Ces gens-là

Chico Buarque · Chapitre 10 sur 63

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Ces gens-là

São Paulo, le 27 janvier 2019

Chère Maria Clara,

Seule une amitié aussi longue que la nôtre me permet de vous écrire ce message, qui frôle les limites que la discrétion et l’éthique professionnelle m’imposent. Il s’agit d’un sujet fort délicat, et sans doute avez-vous deviné que je viens vous parler de Duarte, ce que je ne pouvais faire tant qu’il était marié à cette « artiste » et que votre relation avait tourné au vinaigre. Quoique à distance, je vous ai soutenue quand je l’ai vu se lancer dans une telle aventure, cela fait déjà trois ou quatre ans, certainement pas plus de cinq, lorsque nous avons publié son dernier roman. Depuis lors, Duarte a promis puis ajourné la remise de nouveaux feuillets. Mais voilà que l’autre jour, afin d’hypothéquer une nouvelle avance, il m’a envoyé des esquisses « mal fagotées » d’un roman que notre maison d’édition sera visiblement dans le devoir de refuser. La simple lecture des premières pages prouve combien vous avez été importante dans la carrière de votre mari, bien au-delà de la seule révision grammaticale que vous faisiez par amour ou affection, ce qui lui a évité bien des déconvenues. Les mauvaises langues, que je rejoins presque, disent ici que vous réécriviez ses livres de la première à la dernière ligne. Ne vous effrayez point, Maria Clara, je ne vous suggérerai pas de renouer un mariage au nom de la « patrie littérature ». J’espère néanmoins que vous réfléchirez à un rapprochement intellectuel, indispensable pour le futur de notre Duarte, d’autant plus qu’il est le père de votre fils.