Fables de Florian
FABLE II. Le Bœuf, le Cheval et l'Ane.
La vérité répond: Vous le voyez, je gèle;
Aux passans je demande en vain
De me donner une retraite,
Je leur fais peur à tous. Hélas! je le vois bien,
Vieille femme n'obtient plus rien.
Vous êtes pourtant ma cadette,
Dit la fable, et, sans vanité,
Par-tout je suis fort bien reçue.
Mais aussi, dame Vérité,
Pourquoi vous montrer toute nue?
Cela n'est pas adroit: Tenez, arrangeons-nous;
Qu'un même intérêt nous rassemble:
Venez sous mon manteau, nous marcherons ensemble.
Chez le sage, à cause de vous,
Je ne serai point rebutée;
A cause de moi, chez les fous
Vous ne serez point maltraitée:
Servant par ce moyen chacun selon son goût, Grace à votre raison et grace à ma folie,
Vous verrez, ma sœur, que par-tout
Nous passerons de compagnie.
FABLE II.
Le Bœuf, le Cheval et l'Ane.
Un bœuf, un baudet, un cheval,
Se disputaient la préséance.
Un baudet! direz-vous, tant d'orgueil lui sied mal. A qui l'orgueil sied-il? et qui de nous ne pense Valoir ceux que le rang, les talens, la naissance,
Élèvent au-dessus de nous?
Le bœuf, d'un ton modeste et doux,
Alléguait ses nombreux services,
Sa force, sa docilité;