Fables de Florian

Florian · Chapitre 23 sur 100

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Fables de Florian

FABLE VI. Le Bouvreuil et le Corbeau.

Et, soit faiblesse, soit dépit,

Se laissaient choir dans la rivière.

Il s'en noya le quart; un autre quart s'enfuit,

Et sous la dent du loup périt.

Colas, réduit à la misère,

S'apperçut, mais trop tard, que pour un bon pasteur

Le plus court n'est pas le meilleur.

 

FABLE VI.

Le Bouvreuil et le Corbeau.

Un bouvreuil, un corbeau, chacun dans une cage,

Habitaient le même logis.

L'un enchantait par son ramage

La femme, le mari, les gens, tout le ménage; L'autre les fatiguait sans cesse de ses cris; Il demandait du pain, du rôti, du fromage,

Qu'on se pressait de lui porter,

Afin qu'il voulût bien se taire.

Le timide bouvreuil ne faisait que chanter, Et ne demandait rien: aussi, pour l'ordinaire,

On l'oubliait; le pauvre oiseau

Manquait souvent de grain et d'eau.

Ceux qui louaient le plus de son chant l'harmonie

N'auraient pas fait le moindre pas

Pour voir si l'auge était remplie.

Ils l'aimaient bien pourtant, mais ils n'y pensaient pas. Un jour on le trouva mort de faim dans sa cage. Ah! quel malheur! dit-on: las! il chantait si bien! De quoi donc est-il mort? Certes, c'est grand dommage! Le corbeau crie encore et ne manque de rien.