Vivez mieux et plus longtemps

Cymes Michel · Chapitre 34 sur 117

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Vivez mieux et plus longtemps

La face cachée du bio

Première observation, à l’issue de l’IRM : la zone de récompense du cerveau réagit différemment, selon que l’on ingère du soda classique ou du soda allégé. Dans le premier cas, elle est pleinement satisfaite. Dans le second, ce n’est pas le cas : la personne va donc compenser en mangeant plus au repas suivant.

La thèse de ces spécialistes repose sur une intuition simple : depuis la nuit des temps, le corps associerait naturellement l’énergie et le goût sucré. Qui boit un soda classique fournit ce goût sucré et cette énergie sous forme de calories à dépenser. Le cerveau est alors content. En revanche, qui absorbe un soda allégé fournit le goût sucré, certes, mais sans les calories ! Déçu, le corps aurait alors tendance à réclamer plus quand on se met à table, nous incitant à manger davantage que de coutume. Et donc à ingérer plus de calories que de raison.

Bien sûr, il existe des études qui disent le contraire. Mais elles sont souvent financées par des industriels qui prospèrent grâce aux édulcorants. À vous d’en tirer les conclusions…

En résumé, retenez que le light ne fait pas maigrir. Quand il ne fait pas tout bêtement grossir… C’est une invention qui, sous couvert de se préoccuper de votre tour de taille et de votre santé, permet aux géants de l’agroalimentaire de décliner un même produit sous plusieurs formes pour des raisons marketing : un produit d’une même marque existant sous deux formes (classique et allégée) occupera toujours plus de place dans les rayons des supermarchés que s’il n’existe que sous sa seule forme classique. Je connais même une boisson gazeuse de couleur brune qui se décline sous sa forme classique (étiquette rouge), sous sa forme « light » (étiquette grise), sous la forme « zéro » (étiquette noire) et sous sa forme « life » (étiquette verte). Quatre produits au lieu d’un seul ! L’attention du consommateur est d’autant mieux captée. Et les affaires d’autant plus juteuses…

 

La face cachée du bio

Depuis quelques années, la France s’est mise au bio. Plus qu’une mode, une nécessité qui répond au bon sens de tous ceux qui veulent se protéger de la malbouffe. Car la nourriture issue de l’agriculture biologique contiendra toujours moins d’engrais et de pesticides que celle, classique, dont nous a goinfrés l’industrie alimentaire depuis qu’elle a pris le pouvoir sur le contenu de nos assiettes. Il a en outre été démontré qu’entre autres bienfaits, le bio est meilleur que le conventionnel pour ce qui est de la teneur en fer, en magnésium, en antioxydants et en vitamine C, notamment pour la pomme de terre. Bref, c’est la fête au bio et tout le monde se rue sur les produits estampillés AB (pour Agriculture Biologique), quitte à dépenser plus, sans se douter qu’on nous cache deux ou trois petites choses sur lesquelles j’aimerais m’attarder ici.

Assurément, il rassure, ce label AB. C’est déjà mieux que rien. C’est la signature de l’Agence française pour le développement et la promotion de l’agriculture biologique, il appartient au ministère de l’Agriculture et il voisine, sur nombre de produits, avec ce qu’on appelle l’Eurofeuille, qui n’est rien moins que le logo bio de l’Union européenne. Et c’est bien là le problème. Les exigences de l’Europe, en matière de bio, sont moindres que celles du bio français quand il a créé son logo. Et comme la France s’est alignée peu ou prou sur les standards européens, elle est devenue moins exigeante, moins regardante, au point d’en arriver à accorder son logo AB à des produits sur lesquels il y aurait beaucoup à redire.

La faute à qui ? À la grande distribution… Constatant le succès du bio, alléchée par les profits qu’elle pouvait en tirer, elle s’en est emparée. Avec la bénédiction de Bruxelles, elle s’est efforcée de produire plus pour fournir plus, quitte à jeter aux orties quelques principes fondamentaux de l’agriculture biologique. C’est ainsi que les espaces d’élevage se sont agrandis, multipliant les risques sanitaires. C’est ainsi qu’on s’est mis à importer des produits dont la traçabilité est compliquée. C’est ainsi qu’est apparu le jambon labélisé bio sans que l’on s’attarde outre mesure sur les conditions de cuisson de la viande. Oh, simple broutille : elle est cuite avec un sel mélangé à du nitrite de sodium, histoire de s’assurer que le jambon restera bien rose, cette couleur ayant l’avantage de rassurer le consommateur. Bref, de concessions en concessions faites aux industriels du bio, le logo AB a un peu perdu son âme… D’autant que le bio n’est pas seulement une affaire de culture débarrassée de produits chimiques. C’est aussi une affaire d’éthique. Et sur ce plan-là, les industriels ne sont pas toujours (c’est un euphémisme) à la pointe du progrès social. Vous seriez attristés de découvrir, dans le sud de l’Espagne, les conditions de vie et de labeur de ces femmes et de ces hommes venus d’Europe de l’Est et qui, payés à la catapulte, cueillent de rouges tomates, de verts concombres et de pulpeuses fraises qui finissent dans les rayons bio de nos supermarchés.

Vous le savez, chez les écolos, quand il y a désaccord, il y a engueulade et scission dans la foulée. La vie politique française est là pour nous le rappeler à échéances régulières. Avec le label AB, ça n’a pas loupé. Quelques « purs et durs » du bio, soucieux de ne pas trahir les fondements de leur démarche, ont créé d’autres labels, non reconnus (donc non subventionnés), mais sur lesquels vous serez bien inspirés de garder un œil : Bio-Cohérence, Nature et Progrès, Demeter, tous moins laxistes que l’Europe, sans oublier les Amap et La Ruche qui dit Oui !, qui vous proposent de recevoir à échéance régulière des produits alimentaires issus de l’agriculture paysanne. Avec eux, on sait qui produit, et dans quelles conditions. Car le bio, c’est bien, mais c’est encore mieux quand on sait d’où ça vient.

 

En marge de la folie du bio, se développe une pratique : le

locavorisme. Comprenez l’art de manger local. Ce terme a fleuri dans le cortex d’une Californienne, il y a une dizaine d’années. Son nom : Jessica Prentice. Son obsession : ne manger que des choses produites à moins de 100 miles de sa maison. En agissant ainsi, elle fait diminuer le coût carbone de son assiette, se satisfait de fruits et de légumes de saison, frais, et tisse un lien privilégié avec les agriculteurs qui la fournissent. Appliqué à la France, 1 mile équivalant à 1 609 mètres, le locavoriste que vous serez peut-être bientôt pourra s’approvisionner dans un rayon de 160 kilomètres et 900 mètres. Allez, 161 kilomètres, j’arrondis, c’est cadeau…

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