Fables de Florian
FABLE XVIII. Le Miroir de la Vérité.
Prendre leur repas ordinaire.
L'angora ne bougeait. Alors mes étourdis
Pensent qu'ils lui font peur; l'orateur de la troupe
Parle des chats avec mépris.
On applaudit fort, on s'attroupe,
On le proclame général.
Grimpé sur un boisseau qui sert de tribunal: Braves amis, dit-il, courons à la vengeance. De ce grain désormais nous devons être las, Jurons de ne manger désormais que des chats: On les dit excellens, nous en ferons bombance. A ces mots, partageant son belliqueux transport, Chaque nouveau guerrier sur l'angora s'élance,
Et réveille le chat qui dort.
Celui-ci, comme on croit, dans sa juste colère,
Couche bientôt sur la poussière
Général, tribuns et soldats.
Il ne s'échappa que deux rats
Qui disaient, en fuyant bien vîte à leur tanière:
Il ne faut point pousser à bout
L'ennemi le plus débonnaire;
On perd ce que l'on tient quand on veut gagner tout.
FABLE XVIII.
Le Miroir de la Vérité.
Dans le beau siècle d'or, quand les premiers humains,
Au milieu d'une paix profonde,
Coulaient des jours purs et sereins,
La Vérité courait le monde
Avec son miroir dans les mains.
Chacun s'y regardait, et le miroir sincère
Retraçait à chacun son plus secret desir
Sans jamais le faire rougir: