Fables de Florian
FABLE II. Le vieux Arbre et le Jardinier.
Maman, disait un jour à la plus tendre mère Un enfant péruvien sur ses genoux assis,
Quel est cet animal qui, dans cette bruyère,
Se promène avec ses petits?
Il ressemble au renard. Mon fils, répondit-elle,
Du sarigue c'est la femelle;
Nulle mère pour ses enfans
N'eut jamais plus d'amour, plus de soins vigilans. La nature a voulu seconder sa tendresse,
Et lui fit près de l'estomac
Une poche profonde, une espèce de sac,
Où ses petits, quand un danger les presse,
Vont mettre à couvert leur faiblesse.
Fais du bruit, tu verras ce qu'ils vont devenir. L'enfant frappe des mains, la sarigue attentive
Se dresse, et, d'une voix plaintive,
Jette un cri; les petits aussitôt d'accourir,
Et de s'élancer vers la mère,
En cherchant dans son sein leur retraite ordinaire.
La poche s'ouvre, les petits
En un moment y sont blottis.
Ils disparaissent tous; la mère avec vîtesse
S'enfuit emportant sa richesse.
La Péruvienne alors dit à l'enfant surpris:
Si jamais le sort t'est contraire,
Souviens-toi du sarigue, imite-le, mon fils: L'asile le plus sûr est le sein d'une mère.
FABLE II.
Le vieux Arbre et le Jardinier.
Un jardinier, dans son jardin,
Avait un vieux arbre stérile;
C'était un grand poirier qui jadis fut fertile:
Mais il avait vieilli, tel est notre destin.
Le jardinier ingrat veut l'abattre un matin;
Le voilà qui prend sa coignée.
Au premier coup l'arbre lui dit:
Respecte mon grand âge, et souviens-toi du fruit
Que je t'ai donné chaque année.
La mort va me saisir, je n'ai plus qu'un instant,
N'assassine pas un mourant
Qui fut ton bienfaiteur. Je te coupe avec peine, Répond le jardinier; mais j'ai besoin de bois.
Alors, gazouillant à la fois,
De rossignols une centaine
S'écrie: Épargne-le, nous n'avons plus que lui: Lorsque ta femme vient s'asseoir sous son ombrage, Nous la réjouissons par notre doux ramage; Elle est seule souvent, nous charmons son ennui. Le jardinier les chasse et rit de leur requête; Il frappe un second coup. D'abeilles un essaim Sort aussitôt du tronc, en lui disant: Arrête,
Écoute-nous, homme inhumain:
Si tu nous laisses cet asile,
Chaque jour nous te donnerons
Un miel délicieux dont tu peux à la ville
Porter et vendre les rayons:
Cela te touche-t-il? J'en pleure de tendresse,
Répond l'avare jardinier:
Eh! que ne dois-je pas à ce pauvre poirier
Qui m'a nourri dans sa jeunesse?
Ma femme quelquefois vient ouïr ces oiseaux; C'en est assez pour moi: qu'ils chantent en repos. Et vous, qui daignerez augmenter mon aisance, Je veux pour vous de fleurs semer tout ce canton. Cela dit, il s'en va, sûr de sa récompense,
Et laisse vivre le vieux tronc.
Comptez sur la reconnaissance
Quand l'intérêt vous en répond.