Correspondance - Tome III
À Maurice Schlésinger ................................................. 97
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 29 parties.
Il doit y avoir dans quinze jours des courses à Rouen. J’aurai peut-être la visite de Claudin. Ce sera le seul astre de mon été !
Les répétitions de Dolorès aux Français commencent mercredi prochain. Quant à Faustine, je soupçonne Fournier de méditer quelque farce désagréable à son auteur. Joli monde ! joli ! joli !
Allons ! ne vous embêtez pas trop. Et pensez à moi, qui vous embrasse tous les deux tendrement.
À JULES DUPLAN
[Croisset,] lundi soir [14 juillet 1862].
Cher Vieux,
– 332 –
Vous pouvez envoyer chercher le manuscrit, chez Du Camp (il est maintenant à Bade), rue du Rocher, 43, où Jen-ny le remettra au porteur ; c’est convenu. Que ton frère le garde jusqu’à nouvel ordre. Pas de nouvelles de Lacroix. – Au reste, peu m’importe ! L’idée seule de Salammbô m’assomme comme si on me foutait un coup de bâton sur la tête.
Monseigneur doit arriver à Paris ; surveille-le un peu. Il m’a l’air tout disposé à se laisser mener par cet âne de Thierry. Voilà Beauvallet parti, ce que je juge déplorable, et par sa négligence il perd Plessy, qui est seule capable de jouer sa duchesse. Monseigneur est si bon ! Mais pour at-teindre d’abord à un canonicat, il faut s’y prendre autrement.
Je ne suis pas gai, mon pauvre vieux. Peu d’imagination ; le petit bonhomme se sent usé ; je rêvasse, je patauge. Tout ce que j’entrevois me semble impossible ou déplorable. Et toi ? Édouard m’a dit que tu n’étais guère hi-lare, ta boutique allant médiocrem[ent].
Peux-tu me dire si Théo est revenu d’Angleterre et s’il a fait un ou des articles au Moniteur ? La suppression du mu-sée Campana a dû mettre les Cornu dans un bon état. Voilà ce que l’on gagne à servir les souverains.
Adieu, pauvre vieux.
Je t’embrasse tendrement.
Ton
Stimule Monseigneur.
– 333 –
P.S. – J’ai découvert un abbé Pruneau. Ainsi s’appelle le grand vicaire actuel de l’évêque de Meaux.
À MADAME JULES SANDEAU
Croisset, lundi 14 [juillet 1862].
Vous devez être bien contente, maintenant que vous avez votre cher fils. Aussi, ne me suis-je pas trop pressé de vous répondre. Sa compagnie doit vous tenir lieu de tout plaisir, en admettant que vous en ayez un peu à lire mes tristes lettres.
Je suis comme le temps, sombre et sans soleil. Mainte-nant que je n’ai plus de travail suivi, je ne sais que devenir. Je rêvasse et je patauge au milieu d’un tas de plans et d’idées. La moindre chose que j’entrevois me semble impos-sible ou inepte. J’avais pris un sujet antique pour me faire passer le dégoût que m’avait inspiré la Bovary. Pas du tout ! Les choses modernes me répugnent tout autant ! L’idée de peindre des bourgeois me fait d’avance mal au cœur. Si j’avais dix ans de moins (et quelque argent de plus) j’irais en Perse ou aux Indes, par terre, pour écrire l’histoire de Cam-byse ou bien celle d’Alexandre. Voilà au moins des milieux qui vous montent le bourrichon. Mais s’exalter sur des mes-sieurs ou des dames, je n’en ai plus la force. Je lis de droite et de gauche, je dors beaucoup, je m’ennuie considérable-ment, et je ne trouve rien. Tel est mon état.
Vous verrez probablement un de ces jours Bouilhet. Il vous expliquera sa conduite envers Mme Plessy et comment il n’a pu, jusqu’à présent, rien faire à cet endroit. Tâchez de les réconcilier et d’arranger les choses. Je regarderais
– 334 – comme déplorable, pour la pièce de Bouilhet, que Mme Plessy n’eût pas le rôle de la duchesse.
Mais notre ami Bouilhet (entre nous – je dis entre nous, car ce reproche mérité le révolte) est d’une lourdeur, d’une négligence, d’une maladresse, d’une veulerie insigne dans toutes les choses de ce monde. Il a besoin, dans son intérêt, qu’on le surveille et qu’on le pousse. Et encore !
Du Camp m’a écrit de Naples, deux fois, de vous en-voyer mille bons souvenirs. Il est maintenant à Bade.
Je ne sais encore si j’irai à Vichy au mois d’août. En tout cas, nous nous reverrons au milieu de septembre.
Adieu. Bonne humeur et bonne santé. Je vous baise les mains bien tendrement.
À ERNEST FEYDEAU
[Croisset,] dimanche [20 juillet 1862].
Si j’ai été tant de temps sans t’écrire, cher Ami, c’est que je voulais te donner des nouvelles positives de mon bouquin et de ma personne. Quant au premier, rien n’est encore con-clu avec personne. Pour la seconde, après des hésitations in-finies, ma mère s’est enfin décidée au voyage de Vichy. Nous partons dans les premiers jours d’août. Donc dans une quin-zaine j’aurai l’heur d’embrasser ta trombine. Mais as-tu lais-sé repousser ton poil ? As-tu rétabli dans sa plénitude la beauté dont le Ciel gratifia ton individu ?
Que deviens-tu ? Qu’écris-tu ? Moi, je ne fais rien du tout que m’embêter prodigieusement. Je lis et je rêvasse
– 335 – sans oser rien entreprendre. Je dors beaucoup et suis au fond très éreinté.
Comment va Mme Feydeau ? Écris-moi longuement et tu seras bien aimable. Théo est-il toujours en Albion ?
Adieu, vieux. Bonne humeur et bon travail. Je t’embrasse.
À JULES CLAYE
Croisset, 23 juillet 1862.
Monsieur,
Je n’ai souscrit à aucun ouvrage de M. Henri Monnier.
J’ignore même qui a pu m’inscrire sur cette liste ? et vous pouvez, Monsieur, disposer complètement d’un exem-plaire qui ne m’appartient pas.
Agréez, je vous prie, mes civilités empressées.
À ARMAND RENAUD
[Croisset, vers le 25 juillet 1862.]
Cher Confrère,
Je viens de lire votre Griffe rose, c’est une charmante et courte histoire ! Trop courte, peut-être ? Car il y avait là, se-lon moi, matière à un grand livre.
Mais avec un pareil défaut on est sauvé et c’est ce qui vous advient.
– 336 –
Cela d’un bout à l’autre est amusant, émouvant, distin-gué. J’aime votre Simplice, votre Rozès et votre Alix, si hu-maine à la fin. Il y a dans l’ensemble de cette œuvre ou plu-tôt dans le dessous je ne sais quoi d’âcre et d’intense qui en fait le charme et l’originalité.
Continuez ! Donnez-nous en de pareilles et recevez tous les applaudissements de votre dévoué.
À ERNEST DUPLAN
[Croisset,] samedi 26 [juillet 1862].
Mon cher Ami,
Je n’entends point parler de Lacroix ni de personne. Il serait peut-être temps de reprendre les négociations et d’en finir. Qu’en pensez-vous ?
Je voudrais bien que la chose fût terminée dans une quinzaine, quand je passerai par Paris pour aller à Vichy.
Pour que mon bouquin paraisse au commencement de novembre, il faudrait commencer à imprimer dès le milieu de septembre. Et puis, ça commence à m’embêter, entre nous, et j’ai envie de savoir à quoi m’en tenir.
Puisque vous m’avez prêché pour laisser lire mon ma-nuscrit, et qu’il est entre vos mains, faites-en ce que bon vous semblera. Je me fie là-dessus (comme sur le reste) en-tièrement à vous.
Il n’y a que trois éditeurs possibles : Lévy, Lacroix et Hachette. Voyez, tâtez ! Et tâchez de m’avoir une somme as-sez ronde, sans pour cela manquer aux principes.
– 337 –
J’ai reçu ce matin une lettre de Jules. Il me paraît bien ferme et bien solide. J’attends avec impatience ce que déci-deront ses créanciers lundi. J’ai oublié de vous remercier pour votre dernière lettre.
À bientôt, mille poignées de main.
À JULES DUPLAN
[Croisset,] samedi [26 juillet 1862].
Si jamais j’avais douté de toi, cher Vieux, je serais forcé de reconnaître aujourd’hui que tu es un homme ; ton aplomb au milieu de cette tempête m’édifie. Je ne t’en estime pas davantage, mais je crois, Dieu me pardonne ! que je t’en aime un peu mieux si c’est possible. – Pauvre vieux ! comme tu as dû souffrir ! – que d’emmerdements !
Si tu en as le temps lundi soir, écris-moi un simple mot pour me dire l’issue de votre conférence avec les créanciers, quelle est leur décision. – Il me paraît impossible, vu l’état des choses, qu’ils se déclarent pour une faillite.
Je compte te voir au milieu de l’autre semaine, du 6 au 8 août. Quand même je ne resterais à Paris qu’un soir, je t’écrirai pour que nous puissions nous embrasser. – Chose qu’il me tarde de faire.
Rien de neuf. – Je ne fous rien du tout, et ne m’amuse guère.
As-tu quelque idée sur ce que tu feras ensuite ? Mais nous causerons de tout cela, bientôt.
Adieu, mon pauvre vieux.
– 338 –
Bon courage, je t’embrasse tendrement.
Ah ! que Saint-Florent eût agi différemment !
À JULES DUPLAN
[Croisset], jeudi matin [31 juillet 1862].
Eh bien ? Est-ce une liquidation ou une faillite ?
Ton silence m’inquiète et cependant je te le pardonne, pauvre vieux !
Je serai à Paris jeudi prochain et j’en repartirai pour Vi-chy samedi. Tu recevras un mot pour te dire l’heure.
Adieu, je t’embrasse tendrement.
Ton
À EDMA ROGER DES GENETTES
[Croisset, juillet ? 1862.]
[…] une série de rengaines aussi vieilles que Les Misé-rables. Mais il n’est pas permis d’en dire du mal. On a l’air d’un mouchard. La position de l’auteur est inexpugnable, inattaquable. – Moi qui ai passé ma vie à l’adorer, je suis présentement indigné ! Il faut bien que j’éclate, cependant.
Je ne trouve dans ce livre ni vérité, ni grandeur. Quant au style, il me semble intentionnellement incorrect et bas. C’est une façon de flatter le populaire. Hugo a des attentions
– 339 – et des prévenances pour tout le monde. Saint-Simoniens, Philippistes et jusqu’aux aubergistes, tous […] misère et lutta […] d’après le système des […] types tout d’une pièce. Que la vérité s’arrange ensuite, tant pis. Où y a-t-il des prosti-tuées comme Fantine, des forçats comme Valjean et des hommes politiques comme les stupides cocos de l’A, B, C ? Pas une fois on ne les voit souffrir, dans le fond de leur âme. Ce sont des mannequins, des bonshommes en sucre, à commencer par Mgr Bienvenu. Par rage socialiste, Hugo a calomnié l’Église comme il a calomnié la misère. Où est l’évêque qui demande la bénédiction d’un conventionnel ? Où est la fabrique où l’on met à la porte une fille pour avoir eu un enfant, etc. ? Et les digressions ! Y en a-t-il ! Y en a-t-il ! Le passage des engrais a dû ravir Pelletan. Ce livre est fait pour la crapule catholico-socialiste, pour toute la ver-mine philosophico-évangélique. Quel joli caractère que celui de M. Marius vivant 3 jours sur une côtelette. Et que celui de M. Enjolras qui n’a donné que deux baisers dans sa vie, pauvre garçon ! Quant à leurs discours, ils parlent très bien, mais tous de même. Le rabâchage du père Gillenormant, le délire final de Valjean, l’humour de Tholomiès et de Gran-taire, tout cela est dans le même moule. Toujours des pointes, des farces, le parti pris de la gaieté et jamais rien de comique. – Des explications énormes données sur des choses en dehors du sujet, et rien sur celles qui sont indis-pensables au sujet. Mais en revanche des sermons pour dire que le suffrage universel est une bien jolie chose, qu’il faut de l’instruction aux masses, cela est répété à satiété. Déci-dément ce livre, malgré les beaux morceaux, et ils sont rares, est enfantin. L’observation est une qualité seconde en littérature, mais il n’est pas permis de peindre si faussement la société, quand on est le contemporain de Balzac et de Dickens. C’était un bien beau sujet pourtant. Mais quel
– 340 – calme il aurait fallu et quelle envergure scientifique ! Il est vrai que le père Hugo méprise la science. Et il le prouve.
Confirme en mon esprit Descarte ou Spinoza.
La postérité ne lui pardonnera pas, à celui-là, d’avoir voulu être un penseur, malgré sa nature. – Où la rage de la pose philosophique l’a-t-elle conduit ? Et quelle philosophie ! Celle de Prudhomme, du bonhomme Richard, et de Béran-ger ! Il n’est pas plus penseur que Racine ou La Fontaine qu’il estime médiocrement. C’est-à-dire qu’il résume comme eux le courant, l’ensemble des idées banales de son époque – et avec une telle persistance qu’il en oublie son œuvre, et son art. Voilà mon opinion […]. Je la garde pour moi, bien entendu. Tout ce qui touche une plume doit avoir trop de re-connaissance à Hugo pour se permettre une critique. Mais je trouve, intérieurement, que les dieux vieillissent. Quel in-souci de la beauté ! Que l’on me cite une de ces pages (comme il en avait […]).
J’attends votre réponse et votre colère.
À EDMOND ET JULES DE GONCOURT
[Croisset,] vendredi 1er [août 1862].
Mes chers Bons,
J’espère vous embrasser dans huit jours si vous êtes en-core à Paris, où j’arriverai jeudi pour en repartir samedi ma-tin.
– 341 –
Vous seriez bien aimable de me dire à quelle heure nous pouvons nous voir !
Et de me dire aussi ce que signifie votre P.S. : « Lévy est confondu », car je ne sais rien de ce qui se passe à Paris par rapport à Salammbô, qui n’est point encore vendu.
Mille tendresses de votre.
À AMÉLIE BOSQUET
[Croisset, 6 août 1862.]
Je pars sans avoir pu vous dire adieu. Accepterez-vous mes excuses, chère Confrère ? Mais nous comptions un peu sur votre visite.
Tenez-moi au courant de votre roman. Et, si vous vou-lez que je le lise en manuscrit, envoyez-le-moi à Paris, car il [est] peu probable que je revienne au mois de septembre à Croisset ?
Je n’ai encore aucune nouvelle de Salammbô. – Dès que le marché sera fait, je vous en préviendrai, puisque vous vous intéressez à ce lourd colis.
Vous m’avez semblé, la dernière fois que nous nous sommes vus, en bien bonnes dispositions. – Continuez ; vous aurez un jour, votre succès.
Quant à moi, je suis sec comme un caillou et vide comme un cruchon sans vin.
Pensez à moi quelquefois, et croyez à la profonde affec-tion de votre.
– 342 –
Mercredi.
À AGÉNOR BARDOUX
Vichy, mardi [12 août 1862].
Mon cher Ami,
Me voilà à Vichy depuis avant-hier, et je dois y passer une saison, c’est-à-dire une vingtaine de jours. Comme je suis ici avec ma mère et pour elle, je ne puis guère m’absenter. Cependant je ne quitterai pas l’Auvergne sans t’avoir fait une visite. Mon intention est d’aller (avant notre départ) te serrer la main à Clermont.
Es-tu très occupé ? Et peux-tu, d’ici à mon apparition, en faire une toi-même ? Faut-il compter sur toi, un de ces dimanches ? Bouilhet m’a chargé de t’embrasser. C’est ce que je fais avec grand plaisir. À toi, ton
Hôtel Britannique.
À JULES CLAYE
Vichy, hôtel Britannique, jeudi 21 [août 1862].
Monsieur,
J’ai reçu la lettre de M. Lacroix de Bruxelles, car il m’en avait envoyé deux, une à Croisset et une à Paris. C’est la première qui m’est parvenue ; quant à la seconde, vous pou-vez la détruire ou me l’envoyer, peu importe.
– 343 –
Je vous remercie, Monsieur, de votre extrême obli-geance et vous prie de me croire.
Votre très humble.
À ERNEST DUPLAN
Samedi, 2 h[eures, 23 août 1862].
Mon cher Ami,
En relisant votre lettre avec une loupe, je la comprends et je vous fais des excuses.
Monseigneur m’écrit d’autre part que Lévy ne me force nullement à l’action, que je garde toute liberté, et qu’il n’est plus question d’un second traité par lequel je m’engagerais à lui fournir un roman moderne dans un temps déterminé.
Donc j’accepte.
Il vous reste à avertir Claye, ou Lacroix que j’ai conclu avec Lévy. Écrivez plutôt à Lacroix une lettre aimable, en mon nom. Lévy vous présentera sans doute un modèle, un projet de traité. Cela vous concerne spécialement. Mais je crois qu’il n’y aura point de chicanes, puisque les principales clauses sont déjà arrêtées.
Quand vous l’aurez vu, vous et Monseigneur, vous me l’enverrez en me communiquant vos remarques, et il ne me restera plus qu’à le signer en arrivant à Paris.
Je vous ai envoyé ce matin un mot par le télégraphe. J’attends encore la réponse. Je suis obligé de clore ma lettre.
– 344 –
Lévy attend une solution définitive lundi soir. J’ai écrit une lettre explicite à Bouilhet. Tâchez qu’il vous la montre. Au reste, je lui dis de la porter chez vous avant d’aller chez Lévy. Mais il n’y a plus, je crois, de confusion possible.
Adieu. Tout à vous. Merci.
À JULES DUPLAN
[Vichy, 23 août 1862.]
D’après les explications nouvelles que Monseigneur me donne, j’accepte.
Ton frère doit avoir maintenant une lettre où je l’avertis de cela. Elle est adressée à son étude.
Adieu, vieux, je t’embrasse.
Ton.
Samedi, 2 heures.
À ALFRED BAUDRY
Vichy, samedi [23 août 1862].
J’attendais toujours pour vous écrire, mon cher Vieux, que j’eusse quelque chose de neuf à vous narrer.
Or, ce matin, en même temps que votre lettre, j’en rece-vais une autre de Bouilhet où il me dit que Lévy accepte toutes mes conditions.
C’est-à-dire que j’ai :
– 345 –
1° une édition in-8° ;
2° pas d’illustrations ;
et 3° la somme de dix mille francs net, sans que le ma-nuscrit ait été lu.
Maintenant, je vous prie de garder pour vous l’énoncé de ce chiffre, parce que ledit Lévy se propose de faire avec Salammbô un boucan infernal et de répandre dans les feuilles qu’il me l’a achetée 30 mille francs, ce qui lui donne les gants d’un homme généreux. Voilà. Donc, motus, dites seulement que j’ai vendu à des conditions très avantageuses.
Dans quelques jours on m’envoie la copie du traité et je n’aurai plus qu’à le signer à Paris.
J’y arriverai probablement d’aujourd’hui en quinze ; il me faudra encore une huitaine pour relire une dernière fois le manuscrit. Dès le 15 ou le 18, je commencerai à imprimer, afin de paraître vers le 20 octobre.
Donc, je ne reviendrai pas à Croisset cette année.
Ma mère se trouve très bien des eaux de Vichy… Quant au pays, mon cher vieux, il est stupide et peuplé de figures pauvres à faire peur ; voilà tout ce que j’en puis dire.
Je lis toujours Le Cabinet des fées, lecture peu amu-sante…
Adieu, je vous embrasse.
Vostrissimo.
– 346 –
À ERNEST DUPLAN
[Vichy,] dimanche, 4 h[eures, 24 août 1862].
Mon cher Ami,
C’est une affaire convenue, conclue, il n’y a plus à y re-venir. Dans quinze jours j’arriverai à Paris ; il me faudra en-core une huitaine pour une dernière lecture du manuscrit. Je donnerai le premier bon à tirer du 15 au 20. Le livre peut donc paraître vers le 20 octobre. Dites cela à Lévy.
Mais dites-lui aussi que je demande :
1° à être imprimé chez Claye ; c’est le meilleur impri-meur. Je tiens à avoir un beau volume.
2° J’espère bien que, cette fois, il accusera les éditions et ne se bornera pas à mettre constamment « Nouvelle édi-tion ».
N.B. – Ayez soin de spécifier dans le traité que, si je dois à Lévy mon premier roman moderne au prix de 10 000 francs, c’est bien entendu 10 000 francs par volume. Car si je faisais un roman en 2 ou 3 volumes je me trouverais lésé. Ainsi, un « roman moderne » est une mauvaise expression ; il faut mettre « volume ». Cela me semble juste. Un volume égal à la contenance de Salammbô, ou à peu près. Envoyez-moi le projet d’acte plutôt que l’acte lui-même, et, pour mé-nager votre temps et les écritures, montrez-le à Monseigneur avant de me l’envoyer.
Rien ne presse. Lévy a ma parole. Je ne reviendrai pas dessus. Je livrerai le manuscrit à l’époque indiquée. Qu’il dorme tranquille. Après quoi, nous n’aurons plus, je crois, rien à faire.
– 347 –
Mille remerciements. Adieu. Je vous serre la dextre.
Avez-vous pensé à me dégager poliment vis-à-vis de La-croix ?
À MICHEL LÉVY
Vichy, 25 août [1862], 5 heures.
Oui, mon cher Lévy, comme vous le dites, nous voilà remariés…
À AGÉNOR BARDOUX
Vichy, hôtel Britannique.
Vendredi 28 [29 août 1862].
Mon cher Ami,
J’ai enfin vendu Salammbô à Lévy et il faut que je sois à Paris le lundi 8 septembre, pour revoir une dernière fois mon manuscrit et donner le bon à tirer de la première épreuve du 15 au 20.
Ma mère part d’ici jeudi prochain et a l’intention de res-ter à Clermont jusqu’au lundi matin, 8. Ses bains l’ont fati-guée et elle ne pourra certainement faire l’ascension du mont Dore. Elle se bornera à voir le Puy. Quant à moi, je voudrais ne pas quitter l’Auvergne sans avoir vu ce que ta patrie (après toi) possède de plus intéressant. [La lettre se continuait sur un second feuillet qui a été perdu.]
– 348 –
À ERNEST DUPLAN
[Vichy,] vendredi [29 août 1862].
Mon cher Ami,
Votre projet de traité me semble aussi bien que possible et je n’y vois rien à redire. Il me reste à m’incliner et à vous bénir.
J’appellerai néanmoins votre attention sur le § 2e de la 1re page. Je désire que Lévy indique les éditions qu’il fera, qu’il mette (comme c’est la coutume), sur le titre, le chiffre de l’édition, 2e, 3e, etc.
Demandez-lui pourquoi il n’a pas suivi cet usage dans la Bovary ? Un auteur aime à savoir où il en est avec le public. Lévy n’a jamais voulu me dire combien il avait vendu d’exemplaires de mon 1er roman. Je ne trouve pas cela gen-til. A-t-il peur que je ne sois jaloux de l’argent qu’il gagne ? C’est me connaître bien peu. Je lui souhaite un million avec Salammbô.
Je partirai d’ici pour Clermont, probablement lundi ou mardi prochain au plus tard, et je serai à Paris le lundi 8 septembre, certainement.
Si Lévy tient à ce que je signe le traité tout de suite, en-voyez-le-moi immédiatement, ou bien je le signerai dès le lundi 8 dans la soirée.
Au-delà de lundi prochain, envoyez-moi vos lettres (si lettres il y a) à Clermont (Puy-de-Dôme), chez M. Bardoux, avocat.
– 349 –
Insistez pour qu’il indique les éditions ; je ne demande aucune blague, mais la déclaration de la vérité pure et simple.
Tout à vous.
D’où vient la petite farce signée Aurélien Scholl dans Le Figaro d’hier ? Au reste, c’est peu important.
À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
Vichy, hôtel Britannique, 29 août 1862.
Si je n’ai pas répondu à votre dernière lettre, chère Ma-demoiselle, c’est que j’attendais toujours la conclusion de ma grosse affaire pour vous en parler. La semaine dernière seulement j’ai vendu à Michel Lévy Salammbô. Ce volume paraîtra à la fin d’octobre. Vous en aurez un des premiers exemplaires. Vous pouvez compter dessus. À qui en enver-rais-je si ce n’est à vous, qui avez été si sympathique à ma première œuvre ! Je bénis la Bovary qui m’a fait vous con-naître et m’a mis en relation avec un esprit, un cœur tel que le vôtre.
Je suis venu ici à Vichy pour la santé de ma mère. À la fin de la semaine prochaine, je retourne à Paris et je ne re-viendrai à Croisset que vers le mois de mai ou de juin. Vous pouvez donc m’adresser vos lettres boulevard du Temple.
Vous êtes-vous enfin déterminée à quelque chose d’énergique, à un voyage, à un séjour à Paris ? Sortez donc du milieu funeste où vous vous rongez l’âme. Vivre attaché au même endroit ne vaut rien ni pour le corps, ni pour
– 350 – l’esprit. Nous sommes tous nés nomades. On ne manque point à ses origines impunément.
Il n’y a pas longtemps que nous étions des Barbares !
En revoyant de loin des montagnes, mon vieux sang de voyageur a bondi dans mes veines. La vue du Puy-de-Dôme me fait penser au Liban et au Taurus que je parcourais à cheval il y a onze ans. Pourquoi, parmi vos lectures, ne lisez-vous pas plus de voyages ? Cela ouvre l’imagination déli-cieusement, on vagabonde au coin de son feu. J’ai retrouvé ici un médecin que j’avais connu au Caire il y a douze ans. Nous causons du Nil au bord de l’Allier. Comme c’est loin, tout cela ! Comme tout change ! Mais ce qui ne change pas, c’est mon affection pour vous.
Allons, à bientôt ; bon courage et croyez-moi toujours votre très affectionné.
À ERNEST DUPLAN
[Vichy,] vendredi, 4 h 1/2 [5 septembre 1862].
Je n’ai pas reçu le traité. Est-il perdu ? Ou bien y a-t-il du neuf ?
Nous partons d’ici lundi matin. Je passerai chez vous mardi. À quelle heure pourrai-je vous trouver, ô Président ?
À vous.
– 351 –
À ERNEST FEYDEAU
[Paris, 8 septembre 1862.]
Mon cher Vieux,
Me voilà revenu. Dans huit jours je fais gémir les presses et je donne un dernier coup de pouce à mon bouquin. Peux-tu venir me voir un de ces matins avant d’aller à la Bourse ? C’est l’instant le plus chanceux pour nous rencontrer, car je pense être sorti l’après-midi et je travaille tous les soirs. Je suis fort occupé, mais il me tarde d’embrasser ta vieille trombine.
Ton
Lundi matin.
MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE
À GUSTAVE FLAUBERT
Tours, ce 8 septembre 1862.
Cher Monsieur,
Je ne puis vous exprimer tout le plaisir que m’a causé votre lettre, elle est venue vers moi comme la visite d’un ami, comme une douce consolation et un présage de bon-heur. Cette preuve de souvenir me venant de vous, m’a pro-fondément touchée. Je n’ai rien fait pour mériter l’intérêt que vous me témoignez, je n’ai pour tout mérite, que le bon-heur d’admirer votre ouvrage, d’en avoir compris la pensée, et de rendre justice à votre talent et à votre caractère. Je se-rais heureuse de lire votre Salammbô. J’ai lu dans Le Phare qu’on vous l’avait achetée 30 000 francs. Chacun attend
– 352 – avec impatience la publication. Vous êtes sans doute de re-tour, et j’espère que les eaux auront fait du bien à madame votre mère. Pour moi, j’ai été dans l’état le plus déplorable, mon médecin me disait : « Si vous restez ici, vous devien-drez folle. » Je ne pouvais me résoudre à partir, c’était aussi pénible pour moi que la mort. Les hallucinations intérieures se multipliaient à l’infini dans mon cerveau et ne me lais-saient ni repos, ni sommeil ; depuis six mois j’avais l’existence la plus misérable qu’on puisse imaginer. Je suis venue ici où on m’avait préparé une maison meublée avec un jardin, le tout sur le boulevard. À peine ai-je été à moitié chemin que j’ai été mieux, en arrivant le calme s’est fait dans mon âme. Je ne puis vous dire le soulagement que j’ai éprouvé en ne voyant plus les mêmes objets. C’était une vraie délivrance, on eût dit qu’une montagne s’enlevait de sur mon cœur. Je me sentais libre. J’ai ici toutes les per-sonnes de ma maison avec lesquelles je vis habituellement. J’ai dans les environs des nièces qui sont venues me voir, elles sont jeunes, belles, riches, elles habitent leur château. Du reste, je n’ai vu personne et la pluie torrentielle m’a em-pêchée de sortir et pourtant je n’ai pas un moment d’ennui. Je suis venue en Touraine enfant, puis jeune, j’avais une sœur ici. Je connais les paysages charmants de ce pays, et lorsque [le temps] le permettra, je veux revoir Cangey où fut assassiné P.-L. Courier, Saint-Avertin, Véretz où vécut Ran-cé, Couziers, Villandry, le petit village où ma sœur a sa sé-pulture. Tandis qu’en pensant aux bords du Nil, vous disiez comme tout change ! je me disais comme tout est changé ! J’ai passé ici il y a quelque vingt ans les heures les plus idéales de ma vie ! La maison que j’habite était un agreste jardin, où on m’offrait un bouquet de jasmin auquel j’attachais alors un grand prix et que maintenant je jetterais au ruisseau. Je n’ai même plus le charme du souvenir ! En
– 353 – existe-t-il pour ce qui n’a jamais existé ! L’édifice brillant créé par mon imagination n’est plus qu’une hideuse ruine. Le rêve a fait place au réalisme, et pourtant la vérité n’est-elle pas plutôt dans le songe que dans la réalité. Il est certain que j’ai aimé, admiré, cela est vrai, seulement l’objet n’a ja-mais existé ! On doit éviter avec soin de revoir après de longues années les personnes qu’on a le plus aimées ! et tou-jours ne les voyons-nous que de loin, car Rousseau a dit une grande vérité : le pays des chimères est seul digne d’être ha-bité, surtout pour ceux qui comme moi n’ont jamais pu, ne pourront jamais accepter ce qui existe ! Il y a deux choses dont je ne me consolerai point : la souffrance et la mort ! sans compter les déceptions, l’inconstance des affections, les séparations forcées et volontaires, ce qui est plus triste en-core ! et puis l’avenir, la vie future, l’inconnu ! Bocage est mort calme en libre penseur. Ici depuis 15 ans tout est cou-vert de couvents. Je vous dirai que je ne puis entendre sans pleurer les chants religieux de Saint-Gratien, c’est encore un de mes souvenirs. J’avais trouvé un grand plaisir à la lecture du Matin et surtout de La Réforme littéraire, ces deux recueils cessent de paraître. Je poursuis la lecture des Misérables qui m’ont sauvé bien des mauvais moments. Il y a aussi dans la Revue des Deux Mondes « Dominique », dont la première par-tie est pleine de poésie. Je lis Autour de la table de G. Sand, on dit qu’elle a changé ; j’en suis affligée. Est-ce vrai ? Ses derniers ouvrages n’ont plus la vie des premiers. Lélia reste mon livre de prédilection.
Adieu, cher Monsieur, je suis votre toute dévouée.
M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.
Boulevard Heurteloup, 12, Tours, pour jusqu’à la fin du mois.
– 354 –
À PAUL DE SAINT-VICTOR
[Paris,] lundi, 4 h[eures, 8 septembre 1862 ?].
Mon cher Ami,
Je viens de lire, sans en passer une ligne, tous vos feuil-letons. Je suis présentement en train de les classer et de les relire.
On peut faire avec cela un livre splendide !!!
Nous avons à en causer longuement. Je vous attends un de ces soirs, vers neuf heures. Je serai chez moi ce soir, de-main mardi et mercredi. Ne venez pas jeudi.
Mille poignées de main.
Sacré nom de Dieu, les belles phrases !
Tout à vous.
À EDMOND ET JULES DE GONCOURT
Paris, samedi [13 septembre 1862].
Je suis ici depuis lundi au soir, mes chers Bons ; votre lettre m’est arrivée mardi matin. Comment ! encore trois semaines sans vous voir ! Vous me manquez étrangement. Paris me semble vide sans mes deux bichons. Hâtez-vous donc de revenir.
J’ai signé, avant-hier soir, mon traité avec Lévy, à des conditions extrêmement avantageuses. Elles ne sont pas ce-pendant aussi fantastiques que vous pouvez le croire.
– 355 –
Je m’occupe présentement à enlever les et trop fré-quents et quelques fautes de français. Je couche avec la Grammaire des grammaires et le dictionnaire de l’Académie surcharge mon tapis vert. Tout cela sera fini dans huit jours ; le livre peut paraître à la fin d’octobre. J’ai obtenu une édi-tion in-8° et 25 exemplaires sur papier de Hollande pour les têtes couronnées.
La pièce de Bouilhet (Dolorès) sera jouée du 25 au 28 courant.
Je n’ai encore vu personne de nos amis et n’ai point par conséquent contemplé l’étoile de l’honneur sur le paletot blanc de Claudin.
J’ai passé à Vichy quatre semaines stupides où je n’ai fait que dormir. J’en avais besoin probablement. Cela m’a rafraîchi, mais mon intellect en est demeuré atrophié. Je suis bête et vide comme un cruchon sans bière. Pas une idée, pas un plan. Je ne bande pour rien. Tel est mon état.
Mirecourt a fait une attaque terrible contre Les Misé-rables. La réaction commence, le bourgeois s’apercevant qu’on l’a foutu dedans.
Serez-vous revenus pour la 1re de Bouilhet ? Il aura be-soin d’amis.
Ne vous embêtez pas trop et répondez-moi.
Je vous embrasse sur les quatre joues et je serre vos quatre mains.
– 356 –
AU PROFESSEUR JULES CLOQUET
[Paris,] mercredi matin [17 septembre 1862].
Voici la thèse que vous avez eu la bonté de prendre pour moi, à l’Institut, et dont je vous remercie infiniment, car elle est fort instructive et intéressante.
Je suis sur les planches toute la journée, et le soir je cor-rige des épreuves. Cette existence va durer encore un bon mois. – Après quoi, j’aurai le temps de voir mes amis, Dieu merci !
Je vous embrasse, cher Monsieur Cloquet, et suis votre vieux dévoué.
Mes respects à Mme Cloquet.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] jeudi, 1 h[eure, 18 septembre 1862].
Ma chère Caro,
Je suis maintenant dans tout le feu de la vie brûlante. C’est samedi matin que je remets à Lévy mon manuscrit. Nous avons, Monseigneur et moi, encore deux séances de cinq heures chacune avant d’en avoir fini. – Dolorès sera joué au milieu de la semaine prochaine, au commencement peut-être ? Tu dois penser si nous sommes occupés !
Ton ami Bardoux est parti à la campagne pour jusqu’à mardi prochain. Il a assisté à trois de nos séances correc-tives.
– 357 –
L’idiot d’Amsterdam a, hier, paru à ma porte, tenant deux lièvres qu’il avait tués la veille. Jamais je ne l’avais vu si sale et si spirituel. Dès les premiers jours d’octobre, nous nous mettrons résolument à la recherche d’une féerie.
Fournier a reçu le manuscrit de Faustine et paraît être pour son auteur dans les meilleures dispositions. Tout cela dépendra du reste du succès de Dolorès.
Pourquoi Édouard ne m’a-t-il pas averti de son départ pour l’Espagne ?
Je suis bien aise de savoir que ta grand-mère ne s’ennuie pas trop à Croisset. Tâche d’être bien gentille pour elle. Pensez à moi et embrassez-vous en souvenir de
Vieux
qui bécotte tes bonnes joues.
Sais-tu si Mme Laurent est à Paris et quand elle revient ?
Allez-vous à Pissy ?
L’époque de votre retour est-elle fixée ? Je m’ennuie de vous deux comme un âne.
À SA NIÈCE CAROLINE
Vendredi, 2 heures [26 septembre 1862].
Ne me demande aucun détail, cher Bibi. Je suis accablé de fatigue, quoique extrêmement bien portant. La pièce de Bouilhet fera du bruit, et je serais bien surpris si le feuilleton de lundi n’était en général excellent. J’ai trop de choses à
– 358 – vous dire pour vous en dire aucune. J’enverrai demain chez Maisiat.
Embrasse bien ta bonne-maman pour moi.
Ton vieil oncle (moins tranquille qu’au puits Lardy).
On dit partout que c’est un succès.
À GEORGES POUCHET
Samedi [27 septembre ? 1862].
Paris, boulevard du Temple, 42.
Mon cher Ami,
Il faut que vous me rendiez le petit service suivant : je donne le premier bon à tirer de Salammbô dans huit jours et je suis présentement dans tout le feu des ultimes corrections.
Or je découvre dans mon œuvre des sottises sans nombre. Quant à celles qui sont de votre compétence spé-ciale, éclairez-moi sur les points suivants :
1° Peut-on dire la corne en parlant du pied des cerfs ? Je crois que non. Le mot corne ne devant pas s’appliquer aux animaux qui ont le pied fendu.
Quel est le mot propre ?
2° « Mandibules de sauterelles » ; c’est cigales, n’est-ce pas ? Ce sont les cigales qui font avec leur bec un bruit aigre et strident.
3° Peut-on dire que l’on entend le bruit des tarentules nichées aux parties sèches de la voûte ? L’action desdites ta-
– 359 – rentules se passe dans les citernes de Carthage. Un ami m’a fait l’objection que les tarentules sont des araignées. Mais c’étaient bien des tarentules que j’entendais la nuit dans le temple de Karnac.
Répondez-moi sur tout cela avec la netteté qui vous ca-ractérise.
Que devenez-vous ? Où êtes-vous, et la thèse ? Etc., etc. ? Amitiés à votre père.
Je vous serre la dextre tendrement.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] vendredi matin [3 ? octobre 1862].
Les lignes sont trop rapprochées, voilà la 3e fois que je réclame pour n’avoir que 30 lignes à la page, comme nous en étions convenus. Mon style est assez serré sans donner un mal de plus au lecteur. Cela finira par papilloter aux yeux et dans l’esprit.
2° On m’a renvoyé la 2e épreuve (p. 1-16) avec des mots coupés au bas des pages, ce qui est très laid et incommode. Veillez à cela, S.V.P.
3° L’accent circonflexe de Salammbô n’a aucun galbe. Rien n’est moins punique. J’en demande un plus ouvert.
4° Observez les divisions que j’indique dans l’épreuve (33-48) ; elles sont importantes, mon chapitre étant coupé en trois temps qu’il est bon de marquer et qui feront paraître le chapitre moins lourd.
– 360 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] lundi matin [6 octobre 1862].
J’ai reçu une lettre de Maisiat timbrée de Vouvray, dans laquelle il me charge de vous faire ses excuses. Il est encore retenu à la campagne pour une quinzaine. Après quoi il se propose d’aller à Croisset, ce qui ne fait pas mon affaire, ni la vôtre sans doute, car j’ai bien envie de vous voir et le temps sera mauvais.
Tu n’imagines pas combien je suis fatigué, irrité, excédé par la correction de mes épreuves. Je découvre à chaque phrase des fautes, et il faut que je me dépêche. Lévy va très vite. J’aurai 4 ch[apitres] d’imprimés à la fin de la semaine. – Je vous enverrai Dolorès.
Je te remercie, mon bibi, de t’être occupée de mes fau-teuils. Donne-les au tapissier.
Je n’ai aucune nouvelle de M. et de Mme Laurent.
J’ai reçu une lettre d’Hamilton qui m’annonce sa visite pour dans une dizaine de jours.
J’ai dîné avant-hier chez M. Cloquet. Nous n’étions que quatre, en tout. M. et Mme ont été charmants.
Adieu, pauvre bibi. Embrassez-vous bien l’une et l’autre en souvenir de moi.
À MICHEL LÉVY
[Paris, 6 ? octobre 1862.]
Mon cher Michel,
– 361 –
Je suis malade et dans mon lit. Voilà pourquoi je ne puis aller chez vous. – Je n’en continue pas moins, comme vous le voyez, à corriger les épreuves.
Mais je vous en supplie encore une fois, faites espacer les lignes. C’est trop que 31. Vous avez écrit, vous-même, sur la 1re page de mon manuscrit, qu’il ne fallait que 30 lignes. Je vous assure que ces lignes serrées rendent la lecture plus pénible. – Il faut retrancher une ligne par page et une lettre par ligne.
Vous êtes convenu de ces deux choses avec moi.
Je n’en peux plus. – Et je travaille à améliorer mon œuvre jusqu’au dernier moment. Vous devriez bien m’imiter.
À vous.
Lundi matin.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] mercredi [8 ? octobre 1862].
Vous n’êtes pas gentil, vous êtes beau !!!…
À MICHEL LÉVY
[Paris, 9 ? octobre 1862.]
Qu’il soit fait selon votre volonté, ô Michel ! Je ne te-nais, quant à moi, nullement à la date mise au faux titre. C’était par complaisance pour le bourgeois et pour lui dire l’époque précise où l’histoire se passait.
– 362 –
L’accent circonflexe sur l’ô est bien. Je ne vois rien à re-dire au titre.
Mais quant à me contenter de deux épreuves, ah ! non ! Cela est impossible. J’ai découvert pas mal de fautes dans les feuilles livrées et je crois qu’il serait imprudent à moi de donner le bon à tirer sur la deuxième épreuve.
Vous voyez que j’y mets toute la diligence possible. Votre gamin m’apporte les épreuves à 11 heures du soir, ce qui me fait travailler jusqu’à 3 heures du matin. J’ai com-mencé tout à l’heure à midi. Poussez la composition tant que vous pourrez. Si je pouvais sortir, j’irais corriger à l’imprimerie ; mais c’est à peine si je peux me tenir assis.
À vous.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] vendredi soir [10 ? octobre 1862].
Mon cher Michel,
Je donne le bon à tirer des deux premières feuilles…
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] lundi soir, 9 h[eures, 13 octobre 1862].
Mon aimable Nièce,
Mon Bibi,
Oui !!!
– 363 –
Tu peux prendre les fragments de rideaux qui te con-viennent et en orner ton appartement.
Je te prie en même temps de rétablir mon trophée et de recrocher mes cadres. Cela rentre dans ta spécialité. Fais, de même, arranger mon tapis dans ma chambre à coucher. Je pense que Lallemant ne se refusera pas à poser dans mon cabinet des rideaux et un tapis fournis par un autre ?
Quand tu iras à Rouen, fais-moi aussi le plaisir de me commander chez la mère Plichon une paire de pantoufles que vous m’apporterez.
Tu te plains, mon pauvre loulou, de la brièveté de mes lettres. Mais, loin de mener la vie brûlante et de voir beau-coup de monde, je vis présentement fort retiré. J’ai passé toute la semaine dernière dans mon lit. J’ai un clou qui a un peu frisé l’anthrax. Celui-là est parti. Mais d’autres me sont survenus, je me suis encore purgé aujourd’hui et j’ai de la bouillie autour du corps. Ma seule distraction a été de corri-ger mes épreuves. Et comme Monseigneur était à Mantes (je l’attends demain), je me trouvais parfaitement isolé. Voilà pourquoi j’ai fort peu de choses à te narrer.
J’ai eu hier la visite d’Hamilton Aïdé. Il est pour peu de jours à Paris. Il m’a semblé vieilli et ratatiné. Ton analyse m’a été d’un grand secours.
Pendant qu’il était là est survenu le sieur Cordier (de Rouen), qui m’a donné des nouvelles de l’Hôtel-Dieu.
Les affaires de Duplan se calment. Mais il se retirera du commerce sans un sou. Mme Cornu tâchera de lui faire avoir quelque place. Il s’est habitué à son désastre et le porte avec philosophie.
– 364 –
Je sais au moins maintenant à quelle époque vous vien-drez. Ne la reculez pas. Salammbô ne sera pas encore parue. Tu m’aideras à faire les dédicaces et à coller les bandes sur les volumes. Il faut que je retire quelque fruit de l’éducation que je t’ai donnée.
Cordier m’a dit que le petit monsieur était tout couvert de gourmes. Va-t-il mieux ?
Je n’ai pas encore eu le temps d’aller voir maman Robi-net ni la mère Stroehlin. La pièce de Bouilhet et mes clous m’ont trop occupé jusqu’à présent. J’ai encore vu très peu de monde.
Tu t’ennuies donc du pauvre vieux, quoiqu’il soit « drôle » ! et « pas aimable », moi aussi, pauvre Caro, je m’ennuie de toi beaucoup. Et j’ai bien envie de bécoter ta gentille et fraîche mine.
J’ai reçu une lettre de l’honnête Bardoux qui me charge de vous dire mille choses.
Embrasse bien ta bonne-maman pour moi.
Ton vieux ganachon.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] 9 heures du matin [15 ? octobre 1862].
Tâchez de m’envoyer des épreuves…
– 365 –
À MICHEL LÉVY
[Paris,] nuit de vendredi, 1 h[eure, 15 ? octobre 1862].
J’ai attendu toute la soirée ! Pas une épreuve !…
À AMÉLIE BOSQUET
[Paris,] mardi soir [21 octobre 1862].
La pièce de Bouilhet, les épreuves de Salammbô et douze jours d’arrêts forcés dans mon lit, où j’étais cloué, m’ont empêché d’aller chez Lambert-Bey recommander votre livre. Voilà, chère Amie, mon excuse. Mais je m’occuperai de vous à la fin de cette semaine probablement.
Que devenez-vous maintenant ? Vous devez avoir repris votre train-train habituel et vous ennuyer plus fort que ja-mais ? Avez-vous quelque chose en tête ? On ne [se] sauve de l’ennui que par le travail. Grisons-nous avec de l’encre, puisque le nectar des dieux nous manque.
Je suis dans l’agacement des épreuves et des dernières corrections. Je bondis de colère sur mon fauteuil en décou-vrant dans mon œuvre quantité de négligences et de sot-tises. Les embarras que me donne un mot à changer me donnent des insomnies. – D’autre part, je rêvasse un autre bouquin, mais il me manque encore bien des choses avant même d’en faire le plan. J’ai grande envie, ou plutôt grand besoin, d’écrire. Voilà tout ce que je sais de moi.
J’ai vu fort [peu] de monde, et ne puis par conséquent vous donner aucune nouvelle des choses extérieures. Dolorès a paru hier.
– 366 –
On m’écrit de Croisset que vous y avez fait dernière-ment une visite et l’on vous a trouvée « charmante » ; enfin vous avez plu extrêmement. Nous avons tous les mêmes yeux dans la famille.
Savez-vous qu’à votre dernier voyage nous avons eu deux séances qui me sont restées non pas sur, mais dans le cœur ? Il me semble que nous avons été plus intimes qu’à l’ordinaire ; il y a eu… je ne sais quoi. Mais quelque chose de très bon, de fort et d’attendri en même temps… et comme une étreinte douce. Je vous aime beaucoup quand vous ne riez pas.
Pensez à moi, écrivez-moi. Je baise votre front plein de littérature et les deux côtés de votre col. Cela est dans un autre ordre d’idées. Mais vous savez que [je] vous chéris de toutes les façons.
À vous donc.
À MICHEL LÉVY
[Paris, 22 ? octobre 1862.]
Mon cher Ami,
Pouvez-vous me renvoyer les feuilles de Salammbô ? J’en aurais besoin pour éviter les répétitions de mots dans les feuilles suivantes.
Mille poignées de main, et tout à vous.
Mercredi matin.
– 367 –
À MICHEL LÉVY
[Paris,] mercredi soir [22 ? octobre 1862].
Mon cher Michel,
Je voudrais bien avoir, avant d’aller plus loin, les bonnes feuilles corrigées. Je suis obligé de faire des efforts de mé-moire inouïs pour me rappeler quelquefois un mot que je peux avoir déjà mis.
J’ai besoin d’avoir sous ma main l’ensemble de mon œuvre, corrigé, ce qu’il y a de bon, enfin, et de définitif. Dites donc que l’on m’envoie les 2es épreuves des 1res, les 3es des secondes, etc.
Vous voyez que je travaille comme un homme. Aussi suis-je éreinté !
À vous.
À MICHEL LÉVY
[Paris,] vendredi soir [24 ? octobre 1862].
Mon cher Michel,
Le correcteur me demande les feuilles bonnes à tirer…
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] dimanche soir, 7 heures [26 octobre 1862].
Ma chère Carolo,
– 368 –
Je ne me suis point encore acquitté de votre commis-sion relativement à un maître de clavecin, par la bonne rai-son que depuis bientôt un mois j’ai pris l’air deux fois, une pour aller prendre un bain et une autre pour aller à l’imprimerie. Car j’ai été non pas bien malade, mais bien embêté par tous mes maux, qui ont été nombreux et variés. J’ai passé toute la semaine dernière dans mon lit, tellement abîmé de rhumatismes que je ne pouvais faire un mouve-ment sans crier. – C’est, Dieu merci, passé, mais Godard m’a défendu de sortir par le temps pluvieux qu’il fait. Après-demain il faut pourtant, coûte que coûte, que je me fasse voiturer à l’imprimerie. – N’ayant plus de clous, je souffrirai moins (il m’en reste un cependant, à la joue, qui me défi-gure). Sans compter des démangeaisons intolérables à cer-tains endroits du corps. Bref, je n’ai pas été gai depuis un mois. Ajoute à cela les épreuves, et les discussions sur la fée-rie !
Il y a une malédiction sur elle (sur cette pauvre féerie), car la femme de d’Osmoy est revenue à Paris fort souffrante d’une maladie de foie, de sorte que le trio est maintenant rompu.
À l’heure qu’il est, Monseigneur dîne avec Duplan chez Mme Cornu. Monseigneur déjeune et dîne demain en ville. Monseigneur, après-demain, signe un contrat de mariage et redîne en ville. Monseigneur va bien. Monseigneur seul est beau ! Monseigneur a un tempérament si peu nerveux ! Monseigneur est un hippopotame si bien cuirassé ! Il s’en va de Paris mercredi, pour revenir deux jours au commence-ment de l’autre semaine et repartir définitivement.
De tout cela il résulte que j’ai la plus grande envie et la plus extrême impatience de vous voir. Vous seriez bien gen-tilles si vous m’arriviez au milieu de l’autre semaine, vers le
– 369 –
3 ou le 4 novembre. Il faudrait pour cela vous priver du voyage de Verneuil. – De plus : sous la pluie qui tombe et le froid qui pince, il est insensé à ta bonne-maman de se trimba-ler dans une carriole. Je te prie de réfléchir un peu aux re-mords que tu aurais si elle devenait, par la suite, malade ! Je suis sûr qu’elle ne fait ce voyage que par complaisance pour toi. Donc je te prie, chère Caro, pour moi et pour elle, d’être la première à l’en dissuader. Vous irez au printemps, à votre retour ; il fera plus beau. Assez parlé de cette affaire. J’en laisse la décision, ma petite Caro, à ta sagesse et à ton cœur.
***
J’ai eu avant-hier et aujourd’hui la visite d’Ernest Che-valier, qui vient d’être nommé procureur impérial à Lyon. – Je l’ai trouvé très bon enfant et très gentil. – Feydeau est ve-nu me voir deux fois, ainsi que Saint-Victor et mes bichons. Il n’est pas jusqu’à l’aimable Claudin qui n’ait comparu au pied de mon lit. – Je crois que je touche à la fin. N’importe ! Ç’a été une drôle de manière de passer mon temps de Paris.
Lévy, qui est venu me voir aujourd’hui, m’affirme que mon livre peut paraître dans 15 jours et même avant. J’aurai besoin de toi pour mes dédicaces et mes bandes.
Adieu, mes pauvres compagnes. Prenez garde au froid, il fait un temps terrible. Je suis bien peiné d’apprendre que le petit monsieur n’aille pas mieux. – Embrasse-le à une place propre en lui disant de ma part : « Pauvre petit bougre. »
Adieu, chère Caro.
Ton vieux sheik.
Apportez-moi un gilet de chambre (le plus propre).
– 370 –
À BEUZEVILLE
[Paris,] lundi 27 [octobre 1862].
Cher Monsieur,
Je viens réclamer de votre complaisance un petit service que vous ne me refuserez pas, j’en suis sûr.
Voici le fait :
Le Journal de Rouen a publié ces jours derniers une lettre de M. de Nieuwerkerke (le directeur des musées impé-riaux) à propos du musée Campana. M. Cornu et ses deux coadministrateurs, justement blessés par les imputations contenues dans cette lettre, ont dû nécessairement y ré-pondre. Vous avez reçu cette réponse ; ils espèrent que vous la publierez intégralement et le plus tôt possible. C’est un droit qu’il leur serait pénible de réclamer par sommation d’huissier.
M. Cornu, qui sait que vous êtes de mes amis, m’a prié de faire auprès de vous cette démarche officieuse.
J’ajoute, de mon chef, que M. Cornu appartient au petit groupe de mes plus intimes ! Tout ce que vous ferez pour lui sera fait pour moi.
Mille remerciements d’avance. Je vous serre les mains très cordialement.
– 371 –
À MICHEL LÉVY
[Paris,] nuit de lundi [27 ? octobre 1862].
J’ai donné depuis hier trois bons à tirer. Le correcteur peut commencer son travail. J’irai vite si on va vite.
Il faut maintenant interrompre le tirage et aller de l’avant dans la composition.
N.B. – L’enveloppe que j’ai reçue ce soir était décache-tée.
J’y ai trouvé quatre feuilles tirées et la feuille que je ren-voie, était-ce tout ?
À vous, mon cher Michel.
À MICHEL LÉVY
[Paris, fin d’octobre ou début de novembre 1862.]
J’ai rendu tous les bons à tirer…
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 3 novembre 1862.]
Ma chère Caro,
Je suis bien content de penser que je vous verrai après-demain.
– 372 –
Je tâcherai d’être à la gare. Vous ne me dites pas si Julie vient avec vous. – Si elle reste, dis-lui de nous envoyer du cidre, dans quelques jours nous n’en aurions plus. Adieu, pauvre bibi, je vais donc pouvoir bécoter ta gentille mine.
Prends garde que ta bonne-maman n’ait froid en route.
Ton vieux ganachon.
Lundi matin.
À EUGÈNE NOËL
[Paris,] 8 novembre [1862].
Mon cher Confrère,
Merci et pardon pour le mal que je vous ai donné, ne vous préoccupez plus de la chose. Je m’en suis tiré par des tournures de rhétorique et mon « siège de Malte » est fait.
Un de ces jours, j’irai vous voir. D’ici là, comme tou-jours,
tout à vous.
8 novembre, samedi.
À MICHEL LÉVY
[Paris, 9 ? novembre 1862.]
M. Okmer m’a affirmé…
– 373 –
À MICHEL LÉVY
[Paris, 10 ? novembre 1862.]
Mon cher Michel,
Je vous renvoie votre livre…
À JULES CLAYE
[Paris,] lundi soir [10 novembre 1862].
Monsieur,
Si le tirage de la feuille II n’est pas trop avancé, y a-t-il moyen de retrancher un s : « Ils avaient l’air fatigués par de… » C’est fatigué, fatigué se rapportant à l’air. Les épreuves ne portaient pas d’s, ce qui était bien.
Peut-on intercaler une barre entre Carthaginois et nou-veaux ? Les Carthaginois-nouveaux. C’est un seul mot. Il se trouve plusieurs fois.
J’ai l’honneur de vous saluer.
À JEANNE DE TOURBEY
[Paris, vers le 10 novembre 1862.]
[…] Depuis bientôt six semaines je garde la chambre et depuis un mois le lit. J’ai eu un rhumatisme articulaire… Ma première course sera pour vous, si vous êtes à Paris…
– 374 –
AU DOCTEUR GODARD
[Paris,] mardi soir, 8 h 1/2 [11 novembre 1862].
Voilà la troisième fois, cher Ami, que vous me manquez, ou plutôt que je vous manque. Mais cette fois, j’ai une ex-cuse. J’avais écrit sous votre dictée : « Mardi, de 1 à 2 heures. » À 2 h 35 minutes je suis sorti pour aller à l’imprimerie où l’on m’attendait.
Ce qui m’a fait croire que vous ne deviez pas venir, c’est que 1° la séance de l’Académie de médecine est à deux heures et que 2° Mme Cloquet avait dit, hier, à ma mère que vous étiez malade. – J’ai été tantôt chez vous pour avoir de vos nouvelles.
Quant à moi, ça ne va pas mieux. – J’ai passé la nuit dernière sans fermer l’œil. Je crois qu’il est temps de recou-rir aux grands moyens.
Pouvez-vous venir demain ? Je vous attendrai jusqu’à 5 heures du soir. – Quoi qu’il advienne.
Mille excuses encore une fois et tout à vous.
À PAUL DE SAINT-VICTOR
[Paris,] mercredi matin.
[12 novembre 1862 (date de la poste).]
Mon cher Ami,
Pouvez-vous me renvoyer les feuilles de Salammbô ? J’en aurais besoin pour éviter les répétitions de mots dans les feuilles suivantes.
– 375 –
Mille poignées de main.
Et tout à vous.
À SAINTE-BEUVE
[Paris,] jeudi soir [13 novembre 1862].
Quand nous verrons-nous, mon cher Maître ? J’ai été trois fois chez vous sans avoir le plaisir de vous rencontrer.
Je me proposais d’y retourner samedi ; mais me voilà repris par mes empêchements ridicules. J’ai eu successive-ment un mal de genou, un mal de gorge, un rhumatisme ar-ticulaire, etc., et des clous continuellement.