Correspondance - Tome III

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 16/29

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Correspondance - Tome III

À Maurice Schlésinger ................................................. 97

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 29 parties.

Recrudescence de fureur contre Mâtho. On le hisse sur un éléphant. On voudrait en manger.

 

V

 

Mariage de Salammbô.

 

– 711 –

Processions, danses, etc.

Sur la terrasse, à gauche, au premier plan, le banquet de noces. Narr’Havas, Hamilcar, Salammbô. –

Taanach sinistre et avide.

Arrivée de Mâtho, insulté et déchiré. – Il tombe de fai-blesse : « Ne le tuez pas encore », crie la foule.

Mais Taanach descend, avec un couteau, et le tue.

Mort de Salammbô.

Lamentations de toute la ville.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

[Palaiseau, 9 mai 1866.]

Monsieur Flobaire,

Faut que vous soïet un vraie arsouille pour avoir prit mon nom et en avoir écrit une lettre à une dame qu’avai des bontées pour moi que vous y avez sandoutte étée reçue à ma plasse et héritée de ma quasquete dont gai ressue la votre en plasse que vous y avè laisser s’est des salletées de conduitte de cette dame et de la vôtre faut panser quele manque bien d’educassion Et de tous Les sentiment quele doit d’entendre les poliçonerie infect que vous y ecriver et se trompée sur nos stilles. Ci vous ête contant d’avoir écris Fa-nie et Salkenpeau, moi je cuit contant de les avoire pas lut. Fau pas vous monté le bourichon pour sa. Geai vue su des Journos que s’était des Vilenit contre la Religion où je cui

– 712 – rentrer dans son sin depuis le pênes que geai ut de cette dame quele mont fai rentrer en moi même et repentire de mes eqsès avec elle, et pourlor si je vous rancontre avec elle que je ni tient plus, vous orrez mon point sur la gueulle. Sa serat la Reparassion de mes pécher et La punission de vos infamie ansamble. Voilla ce que je vous dit. et vous salut.

GOULARD.

À Palaisot,

Ché Les Fraires.

 

Il mon bien dits que j’étai punit de frécantée des fil de Téatre et des hauteur.

 

À FRÉDÉRIC FOVARD

[Paris, 12 mai 1866.]

Cher Vieux,

Eh bien ? Je ne vois rien venir !!! Cependant il faut que je m’en retourne à la fin de cette semaine. Et je voudrais avoir tout réglé d’ici-là.

Si l’Israélite refuse de me donner une prime de 3 mille francs, tâche, parmi les capitalistes de ta connaissance, de me trouver 6 mille francs que je rendrai dans quelques an-nées (fixe l’époque toi-même) avec les intérêts accumulés. – Enfin je te supplie de t’arranger pour que je sois, de suite, TRANQUILLE pendant quelque temps. Tu ne te doutes pas combien je suis profondément embêté et irrité par cette pe-

 

– 713 – tite gêne. – Je ne me livre pourtant pas à de grandes dé-bauches et ma vie est peu rigolboche.

Je te remercie d’avance, en comptant sur toi.

Ton vieux.

Samedi matin.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] dimanche matin [13 mai 1866].

Je suis bien content de savoir qu’à mon retour je te trouverai à Croisset, ma chère Caro. Cela adoucira les com-mencements de ma solitude.

Je n’ai pas grand-chose de bien intéressant à te narrer. Voilà à peu près un mois que je n’ai écrit une ligne, étant tout occupé par la lecture des journaux de l’année 1847. – J’en ai avalé, avant-hier, pendant sept heures et demie ! Il n’y a pas de travail plus abrutissant et plus irritant que celui-là ! Je touche à la fin, Dieu merci !

Je voulais aller entendre Don Juan au Lyrique. Mais je n’en aurai pas le temps, probablement, et je reviendrai sans avoir, de tout l’hiver, mis les pieds dans une salle de spec-tacle. J’ai passé une heure à l’exposition ; j’y retournerai avec Monseigneur mardi, pour l’acquit de ma conscience. – Car il n’y a rien de bien remarquable.

Ledit Monseigneur est maintenant couché dans mon lit, et lit le Louis XV du père Michelet, que je t’apporterai. J’attends mes visiteurs du dimanche, et il est 9 heures du matin ! Depuis quelque temps, je me mets à la besogne dès

– 714 – cette heure-là ! Bref, je mène la « vie brûlante ». J’ai eu hier pour 19 francs 50 de voitures. – Nous avons hier dîné chez Charles-Edmond ; aujourd’hui nous dînons chez Mme Husson, et jeudi prochain chez le philosophe Baudry. Nous travaillerons toute la journée et toute la soirée de de-main et mercredi.

Voilà mon existence dans ses plus grands détails, mon cher bibi.

J’ai bien envie de faire la connaissance de M. Joujou. – Embrasse-le pour moi ainsi que le reste de la famille, et garde les meilleurs bécots pour toi.

Ton vieux bonhomme d’oncle.

 

Je ne pourrai pas arriver à Croisset avant le jeudi (de jeudi en huit) parce que je resterai un jour plein à Mantes et que je partirai d’ici le mardi.

Tu devrais retarder un peu ton installation là-bas, afin que je ne perde rien du temps que vous y passerez.

Encore deux bons baisers sur tes bonnes joues.

 

À JULES ROHAUT

[Paris,] lundi matin [14 mai 1866].

Mon cher Ami,

Pouvez-vous me dire où je trouverais la collection du Tintamarre de 1847 ? – Il n’y a pas moyen de se le procurer dans aucune bibliothèque publique.

– 715 –

Bouilhet me dit que [vous] allez entrer dans cette su-blime institution. Voilà pourquoi je vous demande le rensei-gnement ci-dessus.

Si Commerson possédait la collection de 1847, pourriez-vous la lui emprunter ? Je la rendrais 24 heures après.

Remerciements d’avance et tout à vous.

Boulevard du Temple, 42.

 

Dernière prière : comme je quitte Paris à la fin de cette semaine, je vous serais très reconnaissant si vous me répon-diez de suite ou tout de suite.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Palaiseau, 14 mai [1866].

Ceci n’est pas une lettre de Goulard. Il est mort ! Le faux Goulard l’a tué en le surpassant dans le réel et le comique. Mais aussi, ce faux Goulard ne se prive de rien, le drôle !

Cher ami, je viens vous dire que je désire vous dédier le roman qui va paraître. Mais comme chacun là-dessus a son idée – comme dirait Goulard –, je veux savoir si vous m’autorisez à mettre simplement en tête de ma première page : « À mon ami Gustave Flaubert. » C’est une coutume que j’ai prise de mettre mes romans sous le patronage d’un nom aimé. J’ai dédié le dernier à Fromentin.

J’attends qu’il fasse beau pour vous demander de venir dîner à Palaiseau avec la Sirenne à Goulard, et quelques autres Goulard de votre espèce et de la mienne. Jusqu’à pré-

– 716 – sent il fait un froid de chien et ce n’est pas la peine de venir à la campagne pour s’enrhumer.

J’ai fini mon roman, et vous ? J’embrasse les deux gros diamants qui vous ornent la trompette.

JORJE SENS.

 

Goulard aîné est mon petit Lambert. Il me semble qu’il est assez littéraire comme ça.

 

À EUDORE SOULIÉ

[Paris, vers le 15 mai 1866.]

Mon cher Ami,

Pourriez-vous me rendre le service suivant : j’aurais be-soin de savoir les actes de vandale et d’épicier commis par le père Louis-Philippe dans Versailles. Je tiens moins à ce qu’il a fait comme architecture qu’aux inepties picturales, rallon-gements ou diminutions de tableaux, etc. Pourriez-vous m’écrire une petite note de cinq lignes là-dessus et me l’apporter lundi prochain chez Magny ?

Si vous saviez, d’autre part, quelques bonnes filouteries en matière d’art, vous me rendriez service en me les indi-quant.

Mille cordialités de votre

 

– 717 –

À GEORGE SAND

[Paris,] mardi matin [15 mai 1866].

Comment donc ! mais avec plaisir ! avec reconnaissance et attendrissement, chère Maître !

Il me faut remettre le voyage de Palaiseau au mois d’août parce que je m’en retourne aux champs mardi pro-chain. Ma pauvre vieille maman me réclame à grands cris. – Je vous dirai donc adieu ou plutôt au revoir lundi prochain.

J’ai lu Monsieur Sylvestre d’un seul coup et l’ai orné de notes marginales (selon ma coutume). Si j’ai le temps lundi j’apporterai mon exemplaire chez vous et nous en causerons avant d’aller chez Magny.

Vous avez bien raison de m’aimer, ce n’est que rendu.

Je vous serre les deux mains, vous baise sur les deux joues,

Et suis votre

 

À THÉOPHILE GAUTIER

[Paris, 15 mai 1866 ?]

Je t’attends jeudi (après-demain), cher vieux Maître. – Nous serons complètement seuls et pourrons gémir.

Ton

Mardi.

 

– 718 –

À THÉOPHILE GAUTIER

[Paris,] mercredi, 6 heures [16 mai 1866 ?].

Mon vieux Théo,

J’ai oublié de t’avertir qu’il ne faut pas que tu viennes dîner demain chez moi. Nous sommes obligés d’aller à Ver-sailles chez ung drôle de nos amis.

À samedi chez le Feydeau.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Palaiseau, mercredi 16 [mai 1866].

Eh bien, mon grand ami, puisque vous vous en allez, et que, dans quinze jours, je vas m’en aller aussi en Berry, pour deux ou trois mois, faites donc un effort pour trouver le temps de venir demain jeudi. Vous dînerez avec cette chère et intéressante Marguerite Thuillier qui s’en va aussi. Venez donc voir mon hermitage et celui de Sylvestre. En partant de Paris, gare de Sceaux, à 1 heure, vous serez chez moi à 2 heures, ou en partant à 5, vous serez à 6, et le soir vous pourrez repartir avec mes cabots, à 9, ou à 10.

Apportez l’exemplaire. Mettez-y toutes les critiques qui vous viennent. Ça me sera très bon, on devrait faire cela les uns pour les autres, comme nous faisions Balzac et moi. Ça ne fait pas qu’on se change l’un l’autre, au contraire, car en général on s’obstine davantage dans son moi. Mais, en s’obstinant dans son moi, on le complète, on l’explique mieux, on le développe tout à fait, et c’est pour cela que l’amitié est bonne, même en littérature, où la première con-dition d’une valeur quelconque est d’être soi.

– 719 –

Si vous ne pouvez pas venir, j’en aurai mille regrets, mais alors je compte bien sur vous lundi avant le dîner.

Sylvanie demande la mort de tous les Goulard. Elle est féroce. Rien n’a pu attendrir ce cœur de bronze. Étaient-ils séduisants, pourtant, ces gaillards-là ! Ah mais non, je n’ai pas eu l’esprit de comprendre pourquoi cette création me fait honneur. Elle est gracieuse, c’est vrai, mais un peu légère, ne trouvez-vous pas ? Le dénouement est risqué. Je vous dé-fie de vous en servir.

Au revoir et merci pour la permission fraternelle de dé-dicace.

G. SAND.

 

À GEORGE SAND

[Paris, 18 ou 19 mai 1866.]

Chère Maître,

Ne m’attendez pas chez vous lundi. Ce jour-là je suis obligé d’aller à Versailles. Mais je me trouverai au Magny.

Mille bonnes tendresses de

votre

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] samedi, 10 h 1/2 [19 mai 1866].

Mon Bibi,

 

– 720 –

Tu me demandes ce que je pense de la situation poli-tique et ce qu’on en dit. – J’ai toujours pensé qu’il n’y aurait pas la guerre et on dit maintenant que tout va peut-être s’arranger ?

La quantité de bêtises qui se débite est incroyable. Car fort peu de gens sont en état de pouvoir examiner froide-ment les choses publiques. Parce que : 1° presque tout le monde y a ses intérêts engagés ; et 2° on aborde le spectacle avec des idées préconçues, des opinions faites d’avance, et un défaut d’études complet. – J’ai bien ri, il y a quinze jours, de voir, après le discours d’Auxerre, les impérialistes furieux contre leur idole ! Ces bons bourgeois, qui ont nommé Isi-dore pour défendre l’ordre et la propriété, n’y comprennent plus rien ! et ils admirent M. Thiers qui a les idées d’un commis de M. de Choiseul !!! Eh bien, moi, je crois l’empereur plus fort que jamais. – Depuis son entrevue avec M. de Bismarck à Biarritz, il était évident qu’il se brassait quelque chose (mais de tout cela il ne résultera rien que de bon pour la France, momentanément, du moins). L’Italie est tellement exaspérée que, si Emmanuel ne se battait pas, il sauterait. Les bons Italiens vont donc se flanquer une tour-née avec l’Autriche. Mais la France mettra vite le holà. – On prendra la Vénétie, on donnera à l’Autriche les provinces danubiennes comme compensation, nos troupes reviendront du Mexique et tout sera fini, momentanément.

Si nous faisions la guerre, nous nous en retirerions avec le Rhin. – Mais je ne crois pas à une guerre où la France s’engagerait très avant, et je n’y crois pas, parce que personne n’en veut.

Quant à la question d’argent, c’est, selon moi, une idée arriérée que de voir dans la dette publique une banqueroute future. Tous les États européens sont dans une situation pire

– 721 – encore que la nôtre. – On ne fait plus de banqueroute, main-tenant. « Vieux jeu. »

L’Angleterre et la Russie sont actuellement avec nous. L’empereur tient l’Autriche sous son genou, et jusqu’à pré-sent, dans cette question de politique extérieure, je le trouve démesurément fort, quoi qu’on dise.

Rien n’est sot comme de répondre de l’avenir. Cepen-dant, je serais, moi, dans les affaires, que j’irais très crâne-ment, maintenant (et j’achèterais de l’Italien).

L’emprunt Ottoman donne 25 pour cent. Voilà tout ce que je sais, mon bibi !

***

À propos de M. de Bismarck, ce qu’on a dit de la mort de son assassin est une blague. Il l’a arrêté, lui-même, et l’a étranglé avec les deux mains, ce que je trouve assez chic.

Sais-tu ce qui me fait croire qu’on donnera les provinces danubiennes à l’Autriche ? C’est que personne n’a succédé à Couza. – Indice, peu remarqué.

En résumé je crois que, si la guerre a lieu, nous y parti-ciperons très peu et qu’elle se finira vite. La France ne peut pas laisser détruire son œuvre, à savoir l’unité italienne, et elle ne peut pas elle-même détruire l’Autriche, car ce serait livrer l’Europe à la Russie. – Donc, nous nous tiendrons au milieu, en empêchant qu’on ne se batte trop fort. Mais l’Autriche perdra quelques plumes de son aile, et La Chaus-sée ne sera pas maréchal de France. Tu sais bien que j’ai fait beaucoup de démarches pour lui.

Adieu, mon bibi. – J’espère que tu vas rester un peu longtemps à Croisset pour que j’aie le temps de t’embrasser

– 722 –

à mon aise. – Amitiés à mon neveu. Embrasse ta mère-grand pour moi.

Ton vieil oncle.

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] samedi, 3 heures [19 mai 1866].

Cher Vieux,

Ne viens pas demain déjeuner chez moi. Ton géant crève de fatigue. Et il a demain 3 rendez-vous, dehors, de 11 heures à 3 heures.

Tu serais gentil de passer chez moi, avant d’aller chez le Mouton. Je pars lundi à 8 heures du matin.

Il faut que je t’embrasse auparavant.

Ton

 

À CHARLES LAMBERT

[Paris, avant le 22 mai 1866.]

Mon cher Lambert,

Excusez-moi de ne pas aller vous faire mes adieux. Re-cevez-les ici sur cette feuille de papier. N’allez-vous pas tous les ans au Tréport ou à Fécamp ? Si vous passez par Rouen, cet été, rappelez-vous que Croisset est à un quart d’heure de ladite ville, et que vous y serez reçu avec ivresse.

 

– 723 –

J’aurais bien voulu, cet hiver, vous voir plus souvent. Mais ! etc… Espérons que l’hiver prochain sera plus bourré de hautes questions.

Adieu, tout à vous.

Je vous serre les mains très affectueusement, cher ami.

 

À Charles-Edmond CHOJECKI

Croisset, près Rouen, lundi 6 heures [28 mai 1866.].

Mon cher Ami,

Je reçois aujourd’hui même une lettre de notre ancienne intime Béatrix, lettre qui vous regarde autant que moi. Voici l’histoire.

Il s’agirait d’avoir une lettre de recommandation près de M. de La Place consul de France à Maurice.

Vous savez que ladite Person n’est nullement mariée avec le sieur Godefroy, bien qu’ils passent tous deux à Bour-bon pour être unis par des nœuds légitimes. Les parents de Godefroy se sont toujours opposés à ce mariage. Ils m’avaient prié d’aller trouver iceux pour leur faire entendre raison, commission que j’ai déniée, n’aimant point à faire des démarches ridicules et inutiles. Godefroy et Beatrix sont décidés à passer par là-dessus et à se marier quand même. Mais ils ne veulent point se marier à Bourbon, ce serait dé-clarer leur concubinage et nuire à leur fortune. Mais la chose peut s’accomplir dans la colonie française la plus voisine. Donc la Béatrix et son futur mari me demandent, à mains jointes, une lettre d’introduction près de M. de La Place. Ils me supplient puisque je ne connais personne aux Affaires

– 724 –

étrangères de m’adresser au Prince, à vous, à Doucet, à tous ses anciens amis. Béatrix me conjure d’aller à Paris vous trouver et de remuer ciel et pierre [sic] pour lui obtenir cette fameuse lettre d’introduction. Voilà. Remuez-vous donc et faites cela pour cette excellente créature – qui mérite vrai-ment le prix Montyon. Sa belle-sœur et son frère se sont tournés contre elle et cabalent avec le parti prêtre pour leur faire vendre leur propriété dans des conditions déplorables ; bref elle est dans une position digne de pitié. Quant à M. Jules Godefroy, c’est un garçon très honorable, prix aux Comices agricoles, etc.

La lettre peut être écrite dans les termes chauds quant à l’honorabilité des protégés, et vagues pour ce qui est du ser-vice à demander. Tâchez donc de faire cela. Vous serez gen-til.

Mille tendresses à Mme Julie, ainsi qu’à vous.

 

Répondez-moi un peu ce qui en est.

N.B. Je ne suis pas encore dégrisé du DÎNER, absorbé il y a dix-sept jours.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset, fin mai-début juin 1866.]

Chère Caro,

N’oublie pas de me rapporter : 1° un gros paquet de journaux que l’on a dû remettre à mon portier peu de jours avant votre arrivée ; 2° le volume du père Michelet (s’il m’en

– 725 – fait cadeau avant votre départ) ; 3° enfin toutes lettres et brochures qui peuvent être chez moi depuis mon dernier voyage.

Je me réjouis de savoir que mon « humble réduit » vous plaît. Par l’affreux temps qu’il fait, vous êtes mieux chez le ganachon qu’à l’hôtel. Je sais par ta lettre de ce matin que le clou disparaît. Tu vas pouvoir faire des courses, mais tu n’as pas la Divine pour te trimbaler avec elle dans les musées.

Quand revenez-vous ?

Je ne sais pas encore le jour où les Bonenfant s’en iront. Ce sera, je pense, dans le milieu de la semaine prochaine.

Juliette vient d’arriver ici avec ses abominables mou-tards. – Mais ce n’est que pour déjeuner.

Je me garderai bien de dire à Ed. de Goncourt la ren-contre qu’il a faite et sa méprise. – Afin d’éviter un suicide.

Nous avons aujourd’hui à dîner la mère Lebret. Quelle fête !

Adieu, mon pauvre loulou. Je t’embrasse très fort. – Amitiés à ton mari.

Ton vieil oncle.

 

À CHARLES-EDMOND CHOJECKI

Croisset, lundi soir [4 juin 1866].

Je vous remercie de votre célérité et de votre obli-geance, mon cher Vieux.

J’ai envoyé la chose immédiatement.

– 726 –

Je crois que vous leur avez rendu un fier service.

Quel homme vous faites ! C’est Beau !

Je vous serre les deux mains et suis votre

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, ce 13 juin 1866.

Il y a longtemps, cher Monsieur, que je n’ai eu le plaisir de vous écrire. J’ai éprouvé bien des crises, depuis [que] le printemps est revenu. Vous devez être à la campagne, pour moi je l’habite toute l’année. Le retour de la belle saison est un événement, mais toute cette vie, toute cette joie m’attriste et me fait pleurer. Le temps n’a rien à m’apporter, que de nouvelles souffrances. Quand je pense à l’existence comprimée ou plutôt opprimée, à laquelle j’ai été condam-née, quand je vois le triste milieu où j’ai été jetée, je me prends dans une profonde pitié. Avec mon désir de savoir, de connaître, je n’ai rien vu, rien appris, avec mes aspira-tions vers la lumière j’ai vécu dans les ténèbres, comme le captif dans un sombre cachot ! Trouverai-je mieux au-delà ? Puis-je l’espérer ? Dieu le sait et je l’ignore. Je lis en ce mo-ment La Pluralité des mondes de Flammarion. Je veux lire ensuite La Pluralité des existences de Pirani et Les Grands Mystères d’Eugène Nus. On m’a beaucoup vanté Le Cosmos de Humboldt, mais l’énigme de la vie future est ce qui m’intéresse le plus. Je suis moins tourmentée depuis que j’ai renoncé à la confession ; toutefois, il me faut une religion et je ne puis observer la prescription catholique de la confes-sion. Je crois qu’avec le temps, bien des formes disparaî-

 

– 727 – tront, mais il en faudra toujours une et quelle sera la nou-velle forme religieuse ? Ici tout se couvre de couvents, le clergé est seigneur et maître par les richesses et la toute-puissance. J’entends émettre des opinions si étranges que je crois rêver, c’est une exhumation du Moyen Âge. Dans au-cun temps je ne vis rien de semblable. La réaction ira jusqu’à l’inquisition ; lorsqu’on la rétablira, je m’en irai, dussé-je mourir à la peine. J’attends toujours, cher Monsieur, un livre de vous, les journaux l’ont annoncé et j’espère que je l’aurai bientôt. La revue a de pauvres romans, il y a décadence gé-nérale. Nous sommes toujours sans théâtre. On a publié des brochures contre, il y a des gens qui voudraient l’abolition des théâtres en France et surtout Angers qui est la ville la plus arriérée. Ces gens-là ressemblent aux écrevisses et aux taupes, les unes ont une marche rétrograde, les autres tra-vaillent dans les ténèbres. J’ai le plus grand désir de voir l’Opéra de Paris. Pour cela seul je voudrais aller dans cette ville que je n’ai jamais vue, mais j’ai une si déplorable santé. Tout me blesse et me nuit, je n’existe qu’à la condition d’être au milieu des jardins et des prairies, avec un régime suivi, et comment trouverai-je tout cela à Paris ? D’un autre côté, si la vie physique m’est facile ici, je meurs d’inanition morale. Je fais chercher à Saumur une maison pour y aller entendre l’opéra. Saumur est une petite ville sur la Loire à une heure d’Angers. Je n’y connais personne, mais il y a un théâtre et si vous saviez comme je désire en voir un, il me semblera re-trouver un ami ! Je n’ai jamais vécu que de rêves, d’illusions, souvent elles ont été si affreuses que j’ai failli en perdre la raison, mais au théâtre c’est mon idéal réalisé. Ces créations du poète, du compositeur, ce sont mes frères, ma famille, je n’existe que là ! Et vous, cher Monsieur, êtes-vous heureux ? Vous verrai-je quelque jour ! Croyez que ma pensée vole

 

– 728 – vers vous souvent, ne m’oubliez pas trop et recevez l’expression de mes meilleures sympathies.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] lundi, 7 heures du soir [vers le 15 juin 1866].

Tu es bien gentille, ma Caro, de m’avoir donné de tes nouvelles. Il n’en est pas de même de ta grand-mère qui n’a pas jugé à propos de m’écrire depuis vendredi.

J’ai envoyé Julie à l’Hôtel-Dieu aujourd’hui, et je sais par Achille qu’elle va très bien. Elle doit ce soir aller coucher à Dieppe. Quand vas-tu la chercher ? et quand te verrai-je ?

Je n’ai pas vu un chat depuis 3 jours. Je travaille tout l’après-midi et une partie de la nuit. En fait de spectacle j’ai eu celui de l’orage samedi matin. Je vis solitaire et calme.

Adieu, pauvre loulou, à bientôt. Je t’embrasse.

Ton vieux

 

À ERNEST FEYDEAU

[Croisset,] dimanche soir [24 juin 1866].

Mon vieux Feydeau,

Mon neveu qui lit les feuilles m’a appris que tu avais vendu la tienne.

 

– 729 –

Je te demande seulement de me dire si c’est pour toi une bonne ou une mauvaise affaire ? voilà.

Détails prolixes sur ton illustre personne.

Quant à la mienne, elle est enfoncée dans une copie fé-roce. Si je travaille bien j’aurai fini la seconde partie de mon roman dans dix-huit mois ! Je n’ose même pas songer à la troisième.

Adieu, vieux.

Je t’embrasse.

 

Tous mes mamours à ton splendide fils, et mes respects et autres sentiments à ta charmante femme.

 

À GEORGE SAND

[Croisset, 5 juillet 1866.]

Chère Maître,

Je sais, par des bourgeois, que le roman qui m’est dédié vient de paraître. Je vous en remercie encore, très sincère-ment et très profondément. – J’attendrai pour le lire que tout soit paru. Un livre doit être avalé d’une bouchée, puis relu, quand il est de vous.

Je compte vers la fin de ce mois passer deux ou trois jours à Paris. Se verra-t-on ?

Je vous souhaite tout ce que vous désirez, vous aime et vous embrasse.

 

– 730 –

Votre

Croisset, près Rouen, 5 juillet.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] 8 heures du soir [7 juillet 1866].

Mon Bibi,

La réponse télégraphique de M. Cloquet nous arrive à l’instant, trois minutes après le départ du bateau qui em-porte une lettre de ta grand-mère pour toi.

M. et Mme Cloquet seront à Rouen mardi prochain à 3 h 1/2.

Ta grand-mère et moi comptons sur vous pour embellir la réception. J’ai averti M. Cloquet que tu serais ici. Ne nous faites pas mentir. Comme je ne puis retarder mon départ et que les Cloquet s’en iront jeudi, toi et ta grand-mère vous repartirez ensemble pour Dieppe.

Voilà, mon cher Caro. Nous vous embrassons.

Ton vieux factice qui t’aime réellement.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Croisset, mercredi, 8 heures du matin [11 juillet 1866].

Mon Carolo,

Ta bonne-maman est tellement occupée et dérangée que c’est moi qui suis chargé de t’écrire.

– 731 –

Le père Cloquet est arrivé hier à 3 heures, seul. Mme Cloquet vient demain et ils ne repartiront que samedi. – Nous ne savons trop que faire pour les occuper. – Et quant à moi, ça dérange tous mes petits projets. Je suis obligé de contremander mes rendez-vous. Je partirai de Croisset sa-medi avec M. et Mme Cloquet.

Ta bonne-maman ne pourra pas être à Dieppe di-manche. Il lui faudra, au moins, un jour ou deux pour resser-rer tout son bataclan.

C’est bien fâcheux que tu n’aies pas pu venir pour embel-lir notre foyer par ta présence.

Adieu, pauvre loulou. – Amitiés à ton mari. Je t’embrasse bien fort.

Est-ce que tu n’auras pas Flavie ? (Sa mère nous l’a dé-peinte comme paralysée. Nous n’y comprenons rien.)

Quand tu la verras, n’oublie pas mes questions sur le tiers ordre.

***

Réponds-moi avant mon départ.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset, première quinzaine de juillet 1866.]

Mes chers Bons,

Merci du Debucourt que j’ai reçu ce matin, et lu illico avec plaisir. Vous faites bien de penser à moi, car je pense à vous et vous regrette.

– 732 –

Quand se verra-t-on ?

Je compte être à Paris vers la fin de ce mois, et alors passer quelques jours à Gratien ?

Je demande que vous m’écriviez un peu longuement. – J’ai beaucoup travaillé depuis un mois. – Présentement il est très tard. J’ai la tête cuite et je vous embrasse.

 

À SA MÈRE

[16 juillet 1866.]

311 King’s Road. Chelsea S.W. London.

Chère Vieille,

J’arrive à l’instant à Londres et je ne t’en écris pas plus long, craignant qu’il ne soit trop tard pour la poste.

Je t’aurais envoyé un mot par le télégraphe si je savais au juste où tu es.

J’ai fait une traversée magnifique, mais je suis éreinté par la chaleur.

D’aujourd’hui en 15 je serai rentré à Paris, voulant être à Croisset vers le 19 août, après m’être débarrassé de toutes mes courses, y compris celle d’Ouville et de Dieppe.

Adieu, pauvre chère vieille, écris-moi.

Je t’embrasse bien fort.

Ton fieux.

 

– 733 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[18 juillet 1866.]

311 King’s Road. Chelsea S.W. Lon-

don.

Ma chère Caro,

Comme sur ma dernière lettre écrite à ta grand-mère avant-hier j’ai oublié de mettre au bas de l’adresse France, j’ai peur que cette lettre ne lui soit pas parvenue ? Tu serais bien aimable de me répondre tout de suite. – Ta grand-mère doit être près de toi, maintenant. Donne-lui de mes nou-velles si elle est à Croisset ou à Ouville.

Tu peux lui dire que je vais très bien. Mais c’est à peine si je suis remis de l’épouvantable chaleur que j’ai eue samedi et dimanche derniers. – Il faisait si chaud encore hier que nous n’avons pu sortir. – Nous commencerons nos prome-nades ce soir.

Je serai revenu à Paris de dimanche en huit, car le temps me presse. Je voudrais être revenu à Croisset le 19 et d’ici là j’ai bien des choses à faire. 19 jours ne seront pas de trop pour Saint-Gratien, Paris, Chartres, Ouville et Dieppe, voulant finir par la bonne bouche. – Comme il y a longtemps que je ne t’ai vue, mon pauvre loulou ! Je t’embrasse bien fort, fais-en de même à ta mère-grand.

Ton vieux ganachon.

 

Amitiés à ton époux.

Juliette me charge de t’embrasser.

Elle me charge aussi de te dire que tu lui dois une lettre.

– 734 –

Nous causons beaucoup de toi et du vieux temps.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Nohant, 31 juillet [18]66.

Mon brave cher camarade,

Est-ce que vous serez à Paris ces jours-ci, comme vous me le faisiez espérer ? Je pars d’ici le 2. Quelle bonne chance si je vous trouvais au dîner du lundi suivant ! Et puis on joue une pièce de mon fils et de moi le 10. Est-ce que je pourrai me passer de vous ce jour-là ? J’aurai de l’émotion cette fois, à cause de mon cher collaborateur. Soyez bon ami, et tâchez de pouvoir ! Je vous embrasse de tout cœur, dans cette es-pérance.

Feu Goulard

G. SAND.

 

À GEORGE SAND

[Paris, 4 août 1866.]

Chère Maître,

Que je sois au prochain Magny, j’en doute, mais je serai certainement à la 1re de votre pièce.

Je compte d’ici là aller vous faire une petite visite.

Je vous embrasse et suis votre vieux goulard surnommé

Paris, b[oulevar]d du Temple, 42.

Samedi matin.

– 735 –

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] samedi soir [4 août 1866].

Cher Ami,

Comme je suis toujours dehors, je ne veux pas que vous veniez pour vous casser le nez à mes antipodes. Venez à 6 heures et dînez avec moi et avec mes enfants que j’attends demain. Nous dînons chez Magny toujours à 6 heures pré-cises. Vous nous ferez un sensible plaisir comme dirait – comme eût dit, hélas ! – l’infortuné Goulard.

Vous êtes bon frère comme tout de me promettre d’être aux Don Juan. Pour ça je vous embrasse deux fois de plus.

G. SAND.

 

À GEORGE SAND

[Paris, 5 août 1866.]

Pouvez-vous, mon chère Maître, me dire positivement quel est le jour de votre 1re ? J’aurais besoin de le savoir pour mes petits arrangements ultérieurs.

Pardonnez-moi cette importunité.

Je vous baise les mains.

Dimanche matin, 10 heures.

 

– 736 –

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

[Paris,] dimanche [5 août 1866].

C’est jeudi prochain.

Je vous ai écrit hier soir ; nos lettres se croiseront.

À vous de cœur,

G. SAND.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] lundi matin [6 août 1866].

Ma chère Caro,

Es-tu disposée à me recevoir dimanche prochain ? Tu m’as écrit à Londres une lettre bien gentille et, si je ne t’ai pas répondu plus tôt, c’est que je voulais te dire le jour posi-tif de mon arrivée.

Je ne couche pas à Saint-Gratien, mais j’y vais dîner tous les jours. Jeudi, cependant, je resterai à Paris pour as-sister à la 1re représentation du Don Juan de village de Mme Sand. – Je passerai la soirée de vendredi et la matinée de samedi chez Monseigneur. – Puis j’irai coucher à Croisset pour me débarrasser de mes nombreux colis, et dimanche enfin je bécoterai ta jolie mine. Telle est mon intention. Dis-moi si elle te convient.

Ne te gêne pas du tout avec moi, bibi. – Si tu avais du monde chez toi, je pourrais très bien reculer mon voyage.

Je profiterai de l’occasion pour aller faire une visite à Ouville. Mais il va sans dire que je resterai plus longtemps

– 737 – chez mon Caro. – Je compte être revenu définitivement à Croisset l’autre dimanche, le 19, comme je l’avais projeté. La Princesse voulait m’emmener – avec sa bande – passer tout le mois de septembre sur les bords du lac Majeur. Mais le roman ! (le roman qu’il me tarde de reprendre), que serait-il devenu, ô mon Dieu !

Adieu, pauvre chérie. Embrasse ton mari pour moi.

Ton vieil oncle qui t’aime.

 

Je brûle de voir le fameux château.

***

Si tu as Flavie près de toi, n’oublie pas de lui demander en quoi consiste le tiers ordre.

 

À PAUL DALLOZ

Caude-Côte, près Dieppe, 15 août [1866].

Cher Monsieur,

Je vous remercie de vos félicitations et surtout de votre empressement à me les faire. Car c’est de vous que j’ai ap-pris la nouvelle.

J’accepte la moitié des choses aimables que vous me dites. Quant à la cordialité je la prends tout entière et suis votre très dévoué

 

– 738 –

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

Caude-Côte, près Dieppe, 16 août [1866].

Eh bien ? et vous ? J’ai été tout désappointé de voir à votre place Ponson du Terrail ! Et ma joie est troublée puisque je ne la partage pas avec vous. Mon délire est d’ailleurs médiocre. J’ai la tête forte et je consentirai encore à vous saluer. N’importe, ça m’embête que mes Bichons n’aient pas l’étoile.

Figurez-vous qu’un facteur de Croisset, idiot, a renvoyé votre lettre du 19 juillet, rue de la Chaussée-d’Antin, 21. J’ignore le sens de cette facétie. Ce qu’il y a de sûr, c’est que votre lettre m’est arrivée, après avoir beaucoup voyagé, il y a six ou sept jours seulement, jeudi dernier, je crois ? Cela vous explique mon long silence.

J’ai été en Angleterre voir des amis. Je suis revenu à Pa-ris. J’ai été à Chartres. J’ai eu la foire. J’ai dîné deux fois chez la Princesse. Je suis ici depuis dimanche, et dimanche prochain je serai revenu à Croisset. Il est temps de se re-mettre à travailler.

Et vous ? Où en est le roman ? Celui de la mère Sand, qui m’est dédié, me vaut les plaisanteries les plus aimables. J’ai assisté à la chute douce des Don Juan de village. Je ne comprends pas un mot aux choses de théâtre. Pourquoi tant d’enthousiasme au Marquis de Villemer, et tant de froideur aux Don Juan ? Problème !

Puisque Saint-Victor est avec vous, serrez-lui les deux mains de ma part. Quant à vous deux, je vous baise sur les quatre joues, et suis votre vieux

 

– 739 –

La pièce de Monseigneur sera jouée vers le 24 octobre.

Et L’Idiot ? En avez-vous quelque révélation ?

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

Caude-Côte, 16 août [1866].

Madame et Princesse,

Comme c’est aimable à vous de m’avoir écrit, tout de suite. J’ai reconnu là votre cœur excellent !

Je ne doute pas du bon vouloir de M. Duruy, mais j’imagine que l’idée lui a été quelque peu suggérée par une autre ? Aussi le ruban rouge est-il pour moi plus qu’une fa-veur, presque un souvenir. Je n’avais pas besoin de cela pour penser souvent à la princesse Mathilde.

Que faites-vous de la promenade en Italie ? Si vous vous y résignez, je vous souhaite bonne santé, beau soleil, bonne humeur, un bon voyage enfin.

Sinon pourquoi ne viendriez-vous pas à Dieppe, malgré la pluie ? Mais d’ici là elle sera passée.

Je viendrais vous faire une petite visite au bord des flots ; puis je reviendrais vers ma cabane, pour vous montrer aux environs diverses choses intéressantes.

Je me suis permis, samedi dernier, de vous adresser un paquet de chiques et du sucre de pomme – qui doit être mauvais, car ce n’est pas la saison où l’on confectionne cette douceur.

 

– 740 –

En attendant le plaisir et l’honneur de vous voir, Prin-cesse, je vous baise les mains et vous prie de me croire votre très reconnaissant, dévoué et affectionné

Caude-Côte, près Dieppe, 16 août.

 

À Croisset à partir de dimanche prochain.

 

À SAINTE-BEUVE

Caude-Côte, près Dieppe, 16 août [1866].

Cher Maître,

Je reçois la lettre de M. Duruy avec votre petit mot. Merci de l’un et surtout de l’autre. Mais je suis accoutumé de longue date à vos procédés.

Est-ce que la main des amis n’est pas un peu là-dedans ? Je dis d’un ami ou d’une amie ? Cette dernière a été bien aimable aussi, car c’est d’elle que j’ai appris ma nomination.

Mille remerciements de votre sincèrement dévoué.

 

P.-S. – Ce serait le cas de trouver quelque chose de spiri-tuel et de bien senti, mais je ne trouve rien. Donc, une repoi-gnée de main.

 

– 741 –

À ERNEST CHEVALIER

Croisset, dimanche [19 août 1866].

Merci de ton bon souvenir, cher vieux Camarade, et de ton empressement à me l’envoyer. – Ce qui me fait plaisir là-dedans, c’est la joie de ceux qui m’aiment. Or tu es au pre-mier rang parmi ceux-là.

Ma mère me charge de t’embrasser pour elle.

Je suis désespéré toutes les fois qu’arrivant à Paris je trouve ta carte chez mon concierge. Mais, cher vieux, je n’habite la capitale qu’à partir de la fin de janvier jusqu’à la fin de mai.

Si tu y viens l’hiver prochain écris-moi donc un mot 24 heures d’avance, pour que nous puissions, les coudes sur la table, causer du Garçon, du vieux temps, et de tous les braves gens qui ne sont plus.

Que devient ton pauvre oncle Motte ? Embrasse-le de ma part, et à toi, cher Vieux, mes meilleures tendresses.

Mes respects à Mme Chevalier.

 

À AMÉLIE BOSQUET

Croisset, lundi soir [20 août 1866].

Je ne vous ai pas écrit, ma chère amie, parce que je n’avais rien à vous dire, et ce n’est pas gentil de m’en vou-loir, car vous savez que je vous aime. J’ai travaillé furieuse-ment pendant six semaines, de la fin de mai au milieu de juil-let. – Puis j’ai été quinze jours en Angleterre, quinze jours à Paris et dans les environs. – Je suis revenu hier de Dieppe,

– 742 – où j’ai passé une semaine, et me revoilà courbé sur ma table pour deux grands mois. – J’irai à Paris vers la fin d’octobre, voir la pièce de Bouilhet. – Mais je n’y resterai pas, ayant l’intention de passer ici tout l’hiver afin de hâter un peu mon interminable roman, si bien que ma saison mondaine ne commencera guère avant le mois de mars ?

Mais en revenant de Cambremer vous passerez, sans doute, par Rouen ? Je compte, ou plutôt nous comptons sur votre visite !

Ce qui me fait plaisir dans le ruban rouge, c’est la joie de ceux qui m’aiment ; c’est là le meilleur de la chose, je vous assure. Ah ! si l’on recevait cela à 18 ans !…

Quant à oublier mon procès et n’avoir plus de rancune, pas du tout ! Je suis d’argile pour recevoir les impressions et de bronze pour les garder. Chez moi rien n[e s]’efface ; tout s’accumule.

J’ignorais complètement l’existence d’un livre intitulé Robert Burat. Quelle drôle d’érudition vous avez !

Je ne partage pas tout à fait votre enthousiasme pour L’Affaire Clemenceau, bien que ce soit de beaucoup l’œuvre la plus forte de Dumas. Mais il l’a gâtée, à plaisir, par des ti-rades et des lieux communs. Un romancier, selon moi, n’a pas le droit de dire son avis sur les choses de ce monde. – Il doit, dans sa création, imiter Dieu dans la sienne, c’est-à-dire faire et se taire. – La fin de ce livre (Clemenceau) me semble radicalement fausse. Un homme ne tue pas une femme après. On éprouve alors une détente générale contraire à toute énergie. Cela est une grande bévue physiologique, et psychologique.

 

– 743 –

Ce que j’ai trouvé de mieux, ce sont les lettres de la jeune femme.

Je ne peux rien vous dire du Dernier amour (dont la dé-dicace, par parenthèse, me vaut les plus aimables plaisante-ries), par l’excellente raison que je n’en ai pas lu une ligne ; j’attends que tout soit fini et en volume.

Mais j’ai assisté à la 1re des Don Juan de village. La chute a été complète, bien que douce. Le public m’échappe de plus en plus ; je n’y comprends goutte. Pourquoi hurlait-on d’enthousiasme au Marquis de Villemer et bâillait-on d’ennui aux Don Juan ? Tout cela me semble, à moi, absolument de même calibre.

Eh bien, et vous ? et vos travaux ?

Je n’aurai pas fini le mien avant trois ans ! et il sera mé-diocre, la conception étant mauvaise. Je prendrai ma re-vanche dans un autre, où je n’aurai plus de bourgeois, car le cœur m’en lève de dégoût.

Je vous baise sur les deux côtés de votre joli col, aussi longuement que vous le permettrez, et suis vôtre.

 

À ALFRED MAURY

Croisset, près Rouen, 20 août 1866.

Mon cher Ami,

Ce qui me fait plaisir dans le ruban rouge c’est la joie qu’il cause à ceux qui m’aiment. Et comme d’autre part vous êtes connaisseur en fait de mérite personnel, je vous assure que votre lettre m’a doublement touché.

– 744 –

La mienne vous sera-t-elle envoyée en Suisse ? Sinon, vous la trouverez chez vous, à votre arrivée. Ce sera comme une poignée de main donnée au retour.

Vous êtes trop bon, cher ami. Je ne partage pas vos es-pérances relativement au roman que je fais maintenant. Je crois, au contraire, que ce sera une œuvre médiocre, parce que la conception en est vicieuse ? Je veux représenter un état psychologique – vrai selon moi – et non encore décrit. Mais le milieu où mes personnages s’agitent est tellement copieux et grouillant qu’ils manquent, à chaque ligne, d’y disparaître. Je suis donc obligé de reculer à un plan secon-daire les choses qui sont précisément les plus intéressantes. J’effleure beaucoup de sujets dont on aimerait à voir le fond. Mon but est complexe – mauvaise méthode esthétique, bref, je crois n’avoir jamais rien entrepris de plus difficile. – À la grâce de Dieu, après tout !

Quant aux affaires de ce monde, j’ai été (dans les quinze jours que j’ai passés dernièrement à Paris) singulièrement choqué par la bêtise des Français ! Les bons bourgeois qui admiraient tant M. Thiers sont belliqueux, maintenant. On parle comme sous Louis-Philippe de nos « hontes natio-nales », on veut des agrandissements de territoire, sans qu’il en coûte un homme ou un centime, – bien entendu tout cela est pitoyable ! La France qui est au fond de son âme catho-lique m’a l’air attristée de l’abaissement de l’Autriche ! Sent-elle vaguement que l’avenir est aux pays protestants ? Si d’ici un an ou deux nous ne flanquons pas une pile à la Prusse, ce pays nouveau jouera peut-être plus tard, le rôle de la Macédoine ?

En attendant ce qu’il adviendra, profitez de vos va-cances, cher ami. Humez l’air ! Reposez-vous, délassez vos yeux, je ne dis pas votre cerveau qui est infatigable.

– 745 –

Je n’ai pas vu Mme Cornu. – Elle est en Allemagne avec son mari. Mais je sais qu’elle va mieux.

Je compte vous rencontrer vers la fin d’octobre.

D’ici là une bonne poignée de main et merci, encore une fois, pour les choses aimables et cordiales que vous avez écrites à votre.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Paris, mercredi soir [22 août 1866].

Mon bon Camarade et ami,

Je vas voir Alexandre à Saint-Valéry samedi soir. J’y passerai dimanche et lundi. Je reviendrai mardi à Rouen et j’irai vous voir. Dites-moi comment on s’y prend. Je passerai la journée avec vous si vous voulez, je reviendrai coucher à Rouen si je vous gêne où vous êtes, et je repartirai mercredi matin ou soir pour Paris. Un mot de réponse tout de suite, par télégraphe si vous pensez que votre réponse ne m’arriverait pas par la poste avant samedi 4 heures.

Je crois que je serai sur pied, car j’ai un rhume affreux. S’il empirait trop, je vous télégraphierais que je ne peux pas bouger. Mais j’espère ; je vas mieux déjà.

Je vous embrasse.

G. SAND.

 

– 746 –

À SA NIÈCE CAROLINE

Croisset [23 août 1866].

Mon Bibi,

La stricte politesse exigeait que je vous écrivisse pour vous remercier de votre gentille hospitalité. Mais ce n’est pas cela qui me « fait mettre la plume à la main ». Voici ce qui arrive :

Je reçois à l’instant une lettre de Mme Sand qui m’annonce sa visite à Croisset pour mardi prochain (en re-venant de Saint-Valéry où elle va voir Dumas). Elle me dit qu’elle couchera à Rouen si je ne peux lui donner à coucher et qu’elle en repartira le mercredi.

Veux-tu la voir ? et au lieu d’arriver ici mercredi soir, nous présenter ta ravissante binette dès mardi ? Réponse immédiate, mon loulou. Car, ne sachant où loger Mme Sand, on prépare ta chambre à son intention.

Si tu viens coucher ici mardi, je lui donnerais la mienne et j’irais dormir dans celle du second ? Voilà la question.

Ta grand-mère a voulu que je t’avertisse de cela, de peur que tu ne sois ensuite fâchée. – Fâchée, bien entendu, de ne pas avoir vu G. Sand.

Adieu, chérie. Tire, de ma part, les favoris de mon ne-veu. Vous étiez très beaux tous les deux, il y a huit jours, dans votre équipage. Mais en revanche, dimanche matin, vous aviez l’air passablement vaches.

Je bécote tes deux joues.

Ton vieil oncle,

BOURG-ACHARD, légionnaire.

– 747 –

À GEORGE SAND

Croisset, près Rouen, vendredi [24 août 1866].

Chère Maître,

Voici ce qu’il faut faire.

Dès que vous serez arrivée à Saint-Valéry vous retien-drez votre place dans la guimbarde qui mène de Saint-Valéry à Motteville. – Autrement vous courez chance d’être retar-dée dans votre départ.

En partant de Saint-Valéry à 9 heures moins le quart, vous arriverez à Rouen à 1 heure. Là vous me trouverez à la portière de votre wagon, et vous n’aurez plus à vous mêler de rien. – Si vous ne partez pas de Saint-Valéry le matin, vous n’avez plus que le départ du soir à quatre heures.

Vous avez dû recevoir un petit mot, par le télégraphe, pour vous dire que votre chambre vous attend. – Donc, vous coucherez ici.

Soyez assez bonne pour m’envoyer de Saint-Valéry une réponse m’annonçant l’heure exacte de votre arrivée.

Je vous baise les deux mains et suis votre

 

Si votre rhume s’obstinait (voir l’Épitre de Casimir Dela-vigne à Lamartine) et que votre

 

brûlante haleine

Par secousse en sifflant s’exhalât avec peine.

 

soyez [sans] crainte, on pourrait humecter

– 748 –

vos poumons irrités

Des sirops onctueux par Chalard inventés.

***

[De la main de Mme Flaubert.]

Je joins mes instances à celles de mon fils, et je compte, Madame, sur l’honneur de vous recevoir.

Votre servante

C[AROLI]NE FLAUBERT.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Saint-Valéry, lundi 1 heure du matin [26-27 août 1866].

Cher ami,

Je serai mardi à Rouen à 1 heure. Je m’arrangerai en conséquence. Laissez-moi voir Rouen que je ne connais pas, ou faites-le-moi voir si vous avez le temps.

Je vous embrasse. Dites à votre mère combien je suis touchée et reconnaissante du bon petit mot qu’elle m’a écrit.

G. SAND.

 

À LA COMTESSE PRIMOLI

Croisset, lundi soir [27 août 1866].

Madame et Princesse,

 

– 749 –

Je vous remercie bien sincèrement des choses aimables que vous m’envoyez ; le meilleur du ruban rouge c’est ce qui vient ensuite.

J’espérais vous voir à Saint-Gratien et j’ai été désap-pointé en vous sachant à Versailles. Mais vous vous y plai-sez, donc tout est bien. Jusqu’à présent j’avais cru cette ville ennuyeuse. Je me trompais, sans doute, puisque vous y êtes.

Tout le monde est dispersé maintenant. La princesse Mathilde m’avait l’air triste de s’en aller là-bas ? Elle m’a en-voyé, la veille de son départ, un petit adieu charmant. La famille me gâte, comme vous voyez.

Après une vacance de cinq semaines passées à Londres, à Paris, à Chartres et à Dieppe me revoilà courbé sur ma be-sogne jusqu’au milieu de l’hiver, tâchant d’avancer un peu mon interminable roman. C’est bien le dernier de ce genre que je fabrique ! Les vulgarités de la vie sont assez écœu-rantes sans que l’Art les reproduise ! Pourquoi ne pas se maintenir dans les hautes régions ? Pourquoi ne pas rêver tout ce qui nous manque ?

À propos de rêves, vous devez vous livrer maintenant à de grandes songeries historiques ? surtout si vous lisez Saint-Simon, car c’est le moment. Pardonnez-moi ce conseil et ne vous laissez pas corrompre par l’admiration fanatique de notre ami Soulié pour le Grand roi ! – Promenez-vous, hu-mez le bon air, jouissez des derniers beaux jours et croyez, je vous prie, Madame, au sincère attachement de

votre respectueux et tout dévoué

 

Si vous voyez bientôt la princesse Julie, seriez-vous as-sez bonne pour me rappeler à son souvenir ?

– 750 –

Et pour dire au comte Primoli et à M. votre fils combien je suis touché de leurs gracieusetés.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

Croisset, vendredi soir [31 août 1866].

Eh bien, Princesse, comment s’est passé le voyage ? Sans encombre n’est-ce pas ? Le plus difficile est accompli ! Et le moment du retour ne va pas tarder. Un peu de cou-rage !

Je connais mieux qu’un autre les arrachements du départ (chaque année, quand je quitte Paris, j’ai une heure doulou-reuse). Aussi ai-je bien compris tout ce que vous me dites.

Mais plus tard, c’est-à-dire bientôt, vous serez contente de votre résolution, et vous retrouverez Saint-Gratien et la rue de Courcelles avec une émotion de cœur délicieuse.

À propos d’attendrissement, j’en ai eu un, Princesse, en lisant vos dernières lignes, où vous m’annoncez un petit ca-deau qui me sera plus doux que la chose en soi. Car l’honneur est partagé par beaucoup, mais cela non pas ! et je ne sais comment faire pour vous répondre et vous remercier.

Je vous trouve, néanmoins, bien sévère pour Mon Der-nier Amour [sic]. Ce livre contient, selon moi, des parties très remarquables, entre autres les caractères de Félicie et de Tonino. Quant à ses défauts, je les ai dits de vive voix à l’auteur ; car Elle est tombée dans ma cabane, à l’improviste, avant-hier, en revenant de Saint-Valery, où elle avait été voir Al. Dumas (les oreilles ont dû vous saigner, Princesse, de tout le mal que nous avons dit de vous). Elle a été comme

– 751 – toujours très simple et nullement bas-bleu. J’ai de l’expérience en cette matière-là, vous savez.

Je voudrais bien que mon futur roman pût vous amu-ser ! Il est entrepris pour apitoyer un peu sur ces pauvres hommes tant méconnus, et prouver aux dames combien ils sont timides.

Nous sommes maintenant dans la pluie jusqu’au cou, avec un froid d’hiver. Je vous souhaite donc un plus beau temps qu’ici. Mais vous l’avez, sans doute ? On ne peut rien désirer pour vous que vous ne l’ayez.

La Seine qui murmure sous mes fenêtres me fait songer au lac Majeur. Je m’y transporte en imagination, Princesse, je me mets à vos pieds.

Et suis (la formule se trouve vraie) votre très dévoué et

affectionné.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Paris, vendredi [31 août 1866].

Embrassez d’abord pour moi votre bonne mère et votre charmante nièce. Je suis vraiment touchée du bon accueil que j’ai reçu dans votre milieu de chanoine, où un animal er-rant de mon espèce est une anomalie qu’on pouvait trouver gênante. Au lieu de ça, on m’a reçue comme si j’étais de la famille et j’ai vu que ce grand savoir-vivre venait du cœur. Ne m’oubliez pas auprès des très aimables amies. J’ai été vraiment très heureuse chez vous.

 

– 752 –

Et puis, toi, tu es un brave et bon garçon, tout grand homme que tu es, et je t’aime de tout mon cœur. J’ai la tête pleine de Rouen, de monuments, de maisons bizarres. Tout cela vu avec vous me frappe doublement. Mais votre mai-son, votre jardin, votre citadelle, c’est comme un rêve, et il me semble que j’y suis encore.

J’ai trouvé Paris tout petit hier, en traversant les ponts. J’ai envie de repartir. Je ne vous ai pas vus assez, vous et votre cadre. Mais il faut courir aux enfants, qui appellent et montrent les dents.

Je vous embrasse et je vous bénis tous.

G. SAND.

 

En rentrant chez moi hier, j’ai trouvé Couture, à qui j’ai dit de votre part que mon portrait de lui était, selon vous, le meilleur qu’on eût fait. Il n’a pas été peu flatté. Je vas cher-cher une très bonne épreuve pour vous l’envoyer.

J’ai oublié de prendre trois feuilles de tulipier, il faut me les envoyer dans une lettre, c’est pour quelque chose de ca-balistique.

 

À ERNEST FEYDEAU

Croisset, 1er septembre [1866].

Où es-tu, sacré nom de Dieu ! à Paris, ou en Savoie ? Et que fais-tu ? qu’écris-tu ? que deviens-tu ? T’a-t-on payé L’Époque ? Es-tu bientôt re-père ?

 

– 753 –

Quant à ton ami, il a été successivement à Paris, à Londres, à Paris, à Chartres, à Mantes, à Dieppe, à Ouville et le revoilà à son travail en train de confectionner le cha-pitre II de la seconde partie de son interminable livre.

Si je ne t’ai pas écrit plus tôt, mon bon, c’est à cause de tous ces dérangements. De plus j’ai eu pas [mal] de lettres à répondre aux personnes qui m’ont félicité sur mon ruban rouge, honneur partagé avec Ponson du Terrail et que je re-grette, Monsieur et très honorable Confrère, de ne point par-tager avec vous.

J’irai à Paris vers la fin d’octobre pour la pièce de Bouil-het. Mais je ne commencerai ma saison d’hiver qu’en février. Mme Sand m’a demandé dernièrement de tes nouvelles et m’a dit que dans votre dernière rencontre elle t’avait trouvé « froid ». Je t’ai justifié en lui affirmant que tu n’étais plus lubrique. Tu mesures moins.

 

N.B. Quel est l’individu qui signe, SIMPLEX, dans L’Événement ? Il a écrit, m’a-t-on conté, des infamies sur mon compte ? J’ignore quand et m’en fous, d’ailleurs. Adieu, je t’embrasse.

 

À GEORGE SAND

[Croisset,] samedi, 11 heures [1er septembre 1866].

Comme elle est gentille et bonne votre lettre de ce ma-tin, chère Maître. Elle continue pour moi le regard d’adieu que vous m’avez donné avant-hier dans le wagon. On ne fait que parler de vous depuis votre départ. Car vous avez ex-

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