Fables de Florian

Florian · Chapitre 54 sur 100

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Fables de Florian

FABLE XV. Le Renard qui prêche.

FABLE XV.

Le Renard qui prêche.

Un vieux renard cassé, goutteux, apoplectique,

Mais instruit, éloquent, disert,

Et sachant très-bien sa logique,

Se mit à prêcher au désert.

Son style était fleuri, sa morale excellente. Il prouvait en trois points que la simplicité,

Les bonnes mœurs, la probité,

Donnent à peu de frais cette félicité

Qu'un monde imposteur nous présente,

Et nous fait payer cher sans la donner jamais. Notre prédicateur n'avait aucun succès;

Personne ne venait, hors cinq ou six marmotes,

Ou bien quelques biches dévotes

Qui vivaient loin du bruit, sans entour, sans faveur, Et ne pouvaient pas mettre en crédit l'orateur. Il prit le bon parti de changer de matière,

Prêcha contre les ours, les tigres, les lions,

Contre leurs appétits gloutons,

Leur soif, leur rage sanguinaire.

Tout le monde accourut alors à ses sermons: Cerfs, gazelles, chevreuils, y trouvaient mille charmes; L'auditoire sortait toujours baigné de larmes; Et le nom du renard devint bientôt fameux.

Un lion, roi de la contrée,

Bon homme au demeurant, et vieillard fort pieux,

De l'entendre fut curieux.

Le renard fut charmé de faire son entrée

A la cour: il arrive, il prêche, et, cette fois,

Se surpassant lui-même, il tonne, il épouvante

Les féroces tyrans des bois,

Peint la faible innocence à leur aspect tremblante, Implorant chaque jour la justice trop lente