Fables de Florian
FABLE XXI. Pandore.
FABLE XXI.
Pandore.
Quand Pandore eut reçu la vie,
Chaque dieu de ses dons s'empressa de l'orner.
Vénus, malgré sa jalousie,
Détacha sa ceinture, et vint la lui donner.
Jupiter, admirant cette jeune merveille,
Craignait pour les humains ses attraits enchanteurs. Vénus rit de sa crainte, et lui dit à l'oreille:
Elle blessera bien des cœurs;
Mais j'ai caché dans ma ceinture
Les caprices pour affaiblir
Le mal que fera sa blessure,
Et les faveurs pour en guérir.
FABLE XXII.
L'Enfant et le Dattier.
Non loin des rochers de l'Atlas,
Au milieu des déserts, où cent tribus errantes Promènent au hasard leurs chameaux et leurs tentes Un jour, certain enfant précipitait ses pas.
C'était le jeune fils de quelque musulmane
Qui s'en allait en caravane.
Quand sa mère dormait, il courait le pays. Dans un ravin profond, loin de l'aride plaine,
Notre enfant trouve une fontaine,
Auprès, un beau dattier tout couvert de ses fruits. O quel bonheur! dit-il, ces dattes, cette eau claire, M'appartiennent; sans moi, dans ce lieu solitaire,
Ces trésors cachés, inconnus,
Demeuraient à jamais perdus.
Je les ai découverts, ils sont ma récompense. Parlant ainsi, l'enfant vers le dattier s'élance, Et jusqu'à son sommet tâche de se hisser.
L'entreprise était périlleuse;
L'écorce, tantôt nue et tantôt raboteuse,
Lui déchirait les mains ou les faisait glisser. Deux fois il retomba; mais, d'une ardeur nouvelle,
Il recommence de plus belle,
Et parvient enfin, haletant,
A ces fruits qu'il desirait tant.
Il se jette alors sur les dattes,
Se tenant d'une main, de l'autre fourrageant,
Et mangeant
Sans choisir les plus délicates.
Tout-à-coup voilà notre enfant
Qui réfléchit et qui descend.
Il court chercher sa bonne mère,
Prend avec lui son jeune frère,
Les conduit au dattier. Le cadet incliné,
S'appuyant au tronc qu'il embrasse,
Présente son dos à l'aîné;
L'autre y monte, et de cette place,
Libre de ses deux bras, sans efforts, sans danger, Cueille et jette les fruits; la mère les ramasse, Puis sur un linge blanc prend soin de les ranger. La récolte achevée, et la nappe étant mise,
Les deux frères tranquillement,
Souriant à leur mère au milieu d'eux assise, Viennent au bord de l'eau faire un repas charmant.
De la société ceci nous peint l'image:
Je ne connais de bien que ceux que l'on partage. Cœurs dignes de sentir le prix de l'amitié,
Retenez cet ancien adage:
Le tout ne vaut pas la moitié.
FIN DU PREMIER LIVRE.