Ces gens-là
Rio, le 27 octobre 2017
Bien cordialement,
Maria Clara Duarte
Rio, le 27 octobre 2017
Monsieur,
Celle-ci est la dernière « impertinent letter » que je vous adresse. Sachez que j’envisage simplement de ne pas signer la traduction de votre long roman, ou d’employer un pseudonyme. Si je n’ai pas encore pris cette décision, c’est que je crains que mon éditeur ne réduise mes honoraires au strict minimum, c’est-à-dire dix dollars le feuillet, soit environ quatre-vingts dollars la journée, ce qui conviendrait au travail d’une dactylographe rapide. Vous n’y êtes pour rien, mais je ne gagne pas ma vie grâce à la littérature ; je vis de traductions simultanées lors de congrès et séminaires. La littérature, pour moi, ne devrait être que source de plaisir, car elle ne me permettrait pas de subvenir aux besoins de mon fils qui, ce n’est un secret pour personne, a un père absent et demande des soins particuliers.
Je suis certaine que votre roman remportera, malgré tout, un grand succès commercial dans mon pays.
Je vous adresse cordialement mes adieux,