Ces gens-là
19 avril 2019
Allô, dit-elle d’une voix plaintive, mais sa voix plaintive est bon signe pour moi. Je lui ai manqué au lit hier matin, car comme la majorité des femmes, elle aime s’endormir et se réveiller à côté de l’être aimé. Alors je lui promets de dormir en cuillère la prochaine fois, si elle m’accorde le plaisir d’une prochaine fois. Nous aurons de nombreuses prochaines fois, si ça ne dépend que de Rosane, autant de fois que son agenda le permettra. Pour faciliter la chose, je propose de me tenir toujours prêt dans son appartement. Je peux m’y installer aujourd’hui même, et je m’excuse dès à présent d’avoir renversé son bonhomme, que je remettrai debout avec l’aide du portier. Cela ne me dérange pas d’habiter seul pendant que je l’attends, je peux bien me contenter de deux vêtements de rechange et de mon ordinateur portable. J’utiliserai la salle de bains avec parcimonie, préparerai moi-même des repas frugaux et, dans la mesure du possible, je contribuerai aux dépenses ménagères. Mais Rosane trouve que cette proposition est absurde, ce serait revivre la relation que nous avions face à la plage, alors qu’elle a maintenant un amant là-haut, dans la forêt. De mon point de vue, pourtant, elle est toujours cette femme engagée dans la forêt qui rencontre son amant en bord de mer. Napoleão ne va pas être d’accord, dit Rosane. Comment ça ? Je voudrais bien savoir quand est-ce qu’elle m’a demandé la permission de batifoler avec le vieux pendant notre mariage. D’après elle, Napoleão est cool, ouvert d’esprit, mais ça ne veut pas dire qu’il accepte tout ; c’est une chose de vivre ses aventures quand elle veut, c’en est une autre d’avoir un amant à demeure dans son appartement. S’il ne manquait plus qu’elle dise que le cocu est au courant pour nous, désormais il ne manque plus rien : il a non seulement autorisé, mais encouragé notre rendez-vous et attendu avec impatience son récit le lendemain matin. Il souhaite maintenant me rencontrer personnellement, car il entend déjà mon nom tous les soirs.