Correspondance - Tome III

Gustave Flaubert · Chapitre 50 sur 50 · partie 26/29

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Correspondance - Tome III

À Maurice Schlésinger ................................................. 97

Ce chapitre est long, il est donc découpé en 29 parties.

Je compte donc, Princesse, user de votre hospitalité dans la dernière semaine de ce mois. J’espère néanmoins vous voir d’ici-là. Dans une huitaine de jours, probablement, j’irai vous faire une petite visite. Je ne vous ai pas vue de-puis la fin de mai, c’est long, pour moi.

Mais l’histoire de la fameuse page se répand ! On m’a envoyé ce matin un numéro du Figaro où l’anecdote est ra-contée ! On vous y prête un mot assez drôle et qui, n’étant pas bête, doit être vrai.

J’ai reçu, il y a quelques jours, une lettre des de Gon-court. Ils me parlent fort peu de leur santé et beaucoup de leur nouvelle maison. J’ai peur de retrouver encore des ma-çons dans la mienne. Mais la perspective de Saint-Gratien me calmera.

Quant à l’ami Taine, vous avez raison, il sera heureux quand même. Je ne le crois pas capable de sentiments vio-lents ? Une grande souffrance et une grande ivresse doivent lui être étrangères ? Tant mieux pour lui ! Ne trouvez-vous pas qu’il a l’air né-marié ?

C’est un homme moderne. Moi, je suis un fossile. Il est plein de calme et de raison. Moi, un rien me trouble et m’agite. Donc je l’envie profondément.

Je me mets à vos pieds, Princesse, et vous baise les deux mains, en étant votre très affectionné.

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Croisset, dimanche.

 

À GEORGE SAND

Croisset, dimanche 5 juillet [1868].

Eh bien, moi aussi, c’est « la même rengaine », chère Maître, je vous aime, na, et beaucoup ! De plus, j’ai la fatuité de croire que vous n’en doutez pas. Il faudra revenir ici à l’automne et passer un long temps, conjointement. C’est d’ailleurs juré. Votre ami va prendre un peu d’air. Après-demain, je m’en vais chez mes deux nièces jusqu’à la fin de la semaine. Puis, de là à Fontainebleau (pour mon bouquin) et à Paris. Je ne serai revenu ici que dans les premiers jours d’août. – À partir du 12 écrivez-moi donc au boulevard du Temple, 42.

J’ai violemment bûché depuis six semaines. Les pa-triotes ne me pardonneront pas ce livre, ni les réactionnaires non plus ! Tant pis ; j’écris les choses comme je les sens, c’est-à-dire comme je crois qu’elles existent. Est-ce bêtise de ma part ? mais il me semble que notre malheur vient exclusi-vement des gens de notre bord ? Tout ce que je trouve de christianisme dans les révolutionnaires m’épouvante ! Ainsi voilà deux petites notes qui sont là sur ma table :

« Ce système (le sien) n’est pas un système de désordre. Car il a sa source dans l’Évangile, et de cette source DIVINE ne peuvent découler la haine, les guerres, le froissement de tous les intérêts, car la doctrine formulée de l’Évangile est une doctrine de paix, d’union et d’amour » (L. Blanc).

« J’oserai même avancer qu’avec le respect du di-manche s’est éteinte dans l’âme de nos rimeurs la dernière

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étincelle du feu poétique. On l’a dit : sans religion, pas de poésie ! » (Proudhon).

À propos de celui-là, je vous supplie, chère Maître, de lire à la suite de son livre sur la célébration du dimanche, une histoire d’amour intitulée, je crois, Marie et Maxime. Il faut connaître ça pour avoir une idée du style des Penseurs. C’est à mettre en parallèle avec Le Voyage en Bretagne, du grand Veuillot ! dans Çà et là. Ce qui n’empêche pas que nous avons des amis très admirateurs de ces deux mes-sieurs. En revanche on blague Voltaire.

Quand je serai vieux, je ferai de la critique ; ça me sou-lagera. – Car souvent j’étouffe d’opinions rentrées. Personne, mieux que moi, ne comprend les indignations de ce brave Boileau contre le mauvais goût : « Les bêtises que j’entends dire à l’Académie hâtent ma fin. » Voilà un homme !

Toutes les fois, maintenant, que j’entends la chaîne des bateaux à vapeur, je songe à vous, et ce bruit-là m’irrite moins, en me disant qu’il vous plaît. Quel clair de lune il fai-sait cette nuit sur la rivière !

Je suis complètement seul depuis huit jours. Ma mère est chez Caroline. Elle va mieux, physiquement et morale-ment.

Amitiés aux vôtres. Et à vous mille tendresses.

 

À FRÉDÉRIC FOVARD

[Croisset, 6 juillet 1868.]

Mon cher Ami,

 

– 1118 –

La ferme a été demandée par M. Demeufve qui en a of-fert 60 mille francs. Nous avons demandé 70, il y a un an, et l’affaire en est restée là. N’est-ce pas la même demande ?

Nous attendons les offres.

Tout à toi.

 

Il faisait si chaud hier que je perdais la boule.

Lundi matin.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Croisset, mercredi 8 juillet 1868.]

Chère Caro,

Je prendrai demain le train qui part pour Dieppe à 11 h 45 mn. Je compte te voir un moment et te laisser ma cantine. Puis vendredi je coucherai chez toi, et samedi à Pa-ris. Mais je reviendrai à Dieppe en revenant de Paris.

Tu serais bien aimable de me retenir tout de suite une voiture pour Ouville.

Adieu, mon loulou, à bientôt.

Ton vieux CRUCHARD.

 

– 1119 –

À JULES DUPLAN

[Croisset, 8 juillet 1868.]

Cher Vieux,

Je perds mon temps ici, d’une façon abominable, au lieu d’être à Paris où j’ai pour une quinzaine d’occupations.

Malgré l’état de mon logis il faut que je m’y rende (à Pa-ris).

Tu serais bien aimable de me retenir un appartement dans ton quartier.

Prends-moi sur le boulevard une chambre et un salon. Tâche que ce soit propre et que le prix ne dépasse pas 10 francs par jour. – Si on pouvait manger dans l’hôtel, ça me serait commode.

Tu peux retenir l’appartement pour samedi soir.

Je vais de ce pas à Dieppe (chez Mme Commanville, Neuville, Dieppe).

J’en partirai samedi à midi et arriverai à Paris à 4 h 20.

Je me transporterai immédiatement chez toi : 1° pour savoir où je loge et 2° pour dîner ensemble. Lâche ta vieille ce samedi-là. Préviens-la d’avance. Il me tarde d’embrasser ta binette. Moi je délaisserais pour toi CELLES dont tu es ja-loux.

Si ton samedi était forcément pris, écris-moi à Dieppe.

Je te demande pardon de t’embêter avec mon hôtel. Mais rien n’est abominable comme de se trimballer d’auberge en auberge avec des paquets sur son fiacre.

 

– 1120 –

Tu peux dire que je garderai le logement (s’il me con-vient, bien entendu) une quinzaine.

Tu m’as rendu un vrai service en allant au boulevard du Temple. M. mon concierge n’a pas répondu à deux de mes lettres ; sans toi j’aurais été dans une belle fureur samedi soir. Note que j’ai manqué crever de rage dans ce bougre de logement-là au mois de mai dernier. Il est vrai qu’on me l’a augmenté. Je vais avoir, le 15, 350 francs à payer.

Donc à samedi, cher vieux.

Je t’embrasse.

Ton.

 

Sur le boulevard pourvu que ce ne soit pas au Grand Hô-tel, pas un bazar de putains. J’aurai assez de toi, mon Ange !

Croisset, mercredi, 10 heures du matin.

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, ce 10 juillet 1868.

Votre lettre, cher Monsieur et ami, m’a fait du bien. Je croyais que vous m’aviez tout à fait oubliée ! Je ne m’en étonnais pas, je suis si peu de chose comparée à vous ! J’ai besoin de vous dire tout ce que j’ai fait et n’ai pas fait depuis le 13 avril. D’abord, au moment où j’espérais aller à Nantes, cinq familles de cette ville ont été empoisonnées par des fa-rines vendues par un boulanger. Une jeune fille de commer-çant, venue en vacances chez ses parents, en est morte en

– 1121 – quelques heures. Cela m’a vivement effrayée, le poison m’a toujours frappée de peur. J’avais à peine 5 ans lorsque je vis mourir des tourterelles que ma mère aimait beaucoup et qui s’empoisonnèrent avec du poison mis dans nos greniers pour les rats. Pendant plus d’un an, je me croyais empoison-née ; c’était mon idée fixe. J’ai donc été effrayée d’aller à Nantes et pour moi et pour mon malade. J’ai voulu vaincre cette impression et mon médecin, me voyant si malade, a jugé prudent de me conseiller de rester. Lorsque j’avais cru partir, j’avais pris en amour tout ce qui m’entourait, mon jardin, mes fleurs, et lorsque j’ai été condamnée à rester, j’ai pris tout cela dans un affreux dégoût. J’ai donc été privée de l’accomplissement d’un de mes désirs les plus ardents, voir, entendre un opéra. Je crois que je mourrai avant d’avoir ce plaisir, comme celui qui mourut sans voir Carcassonne ! Je ne me tiens pas pour battue, je fais chercher une maison à Nantes, mais il paraît impossible d’en trouver une pour le temps où recommence l’opéra. Je ne puis habiter qu’une avenue fermée de grille, une espèce de jardin, surtout à cause d’une petite chienne que j’ai élevée avec amour, toute naissante, par le grand froid de l’hiver dernier et qu’il faut promener. Enfin, mon neveu qui habite Tours m’a offert une maison toute meublée. J’aurais accepté, mais il n’y a à Tours ni théâtre, ni concerts, c’est comme Angers ; la Touraine me plaît bien mieux que Nantes, mais qu’y ferai-je sans connais-sances et surtout sans opéra. J’ai un autre désir : celui de voir ma ville natale. Je crois que lorsque j’y aurai passé huit jours, ce sera assez, car dans une petite ville il n’y a que la promenade, et [je] crains encore que les 12 lieues en voiture – il n’y a pas de chemin de fer – ne fatiguent trop mon con-valescent et s’il allait être plus malade, quels regrets j’aurais. Je suis donc très embarrassée. Je suis effrayée de l’hiver ; si du moins j’avais de l’opéra ! C’était pour moi un ami et je

 

– 1122 – n’avais plus besoin de rien. Voilà ce que j’ai fait pour en avoir. Lorsque le théâtre fut incendié le 5 décembre 1865, il y avait une petite salle avec un théâtre que la ville eût pu acquérir, il y avait encore un ancien théâtre qui pouvait ser-vir, et Angers ne manque pas de vieux monuments où on peut établir un théâtre. Loin de là, la ville laissa acheter le petit théâtre par les prêtres de l’Adoration perpétuelle et concéda gratuitement, et sans conditions artistiques, un ter-rain où un cirque, destiné à remplacer le théâtre, fut élevé, mais les propriétaires l’ont loué indifféremment aux écuyers, ou même, le pourraient aux ménageries s’ils le voulaient ; ce cirque est donc entièrement détourné de sa destination théâ-trale. Pendant ce temps, le maire demandait à son conseil de voter les fonds pour l’érection d’un nouveau théâtre. Plu-sieurs membres du conseil voulaient qu’il n’y eût plus de théâtre à Angers, dans une ville de 60 mille âmes ! Que vou-lez-vous ? ces gens-là ressemblent aux taupes qui vivent dans les ténèbres ou aux écrevisses à la marche rétrograde. Pour obtenir l’érection d’un théâtre, le maire fut obligé de promettre à son conseil qu’il ne serait désormais accordé aucune subvention au théâtre. Trois directeurs de drames et de comédies firent successivement faillite au cirque. Cela devait être ; autrefois on donnait la salle gratuitement avec 36 000 francs de subvention. Au cirque, il faut payer 1 500 par mois de location, le droit des pauvres et se passer de subvention ; de plus l’acoustique est telle au cirque qu’on n’y entend pas du tout le dialogue. Les concerts seuls et l’opéra peuvent y être donnés, mais sans subvention et avec une lourde location, c’est impossible ; autant dire qu’Angers ne veut plus d’artistes, ni de théâtre. Pendant ce temps, le maire ne peut, ni n’ose demander une subvention à son con-seil. Je lui ai proposé de faire une souscription et j’ai de suite offert une somme assez forte, mais il eût fallu que le maire et

 

– 1123 – les notabilités se missent à la tête de la souscription et ils n’en ont rien fait, et pourtant ils ont tant d’argent qu’ils n’en savent que faire et que quelques mille francs suffiraient pour avoir de l’opéra pendant l’hiver. Voyant cela, j’ai adressé une supplique à Napoléon. J’avais adressé cette supplique directement il y a deux ans, et jamais je n’en ai entendu par-ler. Depuis, je fus tellement inquiète de mon malade que j’oubliai tout. Il y a un mois j’eus l’idée d’adresser une nou-velle supplique au souverain afin d’obtenir que par son in-fluence il forçât le conseil à donner une subvention ou que, le gouvernement accordant quelques mille francs, le conseil fût obligé d’en faire autant ! J’avais connu ici aux réunions des concerts, il y a bien des années, une femme d’esprit ma-riée à Eugène Janvier, dont le frère me rechercha longtemps en mariage. Cette dame, devenue veuve, a épousé M. Perrot ; elle écrit et vient de publier un roman au Journal des débats signé : Adèle Genevray, son nom de demoiselle. M. Perrot habite chez sa fille, la comtesse de Lepic, le frère de ce dernier est chambellan de l’empereur. J’eus donc re-cours à l’obligeance de Mme Perrot qui remit ma supplique à la princesse Poniatovski qui la donna à M. Piétri qui l’a re-mise à l’empereur. La princesse m’a envoyé la réponse de ce dernier qui, par les ordres de l’empereur, a renvoyé la sup-plique au ministre des Beaux-Arts, le maréchal Vaillant. Maintenant, cher Monsieur, que me conseillez-vous ? Dois-je adresser une supplique au maréchal Vaillant, et ce, dois-je considérer ce renvoi comme un gage de succès ou une preuve d’oubli ? Dites-moi ce que je dois faire ou espérer ? On m’avait conseillé d’écrire à Camille Doucet. Je l’ai fait de suite. Son secrétaire m’a répondu que M. Doucet était absent pour un mois et qu’à son retour il lui remettrait ma lettre. Je sais que M. Doucet est à Cauterets, pensez-vous que je doive lui écrire là, ou attendre son retour. Conseillez-moi sur la

 

– 1124 – marche à suivre, car je veux réussir à tout prix, seulement pour avoir de l’opéra, car, si on accordait pour avoir du drame ou de la comédie, je m’en voudrais à la mort de mes démarches. Maintenant, j’ai la ferme que j’habite, mon jar-din, les vergers, les prés et une vue superbe sur les coteaux et la rivière, mais en hiver, c’est triste à mourir. Si je pouvais m’occuper, ce ne serait rien, mais j’ai des yeux que je ne conserve qu’à la condition de ne pas m’en servir, et le travail des mains me cause des douleurs très vives dans le sein gauche, il [y] a tout de suite rougeur, gonflement à l’extrémité, mon médecin dit qu’il n’y a rien à craindre, que c’est une irritation ; mais, [me] figurez-vous l’hiver enfermée sans pouvoir ni lire, ni écrire, ni travailler, il y a de quoi de-venir fou. J’aime ma maison de campagne, mais je déteste Angers ; souvent j’éprouve un tel sentiment d’indignation contre cette ville maudite que je voudrais, comme Samson, l’engloutir, dussé-je m’ensevelir sous ses ruines. Vous me demandez si j’ai repris mon Histoire de l’Anjou ; depuis le mois d’août, je n’ai ni lu, ni écrit, et si je puis reprendre un jour mon travail, ce sera pour dire aux Angevins combien ils sont sots et haïssables ; il y a tant de plaisir à dire la vérité ! Je ne sais où aller passer l’hiver, ici tous mes amis sont morts ou partis. À Tours mes parents viendront bien me voir, mais je ne veux pas de simples visites. Il me faudrait au moins 2 fois la semaine de l’opéra, de bonne musique, et à défaut de cela, avoir des amis ayant mes idées qui vien-draient faire de la musique, jouer et causer chez moi. Vous allez me dire que Paris me conviendrait, mais j’ai ici 18 personnes à faire vivre, mon revenu ne suffit pas à moitié, je ne vis que sur le capital. J’ai chez moi une femme qui y est depuis 52 ans, son mari, sa fille, sa petite fille, deux ser-vantes ; au-dehors, mon filleul paralytique, marié, avec femme et enfant, domestique, puis mon malade et sa domes-

 

– 1125 – tique, dans le même local un ancien artiste dont la santé et l’âge imposent le repos. Plus chez moi un parent que des re-vers de fortune y ont amené. Enfin, au-dehors, une dame et son fils qui a 22 ans et qu’elle a élevé chez moi. Ensuite, nous sommes habitués à de vastes appartements, de grands jardins, au bon air, du feu en hiver dans toutes les chemi-nées, des vivres abondants, volaille, gibier, lait, beurre, fruits de toutes espèces ; en admettant que je n’emmènerais que la moitié de ce monde, ce serait une dépense impossible pour moi. Enfin, je les aime tous, ils se trouvent heureux, ils tien-nent plus à la vie matérielle qu’à autre chose, mais moi qui vis de rien matériellement parlant, la vie intellectuelle est tout, et dans ce milieu hostile et antipathique, je me sens mourir de tristesse et d’ennui ! Comment faire ? n’aurai-je donc jamais mon jour, mon heure ! J’ai été bien touchée du sentiment que vous m’exprimez en parlant de madame votre mère. J’ai soigné la mienne pendant 20 ans et elle est restée mon meilleur et mon plus puissant amour ! Nul ne la rem-placera dans mon cœur. Je dois être plus âgée que madame votre mère, j’ai eu 67 ans la veille de la Toussaint. Il est af-freux d’être condamné, dès en naissant, à mourir jeune ou à voir mourir ceux qu’on aime. Quand je posséderais tous les biens de ce monde, la nécessité de souffrir et de mourir me rendrait encore inconsolable. Voir souffrir et mourir, même les êtres les plus infimes de la création, me rend malheu-reuse ! La fibre humaine est si sensible en moi, qu’il me semble souffrir et mourir avec tout ce qui souffre et meurt. Vous avez vu Mme Sand, j’envie votre bonheur, car je l’admire et l’aime comme ce qu’il y a de plus parfait au monde. Elle est calme, sereine, c’est que ses convictions et sa foi sont à l’abri du doute, elle est bien plus forte et bien plus grande que nous. On m’a lu sa Mademoiselle Merquem mais pour moi sa Lélia est le chef-d’œuvre des chefs-

 

– 1126 – d’œuvre, ce livre ne peut épuiser mon admiration, c’est moi-même que j’y lis, sa première lecture fut pour moi une révé-lation, de moi à moi-même. Et vous, cher Monsieur, nous donnerez-vous un chef-d’œuvre comme Madame Bovary ? Jamais rien ne m’a si vivement émue, ni laissé une trace aussi profonde dans mon âme. Écrivez toujours ainsi et vous n’aurez pas un égal, ni un rival en littérature. Je finis en vous disant à quel point le clergé est puissant ici. À quelques lieues d’Angers est mort un général Borgilla, respectable vieillard ayant reçu l’extrême-onction, en sorte qu’on pou-vait dire qu’il était mort muni des sacrements de l’Église, phrase si souvent menteuse, que depuis quelque temps on a pris l’usage de mettre aux lettres de faire-part ; quelque mu-ni que fut le général, on a refusé de l’enterrer, malgré les ins-tances des magistrats d’Angers, près de l’évêque. Alors la cour impériale, tout le barreau, le préfet d’Angers, le général, ne sont pas allés à la procession de la Fête-Dieu, le maire seul et ses adjoints y figuraient. Pendant ce temps, un pas-teur protestant enterrait le général Borgilla et son convoi était suivi d’une foule imposante. Depuis, pendant la proces-sion faite dans l’intérieur des hospices, un interne ayant été aperçu dans sa chambre avec son chapeau sur la tête, a été apostrophé par l’aumônier et la supérieure et condamné par les administrateurs à perdre sa place. Ajoutons que sa fa-mille est pauvre. Nous marchons droit à l’Inquisition et elle existe déjà moralement. Adieu, cher Monsieur et ami, réflé-chissez et donnez-moi un conseil pour réussir à avoir l’opéra. Toute à vous.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

– 1127 –

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset, 12 juillet 1868.]

Je suis bien content de ce que vous dites de Lui, Prin-cesse. Tout ce qui vous a fait plaisir, là-bas, m’en fait aussi, par contrecoup.

La mesure dernière, dont j’ai appris la nouvelle ce ma-tin, m’a réjoui. Car vous savez que je garde une forte dent contre un de ces Messieurs, lequel me paraît, d’ailleurs, d’une maladresse insigne.

Il me semble (ou plutôt, je sens) que vous, aussi, vous n’en êtes pas fâchée ? Est-ce vrai ? Je le saurai mercredi prochain, car j’espère, ce jour-là, vous voir. Dès mon arrivée, je me précipiterai rue de Courcelles, suivant ma coutume in-discrète. – Il me tarde de vous baiser les deux mains, Prin-cesse, et de vous dire, encore une fois, que je suis

Tout à vous.

Croisset, dimanche matin.

 

À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

Paris, 15 juillet [1868].

Chère Demoiselle,

À mon retour de Fontainebleau, je trouve votre lettre qui m’est envoyée de Croisset, et je réponds de suite à votre question touchant l’Opéra.

Ce que je vous conseille, c’est de ne rien faire, car vous n’arriverez à rien. On ne peut pas forcer une ville à avoir un

– 1128 – théâtre malgré elle. Sur quels fonds serait prise la subven-tion ? L’empereur, je crois, n’y peut rien du tout.

Je connais Camille Doucet, mais il n’est pas à Paris maintenant.

La question des théâtres me paraît, du reste, près de se vider par la mort. Après trois ans, si cela continue, personne ne voudra plus aller au spectacle.

Le mieux est de venir entendre de la musique à Paris et de laisser là quelque temps votre hôpital, c’est-à-dire tous les gens dont vous vous êtes chargée.

Je vous demande pardon de vous écrire si laconique-ment. N’en croyez pas moins à ma sincère affection.

 

P.-S. – Je serai de retour à Croisset vers le 15 août.

 

À EDMOND ET JULES DE GONCOURT

[Croisset, 16 juillet 1868.]

Mes chers Bons,

Voulez-vous m’envoyer illico l’adresse du petit hôtel avenue de l’Impératrice, celui qui coûte 60 mille francs et que vous vouliez acheter.

C’est un renseignement que j’ai promis et oublié de donner.

À dimanche.

Je serre vos deux dextres.

– 1129 –

Jeudi matin.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

[Paris,] mercredi, 10 heures [22 juillet 1868].

Mon Caro,

Qué chaleur ! qué chaleur ! qué chaleur ! Nonobstant, ton vieux Cruchard se porte très bien. Je vois avec plaisir qu’il en est de même de vous tous. Garde ta bonne-maman le plus longtemps possible, puisqu’elle se trouve si bien dans ton logis. Je ne le crois pas assez grand pour contenir quatre personnes à la fois et peut-être ferai-je mieux de ne venir chez toi qu’une fois les dames Vasse parties ? Ce n’est pas l’envie de revenir chez toi qui me manque, je t’assure !

Je compte être chez la Princesse mardi prochain. J’y resterai une huitaine. Après quoi je retournerai à Fontaine-bleau, resterai encore un jour à Paris et revolerai vers la Normandie.

Arrange-toi pour garder ton monde jusqu’à mon arrivée, si tu veux de moi en même temps que lui. (Voilà une phrase !)

Je regrette de ne pas te donner des leçons de char. Tu sais que j’ai là-dessus des prétentions et des Principes. Ça me serait agréable aussi de prendre des bains de mer.

Quelle gentille lettre tu m’as écrite hier, mon loulou !

Embrasse pour moi ta bonne-maman et Ernest. Je bé-cote ta bonne mine fraîche.

Ton vieux.

– 1130 –

À IVAN TOURGUENEFF

Paris, boulevard du Temple, 42.

25 juillet [1868].

Mon cher Tourgueneff,

Ceci est tout bonnement pour vous rappeler votre pro-messe ! Vous deviez être à Paris à la fin de juillet ou au commencement d’août ? Quant à moi, m’y voilà et je vous attends.

Afin de ne pas vous faire faire de démarches inutiles, je vous envoie mon programme : du 30 juillet (jeudi prochain) au 8 août je serai à Saint-Gratien chez la princesse Mathilde. Puis je reviendrai deux jours à Paris. J’en passerai, ensuite, deux autres à Dieppe chez une de mes nièces. Puis je re-viendrai à Croisset pour y reprendre mon bouquin.

Il faut que nous passions quelques bonnes heures en-semble.

Je vous embrasse en vous souhaitant plus de fraîcheur qu’il n’en fait à Paris, et suis tout à vous.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Paris,] dimanche matin [26 juillet 1868].

Puis-je venir à Saint-Gratien, jeudi matin, Princesse ?

Dans le cas de l’affirmative, seriez-vous assez bonne pour m’envoyer un petit mot au boulevard du Temple (42), car j’y suis revenu depuis quatre jours. Les ouvriers aussi y sont revenus ! Ce ne sont plus les maçons, mais les serru-riers !!! J’aurais fui vers vos ombrages, si je n’avais été rete-

– 1131 – nu par la maladie d’un ami très intime que je vais voir deux fois par jour. – Et près duquel je reste une partie de mon temps.

J’ai vu Sainte-Beuve, avant-hier, il m’a paru très malade. – Mais héroïque.

Quelle abominable chaleur, n’est-ce pas ? Tout le monde répète cette phrase, et on a des figures lamentable-ment grotesques.

Je vous baise les deux mains, Princesse, et suis

entièrement à vous.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

Bade, Thiergartenstrasse, 3.

Mardi 28 juillet [18]68.

Mon cher Ami,

C’est bien aimable à vous d’avoir pensé à moi et de me donner, comme vous le dites, votre programme. – Je suis ici depuis quatre jours, mais malheureusement je ne suis pas revenu seul de Russie ; j’ai amené avec moi un bel accès de goutte, qui m’a pris à Moscou et m’a repris depuis mon arri-vée à Bade. – Me revoilà donc dans une chaise longue, avec toutes les misères inévitables « huile de marrons d’Inde », etc., etc. – Pourtant c’est moins violent que l’année passée, et je ne perds pas l’espoir de faire mon voyage de France vers le milieu du mois prochain – et d’après le programme, je vous relancerai dans votre tanière. J’avoue que je suis as-sez curieux de la connaître.

 

– 1132 –

Je n’ai pas vu Du Camp, qui doit être ici : je n’ai pas quitté ma chambre depuis mon arrivée. Dans deux ou trois jours je pourrai peut-être faire des petites courses en voiture.

Portez-vous bien et travaillez avec appétit et tranquillité – c’est la meilleure façon. – Je vous embrasse amicalement.

Votre

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Paris, 28 juillet 1868.]

Je me propose, Princesse, de prendre après-demain le train qui part de Paris à 10 heures moins cinq minutes.

Mais je trouverai à Enghien des voitures qui me mène-ront chez vous. Si parfois je manquais le train, je serais fâché d’avoir dérangé vos gens. Ne vous inquiétez donc pas de moi. Vous êtes trop bonne.

Je vais donc vous voir un peu ! J’en suis, d’avance, tout heureux.

Votre très humble et très affectionné.

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, le 28 juillet 1868.

Cher Monsieur,

 

– 1133 –

Votre réponse est dure, elle m’a fait de la peine. Vous portez un arrêt de mort contre les théâtres, autant vaudrait m’annoncer mes funérailles. Dans trois ans, dites-vous, les théâtres n’existeront plus, mais alors, bien d’autres choses auront disparu, nous-mêmes peut-être tous les premiers. Vous êtes invité à la Cour, votre mérite personnel, votre in-telligence, vos relations avec les sommités politiques et litté-raires doivent vous donner une grande influence. Je n’ai ja-mais demandé à personne un service qui pût être désa-gréable ou ennuyeux, mais l’intérêt bienveillant, l’amitié même que vous m’avez témoignée me persuadaient que vous seriez le premier à m’offrir votre appui pour faire réus-sir ma modeste demande. Ne me dites pas que l’empereur ne peut rien, il est le maître absolu de toutes les volontés, il règle les destinées de l’Europe, il peut tout, un mot de sa bouche, un signe de sa main seraient plus que suffisants pour faire obéir tous les maires et les conseils municipaux de France et Navarre. L’empereur est grand par le génie et par le cœur et je suis bien sûre que si je pouvais l’implorer moi-même, il m’accorderait ma pauvre demande ! Vous compa-rez ma maison à un hôpital, en effet ma vocation d’abnégation et de dévouement marquent ma place dans un hôpital. Je pense que personne n’a le droit d’abandonner les malheureux, quoique le plus grand nombre s’en dispense. J’aime ceux qui souffrent, car ceux-là me ressemblent, et sont surtout mes frères. Je n’ai point de sympathie pour les heureux de ce monde, ils sont tous trop égoïstes pour avoir besoin d’affection. Vous me dites de venir à Paris entendre l’opéra, mais croyez-vous que si je le pouvais, j’en serais ré-duite à mendier quelques heures de distraction pour m’aider à supporter ma triste vie. Si vous voulez que j’aille à Paris, donnez-moi la force et la santé. Ce que je demande est bien peu ! Rappelez-vous Lazare qui, à la porte du riche, aurait

 

– 1134 – bien voulu se nourrir des miettes tombées de sa table, mais personne ne lui en donnait ; ce n’était pas dureté, mais indif-férence ; on l’oubliait ; ne suis-je pas ce pauvre infortuné ! Je sais que Camille Doucet est à Cauterets, je lui ai écrit, il doit arriver incessamment, et puisque vous le connaissez, c’est l’occasion de lui recommander ma demande. L’amitié ne se-rait qu’un vain mot si elle ne s’affirmait par des actes et non par des paroles. Jamais livre ne m’a causé une si vive im-pression que Madame Bovary, cette œuvre vous place au rang des premiers écrivains de l’époque, alors j’ai admiré votre talent littéraire, et depuis j’ai aimé votre sensibilité et l’excellence de votre cœur et pourtant vous m’avez fait de la peine doublement, puisqu’elle me vient de vous.

Adieu, cher Monsieur, croyez à l’inaltérable amitié avec laquelle je suis

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT

Nohant, 31 juillet [1868].

Je t’écris à Croisset quand même. Je doute que tu sois encore à Paris par cette chaleur de Tolède. À moins que les ombrages de Fontainebleau ne t’aient gardé. Quelle jolie fo-rêt, hein ? Mais c’est surtout en hiver, sans feuilles, avec ses mousses fraîches, qu’elle a du chic. As-tu vu les sables d’Arbonne ? Il y a là un petit Sahara qui doit être gentil à l’heure qu’il est. Nous, nous sommes très heureux ici. Tous les jours un bain dans un ruisseau toujours froid et ombra-gé ; le jour, 4 heures de travail, le soir récréation et vie de polichinelle. Il nous est venu un Roman comique en tournée,

 

– 1135 – partie de la troupe de l’Odéon, dont plusieurs vieux amis, à qui nous avons donné à souper à La Châtre, deux nuits de suite, avec toute leur bande, après la représentation : chants et rires avec champagne frappé, jusqu’à 3 heures du matin, au grand scandale des bourgeois qui faisaient des bassesses pour en être. Il y avait là un drôle de comique normand, un vrai Normand qui nous a chanté de vraies chansons de pay-san dans le vrai langage. Sais-tu qu’il y en a d’un esprit et d’une malice tout à fait gaulois ? Il y a là une mine inconnue, des chefs-d’œuvre de genre. Ça m’a fait aimer encore plus la Normandie. Tu connais peut-être ce comédien. Il s’appelle Fréville. C’est lui qui est chargé dans le répertoire, de faire les valets lourdauds et de recevoir les coups de pied au cul. Il est détestable, impossible, mais sorti du théâtre, c’est un garçon charmant et amusant comme dix. Ce que c’est que la destinée !

Nous avons eu chez nous des hôtes charmants et nous avons mené joyeuse vie, sans préjudice des Lettres d’un voyageur dans la Revue, et des courses botaniques dans des endroits sauvages très étonnants. Le plus beau de l’affaire, ce sont les petites filles. Gabrielle un gros mouton qui dort et rit toute la journée ; Aurore plus fine, des yeux de velours et de feu, parlant à trente mois comme les autres à cinq ans, et adorable en toutes choses. On la retient pour qu’elle n’aille pas trop vite.

Tu m’inquiètes en me disant que ton livre accusera les patriotes de tout le mal. Est-ce bien vrai, ça ? et puis les vaincus ! C’est bien assez d’être vaincu par sa faute, sans qu’on vous crache au nez toutes vos bêtises. Aie pitié. Il y a eu là tant de belles âmes quand même ! Le christianisme a été une tocade, et j’avoue qu’en tout temps, il est une séduc-tion. Quand on n’en voit que le côté tendre, il prend le cœur.

– 1136 –

Il faut songer au mal qu’il a fait pour s’en débarrasser. Mais je ne m’étonne pas qu’un cœur généreux comme celui de L. Blanc ait rêvé de le voir épuré et ramené à son idéal. J’ai eu aussi cette illusion, mais aussitôt qu’on fait un pas dans ce passé, on voit que ça ne peut pas se ranimer et je suis bien sûre qu’à cette heure L. Blanc sourit de son rêve. Il faut penser à cela aussi ! Il faut se dire que tous ceux qui avaient une intelligence, ont terriblement marché depuis vingt ans et qu’il ne serait pas généreux de leur reprocher ce qu’ils se re-prochent probablement à eux-mêmes. Quant à Proudhon, je ne l’ai jamais cru de bonne foi. C’est un rhéteur, de génie, à ce qu’on dit. Moi, je ne le comprends pas. C’est un spécimen d’antithèse perpétuelle, sans solution. Il me fait l’effet d’un de ces sophistes dont se moquait le vieux Socrates.

Je me fie à toi pour le sentiment du généreux. Avec un mot de plus ou de moins, on peut donner le coup de fouet sans blessure, quand la main est douce dans la force. Tu es si bon que tu ne peux pas être méchant.

Irai-je à Croisset cet automne ? Je commence à craindre que non, et que Cadio ne soit en répétition. Enfin je tâcherai de m’échapper de Paris, ne fût-ce qu’un jour.

Mes enfants t’envoient des amitiés. Ah ! diable ! il y a eu une jolie prise de bec pour Salammbô. Quelqu’un que tu ne connais pas, se permettait de ne pas aimer ça. Maurice l’a traité de bourgeois, et pour arranger l’affaire, la petite Lina qui est rageuse, a déclaré que son mari avait tort de dire un mot pareil, vu qu’il aurait dû dire imbécile.

Voilà, je me porte comme un Turc. Je t’aime, et je t’embrasse.

Ton vieux troubadour,

 

– 1137 –

G. SAND.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Mercredi, 4 heures, Saint-Gratien [5 août 1868].

Mon Loulou,

Réponds-moi tout de suite pour me dire si mes projets te conviennent.

Je partirai d’ici demain. – Vendredi je retournerai à Fon-tainebleau. Et dimanche soir tu m’auras pour dîner « dans ta délicieuse villa ».

J’avoue que je me trouve si bien chez la Princesse que j’en pars à regret. – Mais il faut s’en retourner travailler.

Si Mme de La Chaussée est près de toi, tu peux lui dire que la Princesse m’a promis de s’occuper de son affaire.

Je ne resterai pas bien longtemps chez toi, ma chère Ca-ro : 1° parce que ta grand-mère me semble avoir envie de re-tourner chez elle, et que 2° d’Osmoy doit venir me faire une visite avant le 15.

Je viens de faire un somme sur mon lit et je dors encore tout en t’écrivant.

Adieu, pauvre chérie. Je vais donc – bientôt – revoir ta gentille mine. Embrasse pour moi ta grand-mère et Ernest.

Ton vieux CRUCHARD qui t’aime.

 

– 1138 –

À MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

Dieppe [10 août 1868].

Chère Demoiselle,

Je suis désolé que vous ayez si mal compris ma dernière lettre. Je ne croyais pas que vous trouveriez dans l’expression franche de ma pensée la moindre dureté ! Vous avez pris pour de l’égoïsme ce qui n’est que la vérité. Je m’explique :

Je crois (je vous le répète) que le théâtre et les théâtres touchent à leur dernier moment, et qu’il faudrait pour y por-ter remède une révolution radicale. Ceux des provinces ne peuvent vivre. Tous les directeurs, les uns après les autres, font faillite ; cela est un fait indiscutable ! On aura beau pro-diguer les subventions, le goût public manque ; or un théâtre ne peut vivre que par le public. Quant à celui d’Angers, qui vous intéresse particulièrement, je vous répète encore une fois que l’Empereur n’en est pas plus le maître que vous. J’admets qu’il fasse savoir son désir à votre conseil munici-pal et que ledit conseil vote une subvention ; avant six mois votre théâtre sera fermé faute de spectateurs. Rouen, qui est une ville de cent mille habitants, n’a plus qu’une petite troupe de vaudeville, malgré une subvention de 60 000 francs ; c’est la somme qui servait autrefois à payer le corps de ballet !

Je n’ai fait aucune démarche pour vous être agréable, parce qu’on m’aurait ri au nez. Je vous en donne ma parole d’honneur. Je n’ai point d’ailleurs l’autorité que vous me supposez. Ainsi, vendredi dernier, j’ai eu beaucoup de mal à obtenir la permission de visiter le château de Fontainebleau et on a été sur le point de me mettre à la porte, fort poli-ment, il est vrai, et sans Octave Feuillet (qui est le bibliothé-

– 1139 – caire de ce palais), je m’en retournais à Paris comme un simple mortel. Je vous assure, chère Demoiselle, que vous n’avez pas des choses une notion exacte.

Si vous y tenez cependant, je verrai Camille Doucet la première fois que je retournerai à Paris ; mais je suis sûr d’avance de la réponse.

Ne croyez donc pas qu’il y ait de ma part mauvaise vo-lonté et soyez persuadée de l’affection que vous porte

Je serai revenu à Croisset à la fin de cette semaine.

 

À JULES MICHELET

Dieppe, lundi 10 [août] 1868.

J’ai été très fâché de ne pas vous voir à Paris, mon cher maître. Il y a longtemps que je ne vous ai pas pressé la main ! Il me semble que j’ai beaucoup de choses à vous dire !

Après-demain, je reprends mon interminable livre, qui sera fini, je pense, en 1869 !

Et vous ? Que faites-vous ?

Nous sommes plus bas que jamais. On a besoin d’une de vos œuvres. Cela nous donnera de l’air.

Voulez-vous présenter mes respects à Mme Michelet et me croire (comme d’habitude), mon cher maître,

votre affectionné

 

– 1140 –

À GEORGE SAND

Dieppe, lundi [10 août 1868].

Mais oui, chère Maître, j’étais à Paris par cette chaleur trop Picale (comme dit M. Amat, le gouverneur du château de Versailles). – Et j’y ai sué fortement. J’ai été deux fois à Fontainebleau, et la seconde fois, selon votre avis, j’ai vu les sables d’Arbonne. – C’est tellement beau que j’ai cuydé en avoir le vertige.

J’ai été aussi à Saint-Gratien. – Me voilà à Dieppe et mercredi je serai à Croisset, pour n’en plus bouger d’ici à longtemps ; il faut avancer le roman.

Hier j’ai vu Dumas, nous avons parlé de vous, bien en-tendu. – Et comme je le reverrai demain, nous en reparle-rons.

Je me suis mal expliqué, si je vous ai dit que mon livre « accusera les patriotes de tout le mal ». Je ne me reconnais le droit d’accuser personne. Je ne crois même pas que le romancier doive exprimer son opinion sur les choses de ce monde. Il peut la communiquer, mais je n’aime pas à ce qu’il la dise. (Cela fait partie de ma poétique, à moi.)

Je me borne donc à exposer les choses telles qu’elles me paraissent, à exprimer ce qui me semble le Vrai. Tant pis pour les conséquences. Riches ou pauvres, vainqueurs ou vaincus, je n’admets rien de tout cela. Je ne veux avoir ni amour, ni haine, ni pitié, ni colère. Quant à de la sympathie, c’est différent. Jamais on n’en a assez. – Les Réactionnaires, du reste, seront encore moins ménagés que les autres, car ils me semblent plus criminels.

 

– 1141 –

Est-ce qu’il n’est pas temps de faire entrer la Justice dans l’Art ? L’impartialité de la Peinture atteindrait alors à la Majesté de la Loi, – et à la précision de la Science ?

Enfin, comme j’ai dans votre grand esprit une confiance absolue, quand ma 3e partie sera terminée, je vous la lirai, et s’il y a dans mon travail quelque chose qui vous semble mé-chant, je l’enlèverai.

Mais je suis d’avance convaincu que vous ne me ferez pas une objection.

Quant à des allusions à des individus, il n’y en a pas l’ombre.

Le prince Napoléon, que j’ai vu, jeudi, chez sa sœur, m’a demandé de vos nouvelles et m’a fait l’éloge de Maurice. La princesse Mathilde m’a dit qu’elle vous trouvait « char-mante », ce qui fait que je l’aime un peu plus qu’auparavant.

Comment ? les répétitions de Cadio vous empêcheront de venir voir votre pauvre vieux cet automne ? Pas possible ! pas possible.

Je connais Fréville. C’est un homme excellent et très let-tré.

Je vous baise sur les deux joues tendrement.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

Dieppe, lundi soir [10 août 1868].

Je ne sais, Princesse, en quels termes encore une fois vous remercier des huit jours que j’ai passés chez vous. Mon séjour à Saint-Gratien me fait maintenant l’effet d’un rêve

– 1142 – exquis. Il me semble que quelque chose de votre personne y circule dans l’air. – Et j’en aime tout, tant il y a de charme partout.

Je vais vivre pendant deux mois sur ces souvenirs. Ils me tiendront compagnie dans ma solitude.

Combien de fois ne reprendrai-je pas un à un tous les bons moments que j’ai vécus près de vous !

Ma première chose en arrivant à Rouen après-demain sera de faire encadrer votre portrait, pour le mettre sur ma cheminée, à la place où les dévots mettent leurs amulettes.

Et la statuette de Barre ? avance-t-elle ? En êtes-vous contente ?

Vous avez dû être triste hier ? C’était le départ de Mlle Vimercati. Quelle charmante enfant ! Elle fait, dans votre maison, un contraste harmonique avec la vénérable fi-gure de Mme de Fly.

Vendredi dernier j’ai été à Fontainebleau et grâce à Oc-tave Feuillet j’ai pu voir une partie du palais. Le lendemain j’ai reçu du même Feuillet un aimable mot, où il me disait que l’Impératrice lui avait demandé Salammbô (il paraît que c’est un goût impérial ?)

Samedi, avant de partir, j’ai été voir Sainte-Beuve que j’ai trouvé assis et déjeunant. Il m’a paru très gai. Si les mé-decins se trompaient, par hasard ? S’il était moins malade qu’on ne dit ?

Pensez à moi quelquefois, Princesse, c’est-à-dire en-voyez-moi de temps à autre de vos nouvelles. Et laissez-moi me mettre à vos pieds et vous baiser les deux mains.

 

– 1143 –

À LOUIS BONENFANT

Croisset, jeudi [13 août ? 1868].

Mon cher Ami,

Je ne t’ai pas suffisamment remercié. Ta narration est de tout point excellente et me fournira de bons détails. Tu m’as rendu un vrai service en me l’envoyant.

Je remercie aussi ma petite cousine Émilie pour son vo-cabulaire nogentais et je reconnais cette attention par la plus noire ingratitude, car :

Je ne puis me soumettre à son désir, qui est de changer le nom du héros de mon roman… Tu dois te souvenir, cher ami, qu’il y a quatre ans je t’ai demandé s’il y avait encore à Nogent des personnes du nom de Moreau ? Tu m’as répon-du qu’il n’y en avait pas, et tu m’as fourni plusieurs noms du pays que je pouvais employer sans inconvénient. Fort de tes renseignements je me suis embarqué naïvement. Il n’est plus temps pour moi de revenir là-dessus. Un nom propre est une chose extrêmement importante dans un roman, une chose capitale. On ne peut pas plus changer un personnage de nom que de peau. C’est vouloir blanchir un nègre.

Tant pis pour les Moreau qui existent à Nogent !

Ils n’auront pas d’ailleurs à se plaindre de moi. Car mon M. Moreau est un jeune homme très chic.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

Croisset, 15 août [1868].

Princesse,

– 1144 –

Je suis bien fâché de vous avoir importunée inutilement. Mais l’épouse légitime de mon protégé (qui est une amie de ma nièce) m’avait affirmé que son homme était parfaitement en mesure d’être promu chef de bataillon. Je prie donc Votre Altesse de m’excuser.

En arrivant ici jeudi matin, j’ai trouvé votre aimable lettre du 12. – Où je vois (du moins, vous le dites) que je ne vous ai pas trop été à charge pendant huit jours. C’est bien gentil, cela ! Quant à moi, si j’avais suivi mon propre entraî-nement, je serais resté indéfiniment près de vous ; mais… mais… mais… sans compter ma timidité, dont vous vous moquez, et dont, au fond, vous ne doutez pas, Princesse.

J’étais si troublé jeudi soir en vous quittant, que je n’avais plus la tête à moi. La Princesse Charlotte vous a con-té mes grotesques embarras au chemin de fer. On ne saura jamais tout ce qu’il y a de faiblesses sous ma grosse enve-loppe de gendarme. Mais je m’arrête, pour ne pas ressem-bler au Monsieur (de mes amis) qui pose chez vous l’homme sentimental.

Me voilà donc revenu à mon travail. Puisse-t-il vous plaire, Princesse ! Comme vous êtes difficile, votre suffrage serait pour moi un vrai triomphe.

Je suis fâché d’apprendre que votre vieux Giraud est malade. Quand vous m’écrirez, donnez-moi de ses nou-velles. Rien de ce qui vous intéresse ne m’est indifférent. D’ailleurs j’aime ceux qui vous aiment.

Je vous baise les deux mains, Princesse, et suis votre tout dévoué et très affectionné

 

– 1145 –

À propos de vos mains, le moulage est-il bien venu ?

***

P.-S. – On ne fait plus de ces boules en caoutchouc avec un tuyau mobile, dont je vous avais parlé. J’en ai cherché vainement, samedi dernier. La parfumerie, en progrès comme le reste, a quitté cette mode, pour les petits tubes de fer-blanc mou.

 

MADEMOISELLE LEROYER DE CHANTEPIE

À GUSTAVE FLAUBERT

Angers, ce 15 août 1868.

Cher Monsieur et ami,

J’ai eu tort, je me repens, pardonnez-moi ! Je suis si vive, si sensible que bien des choses inaperçues des autres me font de la peine. Je vous aime, je vous admire, à mes yeux ceux qui possèdent une intelligence comme la vôtre, sont les véritables rois de ce monde. Après avoir réalisé l’idéal, il me semble qu’ils peuvent dominer toutes les réali-tés de ce monde. Je croyais que votre mérite personnel, la célébrité littéraire qui s’attache à votre nom, et vos relations, devaient vous donner une immense influence. Vous avez fait partie des invités de Compiègne, ce qui me fait supposer que vous êtes bien en Cour. Quant au théâtre, il n’est point mort à Angers. Lors du théâtre incendié, on donnait la salle et 36 000 francs de subvention pour 6 mois d’opéra ; le drame et la comédie n’ont jamais rien fait, mais après 6 mois d’opéra, le directeur, de son propre aveu, se retirait avec 40 mille francs de bénéfice, tous frais payés ; maintenant, au cirque destiné à remplacer le théâtre, 3 misérables troupes

– 1146 – de drame ont fait successivement faillite, ce genre ne réussi-ra jamais. Mais il est impossible d’avoir de l’opéra, il faut payer 1 500 francs par mois de location au cirque, l’éclairage et pas de subvention. Il faudrait que la ville se chargeât de la location, ou donnât une subvention. J’avais aussi proposé une souscription. Tout le mal vient du maire et du conseil d’Angers. Tout ce qui vient de Paris les domine ; s’ils pen-saient qu’on s’occupe à Paris de l’absence d’opéra à Angers, ils céderaient, le public est pour nous. Si cela ne vous dé-range pas, voyez donc M. Doucet, on m’avait dit qu’il m’aiderait, je lui ai écrit à Paris et à Cauterets, il ne m’a pas honoré d’une réponse. Je suis d’une impatience et d’un en-nui inexprimables ! Je n’ai eu de nouvelles ni de ma sup-plique à l’empereur, ni de celle que j’ai adressée au maréchal Vaillant. J’attends tous les jours, et puis rien, c’est un sup-plice. Songez que je suis malade, que je ne puis me déplacer, que je ne désire qu’un peu d’opéra, alors je ne serais plus malade, je n’aurais plus besoin de rien ! Mon Dieu, ils n’auraient qu’un mot à dire, il faut avoir le cœur bien dur pour me refuser ! eux qui ont tout. Cher Monsieur, si vous pouvez m’obliger, vous le ferez, car pour vous, pour vous faire plaisir, je ferais l’impossible.

Adieu, cher Monsieur et ami, croyez à ma reconnais-sance et à mon amitié dévouée.

M.-S. LEROYER DE CHANTEPIE.

 

IVAN TOURGUENEFF À GUSTAVE FLAUBERT

Bade, Thiergartenstrasse, 3.

Mardi, 18 août 1868.

Mon cher Ami,

– 1147 –

J’ai tardé jusqu’à présent avec ma réponse à votre bon petit billet, parce que j’espérais toujours pouvoir vous an-noncer en même temps mon arrivée ; mais ma diablesse de goutte s’obstine à ne pas me quitter, et je ne puis encore songer à un voyage un peu long. – C’est ennuyeux, mais qu’y faire ? Je viendrai dès que je le pourrai ; et en attendant je vous embrasse et vous prie de présenter mes hommages à Mme votre mère, que je serai bien heureux de connaître.

Travaillez ferme en attendant.

 

À SA NIÈCE CAROLINE

Croisset, vendredi matin [21 août 1868].

Ma chère Caro,

Je n’avais pas besoin de ton petit rappel à l’ordre, car mon intention était de t’écrire aujourd’hui : 1° Pour vous remercier, Madame, de la gracieuse hospitalité, etc., et puis pour causer un peu avec toi.

Nous en causons (de toi) ! C’est là le fond de notre con-versation entre ta grand-mère et moi. Son séjour à Dieppe lui a fait beaucoup de bien et je la trouve infiniment mieux moralement et physiquement qu’elle n’était cet été.

Nous avons eu depuis dimanche soir jusqu’à mardi ma-tin la visite de ce brave d’Osmoy. Monseigneur est venu lundi soir.

J’ai lu à l’Idiot d’Amsterdam 370 pages de mon roman (tout ce qu’il y a d’écrit). Cette petite lecture m’a demandé 12 heures ! Aussi étais-je fatigué mardi ! Mon auditeur a paru enchanté.

– 1148 –

Je prépare maintenant la fin de mon chapitre. J’arrange le château et la forêt de Fontainebleau ! Quel travail ! Et songer que j’en ai encore pour une grande année ! C’est quand je me remets à la besogne que je me sens fatigué !

Hier, nous avons été en citadine faire une visite à M. et Mme Bataille. Monsieur présidait les prix de Sahurs et Ma-dame allait le rejoindre. Leur domicile m’a eu l’air splendide. Voilà comme la fortune est la récompense du mérite !

Tourgueneff m’a écrit qu’il était retenu par la goutte. Il ne sait pas encore quand il viendra. Mais il viendra.

Telles sont, je crois, toutes les nouvelles.

Penses-tu que c’est à la fin de la semaine prochaine qu’aura lieu :

L’Ouverture !

Fais inviter ta grand-mère par ton bel oncle.

Adieu, pauvre loulou. J’ai bien envie de bécoter ta bonne mine fraîche.

Ton Vieux.

 

Tu diras de ma part tout ce que tu pourras trouver de plus gentil à Mme Winter.

Embrasse Ernest pour moi.

 

– 1149 –

À IVAN TOURGUENEFF

Croisset, dimanche soir [23 août 1868].

Je suis bien fâché de votre retard, mon cher Tourgue-neff, d’abord parce que j’ai envie de vous voir, et puis parce que je vous sais souffrant. Soignez-vous ! Guérissez-vous ! La goutte prend par accès, il me semble ? Donc, quand votre accès sera passé, écrivez-moi « J’arrive », et venez. Je ne bougerai pas de chez moi d’ici à longtemps. Vous êtes sûr de me trouver.

Je vous serre les deux mains très fort.

 

À LA PRINCESSE MATHILDE

[Croisset,] mercredi soir [26 août 1868].

Princesse,

L’attitude de la garde nationale au 15 août ne m’a, moi, nullement surpris. Je vous assure que les gens du monde of-ficiel connaissent très mal ce qui se passe ! Ce seul épisode peut vous montrer l’idée fausse qu’ils se font de l’esprit pu-blic. À quoi servent tant d’informations ?

Je ne me permets jamais de parler politique, parce que c’est trop commun, trop bête, ou trop impertinent, mais j’ai ma petite opinion comme tout le monde, et je soupire dans mon coin, en me disant comme disent les portiers : « Ah ! si j’étais le gouvernement !… »

Si j’étais le gouvernement, je me moquerais de beau-coup de choses dont il se préoccupe. Et je m’occuperais d’un plus grand nombre qu’il néglige.

– 1150 –

Ainsi les petites histoires Rochefort et Cavaignac ont na-turellement chauffé l’enthousiasme de la garde nationale. Il y a eu réaction pour l’Empereur. Des indifférents se sont sentis indignés. Voilà ce que je crois. Et je crois aussi que, si La Lanterne avait continué à paraître, dans un mois au plus tard la foule aurait d’elle-même assommé l’auteur ? Je vous de-mande pardon de vous parler aussi librement, Princesse. Mais je ne fais que répondre à la première page de votre lettre.

Vos hôtes de Saint-Gratien se succèdent. J’envie ceux qui y sont maintenant. – Et je garde des autres un souvenir exquis. Tout le monde a été si bon pour moi ! Par esprit d’imitation sans doute ? Non ! d’eux-mêmes, spontanément, car vous savez choisir votre monde.

Ce que vous me dites de Viollet-Le-Duc ne me surprend pas. Je le connais peu. Mais je le crois une nature distinguée.

Vous ai-je dit que j’avais vu au Puy (près Dieppe) Alex. Dumas ? Il est là avec toute sa famille et Mlle Delaporte, l’actrice du Gymnase. Il a pour voisin un jeune homme qui vient quelquefois chez Votre Altesse, M. d’Osmoy, lequel est tourmenté grandement par son épouse, à ce que conte Du-mas.

J’ai eu, pendant deux jours, la visite d’un ami, que je n’avais pas vu depuis longtemps, le comte d’Osmoy, et j’attends toujours celle de Tourgueneff. Que ne suis-je au moment où j’irai vous en refaire une ! au moment où je vous reverrai, Princesse ! Si, au moins, je pouvais vous oublier un peu en travaillant beaucoup ! Mais cela est impossible. Donc, quand vous n’aurez rien de mieux à faire, envoyez-moi de ces petites lettres que j’ai tant de plaisir à recevoir et un peu de peine à lire.

– 1151 –

Je baise les deux mains que vous me tendez et suis, vous n’en doutez pas,

Continuer : partie 27 sur 29