Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 49

 

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Leona

 

La communication n’est même pas encore coupée que je suis déjà dans la cuisine en train de récupérer les coordonnées et les clés du garage où est stationnée ma voiture, au cas où j’en aurais besoin. Je cours ensuite chercher mon sac à main et enfiler des baskets puis je m’élance vers la porte d’entrée à toute vitesse pour sortir de l’appartement.

Je suis en train de dévaler les escaliers lorsque mon téléphone vibre. Un coup d’œil en direction de l’écran et j’y lis une adresse envoyée depuis le téléphone de Chiara.

Je marque une pause au pied de l’immeuble pour taper l’adresse dans l’application GPS de mon téléphone. Mes craintes se confirment, j’aurai besoin de ma voiture pour effectuer ce trajet de vingt minutes dans le temps imparti. Ainsi, je me dépêche de rentrer les coordonnées du garage et grimace en voyant l’estimation du temps de trajet, dix minutes à pied, c’est beaucoup trop long.

Sans réfléchir, je m’élance. Je cours aussi vite que possible tout en suivant les indications de mon téléphone. Je sens le bas de ma robe fluide voler dans tous les sens, révélant certainement par moment mon sous-vêtement blanc, mais je ne m’en soucie pas.

La panique doit me conférer des superpouvoirs, car j’ai l’impression de galoper deux fois plus vite que d’habitude et arrive en un temps record au pied de l’immeuble où se trouve mon véhicule. L’esprit aiguisé par l’adrénaline, je me précipite sans réfléchir jusqu’à l’accès souterrain du parking et déverrouille le portail grâce au badge avant de me glisser dessous dès que je le peux. Puis je me remets à courir, recherchant l’emplacement de mon garage sur lequel je me rue dès l’instant où je l’aperçois.

Lorsque je grimpe enfin dans ma voiture, je n’ai « perdu » que six minutes à aller la chercher, ce n’est pas pour autant que je me détends. Au contraire, je démarre et sors précipitamment de mon garage, frottant l’aile arrière de ma voiture au passage en voulant prendre le virage trop serré. 

Pendant que la porte du garage met un temps interminable à s’ouvrir, je sélectionne la précédente adresse rentrée dans mon GPS et je me rends compte que ça va être juste. Très juste. Mais je n’ai pas le choix, il faut que ça le fasse.

Après seulement cinq minutes de trajet, la panique revient alors que je me prends littéralement tous les feux rouges et perds un temps monumental.

En m’arrêtant à un autre feu rouge après avoir fait à peine cent mètres, je frappe rageusement contre le volant de ma voiture en pestant contre cette ville immense et son trafic horrible. Mon temps de trajet restant ne diminue pas alors que j’ai le sentiment que le temps sur l’horloge de mon tableau de bord défile à toute vitesse.

Au milieu de ce chaos mental, et en ayant la terrible impression d’étouffer, comme si Russo avait directement sa main autour de mon cou et était déjà en train de me tuer, je réalise que dans tous les cas, j’aurai besoin d’aide. Je n’ai aucune confiance en lui et j’ai peur qu’il décide de condamner Chiara en sachant qu’elle est la sœur de Roméo. Il ne fait aucun doute dans mon esprit qu’il est assez intelligent pour avoir assemblé les pièces du puzzle. Je suis certaine qu’il a compris que c’était pour elle, pour la venger, que Roméo a assassiné Cipriano.

Je ne réfléchis plus, j’ai besoin d’aide, je cherche donc le numéro de Dino, l’appelle et le place sur haut-parleur.

Il décroche au bout de plusieurs sonneries alors que je ralentis une nouvelle fois à l’approche d’un feu, heureusement celui-ci demeure au vert et je continue ma route.

— Dino, j’écoute. À qui j’ai l’honneur ?

— C’est Leona, annoncé-je d’une voix essoufflée.

— Que se passe-t-il ? me demande-t-il très sérieusement en entendant parfaitement bien ma panique.

— Chiara a été enlevée, il me reste quinze minutes pour les rejoindre, mais je suis coincée dans ce putain de trafic, m’énervé-je.

— Explique.

Je le fais d’une manière très brève en continuant de rouler.

— Donne-moi l’adresse, m’ordonne-t-il à la fin de mon explication.

Je la lui lis mécaniquement.

— Fais demi-tour et rentre à l’appartement, poursuit-il d’une voix beaucoup trop sérieuse venant de lui.

— Mais…

— Je m’en occupe. N’y va pas.

— Non, m’exclamé-je, tel un cri du cœur. Je suis en chemin et c’est moi qu’il attend alors j’y vais.

— Roméo va me tuer…

— Je te laisse, je dois me concentrer sur la route, le coupé-je avant de raccrocher.

Ce n’est qu’une excuse pour éviter la terrible discussion, la mettre de côté, y revenir plus tard lorsque nous aurons réglé cette histoire. Dino va m’y aider. Il me suffit d’occuper Gregorio, de gagner un peu de temps pour lui permettre d’arriver sur les lieux, de le prendre d’assaut et de faire prisonnier Russo. C’est un plan infaillible. Sur le papier.

Je ne dois pas céder à la peur, mais rester rationnelle, concentrée. Mon but c’est de sauver Chiara. Le reste… on verra plus tard.

La chance me sourit lorsque je quitte le trafic pour m’engager dans une rue résidentielle bien plus déserte et surtout, ne comportant aucun feu. J’appuie sur l’accélérateur pour glaner quelques minutes. D’habitude, je respecte consciencieusement les limitations, persuadée qu’il est inutile de les dépasser puisque sur de courts trajets, ça ne nous fait rien gagner, mais aujourd’hui, je suis réellement à deux minutes près et serais prête à tout pour les grappiller. Y compris, griller un ou deux « STOP » en serrant les dents pour que ça passe.

Il ne s’écoule pas cinq minutes avant que mon téléphone se mette à vibrer et que le nom de Roméo s’affiche à l’écran. Je décroche et le place sur haut-parleur en sachant pertinemment ce qu’il va me dire.

— Retourne à l’appartement.

— Non, dis-je avant la fin de son ordre.

— Leona, grogne-t-il en guise d’avertissement.

— J’irai dans tous les cas, Roméo. C’est ma faute. C’est moi qu’il veut. Je m’en occupe.

— Tu ne t’occupes de rien du tout. Tu fais demi-tour et tu me laisses régler ça. Je suis en chemin…

— Tu n’arriveras pas à temps, s’il m’a imposé une limite temporelle c’est pour se prémunir de ce genre de problèmes. Dino va m’aider, mais pour ça, je dois me rendre là-bas et discuter avec lui afin de gagner du temps.

— Je ne veux pas que tu te trouves face à lui.

— Il ne va rien me faire, il souhaite me ramener à Détroit, lui rappelé-je.

— Tu n’en sais rien, putain. Il a peut-être changé d’avis.

C’est vrai... Mais je prendrai tout de même le risque de me retrouver face à lui pour sauver Chiara.

— Si jamais on ne se revoit pas, Roméo, débuté-je d’une voix plus faible, remplie d’émotion.

— Non, me coupe-t-il. Je t’interdis de me dire adieu, enrage-t-il à l’autre bout du fil. J’arrive !

J’entends le ronflement d’un puissant moteur avant qu’il ne me raccroche au nez.

Quelques minutes plus tard, je pénètre à toute vitesse sur le parking d’une zone commerciale qui est apparemment en travaux, puisque je me retrouve subitement face à un engin de chantier. Je donne un violent coup de volant tout en appuyant à fond sur la pédale de frein. J’évite de justesse la collision de face avec l’engin, sans pour autant pouvoir éviter l’impact avec l’arrière de mon véhicule. Secouée dans tous les sens, ma tête heurte la vitre et je grogne de douleur. 

Sonnée par l’accident, je regarde d’un œil vitreux l’édifice en briques rouges face à moi, qui est apparemment en cours de rénovation compte tenu des nombreux échafaudages disposés contre sa façade. Je mets plusieurs secondes avant de me rendre compte de l’absence de portes. J’ai une vue directe sur l’intérieur du bâtiment et je distingue nettement une personne avec d’épais cheveux bouclés à genoux sur le sol. Et soudainement, ça va mieux, l’adrénaline coule à nouveau dans mes veines, je me sens surpuissante.

Les idées bien remises en place, j’ouvre ma portière et m’élance en direction de Chiara. Je grogne de douleur alors que chaque foulée semble résonner dans mon crâne comme si j’avais une intense migraine. Fronçant les sourcils à cause de mes maux de tête, ma vision n’est pas très nette et avant de passer la porte, je ne vois pas la pile de barres métalliques et donne un grand coup de pied dedans. Je regagne de justesse l’équilibre pour ne pas m’effondrer face contre terre alors que les barres en métal s’éparpillent sur le sol dans un bruit strident, roulant même jusqu’à l’intérieur du bâtiment. J’évite ces dernières afin de ne pas marcher dessus et tomber tandis que je me précipite, en boitillant un peu, vers Chiara, toujours agenouillée sur le sol, les yeux ronds, secouant négativement la tête dans tous les sens.

Malgré le fait que des alarmes de danger résonnent dans mon crâne, je m’agenouille devant elle, trop contente de l’avoir retrouvée saine et sauve, et tire sur son bâillon.

— Derrière toi, me crie-t-elle.

Je n’ai pas besoin de me retourner pour savoir qu’il se trouve juste derrière moi, je sens sa présence, son aura menaçante. 

— Leona, me salue-t-il. Heureux de te revoir.

Je me relève lentement et aide Chiara à se lever malgré ses jambes tremblantes puis, tout en restant devant elle, comme un bouclier, je pivote et fais face au père de Cipriano. Celui qui souhaite me faire exécuter sur la place publique pour avoir trahi son fils.

— Tu es en retard, commente-t-il en regardant sa montre. Mais tu es venue seule, comme convenu, alors je ne vais pas t’en tenir rigueur, dit-il en observant les environs.

Les portes ouvertes en grand lui offrent une vue dégagée sur l’intégralité du parking, il est impossible pour quelqu’un de s’approcher sans qu’il le sache. Inconsciemment, je regarde à mon tour autour de moi, l’endroit est complètement vide et il n’y a aussi personne d’autre que nous. Il est également venu seul, sans renforts.

Il aurait été si simple pour Roméo de l’avoir dans ces conditions, s’il était là.

Et soudainement, je me demande si cet homme ne serait pas responsable de l’éloignement de Roméo, il l’a peut-être conduit sur une fausse piste pour le forcer à quitter Chicago… Ce ne serait pas si étonnant, il n’a pas cessé de faire preuve d’intelligence depuis des semaines. Déjà en faisant la lumière sur ma trahison, mais également en piratant mon compte Instagram pour amener Chiara à lui donner ma position et enfin, en me faisant venir jusqu’à lui en kidnappant la sœur de celui qu’il pense être mon amant depuis le début.

Je suis persuadée qu’il a été très bien aidé dans ses travaux de recherches, mais aussi très soutenu dans sa quête de vengeance, et pourtant, il s’est déplacé tout seul jusqu’à Chicago. Quelque chose me dit que le soutien de ses alliés s’arrête là où le danger devient trop grand. Ils se réjouiraient tous d’assister à mon exécution, mais ils ne prendraient pas le risque d’aller me chercher eux-mêmes, ni même d’accompagner Gregorio dans sa mission.

— Tu dois vraiment tenir à cette fille, continue ce dernier.

— Laissez-la partir, exigé-je en me forçant à paraitre assurée. J’ai respecté toutes vos exigences, remplissez votre part du marché maintenant.

Il fait semblant de réfléchir à ma demande en se touchant négligemment le menton puis il hoche négativement la tête.

— Elle vient avec nous, nie-t-il. Toi, tu paieras pour ton crime, dit-il en pointant un doigt vers moi avant de le diriger vers Chiara derrière moi. Et elle, elle paiera pour celui de son frère.

Je secoue négativement la tête.

— Oh, Leona, vous n’avez pas le choix, me dit-il avec un sourire cruel en sortant une arme de derrière son dos.

Mon rythme cardiaque grimpe de nouveau en flèche jusqu’à atteindre un niveau beaucoup trop élevé. La panique, l’angoisse, la terreur me paralysent m’empêchant de respirer, mais également de réfléchir. J’ignore comment nous sortir de cette situation. Je ne sais soudainement plus ce que je dois faire. 

— En avant, ordonne-t-il en nous visant avec son arme. Nous avons assez perdu de temps.

— Laissez-la partir, le supplié-je tout de même. Elle n’a rien fait. Elle a assez souffert. Votre fils l’a agressée, il…

— Cipriano a demandé les faveurs d’une prostituée, me crache-t-il au visage. C’est tout ce qu’il a fait. C’est une putain, affirme-t-il en désignant Chiara avec son arme. C’était son métier, ce qu’on attendait d’elle…

— C’est faux, rugit la brune aux cheveux épais.

Elle me passe à côté, ignorant tous les principes de sécurité, afin de se rapprocher de l’homme qui nous menace avec une arme en pointant un doigt accusateur dans sa direction.

— Je ne voulais pas. J’ai refusé plusieurs fois, mais ça ne lui convenait pas alors il m’a violée. Violée, crie-t-elle à l’attention de Gregorio. Et ensuite, ils m’ont forcée à me prostituer. Est-ce que vous avez la moindre idée de ce qu’on ressent lorsqu’on a l’impression que notre corps ne nous appartient plus ? Que quelqu’un d’autre l’exploite ? Que des dizaines d’autres personnes l’utilisent ? Vous dérobant un morceau de vous à chaque fois ? Jusqu’à ce qu’il ne reste plus rien. Plus rien qui ne vous appartienne mis à part un sentiment de honte et d’humiliation. Vous vous sentez sale constamment. Vous n’avez qu’une envie, celle de disparaitre, celle de trouver un monde meilleur loin de ces êtres ignobles qui le peuplent, qui sont bien plus nombreux qu’on se l’imagine et qui demandent des choses… Abominables, termine-t-elle d’une voix étranglée.

Je me rapproche d’elle par instinct en devinant son émotion, son chagrin, ses larmes et je lui prends la main en signe de soutien.

— Il a détruit ma vie par plaisir. Seulement parce qu’il me désirait, parce qu’il en avait envie et parce qu’il n’a pas digéré mon refus, continue-t-elle, des larmes ruisselant à présent sur ses joues. Et vous, vous êtes son père ? Comment peut-on élever une telle ordure ?

Avant que nous puissions voir venir son geste, Gregorio gifle violemment Chiara qui couine de douleur à côté de moi. Je bouge instinctivement et la pousse derrière moi tandis que de la lave coule dans mes veines.

— Je vous interdis de la toucher, enragé-je.

— Tu es également une sale trainée, m’accuse-t-il d’un ton tout aussi rageur. Tu l’as trahi pour cet enfoiré de Calabrais. Tu es passée dans le camp ennemi, traitresse, juste pour une queue.

Il n’a pas apprécié le témoignage de Chiara, il n’a pas supporté d’entendre la vérité sur son connard de fils et désormais, sa colère prend le pas sur tout le reste. 

— Je ne l’ai pas fait pour lui, grogné-je à quelques centimètres de son visage. Je l’ai fait parce que je détestais Cipriano du plus profond de mon cœur et souhaitais par-dessus tout qu’il crève…

À mon tour, je reçois une gifle, mais je suis tellement énervée, enragée, que je sens à peine la brûlure de ses doigts.

— Je me réjouissais à l’idée qu’il meurt dans d’atroces souffrances, continué-je. J’aurais aimé contempler sa dépouille, être témoin de ce qu’ils lui ont fait à ce porc…

Cette fois, je crie de douleur alors que son poing s’abat sur ma joue. Le coup est si violent, il y met tellement de force, que je m’écroule sur le sol face contre terre.

— Sale fils de pute, hurle Chiara.

— Ne bouge pas, lui ordonne-t-il.

Je tourne la tête et l’aperçois en train de pointer son arme en direction de Chiara qui ne bouge plus comme il le lui a imposé, mais le fusille tout de même du regard.

Je pose une main sur le bord de ma mâchoire douloureuse et me retourne jusqu’à m’asseoir sur les fesses. Je cligne plusieurs fois des yeux en grimaçant comme si ça allait m’aider à effacer la douleur cuisante au niveau de ma joue, mais ça ne fonctionne pas. En revanche, ça me permet d’apercevoir une barre de fer à quelques centimètres seulement de moi. Il me suffirait de tendre le bras et comme dans les films de l’abattre sur son poignet pour le désarmer. Évidemment, il y a un risque que ça ne marche pas, que je n’y mette pas assez de force, ou bien qu’il pare mon attaque, ou pire, qu’il appuie sur la détente et blesse Chiara.

— Lève-toi. On s’en va, m’ordonne-t-il.

Saisir cette barre de fer avant de me relever me parait être notre unique chance de nous en sortir.

Je n’ai pas le temps de me décider puisque soudainement une moto fait irruption sur le parking. Russo se précipite vers Chiara et l’attrape par le cou avant de la placer devant lui, l’arme pointée sur sa tête.

Le motard descend de son engin, dont le modèle m’est inconnu, et je doute une seconde de son identité à cause du casque, mais aussi de cette veste de moto de couleur blanche qui, j’en suis certaine, n’appartient pas à Roméo. 

Les mains levées, il avance vers l’entrée du bâtiment, vers nous. Ce n’est que lorsqu’il s’arrête sur le seuil du magasin qu’il pose ses mains sur son casque et le retire sans gestes brusques.

Un couinement plaintif m’échappe en reconnaissant les boucles brunes de Roméo.

— C’est moi que tu veux, lui dit-il.

Mon petit ami ne m’adresse qu’un bref coup d’œil avant de se reconcentrer sur Russo qui tient toujours sa sœur en otage.

— Je me constitue prisonnier, mais laisse-les partir, lui dit-il.

Roméo jette son casque sur sa droite puis lève à nouveau les mains en l’air remplissant presque tout l’encadrement des portes d’entrée avec sa carrure imposante.

— C’est moi qui dois payer pour ce crime, pas elles, insiste-t-il alors que Russo reste silencieux.

Je secoue négativement la tête, refusant de croire que son plan se résume à ça, à s’échanger contre nous, à se constituer prisonnier pour nous libérer. Pourtant, il ne semble y avoir rien d’autre à faire. Protégé par le corps de Chiara, Gregorio Russo est hors d’atteinte. D’autant plus qu’en gardant le doigt sur la détente, le canon pressé contre la tempe de Chiara, il est suffisamment menaçant pour que Roméo ne tente rien. Pareillement pour moi, même s’ils sont juste à côté de moi, à ma portée. Je n’essaierai pas de le déstabiliser en lui assénant un coup de barre de fer dans les jambes, ce serait beaucoup trop risqué.

— C’est moi qui l’ai tué, poursuit Roméo en faisant un pas dans ce lieu désert.

Mon esprit lui hurle de se taire, de ne pas le provoquer. Je secoue vivement la tête de gauche à droite pour lui montrer mon désaccord, la gorge si nouée qu’il m’est impossible de parler, ni même de respirer.

— Lâche-la, ce n’est pas ta cible. Je suis le seul coupable ici, termine-t-il en pointant sa poitrine du doigt. Vise-moi.

— Roméo, couine Chiara.

J’entends ses pleurs, je devine son émotion, ses pensées alors qu’elle refuse le sacrifice de son frère, mais je ne la regarde pas. Je suis focalisée sur Roméo qui avance encore d’un pas vers nous.

— Ne bouge pas, grogne Russo.

Je tourne la tête en apercevant le mouvement brusque de son arme. Il la pointe désormais en direction de Roméo, mais ça ne rassure pas pour autant Chiara dont les pleurs redoublent maintenant que son frère est directement menacé.

Ce dernier s’immobilise, mais ne se tait pas pour autant.

— Je l’ai longuement torturé avant de le tuer, lui explique-t-il avec un sourire carnassier aux lèvres. Il a souffert. Il a hurlé. Pleuré. Il s’est chié dessus.

— Ferme-la, rugit le père de sa victime.

Le regard de Roméo brille de fierté et de plaisir, il ne cache pas son enthousiasme, sa joie alors qu’il repense à cet événement, qu’il le décrit, le raconte.

Je ne comprends pas son attitude, Chiara n’est plus menacée par l’arme, il n’a plus besoin de provoquer Russo. En poursuivant ainsi, il va finir par se faire tirer dessus.

— Je l’ai frappé, tailladé, j’ai découpé sa peau.

Du coin de l’œil, j’aperçois le corps de Russo être secoué par d’énormes spasmes, le visage contorsionné dans une grimace de colère, haineuse, enragée.

— Je l’ai saigné comme le porc qu’il était, continue Roméo d’une voix vindicative, fière et amusée. Et, je lui ai fait bouffer sa queue…

Une détonation retentit dans tout le magasin, perçant mes tympans, m’obligeant à crier de douleur puis d’horreur alors que le corps de Roméo est propulsé en arrière sous la force de l’impact. Puis, il s’effondre sur le sol.

Mort.

Je hurle ma peine. Ma souffrance. Et je m’élance, barre de fer à la main, je me rue sur ma cible.

 

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