Fables de Florian

Florian · Chapitre 49 sur 100

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Fables de Florian

FABLE X. Le Renard déguisé.

Il connaissait le ciel bien mieux que son royaume,

Et quittait souvent son conseil

Pour la lune ou pour le soleil.

Un soir qu'il retournait à son observatoire,

Entouré de ses courtisans,

Mes amis, disait-il, enfin j'ai lieu de croire

Qu'avec mes nouveaux instrumens

Je verrai, cette nuit, des hommes dans la lune.

Votre majesté les verra,

Répondait-on; la chose est même trop commune,

Elle doit voir mieux que cela.

Pendant tous ces discours, un pauvre, dans la rue, S'approche, en demandant humblement, chapeau bas, Quelques maravédis; le roi ne l'entend pas, Et, sans le regarder, son chemin continue. Le pauvre suit le roi, toujours tendant la main, Toujours renouvelant sa prière importune: Mais, les yeux vers le ciel, le roi, pour tout refrain, Répétait: je verrai des hommes dans la lune.

Enfin le pauvre le saisit

Par son manteau royal, et gravement lui dit: Ce n'est pas de là haut, c'est des lieux où nous sommes

Que Dieu vous a fait souverain.

Regardez à vos pieds; là vous verrez des hommes,

Et des hommes manquant de pain.

 

FABLE X.

Le Renard déguisé.

Un renard plein d'esprit, d'adresse, de prudence, A la cour d'un lion servait depuis long-temps;

Les succès les plus éclatans

Avaient prouvé son zèle et son intelligence. Pour peu qu'on l'employât, toute affaire allait bien.