Fables de Florian
FABLE XXII. * Le Lion et le Léopard.
Où du rossignol le ramage
Faisait retentir les échos:
Ce n'est tout, elle sait encore
Doubler chaque plaisir de son royal amant
Par le charme du sentiment:
De plus en plus, l'aigle l'adore;
Bientôt ils s'unissent tous deux;
Leur félicité s'en augmente;
Et, lorsque notre aigle amoureux
Voulait remercier son épouse charmante
D'avoir enfin trouvé l'art de le rendre heureux,
Il lui disait, d'une voix attendrie:
Le bonheur n'est pas dans les cieux;
Il est près d'une bonne amie.
FABLE XXII.
* Le Lion et le Léopard.
Un valeureux lion, roi d'une immense plaine, Desirait de la terre une plus grande part,
Et voulait conquérir une forêt prochaine,
Héritage d'un léopard.
L'attaquer n'était pas chose bien difficile;
Mais le lion craignait les panthères, les ours, Qui se trouvaient placés juste entre les deux cours. Voici comment s'y prit notre monarque habile: Au jeune léopard, sous prétexte d'honneur,
Il députe un ambassadeur;
C'était un vieux renard. Admis à l'audience, Du jeune roi d'abord il vante la prudence,
Son amour pour la paix, sa bonté, sa douceur,
Sa justice et sa bienfaisance;
Puis, au nom du lion, propose une alliance
Pour exterminer tout voisin
Qui méconnaîtra leur puissance.
Le léopard accepte; et, dès le lendemain,
Nos deux héros, sur leurs frontières,
Mangent, à qui mieux mieux, les ours et les panthères: Cela fut bientôt fait; mais, quand les rois amis,
Partageant le pays conquis,
Fixèrent leurs bornes nouvelles,
Il s'éleva quelques querelles:
Le léopard lésé se plaignit du lion;
Celui-ci montra sa denture
Pour prouver qu'il avait raison:
Bref, on en vint aux coups. La fin de l'aventure
Fut le trépas du léopard:
Il apprit alors, un peu tard,
Que, contre les lions, les meilleures barrières Sont les petits états des ours et des panthères.
FIN DU TROISIÈME LIVRE.