Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)
Chapitre 34
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Leona
Quelques jours après notre départ précipité, nous sommes de retour à Détroit. Et la raison n’est autre que l’enterrement de Cipriano.
Les Calabrais ont apparemment renvoyé sa dépouille à sa famille avec leurs salutations. Si l’on en croit les rumeurs, son corps était en très piteux état. D’ailleurs, le cercueil a été immédiatement scellé.
Son père s’est empressé d’organiser la cérémonie d’enterrement de Cipriano tandis que sa mère était apparemment trop abattue par le chagrin pour sortir de son lit.
Elle semble toujours aussi amorphe pendant la réception qui suit l’inhumation. Vêtue entièrement de noir, elle est assise sur son canapé, le regard vide, elle répond à peine aux condoléances des invités qui fourmillent autour d’elle, les bras chargés de mets en guise de soutien à la famille.
J’ai sincèrement de la peine pour elle, pour eux, tous ces gens qui témoignent de leur tristesse d’avoir perdu ce proche. Seulement, cela n’enlève rien au fait que je le détestais et que j’estime toujours qu’il méritait son sort. Je ne me sens pas coupable d’avoir contribué à sa disparition. Au contraire.
— Fais attention, ton masque se fissure et ton sourire se dessine, cousine, me charrie Vito en s’installant sur une chaise à côté de la mienne. Tu ne ressembles pas du tout à une veuve éplorée.
— Je n’étais pas mariée avec lui. En plus, il méritait son sort, murmuré-je en gardant une apparence absolument normale.
— Je ne te pensais pas si sadique.
— Parce que je ne m’épuise pas à faire semblant de pleurer sa mort ? Je t’en prie, ne me fais pas croire que tu l’appréciais.
— Non, mais ça me fait chier pour eux, dit-il en désignant les parents de Cipriano du menton. Ils vont se barrer quelque temps au chalet, apparemment cette maison leur rappelle trop de souvenirs.
— Grand bien leur fasse. J’espère que ça les aidera à faire leur deuil, réponds-je sincèrement.
— Votre attention s’il vous plait, nous demande Davide en se rapprochant du couple Russo avec un verre de whisky à la main.
Évidemment, tous les regards convergent vers lui, le grand chef de notre clan. Celui qui nous a tous conduits dans cette partie du pays pour y fonder notre territoire, un peu comme un guide ou encore un messie.
— Je tiens à saluer la mémoire de Cipriano, déclare-t-il. C’était un homme brave. Il n’a pas hésité à se sacrifier pour que sa fiancée soit libérée.
Je rêve !
Ma mâchoire est sur le point de tomber sur le sol, mais des années de pratique me permettent de préserver les apparences en contenant mon émotion et en gardant une façade correcte, distinguée.
— C’est quoi cette histoire ? grogné-je à l’attention de Vito tandis que son père continue de glorifier cet enfoiré.
Je parviens à conserver mon calme afin de ne pas crier au scandale devant tout le monde, mais l’envie est bel et bien là.
— Gregorio tenait à soigner la dernière image de son fils et mon père lui a octroyé cette faveur. La version officielle c’est que nous avons lancé une attaque contre les Calabrais et Cipriano s’est fait prendre.
— C’est une blague ?!
Cipriano est un violeur, pas un héros !
— On peut bien leur accorder ça, répond-il en désignant une nouvelle fois les parents de Cipriano. Ils ont perdu un fils. Les Calabrais ont eu ce qu’ils voulaient, l’histoire s’arrête là. Personne n’a besoin d’en connaitre les véritables détails.
Et à son regard lourd de sens, je comprends qu’il fait référence à ma trahison. Les Russo ont eu le droit de préserver l’image de leur fils dans sa mort tout comme j’ai été relaxé malgré ma trahison.
Malgré tout, je ne peux pas m’empêcher de me dire que ce n’est pas juste. Aux yeux de tout le monde, Cipriano est mort en accomplissant un acte héroïque, ce qui est en totale opposition avec la vérité, il est mort parce qu’il a commis un acte ignoble.
Et j’ai une pensée pour la sœur de Roméo qui détesterait sans doute savoir que son agresseur a été inhumé avec les honneurs.
Et ça m’agace d’autant plus lorsque tous ces gens se rapprochent de moi pour me dire qu’ils sont désolés de ce qui m’est arrivé et qu’ils me souhaitent un bon rétablissement. Tout cela ne serait jamais survenu si l’homme qu’ils enterrent comme un héros s’était réellement comporté comme tel.
C’était une ordure et j’espère sincèrement que son âme pourrira éternellement en enfer.
Roméo
Assis sur un fauteuil de salon de jardin, en short de bain, je profite du fait que Gianni ait installé une télévision sur la terrasse couverte du manoir afin de regarder avec lui la retransmission de la dernière manche du tournoi national de combats libres.
L’un des participants vient de Chicago, il a combattu toute l’année à l’arène des Bellochi et désormais, il réalise une incroyable performance au tournoi. Aucune défaite pour l’instant. Je ne dirais pas que sa victoire est assurée parce qu’il lui reste du chemin à parcourir dans la compétition et des poids lourds du milieu à affronter, mais je l’imagine quand même aller en finale.
Les deux chiens de Dino sont couchés à côté de nous, une grosse gamelle d’eau devant eux, la langue pendue, la gueule grande ouverte, ils ventilent de manière continue. Eux qui suivent leur maitre partout d’habitude, restent bien à l’ombre avec nous sur la terrasse tandis que Dino bronze sur un transat au bord de l’eau.
Avec les températures caniculaires qu’on a depuis trois jours, l’air est irrespirable aussi bien dehors que dedans. Surtout dedans. Sans climatisation, on a littéralement l’impression d’étouffer à l’intérieur, ainsi ce coin télé installé à l’ombre en extérieur est d’autant plus apprécié.
Un rire enfantin nous oblige à tourner la tête en direction de la piscine en souriant. Giulana et Léandro profitent du soleil moins agressif de cette fin d’après-midi pour se baigner avec Aurora et autant dire que la petite adore ça.
C’est une journée de détente habituelle pour nous qui me permet de me changer les idées durant quelques heures et ne plus penser au fait que l’état de ma mère empire de jour en jour. Cela fait plus d’une semaine qu’elle a été admise à l’hôpital et elle est de plus en plus shootée. Ses périodes d’éveil, de lucidité, de conscience au point de tenir une conversation ou jouer à un jeu de cartes par exemple sont de plus en plus courtes et espacées. La majeure partie du temps, nous nous contentons de rester à son chevet et veiller sur elle. Selon ses médecins, tout ce qu’ils peuvent faire c’est la soulager au maximum et l’accompagner au mieux dans cette fin de vie qu’ils estiment de plus en plus proche. Même si je sais que ça va arriver, qu’au fil des mois, je m’y suis préparé, l’imminence de sa mort me déprime quand même.
Et comme toujours, dès que ça ne va pas, je viens me ressourcer auprès de mes meilleurs amis afin de ne pas sombrer.
— Tu te souviens qu’on a réservé une location aux Bahamas ? me demande mon ami avant de prendre une gorgée de sa bouteille d’eau.
J’acquiesce machinalement. Je me réjouissais de ces vacances à l’étranger, ça m’aurait offert une véritable coupure sans être dépaysé puisque nous avions prévu de partir tous ensemble. Mais j’ai finalement décidé de ne pas les accompagner, je préfère rester dans les environs vis-à-vis de la santé fragile de ma mère.
— On s’en va dans deux jours, me rappelle-t-il. Appelle-moi au moindre problème, je rentrerai au plus vite.
— T’inquiète, tout se passera bien.
Il s’agit également de leurs premières vacances en dehors de Chicago. Même si nous nous absentons régulièrement, nous déplaçant d’un territoire à un autre, rendant quelques visites aux dirigeants calabrais des autres États, ce sera la première fois qu’ils partent tous en même temps. Il n’y aura plus personne au manoir. Il n’y aura plus de Bellochi à Chicago. Et je crois que ça les angoisse un peu de laisser leur ville sans surveillance.
— Je garderai précieusement le royaume, plaisanté-je.
— Roméo, m’appelle Dino.
Je tourne la tête et le découvre en train de monter les marches jusqu’à nous.
— Tu devrais regarder ça, dit-il en me tendant son téléphone.
Dès qu’il est à portée de mains, je m’en empare en fronçant les sourcils. Une page internet est ouverte sur un article nécrologique.
Bien avant de lire le texte, mes yeux se posent sur une ancienne photo de Leona au bras de Cipriano Russo durant un gala et ma mâchoire se contracte de manière automatique. Deux autres images de lui en compagnie de membres de sa famille figurent sur la page et je comprends qu’il s’agit d’un putain d’article commémoratif en l’honneur de cet enfoiré. J’enrage encore plus.
Je lis en diagonale le texte qui retrace sa vie et me concentre sur les dernières lignes qui relatent toute la douleur que ressentent les personnes qu’il laisse derrière lui, ses parents, sa famille et… sa fiancée. Mon sang bout littéralement dans mes veines en voyant cela.
Elle ne pouvait sans doute pas faire autrement, mais ça me fout quand même la haine qu’elle figure dans cet article, qu’elle soit mêlée à toutes ces personnes qui soi-disant le regrettent et même qu’elle soit associée à lui, tout simplement.
— Ils ne précisent pas la cause de la mort, commente Gianni en lisant par-dessus mon épaule.
— Ils ne s’y risqueraient pas, se marre Dino, ça ferait mauvais genre.
— Ils l’ont inhumé hier à Détroit, lit encore Gianni.
— Je n’aurais pas dû leur envoyer le corps, grogné-je. Ce bâtard ne méritait même pas d’avoir une stèle à son nom.
— Tu crois que Leona a acheté une plaque funéraire en souvenir de leurs fiançailles ? me demande Dino, en riant sous barbe.
Je le fusille du regard.
— Je plaisante, se défend-il en mimant un geste d’innocence.
— Qu’est-ce qui se passe ? nous interroge Léandro en montant à son tour les marches de la terrasse avec Aurora dans ses bras, enveloppée dans une serviette.
Giulana est aussi avec eux, contrairement à son mari, toujours en maillot de bain, elle a enfilé une sorte de robe par-dessus le sien.
— Un journal a publié la nécro de Russo, répond Dino.
Je lui tends le téléphone de Dino pour qu’il consulte à son tour l’article.
— Qui est-ce ? demande Giulana en regardant également l’écran, en pensant certainement qu’il s’agit d’un Calabrais.
Plutôt que de lui répondre vaguement, je préfère être honnête avec elle. Après avoir annoncé la nouvelle à ma mère, mon père et enfin ma sœur, je suis totalement en paix avec cette histoire. Ça ne me dérange pas de la raconter.
— C’était l’homme qui a agressé Chiara, lui dis-je sans sourciller.
Immédiatement, ses yeux s’élargissent et ses lèvres s’entrouvrent.
— Et tu l’as… Oui, se répond-elle toute seule en regardant de nouveau l’avis de décès.
— Je l’ai torturé et tué, comme il le méritait, acquiescé-je.
— D’accord, continue-t-elle d’une voix très embarrassée ou stressée, en fixant le téléphone plutôt que moi. C’est bien… Enfin, je suppose que ça te soulage et donc c’est bien…
Elle grimace avant de poser les yeux sur moi.
— Pardon. Je ne sais absolument pas ce que je dois répondre à ça, termine-t-elle en se mordant la lèvre.
— Dis-lui simplement que tu es contente qu’il ait vengé sa sœur, s’immisce Dino.
— Je le suis, affirme-t-elle sans hésiter en me regardant. Sincèrement, je suis heureuse pour toi, pour elle, pour ta famille. Je suis contente qu’il ait payé pour son crime.
Giulana a grandi dans ce milieu, elle était proche de gens hauts placés dans la mafia sicilienne. Ainsi, elle connait les codes et les coutumes de notre monde, elle est familière au principe de vengeance et à celui d’obliger les personnes à payer pour leurs crimes.
— Est-ce que sa fiancée savait ? demande-t-elle innocemment en terminant certainement de lire l’article.
Dino pouffe dans son coin.
— C’est grâce à elle si on l’a eu, parle-t-il sans réfléchir.
Léandro lui jette un regard menaçant.
— Qu’est-ce que ça signifie ? le questionne-t-elle.
Elle ne rate pas l’échange de regards entre Léandro et Dino alors que ce dernier adresse un sourire désolé à son cousin.
— C’est quelque chose que je ne dois pas savoir ou que je préférerais ne pas savoir ? demande-t-elle à l’attention de son mari.
Bien que je ne comprenne pas la nuance entre les deux, Léandro semble parfaitement la saisir et son regard se pose sur moi, m’interrogeant silencieusement sur les détails que je lui autorise à révéler à sa femme.
— Je l’ai enlevée afin de faire pression sur son oncle pour qu’il me remette le fiancé, avoué-je.
— Quoi ? s’écrie-t-elle d’une voix très aigüe, mêlant étonnement et incompréhension.
— Son oncle est à la tête d’un clan de la mafia napolitaine, explique Léandro en rendant son téléphone à Dino.
Puis nous lui racontons toute l’histoire. Même si elle est contrariée par le fait que je me suis servi de Leona pour me venger de sa famille et surtout de son fiancé, elle comprend également que nous ne pouvons pas traiter nos ennemis comme nous traiterions nos proches. Et cela, même quand il s’agit de femmes.
— Il s’est passé quelque chose entre vous deux pour qu’elle décide de t’aider ? me demande-t-elle.
— Nous n’avons pas couché ensemble, affirmé-je pour répondre à sa question sous-entendue. Ni idylle ni liaison. Elle se débarrassait seulement de cet enfoiré en me le donnant.
Tout ce que je viens de dire sonne terriblement faux à mes oreilles, mais Giulana n’a aucune raison de le deviner.
— Donc même si l’occasion se présentait, tu ne souhaiterais pas la revoir, me dit-elle.
Son ton est beaucoup trop léger pour une phrase aussi lourde de pièges. Elle cherche à me tirer les vers du nez et elle le fait diablement bien. Je reconnais là la patte de son mari.
— Il n’y a aucune raison que l’occasion se présente, dis-je en évitant clairement de répondre. Elle va reprendre le cours de sa vie et vite oublier son enlèvement.
— Elle t’enverra peut-être une carte de remerciements à l’occasion de ses prochaines fiançailles, commente Dino d’une voix amusée, un large sourire aux lèvres.
— Ce serait mérité, plaisanté-je en retour.
Je force un sourire à naitre sur mes lèvres tout en serrant les dents.
Après cela, alors que chacun s’éclipse pour vaquer à ses occupations, je me retrouve de nouveau seul avec Gianni sur la terrasse et je sens le regard inquisiteur de mon ami sur mon profil tandis que je fixe la télévision du regard. Il n’a même pas besoin de parler, je devine parfaitement ses pensées et ma mâchoire se contracte encore une fois.
— Arrête de m’analyser, grogné-je sans le regarder.
Du coin de l’œil, je le vois tourner la tête afin de suivre également le combat qui se joue à la télévision.
Bien entendu que si l’occasion se présentait, je voudrais la revoir. C’est évident. Je ne trompe personne. Encore moins mon meilleur ami. Celui qui dès le départ a senti que cette femme me troublait. Si Leona revenait dans ma vie, je la ferais mienne sans hésiter, je ne la laisserais pas filer une seconde fois. Mais, les chances pour que ça arrive sont proches de zéro alors je préfère ne plus y penser.
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