Fables de Florian
FABLE XXII. Le Poisson volant.
Là, solitaire et libre, oubliant tous mes maux, Je laisse les soucis, les craintes à la porte; Voilà tout mon savoir: Je m'abstiens, je supporte;
La sagesse est dans ces deux mots.
Tu me l'as dit cent fois, cher Ducis, tes ouvrages,
Tes beaux vers, tes nombreux succès
Ne sont rien à tes yeux, auprès de cette paix
Que l'innocence donne aux sages.
Quand, de l'Eschyle anglais heureux imitateur,
Je te vois, d'une main hardie,
Porter sur la scène agrandie
Les crimes de Machbeth, de Léar le malheur, La gloire est un besoin pour ton ame attendrie; Mais elle est un fardeau pour ton sensible cœur. Seul, au fond d'un désert, au bord d'une onde pure, Tu ne veux que ta lyre, un saule et la nature:
Le vain desir d'être oublié
T'occupe et te charme sans cesse;
Ah! souffre au moins que l'amitié
Trompe en ce seul point ta sagesse.
FABLE XXII.
Le Poisson volant.
Certain poisson volant, mécontent de son sort,
Disait à sa vieille grand'mère:
Je ne sais comment je dois faire
Pour me préserver de la mort.
De nos aigles marins je redoute la serre
Quand je m'élève dans les airs;
Et les requins me font la guerre
Quand je me plonge au fond des mers.