Twisted Retaliation: Sombre mafia romance (French Edition)

Chapitre 24

 

 

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Roméo

 

Quatre jours plus tard, je passe la porte du manoir des Bellochi, et me dirige tout droit en direction de la cuisine, d’où proviennent quelques bruits, en pensant y trouver Gianni, autoproclamé chef cuisinier de la famille.

Le sourire aux lèvres, la démarche presque guillerette, je ne cache pas ma bonne humeur du jour. Nous sommes allés récupérer Chiara ce matin, elle est officiellement rentrée à la maison.

Même si ça a été dur pour elle d’apprendre l’hospitalisation imminente de notre mère, elle a tenu bon, elle a gardé le sourire et elle l’a collée toute la journée faisant le bonheur de Prisca. Les prochaines semaines seront difficiles, mais je suis persuadé que Chiara tiendra le choc, elle a recouvré sa combativité et surtout cette fois, je serai là, je ne la lâcherai pas.

Il est grand temps d’exiger Russo, le condamner et passer à autre chose afin d’accorder toute mon attention à mes proches qui auront grandement besoin de moi.

À ma grande surprise, en passant les portes de la cuisine, je me retrouve face à Giulana.

— Hey, tu tombes bien, me dit-elle avec un large sourire, toujours avenante.

Elle se retourne pour prendre un petit panier en osier couvert d’un torchon sur le plan de travail.

— On a préparé des muffins pour souhaiter un bon retour à Chiara, me dit-elle en me tendant la corbeille.

Même si le geste est fortement apprécié, mes mains hésitent à s’en saisir. Je connais son niveau en cuisine et je ne peux que m’inquiéter du gout et de la texture de ses pâtisseries. 

— Gianni m’a aidée, précise-t-elle.

Un rire de soulagement m’échappe et j’attrape l’anse du panier.

— Merci, Giulana, c’est gentil. Chiara va adorer.

— Il n’y a pas de quoi me remercier, c’est tout à fait normal, me répond-elle en souriant toujours. Comment elle va ?

— Elle va bien, elle a retrouvé le moral et le sourire.

— C’est le principal, me répond-elle d’une voix douce. Et ta maman ?

— Ce n’est pas la grande forme, mais le retour de Chiara lui a redonné un coup de fouet.

— Si je peux faire quoi que ce soit pour vous, n’hésite pas.

J’acquiesce et la remercie encore une fois tout en déposant le panier sur le plan de travail. Je me félicite mentalement d’avoir pris ma voiture aujourd’hui pour aller récupérer Chiara, ça aurait été bien plus compliqué de transporter cette corbeille à moto.

— Courage, me murmure-t-elle en posant sa main sur mon avant-bras. Ce sera dur, mais on sera là.

Avec un dernier sourire, elle relâche mon bras et se dirige vers le salon où se trouve certainement sa fille avec son père ou l’un de ses tontons. Aux yeux de Léandro, Dino est autant son frère que Gianni et par conséquent, il est l’oncle d’Aurora. Pareil pour moi.

Je ne peux pas m’empêcher de la regarder s’éloigner avec un faible sourire aux lèvres, reconnaissant envers le soutien qu’elle me témoigne.

Non seulement Giulana a réussi à se faire une place au sein de notre meute, mais également à gagner l’affection de tous les membres. Et même si je ne le lui montre pas, je suis heureux de la compter parmi mes proches et son soutien, dans une telle épreuve, me va droit au cœur parce que ça me prouve qu’elle aussi estime notre amitié. 

— J’espère que ce n’est pas le cul de ma femme que tu mates.

Je me mets à rire en tournant la tête en direction des portes de la cuisine où se tient Léandro, le regard faussement mauvais.

— Je ne suis pas assez fou pour ça, nié-je en riant. Je me disais seulement que ta femme était géniale. Elle a fait des muffins pour Chiara, lui révélé-je en montrant le panier.

— J’ai su, acquiesce-t-il.

Après un bref sourire, il pénètre dans la pièce et se dirige vers le frigo pour sortir deux bières.

— J’avais prévu d’envoyer Dino les lui apporter, je ne pensais pas que tu viendrais aujourd’hui, m’explique-t-il en me tendant une bouteille. Tu as le temps pour un combat ?

Je hoche négativement la tête en ouvrant ma boisson.

— Je passe seulement en coup de vent, je dois me rendre au Whisper après.

Je n’y suis pas encore allé de la journée, préférant rester avec ma famille. Leona a largement de quoi survivre en mon absence grâce à une petite réserve de nourriture placée dans sa chambre. Je m’arrêterai peut-être au Starbucks en y allant pour lui prendre un café, je sais à quel point elle raffole de cette boisson. 

— Je voulais seulement vous demander de préparer un appel pour demain, lui révélé-je. Je souhaite en finir avec cette histoire.

Il acquiesce machinalement alors que son regard devient plus sombre, il se réjouit également de mettre la main sur Russo.

— C’est le silence complet de leur part depuis deux jours, m’apprend-il. Ils préparent quelque chose. Je n’aime pas ça.

— Ils commencent peut-être à se décourager.

Et comme je n’ai envoyé aucune photo depuis la dernière fois, nous ne les tenons plus en haleine, ils sont lassés par notre numéro.

— Il faut qu’on regagne leur attention avant qu’ils décident de contre-attaquer, me dit-il. On doit leur rappeler que c’est nous qui menons la danse.

Nous tournons tous les deux la tête lorsque Gianni sort du salon et se dirige vers nous, téléphone en main.

— Les Napolitains, nous indique-t-il. Ça fait trois fois de suite qu’ils appellent.

— Finalement, ils ne sont pas découragés, commenté-je.

— J’ai un mauvais pressentiment, nous dit Léandro en posant sa bière sur un meuble. Décroche, mets-les sur haut-parleur.

Gianni s’exécute et dépose le téléphone près du panier à muffins, nous nous plaçons en cercle autour.

— Je vous écoute, répond Léandro, son corps anglé en direction du salon afin de s’assurer que Giulana ne s’approche pas. J’espère que vous m’apportez enfin une bonne nouvelle, ajoute-t-il d’un ton faussement las.

— Je ne peux pas t’apporter une bonne nouvelle puisque j’ignore encore ce que tu cherches à obtenir, Léandro, rétorque Davide Coppola. Arrêtons ces idioties et passons aux choses sérieuses.

Je fronce les sourcils. Sa voix, pleine d’assurance, pas du tout saccadée, ni tremblante, ne me plait pas du tout, ça ne ressemble pas à quelqu’un qui est rongé par l’angoisse et la culpabilité depuis plus de deux semaines. Ça s’apparente plus à quelqu’un qui vient de trouver un atout dans sa manche et ça efface immédiatement ma bonne humeur pour la remplacer par de la colère.

— Qu’est-ce que tu veux dire ? demande Léandro, bien moins sûr de lui.

Il a également senti que Davide était en confiance et ça ne signifie qu’une seule chose, il n’est plus dans le brouillard.

— Mes hommes ont effectivement fait des affaires sur ton territoire et je suis prêt à te verser une somme conséquente pour couvrir tes pertes. Je m’engage aussi à ajouter un bonus en guise de dommage et intérêts pour les torts qui ont été causés à la sœur de ton homme de main.

Mon souffle se perd quelque part dans ma gorge. J’ai la désagréable impression que quelqu’un m’enfonce une aiguille dans la nuque. Au bord du malaise, je pose ma bière sur le plan de travail et m’accroche au rebord du meuble, serrant aussi fort que possible le marbre entre mes doigts.

— Ils n’auraient pas dû la cibler, je le reconnais. Vous avez enlevé ma nièce pour vous venger. Toutes ces mises en scène visaient à nous torturer, ma famille et moi, à travers elle et c’est réussi. Vous avez toute notre attention et nous nous engageons à dédommager cette fille et sa famille.

Je me décompose un peu plus au fur et à mesure de ses mots. Mon rythme cardiaque ralentit drastiquement et de grosses gouttes de sueur perlent sur mon front. Je fixe l’écran du téléphone comme s’il allait m’aspirer dans un trou noir à tout instant.

— Alors, cessons cette comédie et laissons les femmes en dehors de tout ça. Ce n’est pas comme ça qu’on règle une dette d’honneur, ça se règle entre hommes. Rendez sa liberté à ma nièce et entamons de réelles négociations, franches et directes.

Il est au courant de tout. Ses mots ne sont pas choisis au hasard, j’en suis persuadé.

La seule personne qui a pu aussi bien les renseigner sur ces fameuses mises en scène est l’actrice principale de ces tableaux. Je vais la tuer.

— On vous rappellera, conclut Léandro en me voyant lâcher le plan de travail, prêt à me tirer de chez lui.

Il termine l’appel tandis que Gianni, sur mes talons, me suit jusqu’à la porte d’entrée.

— Où vas-tu ? me demande le cadet des Bellochi.

— Lui faire payer sa trahison, grogné-je.

— Je viens avec toi, affirme-t-il.

Je ne suis pas seulement enragé, je ressens une haine viscérale à l’égard de Leona. Je ne pense même plus à ma vengeance ou à ces foutues négociations, juste au fait qu’elle m’a eu comme un con. Elle s’est jouée de moi, elle m’a planté un putain de poignard dans le dos et je n’ai rien vu venir. Non seulement je ne me suis douté de rien, mais j’ignore également comment elle s’y est prise, ce qui montre à quel point j’ai été négligent et stupide.

Gianni a à peine le temps de fermer sa portière que je démarre en trombe, pressé d’en découdre avec cette putain de traitresse ainsi que tout le personnel du club.

 

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Leona

 

 Je me lève immédiatement du lit en entendant le bruit d’une clé dans la serrure. Soulagée par son retour et excitée par le fait de sortir enfin de la chambre, j’avance de quelques pas en direction de la porte, un demi-sourire aux lèvres.

Seulement, mon sourire s’efface aussitôt et je recule d’un pas lorsqu’un homme aux cheveux châtains et aux yeux bleus pousse la porte à la place de Roméo.

— Suis-moi, m’ordonne Gianni Bellochi d’un coup de menton, en ouvrant la porte en grand.

Je fronce les sourcils cherchant à deviner ce qu’il va m’arriver en le suivant. Après avoir pesé le pour et le contre et compte tenu de l’aura menaçante qui se dégage de lui, j’estime qu’il vaudrait peut-être mieux que je reste enfermée dans cette chambre.

— Tu as exactement cinq secondes pour bouger avant que je te traine par les cheveux jusqu’en bas, me menace-t-il froidement, le regard extrêmement dur et surtout déterminé.

Il ne plaisante pas, c’est précisément ce qu’il fera. La peur ainsi que mon instinct de survie me poussent à agir. J’enfile en un temps record mes baskets et file dans le couloir d’une démarche très hâtive.

— Que se passe-t-il ? me risqué-je à demander tandis qu’il claque la porte derrière moi.

— Je pense que tu t’en doutes parfaitement, me répond-il en me jetant un regard glacial.

D’intenses sueurs froides me parcourent le dos. Sur des jambes tremblantes, je le suis dans le corridor. Mon cœur tambourine dans ma poitrine. L’attitude de Gianni m’indique qu’il ne s’agit pas d’une libération, mais plutôt d’une mise à mort et forcément, la terreur me tord les entrailles. Je sais pertinemment quel acte répréhensible j’ai commis qui justifierait autant d’animosité chez lui et je ne peux que craindre la fureur de Roméo.

— Un conseil, débute-t-il tandis que nous descendons les marches. Ne teste pas sa patience, il n’en a aucune dans ces moments-là. Si tu veux éviter le carnage, donne-lui ce qu’il cherche.

Je n’ai pas le loisir de l’interroger, alors que nous bifurquons sur la gauche après les escaliers, je remarque que les portes de la salle sont grand ouvertes et que tout le monde est assis sur le sol autour des podiums. Je marque un temps d’arrêt en constatant leur position étrange, à genoux, la tête baissée, les mains derrière la nuque, j’ai l’impression d’assister à une prise d’otages. Toutes les filles sont là ainsi que Brad, le barman, Romano et d’autres videurs dont je n’ai pas retenu les noms. Mon regard dévie en direction de la banquette face au groupe sur laquelle est assis le gérant, la tête également baissée en direction de ses cuisses.

Ça n’a pas de sens, que se passe-t-il ici ?

Gianni me pousse à parcourir le reste du chemin et le regard du gérant se pose sur nous alors que nous entrons dans la salle, il semble terrifié. Par instinct, je plante mes talons dans le sol et freine brutalement avant de bifurquer vivement sur la droite, fuyant ainsi le danger. J’échappe à la prise de Gianni et tente de repartir en arrière, mais je marque un arrêt brutal quand je me retrouve face à Roméo. Appuyé contre le mur, juste à côté des portes, vêtu d’un jean et d’un tee-shirt noirs, il tient un long fusil entre les mains et met en joue tout le groupe. Son air serein se métamorphose en une énorme grimace de colère lorsque nos regards se croisent et finalement, je fais un pas en arrière et m’éloigne de la sortie. Classant mentalement les dangers par ordre d’importance, je choisis de battre en retraite et avance, à reculons, en direction des podiums.

— Leona, me salue-t-il cruellement. On n’attendait plus que toi, me dit-il en se détachant du mur.

Une goutte de sueur perle sur mon front. Mal à l’aise, la peur au ventre, je fais négligemment craquer ma nuque tout en reculant un peu plus, veillant à ne marcher sur personne au passage. 

Il rejoint Gianni, resté à l’extérieur du cercle formé par les otages, et lui donne son fusil. Son ami le pointe immédiatement en direction du groupe. Personne n’ose lever la tête alors que je passe au milieu d’eux dans le but de m’éloigner de Roméo.

— Comment tu as fait ? me demande-t-il en passant sereinement devant la première ligne d’otages pour se rapprocher de moi.

Il ne me lâche pas du regard, toute sa haine n’est dirigée qu’envers moi et ça force un sanglot de terreur à franchir mes lèvres. Parce qu’à cet instant, il est monstrueux, plus terrifiant que jamais. J’ai réellement le sentiment d’avoir affaire au collecteur cette fois, le vrai, pas la version soft, il s’agit véritablement du psychopathe.

— Réponds, rugit-il.

Je secoue la tête de droite à gauche cherchant une façon de me sortir de cet énorme pétrin, échapper à sa colère, sa rage, sa vengeance. Son châtiment sera à la hauteur de l’offense et tout m’indique que cette fois, je vais souffrir. Vraiment subir sa fureur.

Je sursaute lorsqu’une détonation fend le silence de la pièce. Elle est suivie par de nombreux cris. Et alors que mes yeux se posent sur Roméo, je le découvre avec une arme à la main, pointée vers le sol, en direction d’un corps… Mes yeux se remplissent de larmes et je plaque ma main devant ma bouche camouflant un énorme sanglot tandis que je regarde le corps sans vie d’une stripteaseuse. Casey est étendue sur le sol, face contre terre, un trou se trouve à l’arrière de son crâne d’où s’échappe du sang.

— Réponds, répète-t-il en pointant son arme sur une autre tête.

Miranda éclate en sanglots et place ses mains sur son crâne comme si ça allait la protéger de la balle. Une main devant la bouche, les yeux larges dégoulinant silencieusement de larmes, tétanisée par la peur, je n’arrive pas à croire que cette scène est bien réelle. Je ne bouge pas, ne parle pas, ne respire pas et fixe le corps sans vie qui git aux pieds de Roméo.

De nouveau, une détonation se fait entendre, mon souffle revient et je mets à hurler en même temps que tous les autres. Plusieurs personnes bougent, se lèvent, cherchent à s’éloigner du fou... C’est la cohue jusqu’à ce qu’une vive déflagration résonne dans toute la pièce et alors tout le monde se couche à nouveau sur le sol. Gianni apparait de nouveau dans mon champ de vision, arme à la main, pointée vers le ciel.

— Personne ne bouge, rugit-il. La prochaine fois, je tire dans le tas.

Je n’ai toujours pas changé de position, j’en suis incapable, mais mes yeux trouvent la source de ma terreur, comme aimantés par cet immense danger. À ses pieds, en plus des deux cadavres des stripteaseuses, git le corps d’un videur de l’établissement, le nez en sang, la gorge tranchée, les yeux exorbités.

— Le prochain qui joue les héros, je le démembre devant tout le monde, menace le fou aux vêtements et aux mains tachées du sang de ses victimes.

Un nouveau sanglot s’échappe de mes lèvres. Mes jambes se dérobent et je tombe à genoux.

— Dis-moi comment tu as fait pour les prévenir, m’ordonne-t-il encore en pointant son arme sur un autre crâne.

— Réponds-lui, putain, s’insurge Romano dans un autre coin de la pièce.

Plusieurs personnes m’encouragent également dans ce sens et sous la pression générale, en plus de celle du regard meurtrier de Roméo, je craque.

— Je leur ai envoyé une lettre, crié-je en larmes.

Roméo éloigne son arme du crâne d’Ashley.

— Enfin, dit-il en soufflant exagérément, comme s’il venait de terminer une séance de sport. J’ai cru que tu voulais que je tue tout le monde.

De sa main libre, il écarte les boucles brunes qui lui tombaient sur les yeux puis pousse un nouveau soupir avant de tourner sur lui-même. Il regarde ses victimes ainsi que toutes les personnes prostrées sur le sol, terrorisées par sa folie. Puis son regard se pose sur moi et mon cœur manque un battement.

— Lequel d’entre eux t’a aidée ? demande-t-il en balayant l’assemblée de la main.

L’abattement me tombe dessus. Ce n’est pas fini, il n’en a pas encore terminé avec son massacre.

— Arrête. S’il te plait, arrête, le supplié-je à genoux, des larmes plein les yeux.

— Donne-moi le nom de la personne qui a envoyé ta lettre et j’épargnerai les autres, me dit-il calmement.

Son ton est beaucoup trop calme pour un tel moment. Il est en train de menacer de mort une vingtaine de personnes et il le fait avec une sérénité terrifiante.

Il pointe son arme sur la tête de Lisa, proche de lui à ce moment-là.

— Elle ?

Je secoue négativement la tête.

— Non ! Arrête, je t’en prie, ne fais pas ça, le supplié-je.

Il tire. Je hurle ma peine en voyant le corps de Lisa tomber sur le sol face contre terre. Je me plie en deux sous la force de mon chagrin et de ma terreur jusqu’à ce que ma tête repose sur le sol.

— Qui l’a aidée ? rugit-il à l’attention de toute l’assemblée.

— C’est forcément Arielle, s’immisce Jenna. Elles sont toujours ensemble.

Je relève brusquement la tête et croise le regard paniqué de mon amie qui oscille entre la stripteaseuse qui vient de balancer son nom, Roméo et moi.

— Arielle, répète le monstre en repérant sa victime au milieu des autres.

Je pousse sur mes pieds pour me remettre debout, mais entre la précipitation et le fait que tous mes membres tremblent comme des feuilles, je retombe immédiatement sur le sol.

— Arrête, crié-je en tendant désespérément la main devant moi.

Je pousse une nouvelle fois sur mes pieds alors qu’il arrive près d’Arielle et parviens à me lever cette fois tandis qu’il pointe le canon de son arme en direction de la tête de la rousse.

— Non, crié-je en me précipitant vers eux.

Je me jette par terre sans réfléchir et me place entre l’arme de Roméo et mon amie.

— Ce n’est pas elle, affirmé-je en secouant la tête.

Sans réfléchir, je saisis son canon et le dirige vers mon crâne.

— Tire sur moi. C’est moi. Je suis la seule coupable. Tue-moi, me précipité-je de dire.

— Ton tour viendra, ne t’inquiète pas. 

D’un geste brusque, il retire le canon de ma main et vise une autre tête. Le regard mauvais, la bouche tordue dans une grimace effrayante, il tire en me regardant droit dans les yeux.

Je me mets à hurler et essuie frénétiquement mon visage des projections que je viens de recevoir avant d’attraper ma tête entre mes mains et me remettre à pleurer.

— Tu es responsable de toutes ces morts, Leona. Obéis. Donne-moi ce putain de nom, grogne-t-il au-dessus de ma tête. 

Je me balance d’avant en arrière alors que l’image du meurtre de Pamela se rejoue très nettement dans ma tête. J’étais si près que… Je couine de douleur lorsqu’il empoigne mes cheveux et me force à relever les yeux vers lui.

— Je te donne deux secondes avant de buter le prochain et n’essaie pas de me mentir, je le saurai.

Désespérée, les yeux larmoyants, je balaie la salle du regard pour y chercher un peu de soutien, mais je ne vois que des mines apeurées et contrariées, ils me fusillent du regard comme si j’étais celle qui les abattait les uns après les autres. Il n’y en a qu’une qui n’ose pas me regarder, Sharon garde la tête baissée en direction de ses cuisses, les épaules affaissées et tremblantes, je devine qu’elle pleure, sachant parfaitement que, comme moi, elle vit ses dernières heures. Reste à savoir si nous tenons réellement à emporter tous ces innocents avec nous.

— Donne-lui ce putain de nom, me hurle Jenna. Je ne veux pas crever pour tes conneries, putain, j’ai des gosses !

Lisa aussi en avait.

En sanglotant, je relève les yeux vers Roméo et d’une voix chevrotante, je lui donne satisfaction pour sauver les autres.

— Sharon.

Tous les regards convergent vers elle tandis qu’en entendant son nom, elle pousse un sanglot déchirant. Il relâche mes cheveux et tourne les talons pour se diriger vers la blonde. Tous ceux qui se trouvaient autour d’elle s’éloignent spontanément. Les gens s’écartent du passage de Roméo lui créant presque une haie d’honneur jusqu’à sa victime qui n’ose toujours pas lever la tête, refusant de voir la mort en face.

Il la contourne afin de se placer face à moi. Il ne veut pas que je manque une miette de l’exécution de celle qui m’a aidée. Il range son arme puis, d’un geste sec et brutal, il lui assène un coup de genou dans la tête. Elle hurle de douleur tandis que tout le groupe couine de surprise puis elle tombe à la renverse.

À partir de là, Roméo s’acharne sur elle, entre coups de poing et de pied, il frappe son corps à un rythme infernal, de façon si rapide et violente que ça en parait inhumain. Il se moque qu’elle soit une femme sans défense, un adversaire plus faible que lui qui ne se bat pas en retour. La bête n’a ni âme ni principes. Il la bat à mort devant nous et malgré tous ses hurlements de détresse déchirants, personne ne bouge, personne ne lui vient en aide. J’en viens même à fermer les yeux, comme les autres, pour me convaincre que cette scène n’existe pas. Qu’en ne voyant pas le crime, je ne peux pas intervenir et que je ne suis pas l’horrible personne qui a condamné cette femme en lui demandant son aide.

Ce n’est que lorsque je n’entends plus ses cris ni les coups de Roméo que j’ouvre à nouveau les yeux. Le monstre est penché au-dessus de son corps, un couteau dans la main, je devine facilement ce qu’il est en train de dessiner sur le visage de Sharon. Cette dernière ne bouge plus, ne couine même pas en sentant sa lame dans son front et je comprends qu’elle est déjà partie. Malgré tout, Roméo achève son travail en lui tranchant la gorge et j’étouffe de nouveaux sanglots.

Je suis tellement désolée.

— Qui d’autre ? grogne le fou.

Je relève brusquement les yeux vers lui et croise son regard toujours aussi noir et meurtrier. Il est toujours assoiffé de sang malgré le carnage qu’il vient de commettre. Ce n’est pas terminé. Mon rythme cardiaque remonte en flèche.

— Personne, me précipité-je de dire. Je te le jure. Personne d’autre.

— Personne d’autre n’était au courant de votre plan ?

Je hoche négativement la tête, si vivement que ça m’en donne le tournis.

— Personne ne les a entendues discuter de ce plan ? crie-t-il à l’assemblée.

Il est si enragé qu’il en bave, crachant ses postillons partout autour de lui. Il est fou, complètement fou. On dirait un animal sauvage venant tout juste de déchiqueter sa proie et déjà prêt à bondir sur la suivante.

Évidemment, personne ne parle et ils remuent tous négativement la tête.

— Vous les auriez dénoncées sinon, n’est-ce pas ? continue Roméo.

Il balaie le groupe du regard et comme de bons soldats, ils hochent tous positivement la tête. Satisfait, il pousse un soupir de contentement, comme s’il était fier de l’effort accompli puis il replace une nouvelle fois ses cheveux mouillés de transpiration correctement afin que ses boucles ne lui obstruent pas la vue.

— Romano, dit-il subitement d’une voix douce extrêmement fausse en se rapprochant du videur. Tu n’as rien vu ni entendu ?

Il hoche négativement la tête et Roméo sourit cruellement.

— C’est pourtant arrivé sous ta surveillance. C’est à toi de garder un œil sur les putes. C’est ton job. Ta mission. Tu es payé pour ça, Romano, grogne-t-il en s’abaissant au niveau du visage du videur. C’est toi qui t’assures qu’elles ne font pas de connerie, comme aider ma prisonnière à contacter l’extérieur.

Des gouttes de sueur perlent sur le front de l’accusé de façon très visible.

— Je… Je n’ai pas… Tu n’as également rien remarqué, rétorque finalement Romano.

Mes yeux s’élargissent et j’entends autour de moi plusieurs personnes retenir leur respiration, c’était la pire phrase à dire à Roméo à ce moment-là.

— Seulement, moi, ce n’est pas mon job, riposte calmement le collecteur. Mon rôle à moi c’est de punir, pas de surveiller. Est-ce que je fais bien mon taf, Gianni ? demande-t-il en tournant la tête vers le cadet des Bellochi.

— Tes méthodes sont efficaces d’après moi, acquiesce-t-il, un sourire cruel aux lèvres tout en continuant de tenir en joue toute la salle. Et très divertissantes.

Roméo lui sourit en retour avant de reporter son attention sur Romano.

— J’ai puni Sharon et m’occuperai ensuite de Leona, affirme-t-il, me provoquant d’intenses sueurs froides. Mais je n’aurais pas eu à le faire si tu n’avais pas failli à ta mission, Romano.

— Si tu m’avais laissé m’occuper d’elle la dernière fois, cette pute n’aurait jamais osé nous la mettre à l’envers, crache hargneusement Romano en donnant un coup de menton dans ma direction.

— D’après toi, j’ai été trop laxiste avec elle ? l’interroge Roméo.

J’avale péniblement ma salive et ferme les yeux, certaine qu’il s’agit d’une question piège, celle qui déclenchera la fureur de la bête. Je refuse de voir ça, je ne veux plus être témoin de toute cette violence, je…

— Qu’est-ce que tu en penses, Leona ?

Je sursaute et ouvre brusquement les yeux en sentant son souffle sur mon visage.

 

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