Correspondance - Tome III
À Maurice Schlésinger ................................................. 97
Ce chapitre est long, il est donc découpé en 29 parties.
– 867 –
Toi, cher, tu te promènes dans la neige, la nuit. Voilà qui pour une sortie exceptionnelle est assez fou et pourrait bien te rendre malade aussi. Ce n’est pas la lune, mais le soleil que je te conseillais, nous ne sommes pas des chouettes, que diable. Nous venons d’avoir trois jours de printemps. Je pa-rie que tu n’as pas monté à mon cher verger qui est si joli et que j’aime tant. Ne fût-ce qu’en souvenir de moi tu devrais le grimper tous les jours de beau temps à midi. Le travail serait plus coulant après et regagnerait le temps perdu et au-delà.
Tu es donc dans des ennuis d’argent ? Je ne sais plus ce que c’est depuis que je n’ai plus rien au monde. Je vis de ma journée comme le prolétaire ; quand je ne pourrai plus faire ma journée, je serai emballée pour l’autre monde, et alors je n’aurai plus besoin de rien. Mais il faut que tu vives, toi. Comment vivre de ta plume si tu te laisses toujours duper et tondre ? Ce n’est pas moi qui t’enseignerai le moyen de te défendre. Mais n’as-tu pas un ami qui sache agir pour toi ? Hélas ! oui, le monde va à la diable de ce côté-là, et je parlais de toi l’autre jour à un bien cher ami, en lui montrant l’artiste, celui qui est devenu si rare, maudissant la nécessité de penser au côté matériel de la vie. Je t’envoie la dernière page de sa lettre. Tu verras que tu as là un ami dont tu ne te doutes guère et dont la signature te surprendra.
Non, je n’irai pas à Cannes malgré une forte tentation. Hier, figure-toi que je reçois une petite caisse remplie de fleurs coupées en pleine terre il y a déjà cinq ou six jours, car l’envoi m’a cherchée à Paris et à Palaiseau. Ces fleurs sont adorablement fraîches, elles embaument, elles sont jolies comme tout. Ah ! partir, partir tout de suite pour les pays du soleil. Mais je n’ai pas d’argent et d’ailleurs je n’ai pas le temps. Mon mal m’a retardée et ajournée. Restons ! Ne suis-je pas bien ? Si je ne peux pas aller à Paris le mois prochain,
– 868 – ne viendras-tu pas me voir ici ? Mais oui, c’est 8 heures de route ! Tu ne peux pas ne pas voir ce vieux nid. Tu m’y dois huit jours, ou je croirai que j’aime un gros ingrat qui ne me le rend pas.
Pauvre Sainte-Beuve ! Plus malheureux que nous, lui qui n’a pas eu de gros chagrins et qui n’a plus de soucis maté-riels. Le voilà qui pleure ce qu’il y a de moins regrettable et de moins sérieux dans la vie, entendu comme il l’entendait ! Et puis, très altier, lui qui a été janséniste. Son cœur s’est re-froidi de ce côté-là. L’intelligence s’est peut-être développée. Mais elle ne suffit pas à nous faire vivre et elle ne nous ap-prend pas à mourir. Barbès qui depuis si longtemps attend à chaque minute qu’une syncope l’emporte, est doux et sou-riant. Il ne lui semble pas, et il ne semble pas non plus à ses amis que la mort le séparera de nous. Celui qui s’en va tout à fait, c’est celui qui croit finir et ne tend la main à personne pour qu’on le suive ou le rejoigne.
Et bonsoir, cher ami de mon cœur. On sonne la repré-sentation. Maurice nous régale ce soir des marionnettes. C’est très amusant et le théâtre est si joli ! un vrai bijou d’artistes. Que n’es-tu là ! c’est bête de ne pas vivre porte à porte avec ceux qu’on aime.
À GEORGE SAND
[Croisset,] mercredi [6 février 1867].
J’ai reçu, hier, le volume de votre fils. Je vais m’y mettre quand je serai débarrassé de lectures, moins amusantes pro-bablement ? Ne l’en remerciez pas moins, en attendant, chère Maître.
– 869 –
D’abord, parlons de vous. « De l’anémie », je crois bien ! IL FAUT boire du fer, se promener et dormir. – Et aller dans le Midi, quoi qu’il en coûte ! Voilà ! Autrement, la Femme en bois se brisera. Quant à de l’argent, on en trouve ; et le temps, on le prend. – Vous ne ferez rien de ce que je vous conseille, naturellement. – Eh bien, vous avez tort. Et vous m’affligez.
Non, je n’ai pas ce qui s’appelle des soucis d’argent. Mes revenus sont très restreints, mais sûrs. Seulement, comme il est dans l’habitude de votre ami d’anticiper sur iceux, il se trouve gêné, par moments, et il grogne « dans le silence du cabinet », mais pas ailleurs. À moins de bouleversements ex-traordinaires, j’aurai toujours de quoi manger et me chauffer jusqu’à la fin de mes jours. Mes héritiers sont ou seront riches (car c’est moi qui suis le pauvre de la famille), donc, zut !
Quant à gagner de l’argent avec ma plume, c’est une prétention que je n’ai jamais eue, m’en reconnaissant radica-lement incapable. Il faut donc vivre en petit rentier de cam-pagne, ce qui n’est pas extrêmement drôle. Mais tant d’autres, qui valent mieux que moi, n’ayant pas le sol, ce se-rait injuste de se plaindre. Accuser la Providence est d’ailleurs une manie si commune qu’on doit s’en abstenir, par simple bon ton.
Encore un mot sur la pécune et qui sera secret entre nous. Je peux, sans que ça me gêne en rien, dès que je serai à Paris, c’est-à-dire du 20 au 23 courant, vous prêter mille francs ? si vous en avez besoin pour aller à Cannes ? Je vous fais cette proposition carrément, comme je la ferais à Bouil-het ou à tout autre intime. Pas de cérémonie ! voyons ! Entre gens du monde, ça ne serait pas convenable, je le sais ; mais entre troubadours on se passe bien des choses.
– 870 –
***
Vous êtes bien gentille avec votre invitation d’aller à Nohant. J’irai. Car j’ai grande envie de voir votre maison. Je suis gêné de ne pas la connaître, quand je pense à vous. – Mais il me faut reculer ce plaisir-là jusqu’à l’été prochain. J’ai actuellement besoin de rester à Paris quelque temps. Trois mois ne sont pas de trop pour tout ce que je veux y faire.
***
Je vous renvoie la page de ce bon Barbès, dont je con-nais la vraie biographie, fort imparfaitement. Tout ce que je sais de lui, c’est qu’il est honnête et héroïque. Donnez-lui une poignée de main de ma part, pour le remercier de sa sympathie.
Est-il, entre nous, aussi intelligent que brave ? J’aurais besoin, maintenant, que des hommes de ce monde-là fussent un peu francs avec moi. – Car je vais me mettre à étudier la révolution de 48.
Vous m’avez promis de me chercher dans votre biblio-thèque de Nohant : 1° un article de vous sur les faïences ; 2° un roman du père X***, jésuite, sur la Sainte Vierge.
Mais quelle sévérité pour le père Beuve, qui n’est ni jé-suite ni vierge ! Il regrette, dites-vous, « ce qu’il y a de moins regrettable, entendu comme il l’entendait ». Pourquoi cela ? Tout dépend de l’intensité qu’on met à la chose. Je vous trouve au fond infestée (en cette matière) de catholicisme, ô chère maître.
Les hommes trouveront toujours que la chose la plus sé-rieuse de leur existence, c’est jouir. La femme, pour nous
– 871 – tous, c’est l’Ogive de l’infini. Cela n’est pas noble, mais tel est le vrai fond du Mâle. On blague sur tout cela, démesuré-ment ! Dieu merci, pour la littérature, et pour le bonheur in-dividuel, aussi ? N’importe, gloire à Vénus.
Doit être dit en Grassot :
Elle a du bon, la rosse ! allons ! allons ! Des voluptés essayons le délire !
Couronnez-moi de fleurs ! apportez-moi ma lyre
Que le vin coule !
Que mon pied foule
Les parfums les plus doux !
L’abbé DELILLE.
***
Ah ! je vous ai bien regrettée tantôt. Les marées sont superbes, le vent mugit, la rivière blanchit et déborde. Elle vous a des airs d’océan qui font du bien.
Adieu. Je vous embrasse comme je vous aime, très ten-drement.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
Nohant, 8 février [18]67.
Non, je ne suis pas catholique, mais je proscris les monstruosités. Je dis que le vieux laid qui se paie des ten-drons ne fait pas l’amour et qu’il n’y a là ni Cypris, ni ogive, ni infini, ni mâle, ni femelle. Il y a une chose contre nature
– 872 – car ce n’est pas le désir qui pousse le tendron dans les bras du vieux laid, et là où il n’y a pas liberté et réciprocité, c’est un attentat à la sainte nature. Donc ce qu’il regrette n’est pas regrettable, à moins qu’il ne croie que ses petites cocottes regretteront sa personne – et je vous le demande, regrette-ront-elles autre chose que leur malpropre salaire ? Ceci a été la gangrène de ce grand et admirable esprit, si lucide et si sage à tous autres égards. On pardonne tout à ceux qu’on aime, quand on a à les défendre de leurs ennemis. Mais ce que nous disons entre nous deux est enterré, et je peux vous dire que le vice m’a bien gâté mon vieux ami.
Il faut croire que nous nous aimons tout de bon, cher camarade, car nous avons eu tous les deux en même temps la même pensée. Tu m’offres mille francs pour aller à Cannes, toi qui es gueux comme moi, et quand tu m’as écrit que tu étais embêté de ces choses d’argent, j’ai rouvert ma lettre pour t’offrir la moitié de mon avoir qui se monte tou-jours à 2 000. C’est ma réserve. Et puis, je n’ai pas osé. Pourquoi ? C’est bien bête, tu as été meilleur que moi, tu as été tout bonnement au fait. Donc je t’embrasse pour cette bonne pensée et je n’accepte pas. Mais j’accepterais, sois-en sûr, si je n’avais pas d’autre ressource. Seulement je dis que si quelqu’un doit me prêter c’est le seigneur Buloz qui a acheté des châteaux et des terres avec mes romans. Il ne me refuserait pas, je le sais. Il m’offre même. Je prendrai donc chez lui s’il le faut. Mais je ne suis pas en état de partir. Je suis retombée ces jours-ci. J’ai dormi 36 heures de suite, ac-cablée. À présent je suis sur pied, mais faible. Je t’avoue, que je n’ai pas l’énergie de vouloir vivre. Je n’y tiens pas. Me déranger d’où je suis bien, chercher de nouvelles fatigues, me donner un mal de chien pour renouveler une vie de chien, c’est un peu bête, je trouve ; quand il serait si doux de s’en aller comme ça, encore aimant, encore aimé, en guerre
– 873 – avec personne, pas mécontent de soi et rêvant des mer-veilles dans les autres mondes ce qui suppose l’imagination encore assez fraîche.
Mais je ne sais pourquoi je te parle de choses réputées tristes. J’ai trop l’habitude de les envisager doucement. J’oublie qu’elles paraissent affligeantes à ceux qui sont dans la plénitude de la vie. N’en parlons plus et laissons faire le printemps qui va peut-être me souffler l’envie de reprendre ma tâche. Je serai aussi docile à la voix intérieure qui me di-ra de marcher qu’à celle qui me dira de m’asseoir.
Ce n’est pas moi qui t’ai promis un roman sur la Sainte Vierge. Je ne crois pas du moins. Mon article sur la faïence, je ne le trouve pas. Regarde donc s’il n’a pas été imprimé à la fin d’un de mes volumes pour compléter la dernière feuille. Ça s’appelait « Giovanni Freppa ou les majoliques ».
Oh ! mais – quelle chance ! en t’écrivant, il me revient dans la tête un coin où je n’ai pas cherché. J’y cours, je trouve ! Je trouve bien mieux que mon article, et je t’envoie trois ouvrages qui te rendront aussi savant que moi. Celui de Passeri est charmant.
Barbès est une intelligence, certes ! Mais en pain de sucre. Cerveau tout en hauteur, un crâne indien aux instincts doux, presque introuvables ; tout pour la pensée métaphy-sique devenant instinct et passion qui domine tout. De là un caractère que l’on ne peut comparer qu’à celui de Garibaldi. Un être invraisemblable à force d’être saint et parfait. Valeur immense, sans application immédiate en France. Le milieu a manqué à ce héros d’un autre âge ou d’un autre pays.
Sur ce, bonsoir. Dieu, que je suis veau ! Je te laisse le titre de vache que tu t’attribues dans tes jours de lassitude. C’est égal, dis-moi quand tu seras à Paris. Il est probable
– 874 – qu’il me faudra y aller quelques jours pour une chose ou l’autre. Nous nous embrasserons, et puis, vous viendrez à Nohant cet été. C’est convenu, il faut !
Mes tendresses à la maman et à la belle nièce.
Tu m’accuseras réception des 3 brochures ; ce serait une perte.
À LA PRINCESSE MATHILDE
Dimanche 10 [février 1867].
Madame et Princesse,
Vous n’avez pas besoin, pour m’écrire, d’avoir à me conter « des choses intéressantes ». Des nouvelles de vous, quelles qu’elles soient, m’intéressent, et puis comment ne pas désirer vos lettres qui sont… mais je me tais ! pour n’avoir pas l’air d’un vil courtisan.
En fait d’existence monotone, la mienne ne le cède à aucune ! Aussi vais-je interrompre ce train de vie, plus labo-rieux qu’agréable. Car, au milieu de la semaine prochaine (dans dix jours environ), je me précipiterai vers la rue de Courcelles, et avec quelle joie !
Je doute, comme vous, que le nouveau Régime de la Presse tourne à bien ? Les journaux sont une des causes de l’abrutissement moderne (cela rentre dans la doctrine se-crète). Mais le meilleur moyen de les rendre innocents est, je crois, de les laisser libres ? La Parole imprimée ne devrait pas avoir plus d’importance que la Parole prononcée. Espé-rons qu’on y arrivera !
– 875 –
Je vous remercie personnellement, Princesse, d’avoir houspillé le sieur Buloz, que je ne connais pas du tout, à qui je n’ai rien fait, et qui s’est toujours acharné contre moi, avec persistance. Quelle sale boutique que cette Revue des Deux Mondes !
Mon « illustre amie », comme vous dites, a été assez malade. Elle est maintenant à Nohant. Je crois qu’elle va passer le reste de l’hiver dans le Midi.
Je souhaite à Ponsard et à Dumas tout le succès pos-sible. Je les applaudirai de grand cœur, si je peux être à leur 1re.
Tant mieux que Sainte-Beuve se rétablisse ; il faut qu’il vive longtemps, nous en avons tous besoin. Vous faites bien d’avoir pour lui de l’affection, car il vous est sincèrement dé-voué. Mais peut-on vous connaître et ne pas vous aimer, Princesse !
C’est pourquoi je prends la liberté de vous baiser les mains et de vous affirmer que je suis
Entièrement vôtre.
Dimanche 10.
À GEORGE SAND
[Croisset,] mardi [12 février 1867].
Je viens de recevoir vos trois brochures en même temps que votre lettre, chère Maître. Merci des unes et de l’autre.
Je serai à Paris vers la fin de la semaine prochaine.
– 876 –
Si vous y venez, quand sera-ce ? Soignez-vous pour nous.
Adieu. Je vous embrasse.
Je suis au milieu du Coq. C’est bien estrange ! Ce qui est dire que ça me botte.
Certainement, j’emploie le mot vache à mon usage. J’ai même inventé le verbe vacher. Je vache, tu vaches. Mais le plus beau c’est l’impératif : vachons !
À AMÉLIE BOSQUET
[Croisset,] dimanche [17 février 1867].
Non, ma chère Amie, je ne vous oublie pas ! Si mes épîtres sont rares, c’est que je n’ai rien à vous dire, voilà tout ! Que faut-il faire pour vous calmer ? Dites-le !
Au reste (ou du reste), j’irai vous porter mes excuses, moi-même, du 20 au 23 courant.
Mme Sand est encore à Nohant et en reviendra, je ne sais quand.
M. Levallois est trop aimable ; qu’il ne se gêne nulle-ment et publie dans son volume son article sur Salammbô. Il ne m’avait pas blessé, mais irrité, à cause des idées histo-riques qui, selon moi, étaient fausses. Je ne prétends impo-ser à personne mon opinion, et serais fâché qu’on me fît des sacrifices.
– 877 –
En fait d’opinions, je crois que mon présent livre les ré-voltera toutes ? mais cela tient au sujet même. Tant pis, après tout ! et à la grâce de Dieu !
Je vous félicite de passer dans L’Opinion nationale après l’Exposition. D’ici à l’hiver prochain, il ne faut rien publier, tout va être pris par les machines et les bottes sans coutures. Aussi MM. les gens de lettres, jaloux des industriels, se sont mis « à faire un ouvrage pour l’Exposition ». Les phrases s’alignent à côté des clysopompes. Vive le Progrès !
Tenez-vous en joie. Je vous baise sur les deux côtés de votre joli col, et suis
Vôtre.
À EDMOND ET JULES DE GONCOURT
[Paris, 21 février 1867.]
Je vous attends dimanche.
On va donc se voir
ENFIN !!!!!
Jeudi.
À ERNEST COMMANVILLE
[Paris,] lundi, 10 heures [25 février 1867].
Mon cher Ami,
– 878 –
Je reçois, ce matin, de Bonenfant une lettre où il y a ce-ci :
« J’envoie aujourd’hui à M. Commanville les actes de vente et le modèle de la procuration que vous devez tous si-gner ; le temps presse et, pour n’en rien perdre, je dis à M. Commanville qu’il ferait bien de te mander par dépêche à Rouen, afin que toutes les signatures fussent données en même temps : te voilà donc averti de manière à ne faire au-cune disposition qui puisse t’empêcher de partir au premier signal ». Suivent des plaisanteries du sieur Bonenfant sur mes occupations.
Ce départ au premier signal cette semaine ne m’arrange nullement et même me dérange extrêmement.
Est-ce qu’il n’y aurait pas moyen, puisque les paperasses traverseront Paris pour aller à Nogent, de les envoyer chez moi ou chez un notaire où on les décachetterait, je les signe-rais et on referait le paquet que l’on remettrait à la poste ?
Ou bien est-ce que je ne peux pas envoyer d’ici à M. Bidault une procuration autorisant quelqu’un de Rouen à signer pour moi ?
Ce voyage à Rouen m’embête extrêmement encore une fois. J’ai des rendez-vous tous les jours de cette semaine.
Faites-moi donc le plaisir, mon beau neveu, d’aller chez M. Bidault lui demander ce qu’il faut faire. – Admettons que j’aie la jambe cassée, comment s’y prendrait-on ?
Embrassez pour moi Caro et ma mère.
À vous.
– 879 –
J’attends votre réponse. Donnez-moi des détails sur la vente si vous avez le temps.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Paris, 27 ? février 1867.]
Hélas, non, Princesse, je ne serai pas libre mercredi pro-chain. J’ai le soir un dîner dont le jour a été choisi par moi, et puis le soir, à 9 heures, un rendez-vous d’affaires (pour la vente d’une ferme, etc., un tas de choses ennuyeuses !).
Mais je prendrai mercredi la liberté de me présenter chez vous, dans l’après-midi, de bonne heure. – De sorte que ma première course sera (comme d’habitude) pour aller of-frir mes respects à Votre Altesse, ou plutôt pour avoir tout simplement le plaisir de vous revoir.
Vous confusionnez un pauvre homme avec votre mo-destie ! Vous êtes pourtant une des rares personnes qui aient le droit de n’en pas avoir. (La phrase est incorrecte, mais la pensée est juste.)
Puisque vous me tendez la main, je m’incline et je la baise en vous assurant, Princesse, que je suis
Votre très humble et très affectionné.
– 880 –
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] jeudi, 11 heures [28 février 1867].
Mais, mon pauvre loulou, il me semble que la décence exigeait que ce fût la nièce qui écrivît d’abord à son oncle. Il est vrai que ton vieux ganachon ne tient pas beaucoup à la décence ! C’est là ce qui te justifie à mes yeux des reproches amers que tu m’envoies.
Je savais par Mme Laurent le voyage peu agréable de ton époux. L’important, c’est que la ferme est vendue et qu’on sera délivré des lamentations des Bonenfant à propos de Dupont.
Quant à ta grand-mère, ne crois pas qu’elle en sera plus tranquille. Il est dans sa nature de se tourmenter toujours. Quand les sujets d’inquiétude lui manquent, elle en invente. Elle ne sait que s’ingénier pour se rendre malheureuse.
As-tu des nouvelles de ton amie Frankline ; j’ai su par Blanche (celui de Passy) qu’il devait (lui, Blanche) la faire en-tendre à Gounod ?
En fait de nouvelles « du Théâtre et des Arts », je ne puis t’en donner aucune. Je n’ai pas encore été à aucun spectacle et n’irai probablement de tout l’hiver que pour la 1re de Ponsard et la 1re de Dumas. Je m’occupe exclusive-ment de l’histoire de 48. Cela remplace les faïences. Mes courses principales sont finies, et j’aurai écrit à la fin [de] cette semaine deux pages. Ce qui est beau. Il est probable que j’irai voir samedi prochain ce pauvre Bouilhet. Je parti-rai le matin et reviendrai le soir.
Pourquoi donc ces névralgies dans ta caboche, mon mimi ? Ce sont des migraines, n’est-ce pas ?
– 881 –
Tu ne me dis pas si j’aurai l’honneur et le plaisir de votre visite le mois prochain ?
Le loriot est-il passé ?
Adieu, mon Caro. Écris-moi le plus souvent que tu pour-ras. – Au lieu de rêvasser au coin de ton feu, comme tu dis. – Embrasse pour moi ton mari et ta bonne-maman.
Ton vieil oncle qui t’aime te bécote sur les deux joues.
À GEORGE SAND
[Paris,] samedi 2 [mars 1867].
Chère Maître,
Que devenez-vous donc ? On prétend que vous êtes tou-jours malade ?
Vous verra-t-on à la 1re de Dumas ? Le père Sainte-Beuve a été splendide au dernier Magny, lequel était orné d’un Américain qui est, je crois, de vos amis.
Vous savez que mon pauvre Bouilhet a perdu sa mère. J’ai été le voir aujourd’hui à Mantes et l’ai trouvé brisé.
J’aurais tant de choses à dire sur Le Coq aux cheveux d’or de votre fils, qui en est un lui-même (de coq), que je pré-fère vous communiquer de vive voix ce que j’en pense. Au-trement il me faudrait écrire une lettre de grand Homme, ce qui serait très sot.
Quel froid ! on est coupé en quatre !
Il m’ennuie de vous, et je vous embrasse tendrement.
– 882 –
Votre vieux.
Les bruits les plus contradictoires circulent sur votre pièce ? On affirme, d’autre part, que l’on reprendra Villemer pendant l’Exposition.
Je continue à écrire un peu. Mais ce qui m’occupe sur-tout c’est la Révolution de 48.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
Nohant, 4 mars [1867].
Cher bon Ami,
L’ami de ton cœur, le vieux troubadour, se porte comme dix mille hommes, qui se portent bien, il est gai comme un pinson, puisque de nouveau le soleil brille et la copie marche. Il ira probablement bientôt à Paris pour la pièce de son fils Dumas. Tâchons d’y être ensemble.
Maurice est tout fier d’être décrété coq par un aigle. En ce moment il fait la noce avec du veau et du vin bleu en l’honneur de ses pompiers.
L’Américain en question est charmant. Il a pour toi, litté-rairement parlant, une passion, et il m’écrit qu’après t’avoir vu, il t’aime davantage. Ça ne m’étonne pas.
Pauvre Bouilhet. Fais-lui tenir le petit mot ci-joint. Je partage sa douleur, je la connais.
T’amuses-tu à Paris ? Y es-tu aussi sédentaire qu’à Croisset ? En ce cas je ne t’y verrai guère, à moins que je
– 883 – n’aille te voir. Tu me diras les heures où tu ne reçois pas le beau sexe, et où les troubadours sexagénaires ne te déran-gent pas.
Cadio est tout refait et récrit jusqu’à l’endroit que je t’ai lu. C’est moins infect. Je ne fais pas Mont-Revêche, je te con-terai ça. C’est toute une histoire.
Je t’aime et je t’embrasse de tout mon cœur.
Ton vieux
GEORGE SAND.
As-tu reçu mes brochures sur la faïence ? Tu ne m’as pas accusé réception. C’était envoyé à Croisset au lende-main de ta dernière lettre.
À GEORGE SAND
[Paris, 5 mars 1867.]
Je suis tout réjoui de savoir que vous allez bien. – Mais il ne faut plus s’éreinter de travail, ni se croire une « femme en Bois ».
Il me semblait que je vous avais accusé réception des brochures sur les faïences ? Mille excuses, chère maître.
Mais certainement je compte sur votre visite dans mon domicile privé ! Quant aux encombrements qu’y peut appor-ter le Beau Sexe, vous ne vous en apercevrez pas (soyez-en sûre), pas plus que les autres. Mes petites histoires de Cœur ou de Sens ne sortent pas de l’arrière-boutique. Mais comme
– 884 – il y a loin de mon quartier au vôtre et que vous pourriez faire une course inutile, dès que vous serez à Paris donnez-moi un rendez-vous. – Et nous en prendrons un autre pour dîner seul à seul les deux coudes sur la table.
J’ai envoyé à Bouilhet votre petit mot affectueux.
À l’heure qu’il est, je suis écœuré par le populaire qui se rue sous mes fenêtres à la queue du Bœuf-Gras ! Et on dit que l’esprit court les rues !!!
Adieu. À bientôt ! c’est singulier comme j’ai envie de vous revoir ! Aussi je vous embrasse très fort.
Votre vieux
Mardi, 4 heures.
À FRÉDÉRIC FOVARD
[Paris, 6 mars 1867.]
Cher Ami,
Voici un modèle de procuration que l’on m’envoie de Rouen !
Elle est détachée de la procuration collective que l’on fait à Rouen. Il faudrait que tu me la fasses signer vers midi, afin qu’elle puisse être légalisée dans l’après-midi, et en-voyée chez moi vers 5 heures, assez tôt pour que j’aie le temps de la mettre à la poste avec les deux compromis de vente (que j’ai là sur ma table).
Bonenfant a besoin de tout cela demain jeudi.
– 885 –
Peux-tu donc m’envoyer cet après-midi un clerc qui me ferait signer. Je lui donnerais tous les papiers et il se charge-rait du reste.
De cette manière-là tu m’éviteras de perdre tout mon après-midi ?
Je suis obligé de passer dans ton quartier vers 6 heures.
Tout à toi.
Dis-moi donc combien je te dois pour mes loyers, est-ce un ou deux termes ?
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris, 13 mars 1867.]
Mon Loulou,
J’ai reçu, ce matin, une lettre de toi, bien gentille. Et il me tarde de baiser tes bonnes joues. Quel jour de la semaine prochaine, viens-tu ? J’aimerais à le savoir d’avance pour mes arrangements ultérieurs. Combien resterez-vous de temps à Paris ?
Mon « impression » sur Galilée est que : c’est pitoyable. On ne peut pas se figurer une œuvre dramatique plus piètre, plus vide, plus ennuyeuse. Puisque tu tiens à savoir des nou-velles des théâtres, je t’apprendrai aussi que Don Carlos a paru lamentable aux connaisseurs et a fortement embêté le public.
– 886 –
J’assisterai samedi prochain à la première d’Alex. Du-mas fils au Gymnase. Mais, en fait de spectacle, j’en vois un presque tous les soirs qui me divertit parfois extrêmement, je veux dire les noces qui se passent chez Bonvalet. – Dans la grande salle vitrée faisant face à ma fenêtre, j’aperçois des bourgeois et des bourgeoises gambadant comme des singes. Tous les messieurs sont en habit noir, toutes les demoiselles en robe blanche. L’ensemble de tous ces gens qui se re-muent, (sans que j’entende rien de la musique), me paraît étrange et fou. Tout à l’heure la lune brillait dans le ciel, un peu à droite, à côté de la maison. – Et cette grandeur et cette petitesse faisaient un contraste qui avait du cachet.
Pauvre Cora ! J’en suis inquiet comme toi. Mais igno-rant l’adresse de Mme Jacques je ne puis envoyer chercher de ses nouvelles.
M. René de Maricourt n’a rien d’attrayant à première vue. Mais je le crois un excellent garçon, et très malheureux, très à plaindre. Il m’a dit que son frère était un fou fieffé. Le gaillard aimait beaucoup les cocottes et le vin, particulière-ment celui d’Asti. Dix bouteilles de ce cru ne l’effrayaient pas. Avant de servir le pape, il avait été soldat de Garibaldi et avait fait toutes sortes d’extravagances.
Tu feras de ma part à ton amie Frankline mes compli-ments de condoléance sur son concert manqué. – Qu’elle soit malade, je n’en suis nullement surpris et je suis persua-dé entre nous, que ses parents la feront crever d’ennui et d’aspirations rentrées. Mais la morale, ma chère Madame ! le qu’en-dira-t-on, les convenances, les idées reçues ! Oh ! les Bourgeois !
Adieu, mon bibi. Je t’embrasse bien fort.
Ton vieux ganachon qui t’aime.
– 887 –
P.-S. – Dis à ta bonne-maman de m’écrire. Nos deux dernières lettres se sont croisées. – Et franchement elle doit être moins fatiguée d’écrire que moi.
Je n’ai pas bougé de mon domicile depuis dimanche soir. – Mais demain je me lève à 9 heures et me mets en courses. – J’en ai 14 d’inscrites sur ma liste. Forte journée de voiture ! hélas ! –
J’ai eu, hier, à déjeuner Ernest Chevalier.
Ton mari a pu te dire qu’il m’avait surpris buvant le champagne dans des seaux et dansant le cancan avec des demoiselles de l’Opéra. Bonenfant n’est pas très éloigné de se figurer de cette façon la vie que je mène à Paris. Pourquoi sa lettre m’a-t-elle révolté ? C’est bête, de ma part : n’importe ! sa lettre m’a choqué.
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Nohant,] 14 mars [1867].
Ton vieux troubadour a encore été sur le flanc. À tout moment sa vieille guitare menace de se casser. Et puis il dort 48 heures et il est guéri – mais faible, et il ne pourra pas être à Paris le 16 comme il en avait l’intention. Maurice est parti seul tantôt. J’irai le rejoindre dans 5 ou 6 jours.
La petite Aurore me console de ce contretemps. Elle ga-zouille comme un oiseau, avec les oiseaux qui gazouillent déjà comme en plein printemps. L’anémone Sylvie que j’ai apportée des bois dans le jardin et que j’ai eu de la peine à acclimater, pousse enfin des milliers d’étoiles blanches et
– 888 – roses dans la pervenche bleue. Il fait chaud et moite. On ne peut pas casser sa guitare par un temps comme ça.
À bientôt, cher bon ami.
G. SAND.
À JULES DUPLAN
Paris, dimanche 17 [mars 1867], 6 heures du soir.
Mon cher Bonhomme,
J’ai été bien content, ce matin, en recevant ta lettre. Je commençais à trouver qu’elle tardait à venir. J’avais même été, jeudi, chez Blamont pour avoir de tes nouvelles. Enfin, tu vas bien et tu t’amuses ! « Taïeb, taïeb quetir ! »
Tu ne sauras croire comme tu me manques ici, mon pauvre vieux ! Et je serais bien dupe si je m’en retournais à Croisset, avant ta rentrée à Paris. Dans ce cas-là, il faudra que tu viennes me voir là-bas, ne serait-ce qu’un jour. Tu es juste maintenant dans le milieu dont j’aurai besoin pour mon roman sur l’Orient moderne. Tu vois des choses et fré-quentes des binettes qui me seront indispensables. Pense-z-y. Je ne te demande pas, bien entendu, de prendre des notes.
Mais j’en prendrai d’après tes souvenirs tout récents que tu me dérouleras, dans le silence du cabinet.
Blamont a été très gentil. Lévy m’a enfin prêté 5 mille francs. – Que j’espère, du reste, lui rendre au mois de mai prochain. Car ma mère a vendu sa ferme de Courtavant et veut nous en partager le montant. Le premier paiement aura lieu dans six semaines. – Je dois avoir, alors, 10 mille francs,
– 889 – dont je cracherai la moitié à l’Israélite et tout sera dit. Pour remercier Blamont de ses bons services, je lui ai communi-qué deux palimpsestes HÉNAURMES ! L’un est un procès-verbal de gendarmerie, l’autre, les mémoires secrets d’une Dame. Pas n’est besoin de dire que les deux documents sont lubriques.
Je suis arrivé de Croisset, ici, avec Monseigneur, le 19 février, pour la centième de la Conjuration. – Trois jours après, la mère de Bouilhet mourait. Le pauvre bougre a pas-sé par d’atroces moments. J’ai été le voir à Mantes, et il est venu ici dimanche dernier. – Je l’attends dimanche prochain. Il lit des livres sur la Régence tâchant de trouver un sujet de pièce.
Notre ami Maxime a publié dans la Revue des Deux Mondes un grand article sur le télégraphe, et est maintenant lancé dans les voitures. Ses Forces perdues ont paru en vo-lume. Connais-tu cela ? C’est évidemment ce qu’il a fait de meilleur. Il va supérieurement bien comme santé. Il en-graisse et se passe, chaque soir, dans le cornet cinq à six pe-tits verres d’alcool. – Ce qui lui fait du bien. – Quant à la mère Husson, au Major, à Grimm, au gros chat blanc et à tout le reste de la famille, ça continue son petit train-train.
Mes dimanches sont ornés à présent d’un Américain,
L’Américain farouche est un monstre sauvage Qui mord en frémissant le frein de l’esclavage.
VOLTAIRE , Alzire.
– 890 – lequel Américain ayant traduit la Vie de Jésus a été amené à Magny par Renan. J’ai eu aujourd’hui Graindorge, le Major, les Bichons, etc., et il n’a été question, bien entendu, que des Idées de Mme Aubray, dont la 1re a eu lieu hier. – Succès énorme, je crois. Mais le plus beau a été le père Dumas, qui s’est par trois fois présenté au public, pour se faire applaudir à la place de son fils. – (Sic.) Notre souverain lui a envoyé de sa loge un salut très amical auquel il a répondu par un baiser (sic). Elle était là ! mais ne m’a pas vu ! Elle ne m’a pas en-core invité, l’ingrate ! Son môme m’a l’air de filer un mauvais coton ?
Non ! tu n’imagines pas quelque chose d’emmerdant comme Galilée. Nous renonçons à peindre (VICTOR HUGO, Notre-Dame de Paris, t. III).
On n’a parlé tous ces jours-ci que du jeune Émile qui s’est fâché avec le gouvernement et a été condamné à cinq mille francs d’amende. Il a rompu avec la Princesse et lui a écrit une espèce de lettre d’injures. Je ne sais pas si tu sens la finesse du procédé ? Il s’est dans le compte rendu Galilée comparé à ce bonhomme. – (Textuel). Le devoir avant tout ! Il lui en coûte de rompre avec des amitiés précieuses. C’est « une amputation ». Il s’ampute. Le Beau, c’est que les Bour-geois l’ont pris au sérieux. Notre grand historien national baisse un peu. Je vois moins d’enthousiasme que l’année dernière. –
Le poète Glatigny improvise à l’Alcazar et Lagier se range. Elle vit en garni et paie ses dettes.
Je cherche quelles nouvelles t’envoyer et je n’en trouve plus. Il reste donc à parler de moi. « Il n’y a plus que moi » (la mère Lengremont, rue du Pérou). Eh bien, mon pauvre vieux, je continue à pousser péniblement ma décharge. J’en
– 891 – suis maintenant au milieu de ma 2e partie. J’espère avoir fini mon chapitre III vers Pâques. J’ai passé, je crois, l’endroit le plus vide comme plan. Que sera-ce, que sera-ce ? Je l’ignore. Tu me demandes si je suis content de ce qui est fait ? Franchement je n’en sais rien. Je ne puis avoir sur le livre d’opinion définitive avant un an ! – Présentement je lis un tas de choses sur 48. Je vais à la bibliothèque des Dépu-tés et je recueille des renseignements de droite et de gauche.
La Princesse continue à me blaguer atrocement sur Do-rothée. – C’est m’honorer infiniment trop. – Ton géant, d’ailleurs, rate quelquefois, maintenant. – Il imite Dubourg. Il est vrai que les récents affronts avaient une raison extrin-sèque. La Dame schlinguait, atrocement. Pour me prouver ma virilité je suis retourné à une ancienne. Et alors… oh ! alors !…
À propos, mon bonhomme, as-tu réclamé au Caire une lettre que je t’ai écrite au mois de novembre dernier. – Ainsi que ma dépêche télégraphique ?
***
Ah ! combien je voudrais être présentement dans ta peau, ou plutôt à côté d’icelle, pour fumer ensemble un chicheh sous les arbres de l’Esbekiekh ! Tu n’imagines pas l’abominable hiver que nous avons ; il fait par moments aus-si froid qu’au mois de janvier ! La neige tombe et le vent vous coupe en quatre.
La présente épître est stupide. Je viens de l’écrire en hâte. Il est 7 heures ; je n’ai que le temps de dîner, après quoi j’irai chez la Princesse, où l’on joue un proverbe de Feuillet. – Tu sais que c’est mon Auteur. –
– 892 –
Tâche, sacré nom de Dieu, de revenir avant la fin du mois de mai. – Les Bichons partent pour Rome dans une quinzaine. Il ne me restera plus de fidèle que le Major ! C’est beaucoup. Mais pas assez. Il devient, du reste, énorme, rugit contre les Bourgeois et veut qu’on les guillotine ! – Nous avons « perdu » par cet instrument un bien joli jeune homme, il y a une quinzaine, le nommé Lemaire. Si tu lis les feuilles de ta patrie, tu as dû admirer les faits et dits de cet adolescent, pareil au jeune Victor !
Adieu, mon pauvre vieux. Porte-toi bien et reviens-nous le plus tôt possible.
Je t’embrasse comme je t’aime, c’est-à-dire très fort.
Ton
Amitiés au Grand.
Je n’ai encore vu ni Gleyre, ni les Cornu, ni Maisiat.
***
J’ai foutu, personnellement et en face, des injures au gars Darcel. Ça m’a soulagé beaucoup.
À MADAME JULES SANDEAU
[Paris,] mercredi, 3 heures [20 mars 1867].
Ah ! sapristi ! comme il est difficile de se rencontrer, ma chère amie. Nous qui vous attendions aujourd’hui, nous en sommes tout « marrys ».
– 893 –
Je ne serai pas chez moi vendredi dans l’après-midi, parce que j’ai un rendez-vous avec un commissaire de police pour des renseignements littéraires. Mais j’y serai tout l’après-midi de samedi, et en venant à quatre heures, vous trouverez ma nièce qui rentrera pour vous recevoir.
Mille tendresses de votre vieux fidèle.
À LA PRINCESSE MATHILDE
[Paris, 22 mars 1867.]
Il m’ennuie de ne pas vous voir, Princesse, et je ne sais quand j’aurai ce plaisir-là, car depuis un mois, toutes les fois que je sors, je suis re-empoigné par la grippe.
Je suis obligé, deux fois par semaine, d’aller chez ma nièce pour le buste de ma mère. – Et chacune de ces courses me vaut un redoublement de toux. Hier j’ai commencé à prendre de la morphine ; espérons qu’elle me fera du bien !
Je voudrais avoir de vos nouvelles, voilà tout !
Et je vous baise les deux mains.
Votre vieux fidèle.
Vendredi midi.
– 894 –
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] vendredi [22 mars 1867].
Ton vieux troubadour est ici, pas trop patraque. Il ira dîner lundi chez Magny. Nous conviendrons d’un jour pour dîner tous deux avec Maurice. Il est chez lui à cinq heures, mais pas avant lundi. Il trotte !
Il t’embrasse.
À GEORGE SAND
[Paris, 23 mars 1867.]
Ah ! enfin ! on va donc se voir !
Je n’irai pas lundi prochain chez Magny parce que j’ai une grippe dégoûtante.
Mais qui nous empêche de dîner chez moi mercredi ou jeudi prochain ? Quel quatrième voulez-vous ? ou bien pas de quatrième ? Si le père Beuve consentait à venir, ce serait beau ?
À bientôt, chère Maître.
Je vous embrasse tendrement.
Samedi, 11 heures.
– 895 –
GEORGE SAND À GUSTAVE FLAUBERT
[Paris,] samedi soir [23 mars 1867].
Alors mercredi si vous voulez, mon cher vieux. Qui tu voudras avec nous. Certes le cher Beuve si ça se peut, et personne si tu veux.
Nous t’embrassons.
G. S. MAURICE.
À GEORGE SAND
[Paris, 24 mars 1867.]
Donné à mon ami Harrisse,
G. Sand.
C’est convenu, chère Maître.
À mercredi !
Venez tôt, pour vous en aller très tard.
Mille tendresses de votre
Dimanche soir, b[oulevar]d du Temple, 42.
À HENRY HARRISSE
[Paris, 25 mars 1867 ?]
Non, cher Ami, n’invitez pas Mme Sand, parce que 1° elle aura besoin de repos mercredi et que 2° ce n’est pas moi qui
– 896 – vous promène, mais G. Pouchet, lequel n’a jamais vu notre amie. Je crois qu’elle les gênerait ?
Donc à mercredi entre 10 heures et 10 h 1/4.
Tout à vous.
Lundi minuit.
À LOUIS BOUILHET
[Paris,] mercredi soir [mardi], 7 heures [26 mars 1867].
Feydeau m’a enfin envoyé le manuscrit de Mme Régnier, ce matin, seulement. L’écriture m’en paraît facile à lire.
Je vais m’y mettre, dès ce soir, et quand j’aurai fini, je te dirai sincèrement ce que j’en pense dans une longue lettre de Pion. Après quoi je tâcherai de le placer quelque part.
Ma grippe m’ayant empêché de sortir, je n’ai pu aller à l’Odéon voir ce qui en était de la reprise présente de La Con-juration d’Amboise. G. Pouchet m’a dit, dimanche, que la pièce de Meurice passait dans 8 ou 10 jours.
Celle du jeune Dumas fait de l’argent, mais le public est froid. Pas un applaudissement. Il y a trop de choses fausses dans cette œuvre pour qu’on s’en éprenne.
N.B. – Je prie Philippe de me dire si Mme Maurice est en-core à Mantes. J’ai besoin de le savoir pour écrire à son mari, relativement au fils Pradier.
– 897 –
La mère du susdit m’a appris sur lui des choses pas fortes. Il va se marier entre autres. Bref, il me paraît (de plus de plus) mériter très peu d’intérêt. J’ai reçu de lui un mot pour nous prier d’aller, toi et moi, voir un de ses dessins, et me rappeler l’article que je lui ai promis. – Noble nature d’artiste !
As-tu reçu une lettre du sieur Lepince ? qui est venu me demander ton adresse « pour quelque chose de littéraire, à propos de l’Exposition ».
J’ai demain à dîner chez moi G. Sand et son fils. Le père Sainte-Beuve ne pourra y venir. Il m’a l’air sérieusement ma-lade.
À propos de maladies de monsieur, Cloquet, à qui j’ai fait tâter mes boules prétend que j’ai une maladie « fré-quente chez les ecclésiastiques ». Le remède est de faire cra-cher son goupillon.
L’archevêché nous envahit. L’idéal entre jusque dans nos testicules.
***
Les ouvriers tailleurs se sont mis en grève. « L’horizon politique s’assombrit. » Je ne vois pas pourquoi, ni en quoi. N’importe ! le Bourgeois est inquiet.
***
Les Bichons partent pour Rome, mardi prochain. Je t’ai dit, n’est-ce pas, que j’avais de bonnes nouvelles du petit Duplan.
***
– 898 –
La Dupin m’a appris aujourd’hui que Théo revoyait sa fille. Tant mieux pour lui, mais il devient moins bon chré-tien.
Adieu, cher vieux. Je t’embrasse, et vais me mettre à tâble.
Ton grand vicaire.
À SA NIÈCE CAROLINE
[Paris,] jeudi matin [28 mars 1867].
Mon Carolo,
Je viens de recevoir les 250 francs inclus dans ta gentille lettre. – Merci des uns (dont le besoin se faisait sentir) et de l’autre qui m’a été fort agréable.
Je me suis très peu trimbalé dans le monde depuis ton départ, car je n’ai pas été dimanche chez la Princesse, ni lundi au Magny de la quinzaine, ni hier chez M. Cloquet où j’étais invité à dîner. –
Je vais aujourd’hui aller à l’Exposition avec la Princesse Mathilde. Je dînerai chez Mme Husson, mais demain et après-demain je ne sors pas de chez moi, afin de piocher pour finir mon chapitre avant mon retour dans ma Patrie.
Voilà des nouvelles peu intéressantes, mais je n’en ai pas d’autres à te donner.
Tu ne me dis pas comment va cette pauvre Frankline ni Mme de La Chaussée.
– 899 –
Quant à la Politique, les bourgeois ont toujours une ex-trême venette de la guerre. Je ne crois pas, quoi qu’on dise, qu’elle ait lieu, maintenant.
Beaucoup de personnes de ma connaissance sont déjà parties pour la campagne. « Tout part. » Je n’ai pas envie de faire comme Tout. Le plus grand charme de la campagne est pour moi le voisinage et la société de ma belle nièce, que je bécotte sur ses deux joues fraîches.
Son vieil oncle.
Embrasse pour moi ta bonne-maman. Je lui écrirai di-manche comme d’habitude.
Mes respects à Monsieur mon neveu.
À JEANNE DE TOURBEY
[Paris, 28 mars 1867 ?]
Je ne vous oublie pas du tout, ma chère belle ! – Mais j’ai une grippe abominable (dont je vous épargne la descrip-tion) et qui me retient au coin de mon feu.
La semaine dernière, d’ailleurs, je me suis présenté chez vous – vers 5 heures – inutilement, hélas !
Ma première sortie sera pour aller baiser vos deux jolies mains, et vous dire – ce qui n’est pas nouveau – que je vous aime, et suis toujours
Vôtre.
Jeudi soir.
– 900 –
À SAINTE-BEUVE
[Paris, 30 ? mars 1867.]
Merci, mon cher Maître, pour nous, pour tous !
(Si avariée qu’elle soit, votre vessie peut leur servir de lanterne !)
À EUGÈNE CRÉPET
[Paris,] vendredi soir [mars ? 1867].
Mon Ami très cher,
Vous êtes bien aimable, mais bien pressé ! Cela me flatte, mais me gêne. Pour avoir fait une promesse de pa-reille nature à Charles-Edmond, je me suis reculé d’un an dans la confection de Salammbô ! Si je vous répondais par un oui formel, il en serait de même pour le roman auquel je suis attelé. J’ai besoin, pour travailler, de la plus complète liberté d’esprit ; ce qui chauffe les autres me glace, ce qui les anime me paralyse. Ma haine pour la typographie est telle que je n’aime pas à entrer dans une imprimerie et que j’ignore la manière de corriger les épreuves. Je vous réponds donc bru-talement : laissez-moi tranquille, ou autrement je n’en finirai jamais.
Vous ne doutez pas que je n’aie envie 1° d’entrer dans votre papier, puisqu’il est vôtre, et 2° de gagner quelques piastres avec ma copie. Voilà deux vérités qui me semblent incontestables.
Mon bouquin ne peut être fini avant la fin de 1869, ainsi vous avez du temps. Quant à revoir mon traité avec Lévy, je
– 901 – ne l’ai pas sous la main ; il est à Croisset. Voulez-vous venir me voir un de ces matins (avant midi) à partir de mardi ou mercredi prochain ? Je ne vous donne rendez-vous ni di-manche ni lundi, parce que je serai absent ces deux jours-là. Je suis content que vous vous soyez arrangé avec M. de Ma-ricourt.
Mille poignées de main et tout à vous.
À LOUIS BOUILHET
[Paris,] nuit de lundi [1er avril 1867].
Monseigneur,
J’ai lu le roman de Mme Régnier. Nous en causerons tout à l’heure.
Ma grippe a l’air de se passer. Mais elle a été violente et j’ai peur qu’elle ne recommence dans mes courses que je vais être obligé de faire à Sèvres et à Creil. Il faut pourtant que je m’y résigne. Car je ne puis aller plus loin, dans ma copie, sans voir une fabrique de faïence. Je bûche la révolu-tion de 48 avec fureur. Sais-tu combien j’ai lu et annoté de volumes depuis six semaines ? Vingt-sept, mon bon. Ce qui ne m’a pas empêché d’écrire dix pages.
Hier, chez la princesse, où j’ai dîné, Théo m’a dit qu’il avait organisé un sous-Magny chez Mme de Païva. Je serai invité au premier vendredi ; je te dirai ce qui en est.
Le Moniteur a donné inexactement la séance du Sénat où le père Beuve s’est signalé par sa haine des prêtres ; il a été énorme. Le public est pour lui. Il a reçu hier des visites et des félicitations en masse.
– 902 –
J’attends Duplan dans une huitaine de jours. Les bi-chons partent demain soir pour Rome. Je dînerai probable-ment un de ces jours avec le prince, chez la Tourbey. Le pu-blic est très froid aux Idées de Mme Aubray. Il y a tous les soirs quelques sifflets. Quant au succès d’argent, il est énorme. Je n’ai pas été à l’Exposition et n’irai pas d’ici à longtemps. Voi-là toutes les nouvelles.
Ce que je blâme dans Un duel de salon, c’est le fond de l’histoire. Cette invention d’un ancien forçat déguisé en grand seigneur et captant le cœur d’une riche veuve me semble manquer de vérité et de nouveauté. Le style, la psy-chologie, les descriptions, en un mot la forme entière du livre dépasse de beaucoup la fable. Et j’ai été tout désillu-sionné en arrivant au secret de la comédie. Une fois cette ré-serve faite, je trouve l’œuvre pleine de qualités très remar-quables. Telle est mon opinion sincère. J’ai été surtout frappé de la nouveauté et [de] la justesse de certaines comparai-sons. Comment peut-on, avec tant d’esprit, tomber dans la rengaine du forçat en gants blancs ! Ce qui n’empêche pas le livre d’être amusant et de pouvoir être présenté bravement à un journal. Mme Régnier veut-elle que je tente l’épreuve au grand ou au petit Moniteur ? Je suis à ses ordres. Quant à ré-ussir, je ne promets rien. Mais je ferai la réclame très chau-dement et très sincèrement.
Quant aux critiques de détail, je reproche au commen-cement d’avoir trop de dialogues. (Tu sais du reste la haine que j’ai du dialogue dans les romans. Je trouve qu’il doit être caractéristique.) Je me permettrai également de blâmer un certain nombre d’expressions toutes faites, telles que, dans la première page : « Se mettant de la partie, lui donna gain de cause. » Puis, à côté de cela, des choses ravissantes :
– 903 –
« Une de ces mains expressives qui parlent avec le bout des ongles ! » De semblables raretés sont fréquentes.
Charmant, le chapitre II : Le Bois de Boulogne. Pourquoi n’avoir pas commencé le roman à cet endroit-là avec les portraits des deux rivales ?
J’aime beaucoup le bal, où il y a d’excellents détails : « Des nuages de gaze et de dentelles coupés par des éclairs de rubis et de diamants passaient aux bras de cavaliers aussi noirs que possible. » Pourquoi gâter une vraie merveille de Style ! Oh ! les femmes !
Page 43, nous retombons dans Célimène et Arsinoé !
La sortie de d’Arello fumant son cigare, excellente !
Les rêveries de Madeleine au soleil levant, très bon. Il y a un vrai talent de moraliste dans l’analyse de Madeleine en prières. C’est senti et profond.
Page 99 : « Offrant en miniature un tableau de l’industrie universelle. » Hum ! hum !
Les deux dialogues entre la duchesse et le comte, cha-pitres IX et X, sont pleins de talent scénique. À la bonne heure ! Rien, ici, ne pourrait remplacer le dialogue.
De Breuil et sa maladie m’intéressent peu. On n’a nulle inquiétude sur son compte. La visite que ses deux amis lui font est spirituelle.
Page 57. Les preuves de l’identité (fausse) du comte de-vaient, il me semble, être données ici par Madeleine. Cela dérouterait le lecteur qui serait convaincu, comme de Breuil, que le comte est un honnête homme ??? et ça abrégerait les explications postérieures.
– 904 –
Page 161. Le langage des deux personnages en scène est-il bien vrai ? « Heureux l’homme qui a su faire vibrer les nobles instincts de votre âme, Madame. »
Gustave, l’artiste sceptique, est un personnage de vau-deville. Il ressemble trop au confident de toutes les pièces.
Mais le roman prend une allure beaucoup plus relevée à partir du chapitre XIV commençant par la description de Nice, qui est un morceau.
Malgré des phrases telles que celle-ci : « Les premiers mois de mariage furent pour les deux époux un enchante-ment perpétuel », les premiers détachements du comte sont finement faits.
Le domino jaune, enveloppé de jais noir, fait une grande impression, excite la curiosité, et le dialogue est bon. Une phrase sur la voix du domino, exquise de justesse.
J’aime la description d’Hélène courant à cheval. Mais je demande, en toute humilité, si l’action héroïque qu’elle fait n’est pas un peu poncive ?
Chapitre XIX. Pourquoi Venise ? puisque rien d’utile au roman ne s’y passe, ou plutôt ce qui s’y passe pourrait être dit en trois mots.
Page 279. Bon, le boudoir d’Hélène, et le dialogue qui s’y trouve, idem. Je trouve superbe le marquis de Vher et la fin du chapitre XXI.
Les scènes du chalet sont intéressantes ; on a peur pour cette pauvre Madeleine ; il y a de la puissance dans toute cette partie-là. De la puissance dramatique, il me semble. On regrette que ça ne soit pas sur les planches.
– 905 –
La lâcheté du comte est concevable en ce sens qu’elle est bien amenée ; mais l’atrocité d’Hélène (dont j’admire le caractère) aurait dû être préparée, dans les parties précé-dentes, par des motifs, des faits plus explicites.
Le marchand d’huile est comique et réussi.
La confession du comte est raide !!! Ici, selon moi, est (je le répète) le défaut constitutionnel du comte.
La salle admire, l’auteur en a tiré bon parti, et les consé-quences se déroulent logiquement. L’entrevue entre les deux rivales, à Paris, est ce qu’elle devait être.
Le suicide de Madeleine était indispensable comme drame ; mais, dans la réalité, elle aurait vécu en paix avec ce bon de Breuil, ce qui n’eût pas révolté le lecteur. Cette fin est amusante, du reste, comme tout le livre.
Voilà tout ce que j’ai à en dire.
Adieu, cher vieux, il est près de quatre heures du matin. Ce qui me fait une journée de dix-huit heures de travail. C’est raisonnable. Sur ce, je vais me coucher et t’embrasse.
À MAURICE SCHLÉSINGER
[Paris, 2 avril 1867].
Mon cher Ami,
J’ai trois choses à vous dire :
1° Vous êtes venu en France dernièrement et je ne vous ai pas vu, ce qui n’est point gentil de votre part.
– 906 –
2° Le fils de notre ancien ami Pradier désirerait avoir, dans la Gazette musicale, un article (d’éloges, bien entendu) sur un Album pour piano, qu’il a récemment publié. Je ne connais aucun des rédacteurs de la Gazette. Pouvez-vous, vous, lui faire avoir cet article ?
3°e question (importante et pressée, S.V.P.). Je suis for-cé, dans le travail que je fais maintenant, de passer par la Révolution de 48. – Vous avez joué un rôle dans Le Club des femmes. Le récit exact de cette soirée se trouve-t-il quelque part ? Ce qui serait bien, ce serait de recueillir vos souvenirs à ce sujet et de me les envoyer lisiblement écrits – car j’ai souvent du mal à déchiffrer vos rares épîtres.
Tel est le service que j’attends de vous, cher ami.
Si Mme Maurice est de retour à Bade, présentez-lui mes meilleurs souvenirs.