Fables de Florian
FABLE XVII. La jeune Poule et le vieux Renard.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit Que sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe? La vertu, la raison, les lois, l'autorité,
Dans vos desirs fougueux vous causent quelque peine;
C'est le balancier qui vous gêne,
Mais qui fait votre sûreté.
FABLE XVII.
La jeune Poule et le vieux Renard.
Une poulette jeune et sans expérience,
En trottant, cloquetant, grattant,
Se trouva, je ne sais comment,
Fort loin du poulailler, berceau de son enfance. Elle s'en apperçut qu'il était déjà tard.
Comme elle y retournait, voici qu'un vieux renard
A ses yeux troublés se présente.
La pauvre poulette tremblante
Recommanda son ame à Dieu.
Mais le renard, s'approchant d'elle,
Lui dit: Hélas! mademoiselle,
Votre frayeur m'étonne peu;
C'est la faute de mes confrères,
Gens de sac et de corde, infâmes ravisseurs,
Dont les appétits sanguinaires
Ont rempli la terre d'horreurs.
Je ne puis les changer, mais du moins je travaille
A préserver, par mes conseils,
L'innocente et faible volaille
Des attentats de mes pareils.
Je ne me trouve heureux qu'en me rendant utile; Et j'allais de ce pas, jusque dans votre asile, Pour avertir vos sœurs qu'il court un mauvais bruit, C'est qu'un certain renard, méchant autant qu'habile, Le pauvre philosophe y perdit les deux yeux, Et dès-lors du soleil il nia l'existence.