Vivez mieux et plus longtemps
Le mirage de la testostérone
Stretching, yoga ou tai-chi-chuan, vous n’avez plus qu’à faire votre choix, en privilégiant les séances collectives : d’abord parce que c’est plus agréable, ensuite parce que vous aurez toujours besoin d’un professeur qui vous guidera et vous empêchera de faire de mauvais gestes, ce qui aboutirait à l’inverse de l’effet recherché.
Le mirage de la testostérone
Je ne vais pas entamer ici un énième plaidoyer contre le dopage mais simplement m’attarder sur une pratique qui, hélas ! a tendance à se développer dans le milieu sportif amateur : la prise de testostérone. Je m’adresse là non pas à ceux qui ont une activité physique raisonnable et régulière mais aux apprentis champions qui, s’étant mis en tête de battre toujours plus de records personnels ou n’acceptant pas, avec l’âge, le déclin de leurs performances, sont prêts à livrer leur corps et leur santé au premier médecin sans scrupule venu, ou à dealer dans les arrière-salles de certains clubs de gym. Je voudrais leur détailler les raisons physiologiques pour lesquelles ils sont tentés (histoire de déculpabiliser) et les mettre en garde sur les conséquences auxquelles ils s’exposent (histoire de mobiliser).
La testostérone, c’est l’hormone du désir, de la libido mais aussi l’hormone du muscle. Son taux varie d’un homme à l’autre : il va de 2,5 à 10 nanogrammes par millilitre (un nanogramme, c’est 10 puissance – 9 gramme…). À 2,5 nanogrammes, vous avez la force et la libido d’un pétoncle. À 10, vous êtes, disons, hyperactif… La pratique régulière de sports intenses (genre le marathon) peut conduire à l’épuisement de la testostérone… De là vient la tentation de se doper : on veut rééquilibrer son taux en se gavant de stéroïdes anabolisants sous forme de comprimés, de gels ou par injections… Cette envie peut être d’autant plus pressante que l’on vieillit : il faut savoir qu’à partir de 50 ans, l’homme perd 1 % de testostérone par an. Il expérimente par ailleurs des choses aussi réjouissantes que la fonte musculaire, la perte de force et de poils, la prise de gras notamment au niveau de l’abdomen. Il peut mal le vivre et ce n’est pas l’humour ambiant et un rien vachard, qui se gausse de « la maladie du boulanger » (« La maladie du boulanger, c’est quand la brioche tombe sur la baguette… »), qui va lui remonter le moral…
Pourtant, je ne saurais trop vous conseiller de ne pas mettre le doigt dans l’engrenage du dopage. D’abord, il faut savoir que le mot « anabolisant » veut dire « médicament qui favorise la construction de tissus à partir de substances nutritives ». Autrement dit, ça fait prendre du muscle, ce que l’on a pu vérifier à maintes reprises chez des sportifs médiatisés qui disparaissaient de la circulation pendant des mois pour réapparaître un jour, plus musclés que jamais. Malheureusement, quand ils disparaissent de nouveau, c’est pour endurer les effets secondaires qui les touchent aussi, tant physiquement que psychiquement. La liste en est longue :
– lésions tendineuses : trop de muscle par rapport aux tendons qui, eux, restent les mêmes,
– apparition d’acné,
– développement des seins (chez l’homme),
– augmentation de la libido (chouette) mais aussi de l’agressivité (nul),
– problèmes et arrêts de croissance chez l’enfant,
– chute des cheveux,
– cancers de la prostate ou du foie (chez l’homme),
– apparition de diabète,
– virilisation (chez la femme),
– infertilité ou stérilité par diminution de la fabrication des spermatozoïdes qui, comme chacun sait, sont fabriqués par les testicules (c’est leur fonction exocrine), lesquelles fabriquent aussi la testostérone (c’est leur fonction endocrine).
À ces troubles, dont je précise qu’ils sont pour la plupart irréversibles, s’ajoutent de possibles modifications suspectes. Je me rappelle ces athlètes américains qui attendaient tous d’avoir 20 ou 25 ans pour se faire poser des appareils dentaires. On nous a expliqué qu’ils faisaient cela dans le cadre d’un rééquilibre général de la posture et de leur centre de gravité, histoire d’améliorer leur technique de course. En fait, la prise de stéroïdes anabolisants favorise certains développements osseux, notamment au niveau de la mâchoire inférieure ; et il y a fort à parier que certaines stars de l’athlétisme se sont retrouvées prognathes avec des dents qui se déchaussaient trop facilement ! N’allez cependant pas imaginer qu’un sportif qui porte un appareil dentaire est forcément suspect. La bonne santé dentaire est, particulièrement pour ceux qui ont fait du sport leur métier, un gage de diminution des blessures musculaires.