Vivez mieux et plus longtemps
L’alcool est un menteur
« Un verre ça va, trois verres bonjour les dégâts », vous vous rappelez ? Et ceci : « Tu t’es vu quand t’as bu » ; vous vous rappelez aussi ? Depuis des décennies, les publicitaires rivalisent de créativité pour, à grands coups de slogans inoubliables qui font leur fortune, nous alerter sur les dangers que représente l’abus d’alcool. Mon approche sera sans doute moins amusante, mais plus scientifique et axée sur le conseil… Quoique je puisse, moi aussi, céder à la mode du slogan. Dans ce cas, j’inventerais volontiers un truc du style : « L’alcool vous ment ! »
Qui n’a jamais cédé à l’euphorie du champagne ? Qui n’a jamais goûté cette sensation de bien-être qui vous envahit, vous fait rire aux éclats et parler avec brio, une coupette à la main ? Attention, l’alcool vous ment ! Les boissons à bulles qui contiennent du dioxyde de carbone provoquent une élévation du taux d’alcoolémie plus rapide que les autres. Les bulles faciliteraient le passage de l’alcool dans le sang. De plus, en accélérant la vidange de l’estomac vers l’intestin, elles entraîneraient une absorption plus rapide de l’alcool dans l’intestin grêle.
Comme vous le voyez, il s’en passe, des choses, dans votre petit corps de rêve, quand l’alcool (champagne ou autre) y coule à flots ! Il s’en passe, jusque dans le cortex : la désinhibition agit, vous vous sentez invulnérable alors qu’en réalité vous l’êtes plus que jamais…
Oui, l’alcool vous ment ! Car pendant que vous rigolez, il agit en douce sur votre système nerveux central. Donc, pour ne pas en décupler les effets, en raison du potentiel de dangerosité que cela représente, il convient de ne pas l’associer à d’autres substances psycho-actives, comme par exemple les médicaments anxiolytiques ou des drogues comme le cannabis (dont je rappelle aux amnésiques que la consommation est théoriquement interdite, alcool ou pas…). Il existe une synergie renforçatrice entre tous ces produits dont les effets dépresseurs conjugués sont exponentiels.
Oui, l’alcool vous ment ! Il peut avancer masqué, maquillé par des marketeurs de talent, caché dans les bières aromatisées, les rosés-pamplemousse et autres blancs-pêche qui fleurissent aux terrasses des cafés et dans les soirées. Ces boissons prétendument haut de gamme rencontrent un succès croissant. Colorées, fraîches, au goût agréable, sans amertume, faciles à boire, elles cachent bien leur jeu en parvenant à faire oublier qu’elles sont alcoolisées ; on en prend et on en reprend, vu qu’on ne sent rien… Mais elles vous préparent les mêmes effets secondaires qu’un alcool classique…
Vous buvez, vous êtes bien, vous avez chaud, vous vous découvrez… Attention, l’alcool vous ment ! N’oubliez jamais que les sensations qu’il produit sont trompeuses. Cette chaleur qui vous gagne le verre à la main n’est due qu’à une dilatation des vaisseaux sanguins sous la peau. L’alcool, en effet, ne fait que déplacer la chaleur interne pour l’apporter à la surface de l’organisme.
Vous êtes toujours aussi bien, vous vous autorisez un énième « petit dernier », vous avez encore plus chaud. Et pourquoi pas une cigarette ? L’alcool est un puissant stimulant de l’envie de fumer. Après tout, culturellement, les deux gestes sont fortement associés. Vous ne le sentez pas, mais votre corps souffre. En silence. Il garde l’info pour lui. Lui aussi vous ment ! Par omission. Sous l’influence de l’alcool. Car pendant que vous rigolez, les reins carburent et le foie tourne à bloc. Les reins ? Ils sont fortement sollicités pour éliminer l’alcool, et pour cela, ils utilisent principalement de l’eau. Conséquence, vous vous déshydratez. Ah, tout ce liquide ! À boire sans soif, vous croyez vous hydrater ? C’est l’inverse qui se produit. Mais comment le savoir, puisque l’alcool vous ment ! Quant au foie, il métabolise l’éthanol. Ce faisant, il le transforme en acétaldéhyde et c’est à ce stade que les choses menacent de dégénérer. Cette substance peut en effet causer des nausées, des vomissements, des sueurs… Si vous avez forcé, le moment de payer l’addition arrive, et elle sera d’autant plus salée, l’addition, que l’organisme déshydraté est soumis à un stress généralisé.
Alors vient le temps des regrets : « J’aurais pas dû. » Et celui des résolutions : savoir se contenter de 4 verres standards en une seule occasion, la consommation ponctuelle excessive conduisant à l’ivresse et à l’intoxication alcoolique aiguë, toxique pour l’organisme.
L’alcool, ce gros menteur, a un autre défaut : il ignore la parité. Femmes et hommes sont inégaux devant sa puissance mensongère. À consommation égale, vous êtes, Mesdames, plus sensibles à ses effets que vous, Messieurs. C’est un fait biologique. Le sexe n’est d’ailleurs pas le seul paramètre à influer sur l’élimination sanguine. La corpulence, l’âge, le patrimoine génétique sont aussi des facteurs à prendre en considération pour comprendre les différences face aux effets de l’alcool et de sa toxicité.