Fables de Florian
FABLE XII. Le Château de cartes.
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde. Combien je vais aimer ma retraite profonde!
Pour vivre heureux vivons caché.
FABLE XII.
Le Château de cartes.
Un bon mari, sa femme, et deux jolis enfans, Coulaient en paix leurs jours dans le simple hermitage Où, paisibles comme eux, vécurent leurs parens. Ces époux, partageant les doux soins du ménage, Cultivaient leur jardin, recueillaient leurs moissons; Et le soir, dans l'été soupant sous le feuillage,
Dans l'hiver devant leurs tisons,
Ils prêchaient à leurs fils la vertu, la sagesse, Leur parlaient du bonheur qu'ils procurent toujours: Le père par un conte égayait ses discours,
La mère par une caresse.
L'aîné de ces enfans, né grave, studieux,
Lisait et méditait sans cesse;
Le cadet, vif, léger, mais plein de gentillesse, Sautait, riait toujours, ne se plaisait qu'aux jeux. Un soir, selon l'usage, à côté de leur père, Assis près d'une table où s'appuyait la mère, L'aîné lisait Rollin: le cadet, peu soigneux
D'apprendre les hauts faits des Romains ou des Parthes, Employait tout son art, toutes ses facultés, A joindre, à soutenir par les quatre côtés
Un fragile château de cartes.
Il n'en respirait pas d'attention, de peur.
Tout-à-coup voici le lecteur
Qui s'interrompt: Papa, dit-il, daigne m'instruire Pourquoi certains guerriers sont nommés conquérans,
Et d'autres fondateurs d'empire: