux notes rauques très étranges. Je parlais de me mettre à l’aise dans ton lit, dit-il pour revenir au précédent sujet : mon sommeil de plomb.

Je tourne la tête vers lui à ce moment-là et le découvre installé au-dessus du drap, le dos calé contre la tête de lit, les jambes bien allongées et les pieds croisés aux chevilles… Il semble avoir eu le temps de se mettre bien à l’aise effectivement. Il a même ôté sa veste en cuir qui repose désormais au pied du lit. 

Un reproche concernant le port de ses chaussures sur un lit pend sur le bout de ma langue, mais je la ravale, consciente que ce n’est ni le lieu ni le moment de lui faire remarquer ses mauvaises manières.

— Tu me regardais dormir ? lui demandé-je mi-écœurée et mi-énervée.

Un sentiment de malaise me tord subitement l’estomac. Qui fait ça, franchement ? Ça me donne des sueurs froides rien que de l’imaginer en train de me fixer pendant que je suis en train de dormir.

Je me redresse à mon tour, soudainement inconfortable dans cette position allongée, et entraine le drap avec moi pour cacher ma poitrine par pur réflexe.

— Je te donne l’impression de prendre mon pied à regarder des gens dormir ? me demande-t-il d’une voix agacée. Je suis un tueur, Leona, pas un voyeur. Je n’ai ni la patience ni l’intérêt de m’extasier devant un corps immobile sauf si c’est pour admirer mon œuvre.

Je cligne plusieurs fois des yeux, les lèvres scellées, incertaine quant à la réaction à avoir après une telle déclaration. Le simple fait que je ne panique pas sur le champ me donne envie de grincer des dents. Je ne devrais pas m’habituer à l’entendre parler de meurtres comme il discuterait météo, mais je suis forcée de constater que c’est le cas, j’y suis accoutumée puisque cette réponse ne me surprend pas du tout.

— Je consultais mes messages et lisais l’actualité, m’explique-t-il en posant sa main libre sur sa poche de jean, me montrant l’emplacement de l’objet en question.

Ma conscience m’ordonne de ne pas fixer les nombreux tatouages qui recouvrent l’intégralité de ses bras épais parce que ce n’est pas correct, mais je n’arrive pas à détourner le regard de toute cette encre. Je n’en ai pas l’habitude, personne ne possède autant de tatouage dans mon entourage. Ces scènes tatouées sur son corps sont aussi intrigantes que fascinantes de par leur beauté et leur réalisme.

— J’étais sur le point de te secouer pour te réveiller quand tu as commencé à bouger.

Il se penche sur le côté pour ramasser quelque chose sur le sol et j’entends le bruissement d’un sac avant de le voir apparaitre sous mes yeux tandis qu’il le dépose sur mes jambes.

— Café noir et donuts au sucre, j’espère que ça te convient parce que tu n’auras rien d’autre de toute façon.

Il a perdu toute mon attention au moment où mon regard a atterri sur le couvercle marron d’un gobelet de café. C’est avec une joie non dissimulée que je m’en empare et le porte jusqu’à mes lèvres. Aucune autre boisson ne détient ce pouvoir sur moi. Une seule gorgée de ce nectar amer et j’atteins le nirvana. Tout me parait soudainement plus éveillé, mon esprit, mon corps, je suis prête à tout affronter quand du café coule dans mes veines.

— J’ai une bonne nouvelle pour toi.

J’avale prestement ma lampée de café.

— Je rentre chez moi ? lui demandé-je, la voix pleine d’espoir.

— Non, dit-il en riant. Bien sûr que non. Les négociations n’ont même pas encore commencé, Topolina. Ça se prépare ce genre de requêtes.

J’avale une gorgée de café pour tenter d’avaler ma boule de déception.

— En plus, je te l’ai dit, Leona, j’ai un objectif à atteindre avant d’envisager ta libération, déclare-t-il en tapotant du bout du doigt contre mon crâne.

Il désire toucher mon âme.

— J’ai obtempéré, lui rappelé-je. J’ai obéi. J’ai fait ce que tu voulais.

— Parce que je t’y ai contrainte, me répond-il d’une voix douce qui détonne complètement avec ses mots. Ce n’est pas pareil que si tu t’y étais pliée volontairement.

Mon cœur s’emballe. Il a parfaitement raison, mais je ne pensais pas qu’il s’arrêterait sur cette nuance. J’imaginais qu’il se sentirait assez satisfait pour me laisser tranquille, mais à son sourire cruel tandis qu’il caresse ma joue, je comprends que j’avais tort. La partie ne faisait que commencer.

— Maintenant que tu sais que je peux te rendre complètement folle en t’enfermant là-bas, ça devrait te décourager de mener des batailles inutiles.

Comme celle de préserver ma pudeur en refusant de me déshabiller devant lui. C’était son but depuis le départ, il fallait que je cède sur ce point afin de lui permettre de continuer son jeu.

— Les filles vont t’apprendre à danser aujourd’hui, m’annonce-t-il. 

— Pardon ? m’offusqué-je.

— Il va bien falloir que tu travailles et tes talents de cheerleader ne te seront d’aucune utilité, mis à part si nous organisons une soirée spéciale pompons…

— Le cheerleading est un mélange de gymnastique et de danse très physique, ça ne se résume pas à un jeté de pompons, dis-je presque hargneusement.

Comme à chaque fois que quelqu’un dénigre le cheerleading, je me sens obligée de le défendre. Il ne s’agit pas seulement de secouer ses pompons en scandant un slogan, c’est un véritable sport qui nécessite beaucoup de préparation physique et mentale.

— Est-ce que je t’ai vexée ? s’amuse-t-il. Désolé de te l’apprendre, Topolina, mais les gens se foutent des acrobaties, ils ne font que mater des culs en train de se trémousser devant eux.

Je lui jette un regard noir tout en avalant une nouvelle gorgée de café. Son sourire s’élargit.

— Finalement, ça ressemble beaucoup à ce que font les filles ici, tu ne seras pas perdue comme ça, se moque-t-il.

— Je ne danserai pas à moitié nue sur un podium, affirmé-je d’une voix hautaine.

Son regard s’assombrit.

— Tu feras ce que je te dirai, contre-t-il. Tu n’es pas nourrie et logée gratuitement par le club de striptease. Pour couvrir tes frais, tu vas bosser pour eux.

— Tu rêves…

Brusquement, il se tourne et attrape mon visage, enfonçant douloureusement ses doigts dans mes joues et faisant taire mon début de protestation.

— Tu préfères retourner dans ta cellule ?

Le souvenir de cette torture est encore frais dans mon esprit. Je ne souhaiterais y retourner pour rien au monde, mais la part très orgueilleuse de mon être me défend de m’abaisser à pareil travail. 

Tandis qu’une guerre éclate entre ma raison et ma fierté semant le chaos dans mon être en y faisant déferler un torrent d’émotions contradictoires, Roméo me fixe silencieusement droit dans les yeux comme s’il assistait au combat.

Je ne souhaite pas retourner dans ma cellule et être à nouveau privée de tout. De plus, c’est en quittant cette chambre que je trouverai le moyen de m’enfuir. Et troisièmement, je dois lui accorder quelques victoires si je veux qu’il baisse sa garde. Je ne ressortirai pas indemne de cette histoire, mais je peux limiter les dégâts en lui concédant des bouts de ma fierté afin de l’éloigner de mon âme. Le fait de danser sensuellement devant des gens en étant peu vêtue sera une épreuve humiliante, mais surmontable.

Je finis par hocher négativement la tête pour lui montrer la conclusion de mon débat interne, ses doigts toujours enfoncés dans mes joues m’empêchant de formuler le moindre mot.

— Tu danseras pour nous ?

J’acquiesce. Son sourire s’élargit. Il desserre sa prise sur mon visage et se met à caresser ma joue avec son pouce.

— C’est bien, Topolina, me félicite-t-il.

Je me retiens difficilement d’éloigner mon visage de son pouce. C’est encore un test. Ce n’est pas le moment de me rebeller, je dois attendre le moment opportun.

Satisfait, il s’écarte de lui-même. Je prends une longue gorgée de café pour faire descendre la boule de colère qui obstrue ma gorge. Pour la première fois, j’ai accepté de me plier à sa volonté sans qu’il ait besoin de me torturer. Et même si c’est un choix purement logique, qu’il sera toujours plus important de privilégier ma santé mentale à ma fierté, lui concéder cette victoire me laisse tout de même un gout amer en bouche.

Je le regarde se pencher une nouvelle fois pour attraper quelque chose sur le sol et de nouveau, il dépose un sac en papier sur le lit.

— Je suis allé t’acheter quelques affaires. Le strict minimum pour que tu te sentes à l’aise dans ton nouvel environnement de travail.

En gardant mon gobelet de café dans une main, je fouille dans le sac avec l’autre. Un large sourire se dessine sur mes lèvres quand j’aperçois une brosse à dents, du dentifrice, une serviette, un gant de toilette… Je suis si enthousiaste en touchant ces quelques affaires de toilette que j’ai l’impression que c’est Noël avant l’heure. Et je le déteste encore plus pour me faire me sentir aussi heureuse et reconnaissante envers lui alors qu’il est celui qui m’a privée de tout ce confort en premier lieu.

Du fond du sac, j’extrais des brassières de sport, des shorts et des débardeurs moulants, tous de couleur noire ainsi qu’une paire de baskets noires.

— Des tenues d’entrainement, m’explique-t-il lorsque mon regard interrogateur se pose sur lui. Pour tes habits de scène, tu te serviras dans le dressing des filles.

À nouveau, je me sens tellement reconnaissante de ne pas avoir à me promener en sous-vêtements ou en nuisette qu’un remerciement m’échappe.

— Merci.

— Il n’y a pas de quoi, Topolina, me répond-il avec un sourire en coin. Prépare-toi, tu es attendue en bas.

Il désigne la porte coulissante d’un coup de menton.

— Tu as gagné cinq minutes d’intimité là-dedans. Ensuite, j’ouvrirai la porte. Le chrono débute maintenant, affirme-t-il en glissant sa main dans sa poche pour en sortir son téléphone.

Je ne perds pas de temps à m’offusquer, je saute du lit, mon gobelet dans une main, le sac dans l’autre, et me précipite vers la salle d’eau.

La porte à peine refermée, je pose mon gobelet sur le petit rebord du lave-mains puis je me rue vers les toilettes pour uriner. C’est l’étape la plus importante à faire seule à mes yeux.

Comme je n’ai pas beaucoup de temps et que je me suis déjà lavée hier soir, je décide d’oublier la douche et de m’habiller directement. Inconsciemment, je tends l’oreille tandis que je me dénude. Cela ne m’étonnerait pas qu’il ne tienne pas parole et ouvre la porte bien avant la fin du temps imparti. Je suis ralenti par le fait de devoir couper les étiquettes de ces nouveaux vêtements, mais parviens tout de même à m’habiller sans être interrompue.

Si je dois en tirer une conclusion, c’est que je suis capable de me préparer très rapidement lorsque je suis soumise à une pression.

Rassurée par le fait que plus aucune étape ne nécessite un minimum d’intimité, mon rythme cardiaque décélère et c’est sans empressement que je continue de me préparer.

Je retire les étiquettes des semelles des baskets avant de glisser mes pieds dedans puis je me lance dans un long brossage de dents. Ce n’est qu’au moment où je termine de me rincer la bouche que je me dis que quelque chose cloche. J’ai forcément dépassé les cinq minutes…

Curieuse, je pousse la porte et le découvre toujours au même endroit sur le lit, le nez dans son téléphone.

— Ça ne fait pas cinq minutes ? lui demandé-je, incertaine.

— Ça en fait dix, me répond-il en reportant son attention sur moi. Je n’avais pas l’intention de venir, je voulais juste que tu te dépêches.

Il termine sa phrase par un sourire moqueur qui me donne envie de sauter sur le lit pour l’assommer avec un coussin. Il m’a bien eue ce mufle.

— Allons-y, décrète-t-il en se levant du lit.

— Je n’ai pas fini mon café, refusé-je en allant chercher le gobelet.

— Bouge-toi. J’ai autre chose à faire.

J’avale les gorgées à une vitesse folle pour ne pas en perdre une goutte.

— Leona, grogne-t-il apparemment à bout de patience. Magne-toi.

Il s’imagine parler à qui de la sorte ?

— Quel goujat, marmonné-je en reposant mon gobelet de café sur le rebord du lave-mains.

Je le rejoins près de la porte de la chambre en soulevant fièrement le menton.

— Une dernière chose, me dit-il en se penchant vers mon visage.

Je ne bouge pas d’un centimètre et garde le menton levé vers lui pour lui prouver que bien qu’il ait envahi mon espace vital, je suis toujours sereine. Je me montre plus forte que je ne le suis réellement. Intérieurement, c’est la panique, comme à chaque fois qu’il se tient trop près de moi, que son parfum pénètre mes narines et que son regard sombre tente de se frayer un chemin jusqu’à mon âme.

— Je réagis encore plus mal aux provocations en public qu’en privé. Garde tes remarques et tes insultes pour toi ou tu n’aimeras pas ma façon de te remettre à ta place devant tout le monde, me menace-t-il.

J’acquiesce machinalement en résistant difficilement à l’envie de détourner le regard tant le sien est intimidant et forcerait n’importe quel interlocuteur à baisser la tête.

Je suis au fait de l’importance des apparences, je connais leur poids sur un mental, sur un égo, même sans son avertissement, je ne me serais pas amusée à défier un homme tel que lui en public.

— Bien. Allons voir où se situe ton niveau en danse, Topolina, reprend-il d’une voix amusée.

 

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