Correspondance - Tome III

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 14/29

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Correspondance - Tome III

À Maurice Schlésinger ................................................. 97

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 29 parties.

Mille très fortes amitiés de votre

 

À JEANNE DE TOURBEY

[Paris, 29 avril 1865 ?]

Ma chère Amie,

Bouilhet vient d’arriver à 5 heures ce soir. – Nous irons demain chez vous vers 9 ou 10 heures du soir, quelqu’empêtrés que nous puissions être ailleurs. – Nous de-vons dîner tous quatre avec Gautier, mais nous nous sépare-rons de bonne heure et serons chez vous, je l’espère, encore assez à temps pour causer un instant.

À vous.

G.

Samedi, 1 heure du matin.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Paris, 1er mai 1865.]

Pourquoi donc n’êtes-vous pas venus hier ?

Allons-nous toujours chez Théo jeudi ?

Si oui, je m’y transporterai avec Monseigneur.

Mille tendresses.

 

– 623 –

Georges Pouchet espérait hier vous trouver chez moi. Il vous apportait des renseignements et m’a demandé votre adresse.

***

Nous dînons ensemble mercredi chez la Princesse pour fêter la Sénatorerie du Beuve.

 

À THÉOPHILE GAUTIER

[Paris, 2 mai 1865.]

Les de Goncourt et moi, nous nous proposons d’aller jeudi prochain dîner dans ton domicile.

Je t’amènerai Monseigneur. Attends-toi donc au débar-quement de nos quatre binettes vers 6 heures du soir.

Bien que tu dises que je ne t’aime plus, je t’embrasse. Ton

Mardi soir.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] vendredi, 1 heure [5 mai 1865].

Ma chère Caro,

J’arriverai à Croisset pour déjeuner mercredi prochain, sans faute, à moins d’empêchements imprévus. Je voulais partir mardi matin ; mais d’ici à lundi soir, tous mes mo-

 

– 624 – ments sont pris, et je n’ai que mardi pour voir l’Exposition et faire mes visites d’adieu. – Donc je recule jusqu’à mercredi.

J’attends en ce moment Monseigneur, qui va passer toute la journée et la soirée avec moi. – Nous avons à tra-vailler ensemble, ainsi que demain. – Dimanche a lieu ma dernière réception. Lundi je fais mes paquets, et le soir dîner chez Magny où l’on portera des toasts au père Sainte-Beuve, Sénateur. Voilà mon programme.

Hier nous avons dîné chez Théo, où nous étions vingt personnes à table, y compris un Chinois. – Avec lequel Mon-seigneur a causé en chinois.

J’ai reçu une lettre de reproches de la jeune Bosquet. – Qui prétend que je l’oublie. Cela est parfaitement vrai. Mais s’il fallait fréquenter tous ses amis, on ne rentrerait pas chez soi.

Tu diras à ta bonne-maman que j’ai vu hier matin Fovard. Il ne peut rien tirer de Bonenfant qui ne répond pas à ses lettres.

Tu serais bien gentille de t’arranger pour prolonger ton séjour à Croisset, mon bibi, afin que je jouisse un peu de ta compagnie.

Réponds-moi et embrasse pour moi tes deux compa-gnons.

Je te prends par les oreilles et je dépose sur chacune de tes joues un gros bécot de nourrice.

Ton vieux ganachon d’oncle.

 

– 625 –

AU COMTE RENÉ DE MARICOURT

Paris, 7 mai [1865].

Cher Monsieur ou plutôt cher Confrère,

Non ! Je ne serai pas à Paris, le 7 juin, car je m’en re-tourne après-demain vers ma maison des champs.

Quand vous aurez terminé la refonte de votre roman, portez-le franchement à la Revue des Deux Mondes, au Moni-teur, partout. On finira par le recevoir. Vous aurez votre jour. Croyez-en un homme qui a de l’expérience. Mais il faut de la patience, et beaucoup.

Comme je n’ai jamais écrit dans aucun journal et qu’aucun n’a besoin de moi, toutes les recommandations que je pourrai vous donner pour ces sortes d’endroits se-raient complètement inutiles. Mais quand vous en serez à mettre votre roman en volume, je pourrai faire qu’on le lise chez Lévy.

Je suis présentement au milieu de mes préparatifs de départ. Voilà pourquoi je vous écris si brièvement. Mais je vous serre les deux mains très fort. Car je suis tout à vous.

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] lundi, 3 heures [8 mai 1865].

Tu venais chez moi ce matin comme je me présentais à ton auberge.

Tu présenteras mes regrets à Mme Cornu, mais il m’a été impossible aujourd’hui de l’aller voir. – Si j’ai un moment avant Magny, tantôt, je pousserai jusqu’aux Invalides.

– 626 –

Tu diras également à Maisiat que je suis bien fâché de ne pas m’être trouvé chez moi lorsqu’il est venu, hier.

Si tu apprends par Mme Cornu quelque chose de Com-piègne, écris-le-moi. Je L’aime.

Je m’en retourne dans mon trou où je vais tâcher de piocher. – Bonne Santé, pauvre vieux, et pas trop d’emmerdement ; donne-moi de tes nouvelles.

Ton

 

À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

Croisset, 11 mai 1865 [jeudi].

J’ai appris, chère Mademoiselle, par votre lettre du 27 mars, que vous étiez un peu moins souffrante, et que vos obsessions intellectuelles diminuaient. Fasse le Ciel que cela continue ! Tenez-moi au courant de votre état, et soyez bien convaincue que j’ai pour vous une affection très sincère. Nos relations sont étranges ; sans nous être jamais vus, nous nous aimons. C’est une preuve que les esprits ont aussi leur tendresse, n’est-ce pas ?

J’ai compati à la douleur causée par la mort de votre vieux compagnon. Hélas ! j’ai passé moi-même par toutes ces douleurs trop souvent pour ne pas les comprendre !

Mon hiver a été assez triste. J’ai souffert de rhuma-tismes et de névralgies violemment, résultat 1° de chagrins assez graves qui m’ont assailli depuis six mois, et 2° de l’atroce hiver par lequel nous avons passé. Vers la fin de janvier, j’ai été à Paris, d’où je suis revenu aujourd’hui seu-lement. Au mois de septembre dernier je me suis mis, après

– 627 – beaucoup d’hésitations, à un grand roman qui va me de-mander des années et dont le sujet ne me plaît guère. J’ai devant moi une montagne à gravir, et je me sens les jarrets fatigués et la poitrine étroite. Je vieillis. Je perds l’enthousiasme et la confiance en moi-même, qualité sans laquelle on ne fait rien de bon.

Les lectures que j’ai été obligé de faire pour ce livre m’écartent de toute autre étude. Je ne puis donc rien vous dire des derniers ouvrages publiés. Je n’ai même pas ouvert le César de notre souverain, qui est une médiocre chose, à ce qu’il paraît. Mais j’ai été mécontent des critiques autant que des éloges. Personne, à présent, ne s’inquiète de l’Art ! de l’Art en soi ! Nous nous enfonçons dans le bourgeois d’une manière épouvantable et je ne désire pas voir le vingtième siècle. Pour le trentième, c’est différent !

Avez-vous lu Un prêtre marié, de Barbey d’Aurevilly ? Je voudrais bien avoir votre avis sur ce livre.

J’ai vu avant-hier Mme Sand. Elle avait fini un roman le matin même et m’a paru en excellente santé.

 

À GEORGES POUCHET

Croisset, lundi soir [15 mai 1865].

Mon cher Georges,

Venez donc me voir un de ces jours, nous causerons de votre affaire.

Je m’en occupe dès ce soir. Si cette démarche ne réussit point, nous en ferons une seconde d’un autre côté.

 

– 628 –

Je vous attends pour déjeuner très prochainement.

Et vous serre la dextre.

 

À ALFRED MAURY

Croisset, 17 mai [1865].

Mon cher Ami,

Georges Pouchet m’écrit pour que je vous prie de lui donner un petit coup d’épaule. Il voudrait bien devenir le préparateur de M. Serres au jardin des Plantes. Mais le jeune homme est le fils des générations spontanées, passe pour matérialiste, etc., bref, sa nomination rencontre quelques obstacles souterrains. Connaissez-vous des professeurs du jardin des Plantes auxquels vous puissiez le recommander ? Vous feriez là une bonne action – c’est un travailleur et une intelligence distinguée. Je vous remercie d’avance, mon cher Maury, et vous serre les deux mains très fort.

À vous.

 

J’ai bien regretté l’autre jour de ne vous avoir pas trou-vé. Je prendrai ma revanche à mon prochain voyage.

 

À JULES DUPLAN

[Croisset, 21 mai 1865.]

Cher Vieux,

 

– 629 –

Voici une lettre reçue ce matin que je confie à ta discré-tion. N’en dis rien à Monseigneur qui ne me pardonnerait pas.

Tu verras le fond de son sac, lequel n’est pas gai.

Crois-tu que, si tu montrais ce papier à Mme Cornu, elle s’en émotionnerait ? malgré le petit mot de doute à son en-droit. Voilà pourquoi je te l’envoie. Décide, dans ta sagesse. Il est temps que les amis de Bouilhet agissent, il me semble au plus bas. – Au lieu d’une place future (et éventuelle), n’y aurait-il pas moyen d’une pension comme beaucoup de gens de lettres en touchent ?

Je suis navré de voir ce malheureux Monseigneur dans un pareil état. Mais mes navrements n’y font rien.

Il est homme à s’en retourner à Mantes sans avoir placé sa pièce. Tâche de le remonter. – Si c’est possible, chose dont je doute.

***

Gleyre doit avoir reçu mon cache-nez ?

***

Donne-moi de tes nouvelles en me renvoyant la lettre ci-jointe.

Je commence à travailler sérieusement. J’aurai fini mon chapitre à la fin de la semaine prochaine. Pour le moment, je suis un peu moins découragé.

Amitiés au Max.

Je te bécote.

 

– 630 –

Ton vieux géant.

Dimanche matin.

 

À JEANNE DE TOURBEY

Croisset, près Rouen, dimanche soir [21 mai 1865].

Que devenez-vous, chère et belle Amie ! Voilà trois se-maines que je ne vous ai vue – et je m’ennuie de vous comme s’il y avait trois siècles. Contez-moi un peu ce que vous faites, ce que vous lisez, etc. – Et le sieur Erlinger ? S’est-on encore mis à la fenêtre pour le contempler s’en al-lant ?… Avez-vous eu bien froid ? Ici il fait un temps atroce. Je m’ennuie à crever, car je ne travaille guère et ma maison est pleine d’ouvriers, et de peintres, entre autres, lesquels m’empoisonnent. C’est une faiblesse, mais ça me gêne. J’ai lu, hier matin, un bien beau discours, qui m’a ému et en-thousiasmé. C’est beau et bon, crâne et vrai, élégant et sen-sé. Vous devez être bien fière et bien heureuse. Avouez-le, voyons.

Pensez à moi quelquefois ! Quand vous n’aurez rien de mieux à faire, écrivez-moi. Vous savez que je vous aime. Donc soyez bonne pour votre esclave indigne, qui vous baise sur les deux joues et vous serre les deux mains très tendre-ment en se disant

Your devoted friend.

 

– 631 –

À JULES DUPLAN

[Croisset, 26 mai 1865.]

Cher Vieux,

J’allais écrire à Mme Cornu quand j’ai reçu ta lettre, hier. – Monseigneur m’écrit ce matin les mêmes choses.

Je suis bien attendri par la conduite de Mme Cornu. Re-mercie-la en mon nom de ce qu’elle fait pour notre ami.

Il m’est venu une idée que je te communique illico. Pourquoi ne pas avouer qu’on a envie de faire un poème sur la Chine ? C’est un travail long, difficile, qui demande des années d’études et ne rapporte rien.

Si la machine dramatique échoue devant le public, notre ami aura l’air doublement couillon.

Réfléchis bien à cela. Je crois être dans le vrai.

Donne-moi des nouvelles de mes Anges……

Ai-je tort de ne pas écrire au prince une lettre sur son discours d’Ajaccio ? Mais j’attends qu’il me l’envoie. Il va sans doute le faire imprimer.

Quel joli sujet d’ode que la grève des vidangeurs ! Les merdes vont bouillonner dans les caves trop pleines et faire éclater les maisons. Etc.

Sérieusement il y a de beaux développements à faire avec cette idée-là. – Et quel joli chœur que celui des vidan-geurs au repos, assis en plein jour, à l’ombre des tinettes, comme des bergers sous des pampres, etc.

Je t’embrasse.

 

– 632 –

Ton

Vendredi.

P.-S.

 

I

Chœur des merdes

 

Et les étrons disaient, rêvant dans leurs caveaux, « Quand aurons-nous fini de combler les tonneaux ? ». Déso-lation. Au moins, au temps du Vieux, on nous mangeait, etc., mais à présent on nous désinfecte. Nous ne nous sentons plus nous-mêmes. On nous torture, on nous praline.

 

II

Chœur des vidangeurs

III

 

Joie des kikes. Exubérance d’[icelles]. Éruption du Vé-suve. – Tableau de Paris enseveli sous la merde, comme Herculanum sous la lave.

Dans la dernière strophe, le penseur se promène parmi les ruines et rêve.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset,] mardi [30 mai 1865].

Princesse,

– 633 –

Je ne vous ai pas donné de mes nouvelles depuis mon retour, parce qu’elles sont mauvaises et qu’on ne doit pas ennuyer ses amis avec l’étalage de ses souffrances lorsque les amis n’y peuvent rien.

Qu’ai-je, au juste ? Voilà le problème. Ce qu’il y a de sûr c’est que je deviens hypocondriaque. Ma pauvre cervelle est fatiguée. On me dit de me distraire. Mais à quoi ?

Ma nièce s’est établie ici, pour [me] remonter. Elle reste-ra jusqu’au mois de juillet, après quoi, il est probable que je passerai le reste de l’été à Dieppe.

Peut-être un de ces jours, me réveillerai-je, ragaillardi ? Mais les jours se suivent, lentement, sans m’apporter rien d’agréable. Je suis assailli par des souvenirs tristes. Et tout m’apparaît, comme enveloppé d’un voile noir. Enfin je suis maintenant un pitoyable monsieur.

Est-ce le commencement de la fin ? ou une maladie pas-sagère ? J’essaye de divers remèdes. Entre autres, je ne fume plus, ou presque plus.

Merci, chère Princesse, pour vos offres d’hospitalité. J’en userai, mais quand je serai montrable. Pour le moment, je vous ennuierais trop, vous et les vôtres.

Il y a toute une page de votre lettre que je ne puis lire, malgré tous mes efforts. Il me semble que vous m’y parlez de Mme Cornu ? Mais je n’en suis pas sûr.

Dès qu’il y aura un changement dans mon état, je vous écrirai. Espérons qu’avec de la patience, tout s’en ira.

Je vous baise les deux mains, Princesse, et

suis vôtre entièrement.

 

– 634 –

À GEORGES POUCHET

[Croisset, mai-juin 1865.]

Voici un mot pour Sainte-Beuve. Ça vous fera faire sa connaissance par la même occasion.

J’ai écrit déjà une fois à Maury. Mais n’ignorez pas, jeune homme, que ledit Maury est peu actif de sa nature. Me comprenez-vous ?

Cette histoire du jardin des Plantes me semble prodi-gieusement embrouillée. Tenez-moi toujours au courant.

Mille poignées de main.

 

Si Sainte-Beuve ne vous sert pas, il pourra vous donner de bons conseils, c’est un malin.

 

À JEANNE DE TOURBEY

Croisset, samedi soir [3 ? juin 1865].

Ma chère Amie,

J’ai reçu ce matin sous enveloppe une brochure que j’ai lue, avec moins de développements, il est vrai. Je l’ai relue, et ma seconde impression a été plus forte que la première. Je trouve la chose hors ligne de toute façon. Bref, comme di-rait mon professeur de rhétorique, c’est un morceau, bien que ça ne sente guère la rhétorique, Dieu merci.

Je vous en dirais plus long (et même trop long) si je ne craignais que mes paroles, dans votre bonne amitié pour

 

– 635 – moi, ne fussent rapportées. Car on n’a pas envers certaines personnes toute la liberté possible. Je ne sais quoi, une fausse honte vous retient. On a peur que la vérité ne res-semble à une flagornerie, la justice à de l’intrigue et l’enthousiasme à de la bassesse.

N’importe ! voilà deux crânes discours, deux protesta-tions splendides, deux grands actes, et nous ne sommes pas au bout, espérons-le.

Je suis très fier de ce qu’un pareil homme me serre la main quand il me rencontre. Mais ce qui m’a flatté et presque attendri, c’est le souvenir ! Avoir pensé à moi, de loin, est une amabilité charmante.

Ce qui serait aimable aussi ce serait de m’écrire un peu, beaucoup, très longuement pour me donner des nouvelles de cette chère petite Jane que je baise sur les deux joues et que j’embrasse à pleins bras.

Avec des ardeurs folles, telles qu’on a toujours à ses cô-tés et de loin.

Son vieil ami.

 

À GEORGES POUCHET

[Paris,] nuit de dimanche, 1 heure [18 juin 1865].

Mon cher Georges,

La princesse m’a promis ce soir, par deux fois, d’écrire demain à M. Serres. La chose a été toute seule.

Tenez-moi au courant de ce qui vous arrivera.

 

– 636 –

À vous.

 

Pourvu que vous n’ayez pas changé de domicile ? et que ceci vous parvienne ?

 

À JULES DUPLAN

[Paris,] mardi soir [20 juin 1865].

Cher Vieux,

J’ai repris le cours de mes travaux, et comme pour les rendre complets il faut que j’étudie un peu les choses, veux-tu venir dîner jeudi avec ton ami (demain tu as ton frère, et vendredi je vais chez Mme Husson). Après le repas nous irions dans un bastringue. Informe-toi-z’en – d’ici là. – Quels sont ceux qui ont lieu le jeudi ?

Réponds-moi.

Ton

 

J’ai trouvé par hasard un détail sur le Vieux.

 

À HORTENSE CORNU

[Paris,] mercredi matin [21 juin 1865].

Chère Madame Cornu,

 

– 637 –

Ceci vous sera remis pour un ami très intime : le docteur Pouchet, fils.

Il aurait besoin, en ce moment, d’un petit coup d’épaule près de M. Duruy. Vous seriez bien bonne de l’aider, un tan-tinet.

Si mon ami Pouchet n’était pas si recommandable de toute façon, je ne permettrais pas de vous déranger.

Je compte, chère Madame, sur votre bonté habituelle et vous remercie d’avance, en me disant

votre très affectionné.

 

Nous verrons-nous à Bade ? J’y serai dans le milieu de juillet, pour quelques jours seulement.

 

À GEORGES POUCHET

[Paris,] nuit de mercredi, 1 heure [21 juin 1865].

La princesse m’a dit ce soir (sans question préalable de ma part) qu’elle avait écrit à M. Serres qui ne lui a pas ré-pondu.

Je la reverrai vendredi soir vers 9 heures.

D’ici là je ne bouge de chez moi.

Tenez-moi au courant.

À vous.

 

– 638 –

À GEORGES POUCHET

[Paris,] jeudi, 11 heures du matin [22 juin 1865].

Je reçois à l’instant vos deux lettres d’hier.

La Princesse a, devant moi, déblatéré contre Duruy qui lui avait refusé sans doute quelque service ? Sainte-Beuve ne me paraît pas non plus le chérir. (Donc de ces deux côtés-là il vaut mieux se tenir tranquille ?) Mais notre ami Baudry le connaît très bien, allez le voir et prenez ses conseils. De plus allez immédiatement rue Laffitte, 43, chez mon ami Jules Du-plan que vous avez vu chez moi, il vous mènera chez Mme Cornu.

Et vous aurez soin, jeune homme, de ne PAS dire à Mme Cornu que la Princesse a travaillé pour vous.

Mais j’ai peur que Mme Cornu ne soit en Allemagne ?

Vous pourriez aussi ne pas trouver Duplan ? En tout cas voici un mot d’introduction près d’elle… (Ah ! si ma pauvre princesse Julie n’était pas à Rome ! Votre affaire serait infail-lible.)

N’importe, il me semble que le succès se dessine gran-dement ? Je suis sûr que, si vous pouviez voir personnelle-ment Duruy, vous lui plairiez comme ennemi des prêtres. Tâ-chez de ce faire.

Je m’absente à partir de lundi prochain.

Je repasserai par Paris vers le milieu de juillet.

Adieu, ou mieux, à bientôt. Je suis bien content de tout ce qui vous arrive et je vous embrasse.

 

– 639 –

À CHARLES-EDMOND CHOJECKI

[Paris, juin 1865 ?]

Mon cher Ami,

Ne croyez pas que je vous oublie. Ce n’est pas parce que je n’ai plus besoin de vous que vous ne me voyez plus. Mais je suis tellement courbaturé que je ne puis sortir. Mes embê-tements sont très longs et je vous les conterai un de ces jours. En attendant, mille remerciements pour tout le mal que je vous ai donné. Je suis sûr que cela a fait beaucoup.

Mille poignées de main.

Tout à vous.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Londres, mardi, 8 heures du soir [11 juillet i865].

Ma chère Caro,

Je ne veux pas m’en aller de Londres avant de t’avoir écrit un petit mot. Maman me dit que tu seras revenue à Rouen mercredi. Donc, j’espère que ceci t’arrivera bientôt.

Je pars demain à 6 h 1/2 du soir et, au lieu de me trim-baler pendant 36 heures par les chemins belges qui ne me feraient arriver à Bade que dans la nuit de vendredi, je prends tout bonnement le chemin de fer de Paris. – Je reste-rai à Paris une heure, le temps d’aller à la gare de Stras-bourg, et je serai à Baden le même jour, à 10 heures du soir. – Si j’avais été plus en fonds, j’aurais pris plaisir à voir les bords du Rhin. Mais ce voyage me demanderait cinq à six jours.

– 640 –

Je serai revenu à Croisset dans une quinzaine de jours certainement. – Et y resterai jusqu’au mois de février, pro-bablement.

Je suis bien content de savoir que les dames Vasse arri-vent la semaine prochaine. Ça va faire une compagnie à ta pauvre grand-mère.

J’ai vu à Londres beaucoup de choses très curieuses et plusieurs qui me seront fort utiles pour mon roman.

Mlle Juliette t’embrasse et va t’écrire bientôt.

Je suis en train de faire ma cantine. Voilà pourquoi ma lettre n’est pas plus longue. Écris-moi chez M. Du Camp, Al-lée-Haus, Baden-Baden (Grand-Duché).

Adieu, mon vieux bibi, embrasse pour moi M. mon ne-veu. Deux bécots sur tes bonnes joues.

Ton vieux ganachon d’oncle.

 

À JULES DUPLAN

[Bade, 20 juillet 1865.]

Mon vieux Jules,

Malgré la chaleur j’arriverai à Paris samedi prochain. Je serai chez moi de 10 à 11 heures. – Et toute la matinée du dimanche.

Comme mon portier est stupide (ou peut-être crevé ?), je te prie d’aller chez moi pour lui recommander de nettoyer ma chambre et de m’y mettre de l’eau. Dis-lui aussi d’aller

 

– 641 – chez Touzan, tapissier, rue Notre-Dame-des-Victoires, 32, afin qu’il remette les rideaux de ma chambre à coucher.

Le Max t’embrasse et t’écrira un de ces jours. Que la chaleur te soit légère !

Je fonds en sueur.

À toi. Ton vieux

MINSKI.

 

À JULES DUPLAN

[Paris, 24 juillet 1865.]

Mon Vieux,

Il ne me reste que demain mardi pour faire l’excursion. – Veux-tu que j’aille te prendre à 10 heures ? Nous déjeune-rions à Saint-Cloud, et nous pourrions être revenus à Paris vers 5 heures ?

Réponds-moi un mot m’indiquant tes intentions.

À toi.

Lundi matin.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

Croisset, 27 [juillet 1865].

Mes chers Vieux,

 

– 642 –

Votre lettre du 9 m’a été renvoyée à Baden. Voilà ce qui vous explique ma négligence à vous répondre. Vous oubliez de me donner votre adresse à Trouville. Quand ceci vous parviendra-t-il ?

J’ai pris un mois de vacances tant à Londres qu’à Ba-den. Je suis resté deux jours à Paris, où je n’ai vu, parmi nos amis, que le père Sainte-Beuve.

La princesse est à Dieppe depuis mardi dernier. Elle ne m’a pas honoré de sa visite, mais m’a envoyé un petit mot fort aimable. Ainsi tous les frais (costumes, arcs de triomphe et danseuses) commandés d’après vos conseils ont-ils été vains.

J’ai trouvé ici, à mon retour (hier) ma mère assez gra-vement malade. – Tout est grave à 72 ans !

Quant au travail, j’espère m’y remettre dès aujourd’hui.

Quand nous verrons-nous ? Il serait bien gentil de venir au mois de novembre ?

Adieu, mes chers bons.

Mille tendresses, je vous embrasse très fort.

 

N.B. Et la pièce ? Quand entre-t-on en répétition ?

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset, 27 juillet 1865.]

Madame et Princesse,

 

– 643 –

Le petit mot que j’ai reçu ce matin (charmant, bon et excellent, comme tout ce qui vient de vous) m’a moins affli-gé qu’il ne l’eût fait en une autre occasion. Car avant-hier j’étais à Paris, et je me proposais d’aller à Saint-Gratien, quand Sainte-Beuve m’a appris votre voyage à Dieppe.

Je voulais vous voir, pour avoir le plaisir de vous voir, d’abord ; et 2° pour vous remercier de ce que vous avez fait en faveur de mon ami G. Pouchet.

De retour ici, hier au soir, j’ai trouvé ma mère assez gra-vement malade. Tout est grave à 72 ans.

Voilà l’unique raison qui m’empêche d’aller demain à Dieppe vous présenter mes respects.

Seriez-vous assez bonne pour me dire l’heure à laquelle vous passerez samedi par Rouen ? Je me trouverais dans la gare. Mieux vaut cinq minutes que rien du tout.

Permettez-moi, Madame, de vous baiser les mains et croyez que je suis de V[otre] A[ltesse]

le très respectueux et affectionné.

Croisset, jeudi soir.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset,] vendredi [28 juillet ? 1865].

Mes très Chers,

Le sieur Émile Husson que vous connaissez et qui est un pilier de coulisses ira peut-être chez vous, à cette fin de vous demander un rôle pour ses petites amies du Théâtre-

– 644 –

Français. Soyez polis, mais justes. C’est-à-dire la pièce avant tout. Donc faites absolument ce qu’il vous plaira. Le meilleur est de laisser Thierry entièrement maître du terrain ?

J’ai toujours vu que des promesses de rôles, trop tôt faites, amenaient des brouilles.

Silence sur ce billet, bien entendu. Je me suis remis au travail, hier au soir ! C’est dur.

Serez-vous assez bons pour donner mon adresse exacte à la princesse (ou à Giraud) ; afin que je puisse recevoir son œuvre.

Je vous embrasse très fort.

Écrivez-moi, de temps à autre.

Croisset près Rouen.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset, 1er août 1865.]

Ma chère Caro,

Ta bonne-maman se trouve trop faible pour t’écrire. Elle a cependant passé une bonne nuit. Et elle vient de se pro-mener en voiture dans le bois de Canteleu avec la mère Le-bret. Mais l’action de tenir une plume la fatigue beaucoup. Elle n’est guère forte.

On pense que l’air de la mer la ravigotera, comme je te l’ai dit hier. Nous attendons Achille1 pour savoir là-dessus à quoi nous en tenir.

 

– 645 –

Je n’ai absolument rien à te dire. Votre serviteur est en-core venu aujourd’hui, pour refaire un savonnage à Diane qui est hérissée de puces. – Nous n’avons reçu aucune visite. Croisset est calme et silencieux.

Tu vois que je suis gentil en t’écrivant tous les jours. Fais-en de même de ton côté.

Adieu, vieux loulou. Je t’embrasse très fort.

Ton ganachon.

 

À AMÉLIE BOSQUET

Croisset, mercredi [2 août 1865].

Vous m’avez écrit, Mademoiselle et Amie, une très ai-mable lettre pleine de reproches que je n’admets pas. Pou-vez-vous croire que je vous oublie ? Vous savez bien que non ! Mais que vous aurais-je dit dans ces derniers temps, au milieu de toutes les tuiles domestiques qui me sont tombées sur le chef, et ont singulièrement troublé « le silence du ca-binet » ?

Caroline vous a parlé de la maladie de ma mère ? Je la (la se rapporte à ma mère, j’écris comme un bon auteur) conduis demain à Ouville. On espère que l’air marin achève-ra de la rétablir. Mais elle souffre encore beaucoup, et c’est bien pénible à voir.

Je crois que vous vous trompez, quant à Nefftzer ? C’est un bon diable, il se (sic) publiera. Que faites-vous en atten-dant ?

 

– 646 –

Quant à moi, je travaille comme 30 nègres. Mais je me suis embarqué dans un sujet inextricable, par sa simplicité et son abondance. Plus je vais, moins j’ai de facilité. J’ai passé hier 10 heures consécutives pour faire trois lignes, et qui ne sont pas faites ! « Qué folie ! », comme eût dit défunt Gras-sot.

Je ne sais aucune nouvelle, ne vois personne et ne lis rien. J’ai pourtant avalé dernièrement les deux volumes pos-thumes du Pignouf appelé Proudhon. Un peu de colère, de temps à autre, n’est pas nuisible à la santé.

Il nous a été impossible de découvrir, dans le volume de poésies chinoises, la pièce que vous dites. Votre indication est vague. Je crois que vous faites une confusion.

Mme Commanville part après-demain pour Saint-Martin, d’où elle reviendra à la fin de la semaine prochaine.

Nous comptons sur votre visite dans les derniers jours de ce mois-ci. Tenez-vous en joie ! Bonne pioche, et bien que vous m’appeliez Monsieur, je vous baise sur les deux cô-tés de votre charmant col, et suis

le vôtre.

 

J’ai vu dernièrement le père Pottier. Toujours hoffman-nesque.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

Croisset, mercredi 4 heures [2 août 1865].

Madame et Princesse,

– 647 –

Je suis touché jusqu’au fond de l’âme par vos bonnes marques d’affection. Elles m’ont, du reste, plus ému que surpris, et je vous en remercie bien sincèrement, je vous le jure.

Mes inquiétudes relativement à ma mère diminuent. J’espère qu’elle entrera en convalescence dans une huitaine de jours ? Mais un atroce événement survenu dans notre famille samedi dernier, nous a tous bouleversés.

Le gendre de mon frère, un garçon de 34 ans, hypocon-driaque depuis six semaines et devenu fou subitement, s’est brûlé la cervelle avec son fusil, dans son cabinet de toilette, à deux pas de sa femme et de son enfant. Telle est l’histoire vraie et secrète. Je vous épargne d’horribles détails.

Cela s’est passé à Ouville près de Dieppe. Je n’en suis revenu que hier au soir après avoir vécu deux jours dans les scènes les plus funèbres, au milieu de femmes en pleurs, en-touré de cris et de désespoirs. Pendant ce temps-là le soleil brillait, les cygnes jouaient sur la pièce d’eau et il y avait dans le ciel des nuages roses, charmants.

Je suis horriblement fatigué et je n’ai que la force de vous baiser les mains, si vous le permettez, Princesse, en vous priant de croire que je suis votre reconnaissant et bien dévoué

Quand pourrai-je aller à Paris ? Je n’en sais rien. Merci encore mille fois, et que faut-il vous souhaiter ?

 

– 648 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] jeudi, 6 heures [10 août 1865].

Ta bonne-maman ne va pas bien aujourd’hui, ma chérie. Elle a eu ce matin une crise tellement violente (cris, pleurs, trépignements) que, ne sachant plus que faire, j’ai envoyé chercher M. Fortin. – Pendant sa visite elle ne souffrait pas. Puis, le médecin parti, le mal est revenu. C’est un spectacle bien triste, je t’assure !

Elle n’ira pas à Dieppe. – D’ici à quelque temps, du moins.

Elle voulait aujourd’hui écrire à ta tante Achille. Mais elle n’en a pas la force.

Hier elle désirait beaucoup te revoir, mais aujourd’hui, elle a peur de vous « embêter avec ses gémissements » et souhaite que vous prolongiez votre voyage.

Moi, je ne le souhaite pas, mon loulou. J’ai bien envie de revoir ta bonne mine, surtout si elle est rétablie dans son bel état naturel.

Il ne nous est pas venu, depuis votre départ, une visite de Rouen. En fait de grand monde, nous n’avons que maman Brette.

Adieu, pauvre chérie, amitiés à M. mon neveu. Je t’embrasse bien fort.

Ton vieil oncle.

 

– 649 –

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

Croisset, samedi soir, 12 août [1865].

Eh bien, quand Henriette ? Et que faites-vous ?

Quant à moi, mes bons, j’ai reçu depuis mon retour dans mes lares de jolies tuiles sur la tête : 1° la mort déplorable et inattendue de mon neveu (le gendre de mon frère) ;

2° la maladie de ma mère : un zona compliqué d’une névralgie générale et qui lui fait pousser la nuit de tels cris que j’ai été obligé d’abandonner ma chambre. Vous pouvez imaginer le reste !

Aujourd’hui, il y a un peu de mieux.

La littérature ne marche pas roide au milieu de tout cela, comme vous pouvez le croire.

Je viens de lire le livre de Proudhon sur L’Art ! On a dé-sormais le maximum de la Pignouferie socialiste. C’est cu-rieux, parole d’honneur ! Ça m’a fait l’effet d’une de ces fortes latrines, où l’on marche à chaque pas sur un étron. Chaque phrase est une ordure. Le tout à la gloire de Cour-bet ! et pour la démolition du romantisme !

Ô saint Polycarpe !

Amitiés aux amis. Tout ce que vous trouverez de plus respectueusement cordial pour la Princesse.

Je vous embrasse.

Écrivez-moi donc un peu longuement, puisque vous êtes deux. J’ai besoin de distractions, je vous jure.

 

– 650 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] lundi, 6 heures [14 août 1865].

Ma chère Caro,

Ta grand-mère passe maintenant d’assez bonnes nuits. – En somme elle va mieux, bien qu’elle souffre toujours dans le dos. On l’a mise au vin de quinquina, au malaga et aux viandes rouges pour lui redonner des forces. Mais elle s’ennuie ! elle s’ennuie ! elle s’ennuie !

Fortin lui conseille, si elle se trouve un peu mieux à la fin de cette semaine, d’aller passer quelques jours à Dieppe. – Et c’est ce qu’elle fera probablement. Elle a grand besoin de distraction, pour ne pas tomber dans l’hypocondrie.

Quant à moi, je crois que je suis en re-train de travailler. Je me suis couché cette nuit à quatre heures et je recom-mence à regueuler dans le silence du cabinet d’une façon congrue. Ça me fait du bien.

On a, tantôt, savonné à outrance Mlle Diane.

J’ai fait ta commission au jardinier relativement aux gé-raniums.

Adieu, mon pauvre bibi. Écris-moi. Amitiés à ton mari.

Je t’embrasse sur tes bonnes jouettes.

Ton vieux.

 

Ça va-t-il un peu mieux, ma pauvre petite Mérotte ?

 

– 651 –

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] mardi midi [15 août 1865].

Mon pauvre Bibi,

On a mis, ce matin, un vésicatoire à ta grand-mère. Ja-mais je ne l’ai vue souffrir aussi terriblement que cette nuit. Nous avons tous été sur le pied et je ne me suis pas couché. On ne sait plus que lui dire ? Quand tout cela finira-t-il ?

Sans cette bonne Coralie je serais bien embarrassé.

Je te prie de dire à ton mari qu’il m’achète sur la place de la Bourse, dans le débit de tabac qui est près de Touzan, une ou deux pipes en bois pareilles à celle qu’il fume à Croisset dans mon cabinet ; c’est pour les donner à Fortin qui m’a fait cadeau d’un vase.

J’oubliais de te dire que ta bonne-maman vous engage à ne plus coucher chez elle à cause des cris qu’elle fait la nuit. Elle a tenu à ce que je te dise cela.

Adieu, mon loulou. Tâche de continuer à te bien porter.

Ton vieux ganachon t’embrasse.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset,] jeudi, 2 heures [17 août 1865].

Mon pauvre Loulou,

Ta grand-mère va un peu mieux aujourd’hui. Elle a enfin passé une nuit tolérable. Le vésicatoire lui a fait du bien.

 

– 652 –

Elle persiste à ne pas vouloir que vous couchiez près d’elle, parce que ça la gêne pour se plaindre dans ses insom-nies. J’ai été obligé en effet d’établir mon lit dans mon cabi-net.

Nous avons reçu les pilules. Nous vous attendons de-main soir par le train de 6 heures.

Ton vieux qui t’embrasse.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Croisset, samedi, 1 heure [26 août 1865].

À la Belle Dame Commanville,

Ainsi non seulement on refuse mes invitations et on ne vient pas me voir à Croisset, mais on évite ma présence en se réfugiant jusqu’aux bords de l’océan, les jours où l’on sait que je dois paraître.

Ah ! Ah ! Ah !

Enfin, Madame, j’ai à vous déclarer que, si vous ne ve-nez pas lundi ou mardi déjeuner chez moi, seule avec votre mère-grand, je vous déshonorerai samedi prochain, en affi-chant par devers vos nobles hôtes la tenue la plus inconve-nante.

Adieu. Toujours ulcéré.

Fichtre !

 

– 653 –

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset,] jeudi [vendredi] 1er septembre [1865].

Je m’en suis bien voulu, ce matin, en recevant votre lettre de n’avoir pas encore répondu à la précédente : j’attendais pour vous donner des nouvelles de ma mère qu’elle allât un peu mieux. Son état ne me donne pas pour le moment d’inquiétudes graves. Mais ça m’embête et m’occupe beaucoup. Elle a passé tout un mois sans fermer l’œil et avec des douleurs telles que je ne pouvais coucher dans ma chambre, etc., etc. Bref votre ami ne s’amuse pas. – Quand tout cela finira-t-il ? Les névralgies arrivant à cet âge-là sont longues. Et les vieillards ne sont pas commodes à soigner. Mais causons d’autre chose.

Pour en finir avec ma famille, dont j’ai plein le dos, je vous dirai encore que ma nièce (celle que vous connaissez) a été malade de son côté. Quant à l’autre, elle est dans un état pitoyable. J’aurai de bons détails à vous narrer !

Je me suis rué dans une pioche forcenée, afin de m’étourdir un peu. Et mon travail, au milieu de tout cela, ne va pas trop mal. Ce vésicatoire littéraire m’a soulagé.

Dites-moi donc, mes bons chers vieux, quand a lieu la 1re de Henriette ? où en êtes-vous de vos répétitions ? à qui sont confiés les rôles ? Vous ne m’avez pas l’air très satisfait des suppôts de Thalie ? La maison de Molière est une vraie baraque d’épicier, n’est-ce pas ?

Quant à l’histoire de la croix, very well. Nous baignerons le ruban dans les flots d’une folle orgie. On s’enfoncera réci-proquement les rayons de l’étoile dans le cul, en manière de réjouissance, et je fais le serment de l’avaler si je « tombe au pouvoir de l’ennemi ». D’ici là je garderai le secret.

– 654 –

Il me semble que je ne dois pas écrire à la Princesse de remerciements ? Ce serait vouloir la lier, d’avance ? Conseil-lez-moi là-dessus ? Dites-lui de ma part tout ce que vous voudrez.

La polémique Girardin-Dumas-Feydeau est-elle finie ? Je n’ai sur tout cela aucun détail. J’ignore ce qui se passe dans le monde.

Et Théo ? et le père Beuve ? et Totor ? et tout le Ma-gny ?

Nom de Dieu ! quel bouzin je ferai à votre première ! Il me tarde d’y être. Et vous donc !

Adieu mes bons vieux. Vous faites bien de penser à moi car je vous aime, et je vous embrasse.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

Croisset, mardi soir [26 septembre 1865].

Eh bien ? et Henriette ?

Vous seriez bien aimables de m’en donner des nouvelles et de me dire quand la 1re. Êtes-vous contents de vos ar-tistes ? Pas trop, hein ? et la Plessy ? et Thierry ? et la cen-sure ? Saprelotte ! comme j’ai envie de voir ça sur les planches !

Que devenez-vous, d’ailleurs ? et la Princesse ? et le père Beuve ? et Théo ? et tout Magny ?

Je vis comme un ours et ne sais rien de ce qui se passe. Me voilà arrivé bientôt à la fin de ma première partie (en-

 

– 655 – core trois ou quatre mois). J’ai travaillé beaucoup tout l’été. Que sera-ce ? Je n’en sais rien !

Je vous remercie de m’avoir fait lire Les Deux Sœurs. Je l’ai, de plus, acheté. Comme je suis riche, n’est-ce pas ? Non ! on n’imagine pas ce que c’est ! Mais connaissez-vous un roman du jeune Dumas intitulé : Le Roman d’une femme ?… Oh ! je ne puis que pousser des cris inarticulés…

A-t-on bien peur du choléra à Paris ? Espérons qu’il y sera fort, et purgera la capitale de plusieurs bourgeois.

Tenez-vous le ventre chaud, en attendant, et pensez à moi qui vous embrasse très fort.

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, 28 septembre 1865.

Il y a bien longtemps, cher Monsieur, que je n’ai eu le plaisir de vous écrire, mais ma pensée a souvent été vers vous. Bien des fois je me suis demandée où vous étiez et sur-tout si vous étiez heureux. Cela est-il possible en ce monde et ailleurs ! Quel mode d’existence nous attend ! Quel mys-tère impénétrable, et dont pourtant la solution nous tour-mente au point de rendre malheureux avec tous les éléments de bonheur. Eh quoi, jetés dans un monde de misères, sans savoir ni d’où nous venons, ni pourquoi nous y sommes, ni où nous allons ! Éternelle question restée éternellement sans réponse ! Ceux que nous aimons qui existent au-delà du temps le savent, mais ils ne peuvent nous le dire ! Je crois pourtant qu’ils nous suivent encore de leur affection et s’ils ne sont pas affligés de nos douleurs, c’est qu’ils en connais-

– 656 – sent le motif et le but que nous ne pouvons pénétrer. Je suis plus calme, j’ai renoncé à la confession pour le moment, car je m’en allais tout droit à la folie, sans ce divorce momenta-né. Tout cela est encore si confus dans ma mémoire que j’évite d’y revenir, car le retour des crises, où ma raison a failli succomber, m’effraie plus que la mort. J’avais formé bien des projets au retour du printemps et voilà la belle sai-son qui s’achève sans que j’en aie réalisé aucun. Cela me rappelle souvent ce vers d’Hugo :

 

À différer le temps se passe, puis la mort est là.

 

Croiriez-vous que j’ai le plus grand désir de revoir ma petite ville natale à 12 lieues d’ici, je n’y suis pas allée depuis 20 ans et j’hésite à faire ce voyage, tant je suis souffrante. Vous ne savez pas ce que c’est de n’avoir pas une heure de santé, l’âme s’en ressent et en souffre beaucoup. Pour mieux dire c’est elle seule, puisque si elle n’y était pas le corps ne sentirait plus rien. Je vous dirai qu’en reprenant un peu pos-session de moi-même, j’ai entrepris un travail qui m’a fati-guée, mais qui m’a fait un bien moral immense. Ici on a pro-posé un prix pour le meilleur mémoire sur l’Anjou, son his-toire, sa littérature, ses arts. Il y avait longtemps que j’avais un vague désir de travailler sur ce sujet. J’ai été trouver le bibliothécaire, un vieillard charmant de 85 ans, plein de science aimable, et d’intelligence. Il m’a indiqué les vieux manuscrits où je trouverai des renseignements. J’ai trouvé deux vieilles éditions que j’ai achetées, et aidée de la sœur de mon filleul qui lisait, j’ai fait des extraits, en sorte que j’ai en partie mes matériaux, et maintenant je crains de mettre la main à l’œuvre. Je n’ai que trop d’extraits à classer, à fondre ensemble, je recule devant une œuvre que j’ai tant souhai-

– 657 – tée. Se passionner pour quelque chose, c’est la vie, hors de là on supporte tout avec assez d’indifférence. Je regarde ce travail comme un secours providentiel venu d’en haut. Comparez, cher Monsieur, votre sort au mien, vous connais-sez tout, vous avez voyagé, tout vu ! Moi, je passe ma vie à la même place et personne, autant que moi, ne désire voir, et connaître. Est-il un plus grand plaisir au monde ! Et son-gez que l’univers est pour moi un livre fermé ! Je suis restée à l’état d’enfance, lorsqu’on a passé plus de la moitié de sa vie à voir souffrir et à n’avoir aucun exercice de sa volonté, on n’a plus d’individualité, l’existence est annihilée au profit des autres. J’ai beaucoup de personnes avec moi. J’ai le souci de leur donner un peu de bien-être, mais je me sens parfaitement seule, car je ne puis échanger une seule de mes pensées avec eux. Je les aime, j’y suis attachée pour le bien que je leur fais, mais il n’y a entre nous ni rapports de cœur, ni sympathie. Ma vie a été bien malheureuse et lorsqu’on est entré dans ma voie, il n’est plus possible d’en sortir. J’ai lu d’Erckmann-Chatrian : Le Conscrit, Waterloo ; je lis : L’Homme du peuple ; cela intéresse parce que cela touche au vif des événements contemporains. J’ai commencé Monsieur Sylvestre de G. Sand et cela a conjuré mes souffrances. Quand lirai-je quelque chose de vous ? Madame Bovary est un impérissable chef-d’œuvre qu’on relit toujours.

Adieu, cher Monsieur. Toute à vous de cœur et d’amitié.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

– 658 –

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset, vers le 1er octobre 1865.]

Madame et Princesse,

C’est ici à Croisset (ici dans mon vrai domicile, celui qui est habité le plus souvent) que j’attends votre gracieux sou-venir.

Comme je suis ému par cette attention de Votre Al-tesse !

Vous m’avez écrit il y a deux mois, lors du malheur sur-venu dans ma famille, une bien bonne lettre qui m’a été au cœur.

Ma mère va un peu mieux. Mais il lui est resté un affai-blissement général grave à son âge. Elle sait vos marques d’intérêt, Princesse, et me charge de vous en exprimer toute sa gratitude.

Ce que vous me dites relativement aux de Goncourt me fait bien du plaisir. En effet, ils sont gentils comme des anges et spirituels comme des diables – deux qualités rarissimes parmi les confrères. L’embargo mis sur leur pièce ne m’étonne pas. Le théâtre est une boutique si abominable que le temps est proche où pas un honnête homme ne voudra s’en mêler.

Pour oublier un peu toutes les tuiles domestiques qui me sont tombées sur la tête cet été, j’ai travaillé le plus que j’ai pu (et selon ma coutume, sans avancer beaucoup dans ma besogne) ; mais enfin, le temps se passe ! C’est l’important.

Il serait moins long, Princesse, si je recevais tous les jours, des billets comme celui de ce matin. Car je ne saurais

 

– 659 –

être mieux « occupé » qu’à vous lire, bien que vous en di-siez.

Au milieu de ma vie solitaire, ma pensée, souvent, me porte vers la rue de Courcelles ou Saint-Gratien ! Je m’y pré-cipiterai en personne, dès que je pourrai m’arracher d’ici.

En attendant cet honneur-là – qui est aussi un plaisir – je vous prie de me permettre de vous baiser les mains, en vous assurant, Madame et Princesse, que je suis

votre très humble et dévoué.

 

À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

[Croisset, 8 octobre 1865.]

Je suis bien aise d’apprendre, chère Demoiselle, qu’il y a enfin une trêve dans vos souffrances. Comme vous avez bien fait d’abandonner la confession, puisque vous ne pouviez plus la supporter ! À quelque point de vue que l’on se place, vous êtes parfaitement innocente. J’approuve beaucoup votre projet de travail. Rien n’est sain comme l’érudition ; il n’en est pas de même de la métaphysique et de l’art, ma-tières plus hautes et où l’on navigue toujours un peu dans la folie.

Afin de me distraire, je me suis plongé dans un travail forcené. Jamais je ne me suis donné de mal comme depuis deux mois et j’espère, vers le Jour de l’An, être arrivé à la fin de la première partie de mon roman. Comme je suis tout en-tier à cet ouvrage, qui est long et difficile, je ne puis vous parler de ce qui se publie maintenant, car je ne lis absolu-ment rien.

 

– 660 –

Vous me parlez de la solitude intellectuelle où vous vi-vez ! Moi aussi je connais cela ! Je passe de longs mois aussi seul qu’au milieu du désert, et ne croyez pas qu’à Paris même les gens sympathiques foisonnent.

Vous êtes pour moi, chère Demoiselle, du petit noyau des intimes et je fais, non pour votre bonheur, chose impos-sible ici-bas, mais pour votre tranquillité tous les souhaits possibles. Allons, travaillez bien votre Anjou. Faites-nous un bon livre et pensez à moi quelquefois, car je suis le vôtre.

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, 15 octobre 1865.

J’éprouve, cher Monsieur, le besoin de vous dire com-bien j’ai été vivement impressionnée, en lisant dans votre lettre l’affreux malheur arrivé dans votre famille. Je com-prends tout ce que vous avez dû souffrir ! Vous avez bien raison de dire qu’on ne peut savoir ce qui se passe dans l’âme de chacun, ni combien, presque toujours, le bonheur est à la surface et la souffrance au plus profond du cœur ! Qui de nous ne se sent pas accablé du souvenir de malheurs ignorés, de certaines heures néfastes pendant lesquelles il voudrait n’avoir jamais existé ! On cherche en vain à se dé-barrasser de ce lourd fardeau. Dieu lui-même, avec toute sa puissance, ne peut nous en délivrer, car il ne peut faire que le passé n’ait pas existé. Votre neveu avait une maladie mo-rale aggravée par l’aspect de la folie, moi aussi, j’ai presque toujours vécu avec des personnes qui avaient plus ou moins le cerveau malade, et cela exerce une funeste influence. Grâce à Dieu et à vous, madame votre mère est guérie ; vous

– 661 – avez dû cruellement souffrir d’inquiétudes ; j’ai soigné ma mère pendant 20 ans, tremblant à chaque instant de la perdre ; je n’avais qu’elle au monde. Si elle existait encore avec moi, je me trouverais heureuse, tout le reste me serait égal. Je sais bien qu’elle existe toujours, mais quel abîme nous sépare ! Je vous disais que j’étais mieux, eh bien, mes obsessions me reprennent. Je crains ce mal plus que la mort. Vous me dites que je suis innocente devant Dieu, je n’en sais rien, à cet égard ma tête est un chaos dans lequel je voudrais éviter de rentrer, car ma raison est toujours prête à y rester. Je savais que Mme Sand avait perdu son secrétaire et un ami, dont l’affection et la présence devaient lui être nécessaires. Je m’en suis profondément affligée, car je l’aime trop pour que rien de ce qui lui arrive ne me touche pas vivement. J’ai là sa féerie dont l’idée est très belle. J’ai commencé Monsieur Sylvestre. Je me réjouis de lire votre roman. Mes contes d’Anjou me donnent de la peine, mais je n’ai jamais aimé que l’impossible. Je suis toujours dans un état de santé dé-plorable et j’ai dans ce moment des malades qui m’intéressent et dont je suis inquiète. Je n’ai pu encore cette année revoir ma ville natale, je le désire depuis 20 ans.

Adieu, cher Monsieur, je pense bien à vous et vous prie de ne pas trop m’oublier ! Adieu. Votre toute dévouée.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset,] nuit de lundi [16 octobre 1865].

Je n’ai donc pas répondu à votre lettre du 29 septembre ? où vous m’annonciez vos embêtements dans

 

– 662 – la maison de Molière ? Car je la retrouve sur ma table ! à l’instant même.

Cette nouvelle m’a plus contrarié qu’étonné. – Je con-nais les cabots ! Monseigneur, à qui j’ai conté la chose, en a profité pour re-rugir contre eux.

Mais comment ça se fait-il, tonnerre de Dieu ! Est-ce que vous ne serez pas joués cet hiver ?

La Princesse m’a écrit une très aimable lettre où elle me dit qu’elle vous aime beaucoup. Je lui ai répondu qu’on ne pouvait plus mal placer sa confiance, et que vous étiez deux canailles. La vérité avant tout.

Autre histoire : la même lettre, qui a bien une quinzaine de jours de date, m’annonçait l’envoi de l’aquarelle promise. Or, pas d’aquarelle ! Pourquoi ? Est-elle perdue au chemin de fer ? Je n’ose écrire à la Princesse. Dites-moi ce qui en est, vous serez bien aimables.

Je continue à travailler comme un homme. – Et il se pourrait que j’aie fini ma 1re partie au commencement de janvier. – Alors, j’ornerais immédiatement la capitale de ma présence.

Il m’ennuie de ne pas avoir de nouvelles du Théo ! et encore bien plus, mes chers bons vieux, de ne pas vous voir.

Mais je vous embrasse très fort, comme je vous aime.

Si ça ne vous embête pas trop donnez-moi des détails sur Henriette.

Je vous en écrirais plus long, mais il est 3 heures du ma-tin et j’ai la tête cuite.

 

– 663 –

À JULES DUPLAN

[Croisset,] dimanche soir [29 octobre 1865].

Homme peu épistolier,

Comment vas-tu, par ce temps de choléra et avec ton sacré ventre toujours quelque peu foirard ? Je n’ai pas autre chose à te demander. – Je travaille toujours comme un misé-rable et j’espère dans les premiers jours de janvier, avant le 20, avoir fini ma sempiternelle 1re partie ? Je vais com-mencer dans une huitaine le dernier mouvement du chapitre VIe , après quoi j’en ai un, petit, de dix pages. Mais que sera-ce ? que sera-ce ? Il y a des jours où je suis las, à en crever, sans compter les inquiétudes, et je continue, cependant !

Je ne lis rien, je ne vois personne, je ne sais rien du tout.

Monseigneur, de son côté, bûche à outrance sa Conjura-tion d’Amboise. Il m’en a l’air content et pense l’avoir finie dans deux mois.

Pas de nouvelles de Max depuis quelque temps.

Ta vie doit être un peu changée ? Vas-tu à Versailles le dimanche dîner chez Mme Cornu ? Ce doit être dur dans l’hiver.

J’ai ici la fille de mon frère avec ses mômes. Mais tout cela va bientôt déménager, et je serai seul jusqu’au moment où je me ruerai vers la nouvelle Athènes et toi que j’embrasse.

 

– 664 –

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

Croisset, dimanche soir [29 octobre 1865 ?]

Êtes-vous morts ?

Par ce temps de choléra et toutes les bêtises (?) que l’on dit ici sur son compte, ce n’est pas gentil de ne point écrire à votre vieux qui vous embrasse.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset,] mardi soir [14 novembre 1865].

Estranges Bonshommes,

Depuis huit jours j’attends deux fois par jour une lettre de vous, promise par vos Excellences.

Je ne vous demande pas de détails, car vous ne devez guère avoir de temps à vous, mais ceci seulement : à quand la 1re ? Est-ce pour le 1er décembre, positivement ? Voilà tout ?

De plus, je vous avais prié de me dire si la Princesse a mis au chemin de fer son aquarelle. Elle m’a averti de l’envoi, il y a un mois ! Qu’est-ce que ça signifie ? Répondez-moi sur ces deux points, S.V.P. Je vous embrasse très fort, et vais faire de la gymnastique afin d’avoir les biceps plus ter-ribles à la 1re d’Henriette.

À vous.

 

– 665 –

À CHARLES-EDMOND CHOJECKI

[Croisset, vers le 15 novembre 1865.]

Très Cher,

Je n’ai pas fini !… Je touche à la terminaison de la pre-mière partie. Quand arriverai-je au bout des deux autres ? Apollon, Dieu des Ratures, seul peut le savoir !

Ouïssez d’ailleurs ceci, ô mon mignon ! Madame Bovary m’ayant, de bénéfice net, coûté trois cents francs, lorsqu’il fut question de publier Salammbô, mes intimes, ma famille, mon domestique, les cochers de fiacre qui s’intéressaient à moi, bref, tout le monde m’engagea à ne point (par prudence) traiter moi-même avec le sieur Lévy… Et puis mon travail me rapporte si peu que j’ai envie désormais de donner mes livres pour rien du tout. Ce serait une pose, mais distinguée, convenez-en.

Le labeur et le salaire me semblent deux choses telle-ment loin l’une de l’autre, tellement disproportionnées, que leur rapport m’échappe !… Donc, n’y pouvant rien, je me ré-signe et, pourvu que je paye à peu près mon papier, je n’en demande pas plus. Nous causerons de tout cela prochaine-ment, à la première des Goncourt.

 

À ERNEST CHEVALIER

Croisset, lundi [20 novembre 1865].

Mon pauvre cher Vieux,

Continuer : partie 15 sur 29