Fables de Florian
FABLE VII. La Carpe et les Carpillons.
Tandis qu'il fait le tour, ne sorte,
Sur le haut du miroir il se met à cheval,
Une patte par-ci, l'autre par-là; de sorte
Qu'il puisse par-tout le saisir.
Alors, croyant bien le tenir,
Doucement vers la glace il incline la tête,
Apperçoit une oreille, et puis deux... A l'instant,
A droite, à gauche, il va jetant
Sa griffe qu'il tient toute prête:
Mais il perd l'équilibre, il tombe et n'a rien pris.
Alors, sans davantage attendre,
Sans chercher plus long-temps ce qu'il ne peut comprendre, Il laisse le miroir et retourne aux souris.
Que m'importe, dit-il, de percer ce mystère?
Une chose que notre esprit,
Après un long travail, n'entend ni ne saisit,
Ne nous est jamais nécessaire.
FABLE VII.
La Carpe et les Carpillons.
Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière;
Craignez la ligne meurtrière,
Ou l'épervier plus dangereux encor.
C'est ainsi que parlait une carpe de Seine A de jeunes poissons qui l'écoutaient à peine. C'était au mois d'avril: les neiges, les glaçons, Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes, Le fleuve enflé par eux s'élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
Ah! ah! criaient les carpillons, Cent colonnes d'albâtre en formaient le portique; L'or, le jaspe, l'azur, décoraient le parvis;