Ces gens-là

Chico Buarque · Chapitre 1 sur 63

Pages du PDF

Ces gens-là

13 décembre 2016

Pour commencer par le commencement, le petit Noir jure qu’il se souvient que sa mère lui avait chanté un ponto de macumba dès sa venue au monde. Avant même de pouvoir la regarder, il l’entendait, car l’audition, tout comme l’odorat, est antérieure à la vue ; en vérité, comme ses sens étaient encore imprécis, il confondait, nouveau-né, la voix de sa mère avec l’odeur du lait. Plus tard, à l’époque où elle était employée comme cuisinière chez un chef d’orchestre italien, elle abandonna la macumba pour chanter à l’église. Comme elle emmenait son fils au travail, la femme du chef d’orchestre, une blonde très catholique, se prit d’affection pour le petit garçon, mais réprimandait la mère chaque fois qu’elle chantait distraitement dans la cuisine. Un jour, pour agacer la patronne, l’enfant chanta à la place de sa mère. Cela éveilla aussitôt l’intérêt du chef d’orchestre, qui l’initia à l’opéra, aux partitions et au solfège, jusqu’à ce qu’il atteigne au sublime en chantant les arias de Mozart. Cette voix d’ange…