Fables de Florian
FABLE V. Le Hibou et le Pigeon.
Vous n'y voyez donc pas, ma chère?
L'habit est rouge assurément;
Voilà ce qui le rend charmant.
Oh! pour celui-là, mon compère,
Répondit le serin, vous n'avez pas raison,
Car l'habit est jaune citron;
Et c'est ce jaune-là qui fait tout son mérite. —Il est vert.—Il est jaune.—Il est rouge, morbleu!
Interrompt chacun avec feu;
Et déjà le trio s'irrite.
Amis, appaisez-vous, leur crie un bon pivert;
L'habit est jaune, rouge et vert.
Cela vous surprend fort, voici tout le mystère: Ainsi que bien des gens d'esprit et de savoir, Mais qui d'un seul côté regardent une affaire,
Chacun de vous ne veut y voir
Que la couleur qui sait lui plaire.
FABLE V.
Le Hibou et le Pigeon.
Que mon sort est affreux! s'écriait un hibou: Vieux, infirme, souffrant, accablé de misère,
Je suis isolé sur la terre,
Et jamais un oiseau n'est venu dans mon trou Consoler un moment ma douleur solitaire.
Un pigeon entendit ces mots,
Et courut auprès du malade:
Hélas! mon pauvre camarade,
Lui dit-il, je plains bien vos maux.
Mais je ne comprends pas qu'un hibou de votre âge
Soit sans épouse, sans parens,
Sans enfans ou petits-enfans.
N'avez-vous point serré les nœuds du mariage La vipère disait un jour à la sangsue: